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Par Ali Abunimah, 30 mars 2020

Des travailleurs de l’agence des Nations Unies, l’UNWRA, à Deir al-Balah dans la Bande Gaza, préparent des rations de nourriture à livrer le 31 mars chez les familles de réfugiés palestiniens, démarche organisée pour éviter que les gens se rassemblent dans les centres de distribution, en mesure de prévention d’une épidémie de COVID-19 dans ce territoire densément peuplé. (Ashraf Amra / APA images)

Les forces d’occupation israéliennes continuent d’attaquer les communautés palestiniennes alors qu’elles luttent pour repousser la menace de la pandémie du coronavirus.

Les forces d’occupation vêtues de combinaisons de protection et armées de fusils d’assaut ont fait irruption tôt mardi matin dans une maison près de Ramallah :

D’après un média local, les forces d’occupation ont arrêté au moins quatre Palestiniens au cours de raids nocturnes dans des maisons sises dans et autour de la ville de Ramallah en Cisjordanie, siège de l’Autorité Palestinienne.

Mardi soir, les forces israéliennes ont confisqué des paquets de nourriture qui devaient être distribués aux familles en quarantaine de Sur Baher, village au sud de Jérusalem :

D’après un média local, les forces d’occupation ont fait irruption dans une école où on préparait les paquets, ont arrêté quatre membres du comité local d’urgence et ont saisi 300 colis de nourriture.

Cette distribution caritative était alimentée par des contributions de citoyens palestiniens d’Israël.

Les forces israéliennes ont également mené des raids et des arrestations dans le quartier de Shuafat de Jérusalem Est occupée.

D’autres vidéos montent les forces israéliennes qui mènent l’assaut et arrêtent des Palestiniens sans prendre aucune précaution pour empêcher toute transmission potentielle du virus :

Lors de cet incident de mardi dans le village d’Issawiyeh à Jérusalem Est, les forces d’occupation ont violemment agressé et contraint un Palestinien devant son jeune fils :

D’après un média local, les forces israéliennes ont attaqué un groupe de Palestiniens qui étaient allés prier devant une mosquée locale.

Le nombre de cas augmente

Mardi, il y avait 119 cas de coronavirus confirmés parmi les Palestiniens, la grande majorité d’entre eux en Cisjordanie, tandis que le nombre de cas grandit à Gaza.

D’après OCHA, l’agence de l’ONU pour la coordination humanitaire, ce nombre relativement bas « reflète peut-être la capacité limitée de faire des tests ».

Israël, dont le nombre de cas s’est élevé à plus de 5.000, lutte pour contenir l’épidémie.

Même le Premier ministre Benjamin Netanyahou, le chef d’État Major Aviv Kochavi et d’autres cadres supérieurs sont maintenant en isolation après avoir été en contact avec des personnes infectées.

L’épidémie en Israël représente une menace directe pour les Palestiniens.

Depuis le 23 mars, les autorités israéliennes ont expulsé des milliers de travailleurs palestiniens d’Israël vers la Cisjordanie occupée, « après que quelques uns d’entre eux aient fait preuve de fatigue et de température élevée », d’après l’association de défense des droits de l’Homme Euro-Med Monitor.

« La plupart de ces expulsions ont eu lieu sans examen médical ni arrangement spécial avec les autorités palestiniennes pour s’assurer que ces travailleurs seraient traités et examinés à leur retour pour assurer leur bien-être, ce qui équivaut à de la discrimination raciale. »

L’association a déclaré que ces pratiques « créent une menace pour la santé publique et facilitent l’expansion du COVID-19 parmi les Palestiniens ».

Euro-Med Monitor a ajouté que le premier Palestinien mort du COVID-19, une femme du village de Biddu en Cisjordanie, a été infectée par son fils qui travaille en Israël.

Un grand nombre de Palestiniens qui ont été testés positifs au coronavirus « ont été infectés lors de leur travail en Israël ou dans les colonies de Cisjordanie », a dit mardi l’association.

L’Autorité Palestinienne a placé les zones de Cisjordanie qu’elle contrôle sous confinement depuis le 22 mars.

Elle a aussi rappelé tous les travailleurs palestiniens d’Israël en Cisjordanie, où ils sont supposés rester en quarantaine chez eux pendant deux semaines.

Mais comme le fait remarquer OCHA, « l’étendue de ce dispositif n’est pas clair, car le secteur de la construction en Israël, où sont employés la plupart de ces travailleurs, est resté en activité ».

Par ailleurs il n’y a « aucun moyen de s’assurer qu’ils appliquent les règles de la quarantaine à la maison ».

