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Par Ali Abunimah, 25 Septembre 2019

Un nouveau rapport du Ministère israélien des Affaires stratégiques tente de souiller mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions en le qualifiant d’antisémite.

Israël prétend que tous ses crimes et ses réalisations sont des crimes et des réalisations juifs et que, par conséquent, quiconque condamne les crimes israéliens condamne tous les Juifs.

Mais les opposants raisonnables d’Israël insistent sur le fait que les crimes d’Israël ne sont pas commis au nom de tous les Juifs.

Pourtant, deux groupes ont intérêt à gommer la distinction entre Israël, d’une part, et les Juifs pris individuellement et collectivement, de l’autre.

Le premier groupe est constitué des antisémites qui veulent s’emparer des crimes israéliens pour justifier leur fanatisme contre les Juifs – ces personnes ne sont pas motivées par une réelle solidarité avec les Palestiniens.

Le deuxième groupe est constitué d’Israël et de ses partisans dans le monde entier qui, en impliquant les Juifs dans les crimes d’Israël, veulent utiliser les Juifs et la préoccupation sérieuse sur l’antisémitisme comme un bouclier pour Israël.

En criant au loup, ce second groupe nuit à la lutte, que tous les antiracistes doivent soutenir, contre le véritable fanatisme anti-juif.

Dans cet esprit, Israël a publié mercredi un rapport prétendant « démasquer » le mouvement BDS – boycott, désinvestissement et sanctions – comme un mouvement intrinsèquement antisémite.

Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, le ministre israélien des Affaires stratégiques, Gilad Erdan, a déclaré que « les dirigeants du BDS qui utilisent un langage et des images antisémites qui prouvent également leurs principes, consistant à boycotter les Juifs parmi les nations, Israël, sont antisémites ».

C’est un vieux thème qu’Israël poursuit avec une vigueur renouvelée.

Dans cet article, je ne répondrai qu’aux affirmations du rapport à propos de moi et de The Electronic Intifada. Je reviendrai plus tard sur le reste du document de 94 pages.

Distorsions et mensonges

Il n’est pas surprenant que les attaques du gouvernement israélien contre moi et cette publication contiennent des distorsions et des mensonges flagrants.

Par exemple, le rapport inclut ce tweet que j’ai publié le 13 février:

Le rapport affirme que selon le tweet: «Ali Abunimah accuse Israël d’empoisonner l’approvisionnement en eau des Palestiniens, accusation qui remonte à la diffamation antisémite de crime rituel du Moyen Âge dans laquelle les Juifs étaient accusés d’avoir empoisonné les puits d’Europe et ont été tenus responsables de la peste noire. « 

Comme quiconque lit le tweet peut le constater, il n’accuse pas Israël d’avoir «empoisonné les fournitures d’eau des Palestiniens».
Cependant, le tweet est tout à fait exact.

Je déclare que «le siège et les guerres d’Israël ont rendu 95% de l’eau de Gaza impropre à la consommation».

En fait, c’était une sous-estimation.

Ma source est l’ONU, qui déclare que 95% de l’eau de Gaza provient d’un unique aquifère.

«Aujourd’hui, 97% de cette eau est impropre à la consommation humaine d’après les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)», a déclaré le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies en novembre 2018.

Le rapport indique comment l’aquifère est épuisé et contaminé en raison d’une sur-extraction.

«La situation des eaux et des égouts à Gaza, y compris la contamination de l’aquifère, a été exacerbée au cours des dix dernières années par une série d’autres facteurs, notamment les dommages causés aux infrastructures lors des hostilités récurrentes», indique OCHA

Il note également que la crise électrique chronique à Gaza – résultat du siège israélien – et que les restrictions imposées par Israël à l’importation de pièces détachées détériorent davantage le fonctionnement et l’état des systèmes d’approvisionnement et d’épuration des eaux.

Mon tweet dit effectivement qu ‘«Israël empoisonne les Palestiniens en Cisjordanie en transférant des industries chimiques non réglementées dans ses colonies racistes illégales».

C’est vrai.

Dans mon livre de 2014 intitulé The Battle for Justice in Palestine, je décris comment des entreprises israéliennes quittent leur territoire pour s’installer dans des zones industrielles situées à l’intérieur de colonies en Cisjordanie occupée, où elles peuvent se soustraire à la réglementation environnementale israélienne.

Un exemple que je cite est la zone industrielle de Nitzanei Shalom construite sur des terres confisquées près de la ville de Tulkarem. Les usines ont commencé à quitter Israël dans les années 1980, à la suite de plaintes pour pollution dans les villes israéliennes.

L’une des usines, Geshuri Industries, fabrique des pesticides et autres produits chimiques. D’après son PDG, il s’est déplacé en Cisjordanie occupée avec «l’encouragement du gouvernement».

En 2010, le groupe de défense des droits de l’homme Al-Haq a produit cette vidéo de cinq minutes résumant l’impact toxique de l’usine de Geshuri:

Dans la vidéo, Imad Odeh, un habitant de la région, raconte à Al-Haq que, les jours où un vent d’est souffle la pollution vers les colonies israéliennes voisines, l’usine de Geshuri ferme. Il dit qu’elle ne fonctionne que quand des vents du nord ou de l’ouest poussent la pollution vers les Palestiniens.

D’après Al-Haq, les boues toxiques de Nitzanei Shalom ont été déversées sur des terres palestiniennes, tandis que les émissions provenant de la fabrication de pesticides ont accru la présence de gaz nocifs.

Le groupe indique que les effets connus de ces poisons sur la santé comprennent les maladies de peau, des problèmes de foie, des problèmes de reproduction et d’infertilité, des dommages au système immunitaire, des troubles endocriniens, de l’asthme et des maladies respiratoires, de l’hypertension et d’autres problèmes cardiovasculaires, et des cancers.

Ce ne sont là que des exemples du racisme environnemental et de la pollution toxique inhérents à l’occupation militaire israélienne et à l’exploitation des terres palestiniennes.

Pourtant, le gouvernement israélien veut qu’on écarte cette preuve de ses crimes comme si c’était une calomnie médiévale de sang rituel.

Condamner les néo-Nazis est de l’ « antisémitisme »

Le rapport me mentionne à deux autres occasions. Un article où il s’en prend à un article de 2017 que j’ai publié, intitulé: «Les nouveaux nazis allemands voient Israël comme un modèle

Selon le rapport, cet article est un exemple de présentation erronée d’ »Israël comme État nazi »

Le rapport ne conteste aucun fait cité dans mon article, qui indique comment les dirigeants du parti néo-nazi allemand Alternative for Germany admirent Israël – des sentiments chaleureux que certaines personnalités israéliennes sont heureuses de retourner.

Je considère ces néo-nazis allemands comme odieux. Mais apparemment, en critiquant leur alliance avec les politiciens israéliens, on devient un « antisémite » aux yeux de son gouvernement.

La troisième fois que le rapport me mentionne, il s’insurge sur la façon dont j’ai « comparé les soldats israéliens à ‘des gardiens du ghetto, des occupants, des tireurs d’élite et d’autres meurtriers d’enfants palestiniens.’ »

Qui peut sérieusement nier que les soldats israéliens sont des occupants qui tirent sur des enfants dans ce que même des commentateurs israéliens horrifiés par les actions d’Israël ont appelé un ghetto?

Je ne peux que conjecturer sur le fait que cette tentative de me salir – et The Electronic Intifada – souhaite se venger de la façon dont nous avons publié l’année dernière le documentaire infiltré divulgué par Al Jazeera, The Lobby – USA.

Ce film, que le lobby israélien a tenté de supprimer, montre comment le ministère des Affaires stratégiques d’Erdan est engagé dans une campagne secrète visant à espionner et à saboter les activités licites de la société civile des défenseurs des droits des Palestiniens aux États-Unis.

Le gouvernement israélien peut dépenser d’énormes ressources sur les médias sociaux, et il peut trouver des expressions d’antisémitisme parmi les activistes, qu’elles proviennent du sectarisme ou de l’ignorance. Mais ceux-ci ne représentent ni ne caractérisent le mouvement.

Les dirigeants du mouvement de solidarité avec la Palestine ont toujours été les premiers à condamner toute expression de racisme, y compris l’antisémitisme.

Ils ont souligné qu’il n’y a pas de lieu de blâmer collectivement les Juifs pour les actes criminels commis par Israël contre les Palestiniens et que, malgré son insistance, Israël ne représente pas tous les Juifs.

Israël n’a aucune défense pour ses crimes, il ne lui reste donc qu’à essayer de nuire à tout un mouvement pour la liberté, la justice et l’égalité.

Traduction : JPB pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada