Harcèlement moral « extrêmement violent » : un syndicaliste CGT de France Télévisions poursuit Jean Quatremer, Raphaël Enthoven et Sword of Salomon

Par Meriem Laribi pour l’Agence Média Palestine, le 18 juin 2026

Le journaliste polémiste Jean Quatremer, le philosophe tweetologue Raphaël Enthoven et la personne derrière le compte Sword of Salomon, un compte influent du réseau social X spécialisé dans le doxxing (divulgation de données personnelles), font l’objet d’une plainte pour harcèlement moral déposée le 19 décembre 2025 par Pierre Mouchel, délégué syndical central CGT à France Télévision et par les syndicats SNRT-CGT et SNJ-CGT. La plainte, consultée par l’Humanité, reproche aux trois hommes d’avoir déclenché et amplifié le cyberharcèlement du syndicaliste. 

L’histoire commence par un simple communiqué syndical. Dans ce texte, la CGT de France Télévisions critiquait le traitement éditorial par France 3 des commémorations du 7 octobre. Dans ce communiqué du 13 octobre 2025, le syndicat reprochait à la rédaction de France Télévisions d’avoir publié un article qui posait « de graves problèmes déontologiques » en reprenant « les thèses du CRIF », sans contextualisation. « Un parti pris inacceptable sur le service public », pour le syndicat qui reproche au reportage de n’adopter qu’un seul point de vue, « celui d’une communauté juive qui se sent légitimement meurtrie par ce massacre, mais sans jamais le resituer dans un conflit plus large ».

Il n’en fallait pas plus pour déclencher une déferlement de haine sur les réseaux sociaux. Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, est le premier à signaler et dénoncer l’existence de ce tract, signalement repris dès le lendemain par le compte X Sword of Salomon qui va diffuser une photographie du syndicaliste Pierre Mouchel ainsi qu’une capture d’écran de son profil LinkedIn, se félicitant ainsi d’« identifier l’auteur de ce communiqué de la honte ». Son post est aussitôt relayé par Raphaël Enthoven et Jean Quatremer qui ajoute le commentaire « Bien joué » à l’attention de Sword of Salomon. Grâce à leur importante audience sur X, ces partages contribuent à donner une large visibilité à cette opération de mise en cause personnelle. Les publications totalisent rapidement des centaines de milliers de vues et déclenchent une vague de messages haineux particulièrement virulents à l’encontre de Pierre Mouchel. 

Contacté par l’Agence Média Palestine, le syndicaliste raconte : « Sur le compte X du syndicat, on a reçu des centaines de messages de haine, puis on est passés à des attaques personnelles et ça a ensuite dérivé sur d’autres réseaux sociaux comme Facebook, Linkedin, Bluesky avec des messages sur le compte du syndicat et des messages personnels. J’ai aussi reçu un SMS sur mon téléphone. Tout ça m’a obligé à prendre des mesures de sécurité dans l’espace public. »

Pierre Mouchel estime avoir été exposé à une forme de harcèlement en meute, favorisée par la visibilité des personnalités ayant relayé son identité auprès de centaines de milliers d’abonnés. « Ça a été extrêmement violent, je me sentais assez mal, surtout pour mes proches. Heureusement, je suis dans une organisation où j’ai reçu énormément de soutien mais je pense à tous ceux qui sont ciblés par Sword of Salomon, qui sont esseulés et qui perdent leur travail », explique le syndicaliste qui rapporte en outre que la sécurité sociale a reconnu cet épisode de cyberharcèlement comme un accident du travail.

« Ces gens agissent en toute impunité, ils prônent des valeurs humanistes et démocratiques, se prétendent philosophes, journalistes, mais en fait, sur internet, ils n’hésitent pas à piétiner les gens », déplore Pierre Mouchel qui explique que le but du communiqué de la CGT était de critiquer un traitement éditorial d’un article qui ne parlait absolument pas de ce qui se passait à Gaza. « C’est un enjeu majeur, s’il n’y a pas d’équilibre et qu’on a des gens qui dictent la façon de penser, ça piétine les valeurs démocratiques », se désole-t-il.

La CGT a ensuite publié un deuxième communiqué de clarification le 17 octobre 2025 dans lequel le syndicat se défend de toute forme d’antisémitisme et explique ses intentions : « Le propos de notre tract visait le traitement journalistique univoque et partisan d’une actualité liée à la commémoration du massacre du 7 octobre. Rien d’autre. Dans ce terrible drame, il n’appartient pas aux journalistes d’établir une échelle de la souffrance en invisibilisant une partie des protagonistes. Notre syndicat s’évertue à défendre un traitement équilibré et pluraliste de l’actualité et nous continuerons à le faire. »

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