OCHA a fait l’éloge de la « coopération étroite entre les autorités palestiniennes et israéliennes » depuis le début de la crise du coronavirus.

L’agence de l’ONU reconnaît à Israël d’avoir facilité l’importation de 10.000 kits de test par l’Autorité Palestinienne et d’avoir tenu une formation de personnel médical à l’hôpital al-Makassed de Jérusalem Est.

Pourtant, les attaques continuelles d’Israël sur la population palestinienne, l’exposant potentiellement à la contagion, rendent risible quelque bonne volonté israélienne que ce soit.

Inquiétude pour les prisonniers

L’alarme grandit aussi pour le bien-être des quelque 5.000 prisonniers politiques palestiniens détenus par Israël.

« Notre inquiétude croissante pour les prisonniers et détenus palestiniens pendant l’évolution de la pandémie de COVID-19 vient de la négligence médicale systématique et quotidienne dans les centres de détention et d’interrogatoire israéliens », a dit mardi Addameer, l’association de défense des droits des prisonniers.

En 2019, cinq Palestiniens sont morts en détention israélienne, trois à cause de négligence médicale, tandis que des centaines souffrent de maladies chroniques non traitées, selon Addameer.

L’association mène une campagne internationale pour demander la libération de tous les prisonniers.

Depuis début mars, Israël a interdit toute visite des familles et des avocats aux détenus palestiniens, prétextant la crise du coronavirus.

Israël a indéfiniment retardé les auditions au tribunal militaire, prolongeant la détention.

Les autorités carcérales israéliennes refusent par ailleurs d’installer des téléphones fixes pour permettre aux prisonniers de parler à leurs familles – comme elles l’avaient promis auparavant – exacerbant leur isolement.

Quatre prisonniers palestiniens qui avaient été en contact à la mi-mars avec un employé israélien de la prison ont maintenant été sortis de leur quarantaine.

Deux ont été rendus à leur famille en Cisjordanie sans avoir té testés pour le coronavirus, et deux ont été renvoyés en prison, a dit Addameer.

Gaza

Depuis lundi, les autorités sanitaires de Gaza ont annoncé trois nouveaux cas de coronavirus, montant à 12 le total dans le territoire.

Tous ceux qui sont infectés étaient des voyageurs mis en quarantaine à leur retour à Gaza, ou des officiers de sécurité qui avaient été en contact avec eux et qui sont aussi en quarantaine.

Il n’y a jusqu’ici aucun rapport de contagion dans l’ensemble de la population.

Il y a eu cependant plein d’alertes sur la catastrophe qui pourrait advenir si l’épidémie se répandait.

« La capacité du système de santé palestinien à faire face à un accroissement attendu de patients demeure sévèrement affaibli par des problèmes anciens et des pénuries critiques, particulièrement dans la Bande de Gaza », a dit OCHA, l’agence de l’ONU pour la coordination humanitaire.

« Les gens des camps de réfugiés et autres zones pauvres et densément peuplées à travers les [territoires palestiniens occupés] font face à un risque plus élevé de contagion à cause du surpeuplement et de piètres conditions d’hygiène. »

Beaucoup d’organisations palestiniennes et internationales et d’experts de la santé ont déjà mis en garde sur la catastrophe qui menace si la pandémie atteint la population de Gaza, où le système de santé, l’eau et l’assainissement et l’économie ont été sévèrement dégradés ces dernières années par trois agressions militaires majeures et un blocus rigoureux.

A cause du virus, les autorités de Gaza ont annoncé mardi que les institutions d’éducation resteraient fermées pour une durée indéfinie, mesure assortie d’autres visant à éviter une flambée de l’épidémie.

Les autorités de Gaza ont annoncé qu’elles allouaient 1 million $ pour les frais d’urgence aux 10.000 familles qui ont perdu leurs revenus à cause de la pandémie et que par ailleurs 300.000 $ avaient été prélevés sur les salaires des employés du gouvernements pour les redistribuer aux familles défavorisées.

La Turquie a accepté de préparer l’hôpital qu’elle soutient à Gaza à accueillir les malades du COVID-19.

Des organisations internationales ont fait appel à un financement d’urgence de 34 millions $ pour combattre la pandémie en Cisjordanie et à Gaza, dont 9 millions $ ont déjà été fournis par les agences de développement, ainsi que par les gouvernements britannique et irlandais.

Ceci survient après que le Qatar ait préalablement engagé 150 millions de dollars sur six mois dans l’effort de combat contre le COVID-19 à Gaza.

Mardi, 100.000 familles de Gaza ont commencé à recevoir chacune 100 dollars versés par le Qatar pour les aider à traverser la crise provoquée par la pandémie.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada