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Tamara Nassar  – 18 mai 2018

Israël a blessé des dizaines de journalistes palestiniens qui couvraient les manifestations de la Grande Marche du Retour à Gaza.
(Atia Darwish/APA Images)

Reporters sans frontières a officiellement demandé que la procureure de la Cour pénale internationale enquête sur le ciblage des journalistes à Gaza en tant que crimes de guerre.

Le ciblage des journalistes a été « délibéré » et est constitutif de « crimes de guerre », a déclaré Christophe Deloire de Reporters sans frontières.

« Les autorités israéliennes ne pouvaient ignorer la présence de journalistes parmi la manifestation civile ».

Le Syndicat des journalistes palestiniens est également en train de former un comité de divers médias palestiniens afin de préparer des dossiers juridiques et de les adresser à la Cour pénale internationale ainsi qu’à certains tribunaux européens, concernant le ciblage de journalistes par Israël à Gaza, et en particulier sur l’assassinat de deux d’entre eux.

Depuis le début de la Grande Marche du Retour, Israël a tué les journalistes palestiniens Yaser Murtaja et Ahmad Abu Hussein, et en a blessé plus de 90, selon le Syndicat des journalistes palestiniens.

« L’occupation israélienne a peur de cette lentille photographique »

Parmi les blessés se trouve le journaliste Yasir Qudih, dont le travail a fréquemment été publié sur The Electronic Intifada.

Qudith a été grièvement blessé par une balle réelle le 14 mai, puis il a été transporté à l’hôpital al-Makassed de Jérusalem. Son état est aujourd’hui stabilisé.

 

Un autre journaliste, Motasem Dalloul, se battait encore récemment pour sa vie après avoir été ciblé et blessé par l’armée israélienne alors qu’il couvrait les manifestations le 11 mai.

Son état est maintenant modéré, rapportent les infos al-Bawab, cependant, son cousin a twitté qu’il restait critique.

Un autre photojournaliste dont les photos sont souvent apparues sur The Electronic Intifada, Ashraf Abu Amra, a lui aussi été blessé pendant sa couverture des manifestations, le 15 mai.

« L’occupation israélienne a peur de cette lentille » a-t-il déclaré au Quds News Network. « Elle veut réprimer ce fait, elle veut brouiller cette lentille, pour qu’elle ne révèle pas ses crimes ».

Il poursuit, « Malgré toutes les blessures et malgré toute la douleur, nous documenterons ces crimes pour le monde ».

Empêcher les journalistes d’entrer dans Gaza

Israël a également empêché des journalistes de traverser le check-point d’Erez vers Gaza le 14 mai, a affirmé le journaliste Raf Sanchez.

« La COGAT (l’arme bureaucratique de l’occupation militaire israélienne) a dit qu’il sera bientôt ouvert mais la plus grande partie de la presse étrangère est actuellement assise sur le bord de la route » twitte Sanchez.

Le check-point d’Erez est l’unique point de passage pour les voyageurs entre Gaza et Israël. Sanchez a fait un reportage depuis Gaza pendant la marche.

Joe Dyke, autre journaliste dans Gaza, a dit que la voiture de son collège a été la cible de coups de feu.

Dyke twitte également une photo du journaliste Wael Dahdouh, tenant un éclat de la balle qui l’a touché au bras.

Sanchez twitte encore sur la façon dont Israël cible délibérément des zones, avec des drones et des gaz lacrymogènes, alors qu’il n’y a aucune activité dans ces zones.

 

Le ciblage des journalistes en Cisjordanie

Pendant ce temps, les Palestiniens manifestent aussi en Cisjordanie, en solidarité avec les marcheurs de Gaza, en commémoration de la Nakba et contre l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

Les forces israéliennes ont blessé une journaliste jordano-américaine, Tanya Habjouqa, avec une balle d’acier enrobée de caoutchouc lors d’un « non-moment, attendant debout que le cirque commence », alors qu’elle se préparait à couvrir les manifestations près du check-point de Beit El, le 15 mai, selon The Art Newspaper.

« Je me trouvais sur le côté avec mon appareil photo au début de la manifestation, avec des appareils autour de mon cou, et j’ai eu le sentiment d’avoir manifestement été prise pour cible même si, heureusement, ils ont fait le choix de ne pas me viser à la tête » dit-elle. « Ca me fait un mal de chien et l’ecchymose s’étend devant et derrière ».

Habjouga a également vu des soldats prendre pour cible une station-service où des gens remplissaient des réservoirs d’essence, alors qu’il n’y avait aucun manifestant, a-t-elle déclaré au journal.

Source : The Electronic Intifada
Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine