Après 77 jours sans nourriture, sa lutte pour la liberté continue

Des Palestiniens de la ville de Gaza manifestent leur solidarité avec le gréviste de la faim Maher al-Akhras le 10 octobre. Yasser Qudih APA images

Par Tamara Nassar, 11 octobre 2020

Le Palestinien Maher al-Akhras est gravement malade et risque la mort après 77 jours de  grève de la faim ininterrompue, menée pour protester contre sa détention par Israël sans inculpation ni jugement.

Al-Akhras, 49 ans, est de Silat al-Dahr, près de Jénine, en Cisjordanie occupée. Il est marié et il a six enfants.

Israël l’a incarcéré à plusieurs reprises et il a passé cinq ans au total dans ses prisons.

L’armée israélienne l’a de nouveau arrêté le 27 juillet et l’a placé en détention administrative pour quatre mois – durée indéfiniment renouvelable.

L’utilisation par Israël de la détention administrative est la continuation directe d’une pratique coloniale britannique et, selon le groupe de défense des droits des prisonniers Addameer, peut être assimilée à un crime de guerre puisqu’elle prive les prisonniers de leur droit à un procès équitable.

Les détenus administratifs sont incarcérés au nom de prétendus éléments à charge “secrets” auxquels n’ont accès ni eux ni leurs avocats.

Al-Akhras a entamé une grève de la faim d’une durée indéterminée peu après le début de sa détention.

Les autorités pénitentiaires israéliennes ont transféré al-Akhras au Centre médical Kaplan dans le centre d’Israël, où l’on décrit son état comme critique.

Il refuse de prendre des suppléments qui apportent des sels minéraux essentiels en l’absence de nourriture.

L’hôpital a changé al-Akhras de chambre cette semaine, après qu’un patient installé à proximité a eu un test positif au nouveau coronavirus.

“Ma mort serait un meurtre commis par l’occupation”, affirme al-Akhras dans une vidéo depuis son lit d’hôpital au début de ce mois.

“Ce n’est pas de mon ressort. Israël a le pouvoir de libérer ou d’emprisonner.”

Al-Akhras dit qu’il continuera à refuser la nourriture et les négociations.

La semaine dernière, il a rejeté une proposition du Shin Bet – le service de renseignement intérieur d’Israël – d’achever sa période actuelle de détention administrative, qui prend fin le 26 novembre, selon une information de l’agence de presse palestinienne Safa. 

Ahlam Haddad, son avocate, dit qu’il poursuivra sa grève jusqu’à ce qu’il soit libéré immédiatement.

“Mes seules conditions sont la liberté ou la mort”, déclare al-Akhras dans la vidéo.

Taghrid al-Akhras, son épouse, a annoncé la semaine dernière qu’elle entamait une grève de la faim par solidarité avec son mari:

Un gel absurde

Le 23 septembre, Haddad a présenté à la Cour suprême (plus haute juridiction israélienne) une demande de révocation de l’ordre de détention administrative de son client.

La cour a réagi en “gelant” cet ordre. Elle a expliqué sa décision en indiquant que l’état de santé critique de al-Akhras signifie qu’il ne représente pas une menace pour la “sécurité”, selon le groupe de défense des droits humains Al-Haq.

Cependant, ces “gels” – que des cours israéliennes ont déjà imposés dans le cas d’autres grévistes de la faim – ne changent rien dans la pratique : al-Akhras n’est toujours pas libre de quitter l’hôpital et de rentrer chez lui. Il n’a même pas le droit de recevoir des visiteurs.

Le 1er octobre, la Cour suprême a rejeté une nouvelle demande de libération, assurant que l’ordre de détention était actuellement “inactif” et ne pouvait donc pas être révoqué.

Il semble donc que le seul effet du “gel” est d’exclure toute possibilité pour lui d’obtenir gain de cause auprès d’une juridiction israélienne, tant qu’il reste emprisonné sans inculpation ni jugement.

La Cour suprême a rejeté jeudi une requête déposée par son avocate demandant que al-Akhras soit libéré de sa détention administrative “sur la base de la position de l’État sur cette question”, selon le quotidien de Tel Aviv Haaretz.

La Cour suprême d’Israël joue habituellement le rôle de chambre d’enregistrement des exigences de l’État.

Accusations mensongères

Lors d’une séance à huis clos avec la Cour suprême, l’État aurait affirmé que, selon certaines informations, al-Akhras “se serait vanté” depuis son lit d’hôpital d’être membre de l’organisation politique et de résistance du Djihad islamique palestinien.

Haaretz a indiqué que la transcription présentée par l’État à la Cour “ne contenait aucune référence” de al-Akhras au Djihad islamique.

D’après son avocate, al-Akhras dément les allégations d’Israël selon lesquelles il appartiendrait actuellement à cette organisation politique.

Israël considère pratiquement tous les partis palestiniens comme des organisations “terroristes”.

Solidarité

Le Djihad islamique a attribué à Israël “l’entière responsabilité ” de la vie de al-Akhras.

Un responsable du groupe a prévenu que, si “un malheur” arrivait à al-Akhras, Israël “subirait les conséquences des retards” apportés à sa libération.

Des militants et d’anciens prisonniers tiennent un sit-in au bureau de la Croix-Rouge à Jénine, en Cisjordanie, en solidarité avec al-Akhras.

Parmi eux se trouve le gréviste de la faim historique Khader Adnan.

Des Palestiniens de Gaza ont manifesté leur solidarité avec al-Akhras, demandant sa libération :

Une autre manifestation s’est déroulée près du bureau de la Croix-Rouge à Beyrouth, au Liban :

Traduction SM pour Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada