L’accord Israël-Émirats arabes unis: Une délégation américano-israélienne atterrit aux Émirats pour un somment de normalisation

31 août 2020, par MEE et Agences

Le vol de Tel Aviv à Abu Dhabi a été le premier vol commercial direct entre les deux pays

Le conseiller national israélien à la sécurité, Meir Ben-Shabbat, à droite, Jared Kushner, à gauche, et le ministre émirati des affaires étrangères, Anwar Gargash, au centre, en réunion à Abu Dhabi le 31 août (Reuters/Handout)

Le premier vol officiel direct entre Israël et les Émirats arabes unis a atterri lundi, en amont d’un sommet destiné à cimenter un accord datant du début du mois, qui entame des relations diplomatiques officielles entre les deux pays.

L’avion transportait des délégués d’Israël et des États-Unis, qui ont négocié l’accord, dont Jared Kushner, conseiller de la Maison Blanche et gendre du président américain Donald Trump.

« Bien que ce vol soit historique, nous espérons qu’il marquera le début d’un voyage encore plus historique au Moyen-Orient et au-delà », a déclaré M. Kushner, avant de monter à bord de l’avion d’El Al à l’aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv.

« J’ai prié hier au Mur des lamentations pour que les musulmans et les Arabes du monde entier regardent ce vol, reconnaissant que nous sommes tous des enfants de Dieu, et que l’avenir ne doit pas être prédéterminé par le passé », a-t-il ajouté.

M. Kushner était accompagné du conseiller américain à la sécurité nationale, Robert O’Brien, de l’envoyé américain au Moyen-Orient, Avi Berkowitz et d’autres responsables américains, ainsi que d’une délégation israélienne dirigée par le conseiller à la sécurité nationale, Meir Ben-Shabbat. 

La délégation conjointe a été accueillie sur le tarmac par le ministre émirati des affaires étrangères, Anwar Gargash.

« Si cette paix a été forgée par ses dirigeants, elle est souhaitée à une écrasante majorité par son peuple », a déclaré Kushner à l’atterrissage.

Ces représentants devraient explorer, lundi, la coopération bilatérale dans des domaines tels que le commerce et le tourisme. Les envoyés israéliens de la sécurité doivent se rendre séparément aux Émirats arabes unis.

Ben-Shabbat a déclaré que l’objectif de la délégation était d’élaborer un plan pour faire avancer les relations dans un large éventail de domaines. 

Nous sommes venus ici pour transformer une vision en réalité. Il n’y a pas de limite à la coopération… dans l’éducation, l’innovation, la santé, l’aviation, l’agriculture, l’énergie et bien d’autres domaines », a-t-il déclaré à Abu Dhabi.

Dans des incidents apparemment sans rapport, deux explosions dans des restaurants d’Abu Dhabi et de Dubaï ont tué trois personnes plus tôt dans la journée, dans ce que les autorités ont déclaré être le résultat d’un dysfonctionnements du gaz. Le gouvernement d’Abu Dhabi a dit aux habitants « d’éviter de répandre des rumeurs » sur ces explosions et « d’utiliser les sources d’information officielles ».

La nouvelle de l’accord de normalisation entre Israël et l’État du Golfe le 13 août a suscité une polémique et a été dénoncée par les Palestiniens comme une « trahison » qui donne effectivement le feu vert à Israël pour poursuivre sans relâche son occupation et son annexion des terres palestiniennes.

Kushner a déclaré que les Palestiniens ne devraient pas être « enlisés dans le passé ».

« Ils doivent venir à la table des négociations. La paix sera prête pour eux, une opportunité sera prête pour eux dès qu’ils seront prêts à l’embrasser », a déclaré M. Kushner à Abu Dhabi.

L’administration Trump a dévoilé l’ensemble de sa proposition pour la paix israélo-palestinienne en janvier – bien que les Palestiniens et une bonne partie de la communauté internationale l’aient dénoncée pour le fort déséquilibre du plan présenté qui répond favorablement à la grande majorité des demandes d’Israël, tout en n’allouant que des parcelles de terre déconnectées à la création d’un État palestinien sans souveraineté sur ses frontières ou son espace aérien.

Très douloureux

Lundi, le Premier ministre de l’Autorité Palestinienne (AP), Mohammad Shtayyeh, a dénoncé le vol.

« Il est très douloureux de voir aujourd’hui l’atterrissage d’un avion israélien aux Émirats arabes unis, en violation flagrante de la position arabe sur le conflit israélo-arabe », a déclaré l’agence de presse de l’AP, citée par Wafa.

