Portraits des blessés

Associated Press – 10 décembre 2018

En mars, les forces israéliennes déployées le long de la frontière instable avec la bande de Gaza tiraient à balles réelles sur les manifestants palestiniens qui leur lancent des pierres, depuis le début des manifestations contre ce blocus de Gaza qui se prolonge.

Et depuis huit mois, les tireurs d’élite israéliens ciblent une partie du corps plus que toute autre : les jambes.

La réponse israélienne à ce qu’elle considère être des attaques terroristes hebdomadaires le long de la frontière cherche, semble-t-il, à faire des handicapés plutôt que des morts, de ceux qui s’approchent de la clôture.

Pourtant, 175 Palestiniens ont bien été tués par balle, et un seul soldat israélien, selon le décompte d’Associated Press, et le nombre de blessés atteint des proportions colossales.

La montée de la violence a laissé une marque visible sur Gaza et elle restera probablement pendant toutes les décennies à venir. Il est maintenant courant de voir de jeunes hommes marcher avec des béquilles dans les rues délabrées. La plupart ont des jambes portant des pansements ou munies d’une armature métallique appelée fixateur qui utilise des broches ou des vis insérées dans les os brisés pour les aider à être plus stables.

On voit souvent les blessés prendre le chemin, pour y être soignés, d’un centre médical qui est géré par l’association Médecins sans frontières (basée à Paris) dans la ville de Gaza, et où le photographe de l’Associated Press, Felipe Dana, a réalisé le portrait de certains d’entre eux.

MSF a déclaré ce mois-ci que le nombre énorme de blessés a submergé le système de santé de Gaza, lequel était déjà affaibli gravement par le blocus imposé par Israël et l’Égypte qui alimente une stagnation économique et un chômage endémique, et ravage l’approvisionnement en eau et en électricité.

L’organisation humanitaire indique que la majorité des 3 117 blessés qu’elle a traité ont reçu une balle dans une jambe, et que beaucoup auront besoin d’une opération, d’une kinésithérapie et d’une rééducation.

« Ce sont des blessures complexes et graves qui ne guérissent pas rapidement » dit l’organisation. « Leurs gravité et le manque de traitement approprié dans le système de santé paralysé de Gaza font que l’infection représente un risque élevé, spécialement pour les blessés ayant une fracture ouverte ».

« Les conséquences de ces blessures… seront un handicap à vie pour beaucoup » déclare l’organisation. « Et si ces infections ne sont pas maîtrisées, alors la conséquence pourra être l’amputation, voir même la mort ».

Le ministère de la Santé de Gaza a procédé à 94 amputations depuis le début des manifestations en mars, dont 82 sur des membres inférieurs.

Ayman Harb, 36 ans

Mahmoud, 19 ans

Mohanad al-Khawas, 20 ans

Mohammed Hilles, 18 ans

Fathi al-Sakani, 19 ans

Al-Sakani participait à une manifestation quand il a reçu une balle dans le tibia droit.

Mohammed al-Eissawi, 24 ans

Hassan Abu Houdi, 19 ans

 Mohamed al-Rafati, 24 ans

Mahmoud Saad, 25 ans

Mohammed Afana, 20 ans

Afana espère pouvoir marcher normalement à nouveau.

Mohammed Shabit, 26 ans

Ahmed Subeih, 24 ans

Abdel-Fattah al-Khatib, 19 ans

Ahmed Abu Marahil, 20 ans

Photos par Felipe Dana

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine
Source : apimagesblog