C’est une première : des syndicats britanniques s’engagent à mettre en cause l’ ‘apartheid’ israélien

9 Octobre 2020

Des délégués au Congrès 2018 de TUC 2018 manifestent leur soutien à une motion condamnant le vote par Israël de la loi de l’Etat nation

Le 15 septembre, le congrès annuel du TUC (Trade Union Congress) qui compte près de 6 millions de membres au Royaume Uni, a adopté une motion ré affirmant la solidarité avec la lutte du peuple palestinien pour son droit à l’auto détermination et condamnant l’occupation et la politique expansionniste du gouvernement israélien.

La résolution exprimait une franche opposition aux ambitions
d’annexion du gouvernement de Netanyahou appuyé par l’administration
étatsunienne et elle appelait à ce que le gouvernement britannique mette fin à
sa complicité. Exigeant la cessation du blocus de Gaza et le soutien au
« droit au retour des réfugiés palestiniens », elle engageait le TUC
à « communiquer sa position à toutes les autres centrales syndicales dans
les confédérations syndicales européennes et à les inciter à se joindre à la
campagne pour stopper l’annexion et mettre fin à l’apartheid ».

Ce qui distingue cette résolution est que, en appelant à mettre
fin à l’apartheid, elle identifie les pratiques de l’État israélien envers les
Palestiniens comme institutionnellement discriminatoires, contestant de la
sorte la normalisation des relations adoptée en ce moment par exemple par les
Émirats arabes unis et Bahreïn et encouragée par la Maison Blanche.

L’internationalisme a une longue tradition dans le mouvement
syndical britannique. Dans les années 1860, des travailleurs du textile de la
région de Manchester ont refusé de travailler avec du coton importé des États
du Sud des USA et provenant du travail d’esclaves, malgré les souffrances
endurées par leurs familles, en conséquence. Nombreux furent ceux du mouvement
syndical parmi les volontaires qui ont combattu dans la guerre civile espagnole
contre les fascistes. Dans les années 1960, 
des syndicalistes furent parmi les premiers à répondre à l’appel du
Congrès National Africain au boycott de l’Afrique du Sud. C’est en écho à cette
tradition que s’exprime la solidarité envers le peuple palestinien.

Lorsqu’elle sera mise en application, la décision du TUC
pourrait être une contribution significative à la construction du mouvement de
solidarité internationale et encourager les syndicats du monde à jouer un rôle
majeur dans la campagne comme ils l’ont fait dans la campagne contre
l’apartheid en Afrique du Sud.

L’engagement du TUC est le produit du travail des soutiens de la
campagne de solidarité avec la Palestine et des syndicalistes, effectué depuis
de nombreuses décennies. L’importance des syndicats a été reconnue à cause de
leur potentiel à gagner des millions de gens à la campagne pour la justice pour
les Palestiniens. De plus, les syndicats 
sont significatifs parce que certains sont affiliés au parti
travailliste et peuvent, de ce fait, avoir une contribution vitale pour assurer
que la voix des Palestiniens et de leurs soutiens ne soit pas muselée par ceux
qui font l’apologie de Netanyahou au sein-même du parti.

Pendant plus de trois décennies, ce travail a permis de
transformer la Palestine, qui était l’affaire d’une petite minorité, en une
cause bénéficiant d’un soutien massif dans les syndicats. Alors que des percées
ont eu lieu dans un petit nombre de syndicats au début des années 1990, le
soutien de la majorité des syndicats a été cimenté par l’adoption d’une motion
en 2006 qui a fixé l’agenda politique pour les années suivantes.

La motion, proposée par le syndicat des pompiers, a exprimé son
soutien :

– au droit du peuple palestinien à l’autodétermination ;

– au droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leur
patrie ;

– au retrait des troupes israéliennes de tous les territoires
occupés ; et

– à l’élimination du « mur de l’apartheid » construit
illégalement.

Dès le début, le TUC a encouragé tous ses syndicats à s’affilier
à la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC). Depuis cette date,
d’innombrables réunions de sections syndicales ont permis d’entendre des
orateurs palestiniens et des délégations britanniques de retour au pays
discuter de la situation du peuple palestinien. Des centaines, voire des
milliers, de syndicalistes sont allés en Palestine historique, ont rencontré
des travailleurs, des villages et des militants pour mieux s’informer sur les
problèmes résultant des actions brutales de l’État israélien et de son armée.
Ces voyages ont permis de rencontrer un large éventail de militants
palestiniens et de visiter de nombreux camps de réfugiés, des centres
culturels, des écoles, des universités, des personnes confrontées à des
démolitions de maisons, des enfants prisonniers, des membres de communautés
bédouines et des militants palestiniens en Israël.

Ce groupe de poids, qui apporte sa propre connaissance de la
situation, est devenu un défenseur efficace de la cause palestinienne et un
mobilisateur pour les actions initiées par PSC. Chaque fois que cela a été
possible, ils ont cherché à développer cette solidarité politique en actions
concrètes de soutien humain.

Les syndicats ont joué un rôle central dans la campagne contre
toutes les formes de racisme, y compris contre l’islamophobie, et ont soutenu
les mobilisations autour de la question des vies noires. En même temps, ceux
qui soutiennent les Palestiniens comprennent qu’il n’y a pas de contradiction
entre l’opposition militante à l’antisémitisme et le maintien d’une position de
soutien intransigeant aux droits des Palestiniens opprimés.

Le défi consiste maintenant à continuer à développer ce travail,
à appeler le parti travailliste à soutenir cette campagne et à exiger des
gouvernements britanniques qu’ils mettent fin à leur complicité avec
l’oppression du peuple palestinien par le gouvernement israélien et qu’ils
rejettent l’intervention du président Trump ou de toute future administration
américaine visant à contrecarrer le droit du peuple palestinien à
l’autodétermination.

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source: Mondoweiss