Les journalistes de Gaza rapportent à nouveau à travers leur chagrin lors des funérailles d’amis tués

Par Mohammed al-Hajjar à Gaza City, le 11 Août 2025

Reporters et caméramans sont contraints, une fois de plus, de brouiller la frontière entre le professionnel et le personnel après qu’Israël a tué six autres membres de la presse.

Des journalistes palestiniens et d’autres personnes se rassemblent pour les funérailles de six reporters directement ciblés et tués par les forces israéliennes dans une tente la veille, à Gaza, le 11 août 2025 (Mohammed al-Hajjar / MEE).

Avec des gilets de presse posés sur leurs corps, six autres journalistes palestiniens ciblés et tués par les forces israéliennes ont été inhumés lundi.

C’était une scène qui s’était jouée avec une fréquence dévastatrice au cours des 22 derniers mois : des reporters portant fièrement le mot « press » sur leurs vestes se rassemblant pour pleurer et prier pour des collègues tués.

Anas al-Sharif, le collaborateur de Middle East Eye Mohammed Qreiqeh, Ibrahim Zaher, Mohammed Noufal, Moamen Aliwa et Mohammed al-Khalidi sont les derniers noms ajoutés à la liste des 238 journalistes tués par les forces israéliennes à Gaza depuis le début de la guerre en octobre 2023.

Leur tente médiatique, installée devant l’hôpital al-Shifa à Gaza, a été délibérément prise pour cible tard dans la nuit de dimanche.

Medhat al-Sawalha, dont la propre tente se trouve à quelques mètres, a vu les conséquences de l’attaque.

« J’étais sorti acheter quelque chose à un stand », a-t-il raconté à Middle East Eye, ajoutant qu’à son retour il avait vu la tente de Sharif et de ses collègues en feu.

« Je n’ai pas entendu le bruit de l’explosion, mais à la maison, on m’a dit qu’on l’avait entendue. »

Il s’est précipité sur place, pour découvrir Sharif et plusieurs autres morts et démembrés.

« Anas, que Dieu ait pitié de lui, je l’ai porté dans mes mains, » dit Sawalha. « Je l’ai porté dans mes mains. »

Il dit avoir vu un autre corps à côté de celui de Sharif, qu’il n’a pas pu identifier. Ce corps n’avait plus de tête.

« Nous étions plus proches que de la famille »


Quelques heures après l’attaque, les journalistes palestiniens sont revenus dans le campement.

La structure de la tente avait complètement explosé, avec des matelas et des affaires détruites éparpillés sur le sol.

Les reporters pleuraient et documentaient — un mélange familier entre vie personnelle et professionnelle que les journalistes palestiniens subissent depuis le début de la guerre à Gaza.

C’est un sentiment auquel Mohammed Abu Namous, journaliste télé à Gaza, est habitué.

« Imaginez, hier, lorsque je suis arrivé sur le site visé au milieu de la nuit, je suis passé en direct à l’antenne, » a-t-il raconté à MEE.

« D’une main, je parlais à la chaîne en direct. De l’autre, j’essayais de rassurer ma famille par messages sur WhatsApp que j’allais bien. »

« Imaginez, hier, lorsque je suis arrivé sur le site visé au milieu de la nuit, je suis passé en direct à l’antenne. » , Mohammed Abu Namous, journaliste télé

S’adressant aux journalistes du monde entier, Abu Namous a déclaré que le minimum qu’ils pouvaient faire était de protéger leurs collègues palestiniens des attaques israéliennes.

« Quelle est la différence entre un journaliste étranger et un journaliste de la bande de Gaza ? » a-t-il demandé. « Aux yeux de l’occupation israélienne, tous les Palestiniens sont ceux qui doivent être tués à tout moment. »

Ramadan Abu Sakran était un collègue et proche ami de Sharif, Qreiqeh et Zaher.

« Nous étions plus proches que de la famille, car nous dormions au même endroit, dans le même environnement, et partagions notre nourriture et nos boissons », a-t-il confié à MEE.

« Nous avons vécu la même peur, la même atmosphère de ciblage. Nous couvrions souvent les mêmes sites visés ensemble et nous nous consolions mutuellement face aux scènes que nous voyions chaque jour dans les lieux que nous couvrions ensemble. »

Il a décrit Sharif comme quelqu’un de toujours rieur et blagueur, cherchant souvent à remonter le moral de ses amis et collègues journalistes.

Il plaisantait même, après que l’armée israélienne eut émis une menace l’an dernier disant qu’elle le prendrait pour cible ainsi que le journaliste d’Al Jazeera Hossam Shabat, en disant à ses amis de s’éloigner de lui.

« Nous disions : “Si nous devons mourir, nous mourrons ensemble.” C’est ainsi que nous avions l’habitude de nous réconforter », a expliqué Abu Sakran.

Allégations israéliennes non étayées


Shabat a été tué en mars, lors d’une attaque qui a délibérément visé son véhicule dans le nord de Gaza.

L’armée israélienne a affirmé, sans fournir de preuves crédibles, qu’elle avait tué Sharif parce qu’il « dirigeait une cellule terroriste de l’organisation terroriste Hamas ».

Israël a régulièrement avancé ce type d’accusations à propos de journalistes, accusations fermement rejetées par le Committee to Protect Journalists. Les mêmes affirmations avaient été faites à propos de Shabat en mars.

Al Jazeera, pour qui Sharif était l’un des journalistes les plus en vue à l’antenne depuis Gaza, l’a décrit comme « l’un des journalistes les plus courageux de Gaza ».

La chaîne a qualifié l’attaque de « tentative désespérée de réduire au silence des voix en prévision de l’occupation de Gaza ».

Un photojournaliste examine les décombres, un jour après que les forces israéliennes ont visé une tente médiatique, tuant six journalistes près de l’hôpital al-Shifa à Gaza (Mohammed al-Hajjar / MEE).

« Ces journalistes étaient ceux qui transmettaient la vérité claire, sans embellissement ni déformation, au monde entier », a déclaré à MEE Tamer Daloul, correspondant d’Al-Ghad TV à Gaza.

« Il faut noter qu’Anas et Mohammed Qreiqeh sont restés fermes dans le nord de Gaza pendant le déplacement et la division entre le nord et le sud », a-t-il ajouté.

« Ils ont insisté pour rester à l’intérieur de l’hôpital baptiste arabe Ahli, dans une tente, puis ont ensuite déménagé au complexe médical d’al-Shifa, dans la tente bien connue [où ils ont été tués]. »

Daloul a expliqué que le ciblage israélien de ces journalistes, parmi plus de 200 autres, le laisse craintif, non seulement pour lui-même, mais aussi pour sa famille.

« Honnêtement, cela nous laisse sans savoir : devons-nous continuer à couvrir, devons-nous arrêter, devons-nous rester en direct, sommes-nous protégés ? » a-t-il dit. « Nous ne dormons plus dans les maisons de nos familles, par peur d’être pris pour cible.

« Et pourtant, malgré tout cela, nous essayons de continuer et de faire tout ce que nous pouvons. »

Source : Middle East Eyes

Traduction : ST pour Agence Media Palestine

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