Un projet d’énergie propre pour enraciner une sale occupation

Maureen Clare Murphy – 12 Septembre 2019

Une compagnie israélienne projette de construire 52 éoliennes hautes comme des immeubles de 64 étages sur les hauteurs de Golan occupées (Rafael Ben-Ari Chameleons Eye)

Une
compagnie israélienne d’énergie renouvelable intente un procès à
un groupe de défense des droits humains à cause de son enquête sur
les projets de construction de l’entreprise
sur les Hauteurs de Golan occupées, soutenus par le gouvernement
israélien. Al-Marsad, le groupe auquel Energix intente un procès, a
découvert
que
le projet de parc éolien de la compagnie, basée à Tel-Aviv, viole
le droit de la population autochtone syrienne à
l’auto-détermination. Le projet sert aussi à renforcer le
contrôle d’Israël sur le territoire.

Le
groupe dit que l’action d’
Energix
contre lui « instaure une précédent extrêmement dangereux ».
Avec 15
autres
organisations,
le groupe demande de manière pressante aux experts des Nations Unies
« d’intervenir immédiatement pour protéger les droits humains
sur le Golan syrien occupé ». L’action en justice d’Energix
est
la première intentée par une compagnie israélienne s’appuyant
sur la
loi
anti-boycott d’Israël

pour supprimer l’activité d’un groupe en faveur des droits
humains.

Cette
loi,
promulguée
en
2011, impose
des sanctions aux groupes
promouvant
des
boycotts d’Israël
ou
de ses colonies en Cisjordanie et dans le Golan occupés.

Energix
allègue
également qu’ Al-Marsad
s’est
engagé dans de la
“diffamation”
en
décrivant comment son projet énergétique viole le droit
international dans un
rapport
publié
en janvier.

Enraciner
l’occupation

Les
Hauteurs
du Golan

sont
un territoire syrien capturé par Israël lors de la guerre de 1967.
Environ 340 villages et fermes syriens sur les Hauteurs du Golan
furent
détruits
par Israël
,
qui
a construit à la place des colonies juives.

Les
colonies israéliennes sur les Hauteurs du Golan violent le droit
international, qui interdit à la puissance occupante de transférer
sa population civile dans le territoire qu’elle occupe.

Environ
26000
colons israéliens

jouissent
du contrôle de 95% du Golan — un territoire représentant 1% du
territoire total de la Syrie. Un nombre à peu près identique de
Syriens ont le contrôle du reste du Golan.

Après
la déclaration par Israël de son annexion des Hauteurs du Golan en
1981, le Conseil de sécurité des Nations unies annonça
que
la démarche était « nulle, vide et sans effet juridique
international ».

Energix
cherche
à construire « un énorme projet énergétique qui occuperait
presque un quart des terres agricoles »
encore
contrôlées par les Syriens dans le Golan,
selon
Al-Marsad.

Le
projet restreindrait drastiquement l’expansion des communautés
syriennes. Les colonies israéliennes proches ont rejeté des projets
plus petits de parc éolien.

«
En éxécutant le
projet sur des terres autochtones syriennes mais en cherchant
l’approbation et la validation via le schéma régulateur d’Israël,
Energix soutient
les violations des droits humains qui font partie de l’occupation
illégale et discriminatoire du Golan par Israël », affirme
Al-Marsad.

L’enquête
du groupe « montre que tant la compagnie mettant en oeuvre le projet
que le gouvernement israélien ont menti aux Syriens du Golan,
les ont manipulés
et intentionnellement divisés sur le projet ».

Un
cinquième de la population syrienne des Hauteurs du Golan a signé
une pétition s’opposant au projet Energix.

Les
turbines, qui émettent des ondes sonores basse fréquence et des
scintillements, posent un risque sanitaire aux communautés syriennes
à proximitié, tout particulièrement aux personnes souffant
d’épilepsie.

Mais
« plus inquiétant encore … est le risque que le projet d’Energix
pose à la vie culturelle des Syriens dans le Golan », selon
un
article d’Al-Marsad
et
Al-Haq, un
groupe palestinien de défense des droits humains.

«
Les Syriens autochtones sont profondément attachés à leur terre
ancestrale », ajoutent ces groupes. « Cet attachement est fort
malgré les efforts répétés d’Israël pour déposséder les
Syriens de leurs petites parcelles. »

Des
décennies d’occupation et de pratiques israéliennes
discriminatoires ont « détruit la prospérité économique des
Syriens autochtones, particulièrement dans le secteur agricole »,
selon le rapport d’Al-Marsad en janvier.

L’étouffement
économique a rendu « la proposition de gagner de l’argent
rapidement plus tentante » pour les Syriens du Golan que pour les
colonies israéliennes proches qui ont refusé des projets
similaires.

Le
projet impliquera des constructions et l’élargissement des routes,
l’aménagement des terres, pour y installer «
52 structures
d’une hauteur équivalente à des immeubles de 64 étages », et
une nouvelle ligne électrique souterraine s’étendant sur 30
kilomètres.

«
Tout ceci défigurera de manière permanente le Golan et changera son
existence entière », affirme Al-Marsad.

Exploitation

Israël
a empêché les villages occupés du Golan de créer un système
d’alimention en électricité indépendant, les forçant à être
en permanence dépendant d’Israël pour leur énergie.

Un
plan local pour développer un parc éolien a été paralysé par
l’armée israélienne en 2014, « à peu près au moment même où
Energix commençait à progresser agressivement » dans son projet,
selon Al-Marsad.

Le
projet d’Energix, pendant ce temps, a bénéficié de procédures
accélérées par les organismes de régulation israéliens.

«
Israël a fait une priorité du développement des industries basées
sur les ressources naturelles » des territoires qu’il a occupés,
« parce que ces industries sont physiquement incrustées dans les
terres », affirme Al-Marsad.

Israël
a accéléré la prospection gazière et pétrolière dans le Golan
depuis le déclenchement de la guerre civile syrienne en 2011. Israël
interdit aux Syriens d’utiliser ces mêmes ressources.

L’énergie
produite par le parc éolien d’Energix sera vendu directement à la
société Israeli
Electric Corporation et
apportera un revenu annuel estimé de 38
à 44 millions
de dollars.

Energix
«
paiera seulement
à peu près 1% de ses profits aux propriétaires syriens », selon
l’enquête d’Al-Marsad.

«
On rapporte que des projets similaires en Israël ou dans des
colonies israéliennes ont proposé de payer jusqu’à cinq fois
plus », ajoute le groupe.

Le
projet d’Energix dans les villages syriens occupés exploite «
l’instabilité
économique et juridique qui résulte des politiques basées sur
l’occupation, politiques qui sont discriminatoires selon les
origines ethniques et nationales ».

Israël exportera bientôt de l’électricité en Europe grâce au projet EuroAsia Interconnector, qui doit être lancé dans la prochaine décennie. Le projet connectera directement l’Europe aux colonies israéliennes illégales construites sur des terres occupées, l’impliquant ainsi dans des crimes de guerre. « Cette intégration d’une infrastructure énergétique enracine encore plus l’occupation d’Israël et la colonisation », selon l’article d’ Al-Marsad et Al-Haq.

Source : The Electronic Intifada
Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine