Trump et Netanyahou se préparent à l’annexion de la Cisjordanie

Par Tamara Nassar, 25 février 2020

La colonie israélienne de Maaleh Adumim à l’Est de Jérusalem. Le plan israélien d’extension des colonies dans cette zone disjoindrait le Nord et le Sud de la Cisjordanie occupée, verrouillant la possibilité d’un Etat palestinien d’un seul tenant.
(Ronen Zvulun / Reuters)

Mardi, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a juré de construire 3.500 maisons pour les colons juifs dans la zone dite E1, à l’Est de Jérusalem en Cisjordanie occupée.

C’est le dernier large espace ouvert entre Jérusalem, à l’ouest, et l’énorme colonie israélienne de Maaleh Adumim, à l’Est, où vivent près de 40.000 colons.

Les gouvernements israéliens successifs se sont engagés à construire dans E1, mais ils se sont retrouvés face à la pression internationale qui ne le voulait pas.

Si Israël se met à y construire des colonies, le Nord et le Sud de la Cisjordanie occupée seront isolées l’une par rapport à l’autre, verrouillant la possibilité d’un État palestinien d’un seul tenant.

E1 se trouve dans la Zone C, les 60 % de la Cisjordanie occupée qui, selon les Accords d’Oslo de 1993, demeure sous le contrôle total d’Israël.

Bloquer toute possibilité d’un État palestinien, c’est peut-être précisément la raison pour laquelle Netanyahou poursuit son avancée, sûr de bénéficier du soutien de l’administration Trump. « J’ai donné des instructions pour que le projet de construction de 3.500 unités d’habitation en E1 soit publié et financé », a dit Netanyahou lors d’une conférence à Jérusalem, moins d’une semaine avant le troisième round en un an des élections israéliennes.

« C’était différé depuis six ou sept ans. »

La construction par Israël de colonies sur un territoire occupé est un crime de guerre sur lequel la procureure de la Cour Pénale Internationale a décidé qu’il fallait mener une enquête officielle.

Précédente opposition

Le projet de coloniser E1 a d’abord été défendu par le Premier ministre Yitzhak Rabin en 1994, peu après qu’Israël ait signé les Accords d’Oslo avec l’Organisation de Libération de la Palestine.

Six des successeurs de Rabin y ont souscrit.

Netanyahou a fait la même promesse en 2012, annonçant le projet de construction d’environ 3.000 unités d’habitation en E1.

L’administration Obama a critiqué, publiquement et à titre personnel, les propos de Netanyahou à l’époque par égard pour la solution à deux États, déjà moribonde.

L’Union Européenne a elle aussi plusieurs fois mis en garde Israël de construire en E1.

Mais, alors que la pression a retardé des projets spécifiques, ces gouvernements n’ont pris aucune mesure pratique pour mettre fin à la colonisation agressive pratiquée par Israël à travers la Cisjordanie.

Ces derniers temps, divers gouvernements ont émis les critiques habituelles contre la colonisation israélienne. Mais ces déclarations ne semblent plus devoir être suivies d’actions qui infligeraient un coût à Israël.

Netanyahou a plus de force que jamais, sachant qu’il peut sans danger ignorer les critiques européennes inoffensives, tout en comptant sur le total soutien des Etats Unis.

« On avait l’habitude de voir Netanyahou s’en sortir avec toutes sortes de projets de colonisation tant que cela ne touchait pas E1 », a fait remarquer le chien de garde de la colonisation, la Paix Maintenant.

« Avec l’administration américaine actuelle, il peut avoir le beurre et l’argent du beurre. »

Le plan de « paix » pour le Moyen Orient récemment émis par l’administration Trump donne le feu vert à Israël pour annexer des blocs de colonies et de larges pans de terre en Cisjordanie occupée.

Commission d’annexion

Netanyahou a fait cette nouvelle annonce le lendemain du jour où il a rencontré les membres d’une commission conjointe américano-israélienne qui cartographie les zones de Cisjordanie occupée dont l’annexion par Israël aura la bénédiction de l’administration Trump.

Le premier ministre a emmené l’équipe faire un tour à Ariel, colonie israélienne au centre de la Cisjordanie occupée.

« Pour le processus de cartographie, il faut étudier chaque vallée, chaque section, chaque coin et chaque ligne. C’est sérieux. Nous déterminons ici des lignes qui ont des implications historiques », a dit Netanyahou.

Il a ajouté qu’Israël pouvait faire valoir sa souveraineté immédiatement sur ces zones et que la reconnaissance par les États-Unis suivrait.

La journaliste israélienne Tal Shalev a posté sur Twitter une photo de ce qu’elle a appelé la « commission américano-israélienne de cartographie de l’annexion ».

On y trouve l’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, et le ministre israélien du Tourisme, Yariv Levin.

Annexion d’Hébron

Entre temps, on commémorait mardi les 26 ans depuis que le colon juif américain Baruch Goldstein pénétrait dans la mosquée d’Abraham de la ville de Hébron en Cisjordanie occupée et y massacrait 29 hommes et garçons palestiniens pendant les prières du Ramadan.

Et maintenant, Netanyahou prend l’engagement d’annexer ce site sacré, connu des Juifs comme le Tombeau des Patriarches, ainsi que des blocs de colonies juives dans et autour de cette ville palestinienne.

« Nous appliquerons la souveraineté israélienne sur Kiryat Arba et sur la communauté juive à Hébron, y compris le Tombeau des Patriarches et les routes qui y mènent », a paraît-il dit Netanyahou lors de l’inauguration de Nofei Gramim, nouvelle colonie de 210 foyers.

Netanyahou a dit qu’il autorisait un ascenseur accessible aux fauteuils roulants pour atteindre le site religieux.

Dans une tentative de blanchiment de l’annexion planifiée de la zone, il l’a qualifiée d’ « acte humanitaire et acte de souveraineté ».

Naftali Bennett, ministre israélien de la Défense, a dit qu’Israël sans souveraineté sur ce site religieux est comparable aux Etats Unis sans le Lincoln Memorial.

« Je m’oppose fermement à ce qu’on donne ne serait-ce qu’un pouce de terre aux Arabes », a-t-il ajouté.

Diviser Jérusalem

Lundi, le gouvernement israélien a soumissionné pour la construction de plus de 1.000 unités d’habitation dans la colonie de Givat Hamatos au sud de Jérusalem.

L’expansion de la colonie avait été suspendue an 2014 à cause de l’opposition de l’administration Obama.

Si elle se réalisait, l’extension de la colonie séparerait les quartiers palestiniens de Beit Safafa et de Sharafat de Jérusalem Est occupée.

Ces deux quartiers ont déjà souffert dans le passé de graves dommages dus à la construction de colonies israéliennes.

Tamara Nassar est rédactrice adjointe à The Electronic Intifada.

Traduction : J.Ch pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada