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Par Maureen Clare Murphy, 18 janvier 2017

Photo: (Faiz Abu Rmeleh, ActiveStills)

Cet article a été mise à jour jeudi 19 Janvier afin d’inclure les nouvelles conclusions de Forensic Architecture.

Un citoyen palestinien d’Israël a été tué mercredi, quand la police tira sur son véhicule dans le village Umm al-Hiran, dans le Negev, au Sud du pays. Un sergent fut également tué et un autre agent blessé à l’aube lors d’une opération de démolitions de plusieurs maisons dans le village bédouin.

La police israélienne a déclaré que Yaqoub Abu al-Qiyan, 50ans, a délibérément écrasé et tué le policier de 37 ans, Erez Levi.

Le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld a déclaré qu’un “véhicule conduit par un terroriste du Mouvement Islamique a tenté de heurter plusieurs agents et de perpétré une attaque.”

Le Mouvement Islamique est une organisation politique palestinienne, dont la branche Nord est interdite par Israël. Le leader de branche Nord, Sheikh Raed Salah, a été relaché par Israël mardi, après neuf mois d’incarcération. Il était présent à Umm al-Hiran mercredi.

La police a déclaré à la presse qu’ils recherchaient des liens entre Abu al-Qiyan et l’Etat Islamique.

Ils disent qu’en fouillant sa maison, ils ont trouvé des journaux israéliens parlant du groupe, alors que sa famille nie toute relation avec ce mouvement, disant qu’il est juste un prof de math dans le lycée local, dans la ville bédouine de Hura,” a rapporté le journal de Tel Aviv Haaretz.

Rosenfeld a fait d’autres déclarations sur les liens avec l’Etat Islamique sur Twitter:

(Traduction du tweet: « Le terroriste qui a tué un policier dans le Sud était un professeur dans un établissement où six enseignants ont été arrêtés pour leur idéologie proche de Daech. »)

Des témoins interrogés par de nombreux organes de presse contestent la version des faits d’Israël, disant qu’Abu al-Qiyan était en train de quitter la scène et que c’est la police israélienne qui lui a fait perdre le contrôle de son véhicule, l’amenant à percuter les policiers.

Vidéo

La vidéo surveillance aérienne de la police qui a fuité dans les médias semble corroborer les déclarations des témoins disant qu’Abu al-Qiyan accéléra uniquement après s’être fait tiré dessus.

Peu de temps après que la vidéo n’ait fuité dans les medias, la police en publia une version éditée avec des légendes expliquant comment se déroule l’incident”, rapporte Haaretz. “Les légendes ne mentionnent pas les tirs et l’incident semble commencer au moment où le la voiture commence à accélérer.”

La version de la police empire. Une vidéo modifiée qualifie le conducteur de « terroriste » – mais commence seulement *après* que la police ne tire

Dans une version zoomée de la vidéo publiée dans Haaretz, on voit la voiture avancer doucement. A la septième seconde, on voit un agent de police posté devant la voiture ouvrant le feu vers le véhicule. Plusieurs secondes après le tir, on voit la voiture accélérer et faire un écart vers un groupe de policiers, avant de finalement percuter un autre véhicule :

A la suite de la publication de la vidéo, le Ministre de la Sécurité Publique, Gilad Erdan, a tweeté que les tirs de la police que l’on voit au début de la vidéo était des tirs de sommation qui n’étaient pas dirigés vers le conducteur,” a rapporté Haaretz.

Erdan a déclaré que les tirs de sommation furent tirés après qu’[Abu] al-Qiyan ait refusé de s’arrêter, puis il tenta d’écrasé les forces de police.”

Les déclarations d’Erdan semblent être contradictoires avec l’enquête préliminaire publiée jeudi par le groupe de recherché britannique Forensic Architecture.

L’enquête synchronise la vidéo aérienne avec la vidéo filmée au sol par Activestills, dans laquelle on entend le tir vu sur la vidéo.

Forensic Architecture déclare que son enquête montre que le véhicule d’Abu al-Qiyan “avançait doucement dans la direction des policiers quand on lui tira 3 fois dessus. S’ensuivit une salve de quatre tirs.”

Forensic Architecture a découvert que quatre secondes après le premier tir, la voiture changea d’allure et s’en alla vers un groupe de policiers. Six secondes après le premier tir, la voiture toucha les officiers.

A cela s’ensuivit une longue salve de tirs. On entend le klaxon de la voiture en continu, suggérant que le conducteur ait perdu conscience,” selon Forensic Architecture. La voiture s’arrête complètement 13 secondes après le premier tir.

On peut également clairement identifier le son d’un tir isolé [quand] on voit plusieurs policiers entourant le véhicule à l’arrêt,” ajoute Forensic Architecture. “Ce dernier tir est cohérent avec ce que le personnel de sécurité israélien appelle ‘vérification du meurtre’ – le tir qui achève une personne déjà neutralisée.”

Un médecin de l’armée israélienne a été reconnu coupable d’homicide plus tôt ce mois-ci pour avoir tiré dans la tête d’un palestinien inconscient, accusé d’avoir poignardé un autre soldat l’année dernière. Pendant le procès de ce soldat, a été appelé à la barre par la défense pour témoigner un colon, chef de la sécurité. Il a déclaré à la cour que tirer dans la tête des Palestiniens accusés d’attentats alors qu’ils sont neutralisés est une pratique courante dans les forces d’occupation israéliennes.