Le Hamas, le parti au pouvoir de facto dans la bande de Gaza assiégée, a également condamné les Émirats arabes unis. Ce vol est « un coup de poignard dans le dos du peuple palestinien, une prolongation de l’occupation et une trahison de la résistance du peuple (palestinien) », a déclaré le mouvement palestinien dans un communiqué.

Alors que les Émirats ont déclaré que l’accord était basé sur le gel par Israël de son plan d’annexion de larges pans de la Cisjordanie occupée, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré publiquement que l’annexion était toujours dans les tuyaux.

Lundi, le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saeb Erekat, a rejeté les déclarations de Kushner comme « mots vides » sur Twitter.

Les Etats-Unis espèrent un effet boule de neige

L’Arabie saoudite, qui n’a pas de relations diplomatiques officielles avec Israël, a donné l’autorisation au Boeing 737 de la compagnie nationale israélienne de survoler son territoire en route vers la capitale des Émirats arabes unis, Abu Dhabi, a indiqué une source qui avait des informations sur le plan de vol.

Toutefois, il a contourné les États du Golfe du Qatar et de Bahreïn, qui ont refusé jusqu’à présent de suivre l’initiative des Émirats arabes unis.

M. Kushner a reconnu le rôle de Riyad dans la réalisation de ce vol « historique ». 

« C’est la première fois que cela se produit. Je voudrais remercier le Royaume d’Arabie Saoudite pour avoir rendu cela possible », a-t-il déclaré après l’atterrissage.

Les pays arabes du Golfe ont entretenu publiquement des liens de plus en plus étroits avec Israël ces dernières années, stimulés par leur rivalité commune avec l’Iran et les avantages qu’il y a à relier leurs puissantes économies.

Mais, avec cet accord, les Émirats arabes unis sont le premier pays du Golfe et seulement le troisième État arabe à établir des liens formels avec Israël. Les deux autres États arabes, l’Égypte et la Jordanie, sont parvenus à des accords de paix impliquant la rétrocession des terres qu’Israël avait conquises lors de la guerre de 1967.

Alors que l’administration Trump a exprimé à plusieurs reprises son espoir que davantage de pays arabes se manifestent et normalisent leurs relations, les responsables israéliens ont publiquement mentionné Oman, Bahreïn et le Soudan comme des États susceptibles de suivre le mouvement – bien qu’ils ne l’aient pas encore fait.

Middle East Eye a précédemment révélé que le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salman s’était abstenu d’une visite prévue à Washington DC pour rencontrer Netanyahu, de crainte que la nouvelle ne se répande et que sa présence dans la capitale américaine ne devienne un « cauchemar ».

Des sources ont déclaré à MEE que Trump et Kushner avaient fait pression pour que la rencontre ait lieu afin de relancer l’image de jeune pacificateur arabe de Ben Salman et de renforcer le soutien régional à l’accord entre Israël et les Émirats arabes unis.

Cependant, le père de Ben Salman, le roi Salman, a maintenu la position selon laquelle tout accord de paix avec Israël était conditionné à un accord entre Israël et les dirigeants palestiniens établissant un État palestinien.

Mais le survol était un signe concret de la coopération saoudienne avec Israël après des années d’ouvertures en coulisses.

Liens militaires

Israël a rejeté les rapports selon lesquels l’accord dépendrait de la vente d’avions de chasse furtifs F-35 américains aux Émirats arabes unis, Netanyahu ayant déclaré qu’il s’opposait à un changement qui pourrait réduire l’avantage stratégique d’Israël dans la région.

M. Kushner a déclaré lundi que les Etats-Unis pourraient maintenir cette avance, « tout en faisant progresser nos relations militaires avec les Emirats arabes unis », et que la question serait discutée plus en détail dans les « semaines et mois à venir ».

Les responsables israéliens espèrent que ce voyage de deux jours permettra de fixer une date pour une cérémonie de signature à Washington, peut-être dès septembre, entre Netanyahu et le prince héritier d’Abu Dhabi, le cheikh Mohammed Ben Zayed al-Nahyan.

Cela pourrait donner à M. Trump un coup de pouce en matière de politique étrangère avant sa candidature à sa réélection en novembre. Hanan Ashrawi, qui est membre du comité exécutif de l’OLP, a dit que Kushner et son équipe se démenaient pour convaincre autant de dirigeants arabes et musulmans que possible » d’assister à une cérémonie de signature à la Maison Blanche et de donner un coup de pouce à Trump dans la perspective des élections présidentielles étatsuniennes du 3 novembre. 

« Ils vont servir d’accessoires au décor insignifiant d’un accord ridicule qui n’apportera pas la paix dans la région », a dit Hanan Ashrawi, la semaine dernière.

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source: MEE