La culture du mensonge”

Le groupe des droits humains Adalah rejette la déclaration de la police – dont le Premier Ministre Benjamin Netanyahu s’est fait l’écho, qui relie l’incident et une attaque à la voiture bélier ciblant des soldats plus tôt ce mois-ci – disant qu’Abu al-Qiyan a été tué alors qu’il perpétrait une attaque terroriste.

Cette déclaration reflète bien la culture de mensonge de la police israélienne. Il y a quelques semaines, la police israélienne a aussi accusé les citoyens arabes de l’Etat de démarrer des incendies criminels, ce qui n’a jamais été prouvé,” a déclaré Adalah, faisant référence aux immenses incendies qui se sont propagés dans le pays en Novembre.

Des Bédouines assises devant les ruines de leurs maisons à Umm al-Hiran le 18 Janvier. (Faiz Abu Rmeleh ActiveStills)

Raed Abu al-Qiyan, un militant du village d’Umm al-Hiran, a déclaré à l’agence de presse de l’AFP que l’homme tué par l’armée était l’un des propriétaires des maisons à démolir. Rosenfeld, le porte-parole de la police, a déclaré que les forces israéliennes avaient l’ordre de démolir 15 structures construites sans permis.

Plusieurs autres personnes ont été hospitalisées après que les forces israéliennes “aient utilisé des balles des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes afin de réprimer violemment les villageois et leurs sympathisants regroupés pour résister aux démolitions,” a rapporté l’agence Ma’an News.

Ayman Odeh, un membre Palestinien du parlement d’Israël, la Knesset, faisait partie des blessés. Il a déclaré par vidéo qu’il a été aspergé directement au visage de gaz lacrymogènes, et que la police a tiré des balles en caoutchouc qui l’ont touché à la tête et dans le dos.

Des vidéos de la scène montrent les forces israéliennes plaquant les manifestants au sol:

L’opération meurtrière de démolition à Umm al-Hiran survient une semaine après que la police ait détruit 11 maisons à Qalansawa, une ville palestinienne en Israël.

Avant cette opération, Netanyahu avait promis aux colons devant être évacués d’Amona, un avant-poste non autorisé en Cisjordanie occupée, qu’il appliquerait la loi de manière égale en réprimant toutes les “constructions illégales” à travers le pays.

Les citoyens palestiniens d’Israël subissent de sévères restrictions sur la quantité de terres qu’ils ont le droit d’utiliser ou d’habiter, et se voient refuser un nombre disproportionné de logements, poussant nombre d’entre eux à construire sans permis.

Démolitions et déplacement

Les démolitions à Qalansawa prirent les habitants par surprise. Mais les gens d’Umm al-Hiran ont été soutenus lors de la destruction de leur village, car Israël projette de construire une colonie juive à la place.

Une importante mobilisation de manifestants a empêché les bulldozers d’Israël d’approcher Umm al-Hiran en Novembre dernier.

La justice et le gouvernement israéliens sont responsable du meurtre dans le village aujourd’hui,” a déclaré Adalah mercredi. “La décision [de la haute cour] israélienne de permettre à l’Etat de poursuivre son projet de démolir le village qui existe depuis 60 ans, afin d’établir sur ses ruines une ville juive appelée ‘Hiran’, est l’un des jugements les plus racistes jamais rendus par la cour.”

Selon Adalah, les habitants d’Umm al-Hiran furent expulsés de leurs terres ancestrales, Khirbet Zubaleh, en 1948, lorsque des centaines de villes et villages palestiniens furent dépeuplés à la création de l’Etat d’Israël.

Des manifestants défilent à Jaffa pour protester contre le meurtre de Yaqoub Abu al-Qiyan lors de l’opération de démolitions de maisons à Umm al-Hiran on 18 January. (Yotam Ronen, ActiveStills)

Sarah Leah Whitson, directrice de la division moyen-orientale de Human Rights Watch, a demandé à Israël d’enquêter sur l’incident meurtrier de mercredi et “d’abandonner le projet discriminatoire de raser Umm al-Hiran.”

Comme en Cisjordanie, Israël discrimine plus généralement les Bédouins et les Palestiniens à l’intérieur de ses frontières dans ses politiques de planification, ce qui a pour but de maximiser le contrôle de terres pour les communautés juives,” a-t-elle commenté.

La Liste Jointe, une coalition de partis menée par des citoyens palestiniens d’Israël à la Knesset, accuse la police de mentir. Plusieurs législateurs du parti étaient à Umm al-Hiran pendant l’opération.

Le gouvernement Netanyahu a concrètement déclaré la guerre contre notre peuple dans la zone de 1948,” a déclaré le parti, faisant référence au territoire qui est aujourd’hui Israël. “La guerre a commencé avec les démolitions à Qalansawa, et elle continue aujourd’hui à Umm al-Hiran.”

Les Palestiniens en Israël ont déclaré une grève générale et trois jours de deuil après l’opération meurtrière. Des rassemblements ont eu lieu à travers Israël, la Cisjordanie et la Bande de Gaza afin de protester contre les démolitions:

Traduction: Laurianne G. pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada