Gaza : le génocide a entraîné 3,49 milliards de dollars de dommages dans le secteur agricole

Le secteur agricole gazaoui a subi, au cours de la guerre génocidaire menée par Israël depuis octobre 2023, des pertes qui cumulent à 3,49 milliards de dollars, entraînant un « effondrement presque total » de la sécurité alimentaire dans l’enclave.

Par l’Agence Média Palestine, le 21 juillet 2026



Outre le bilan humain colossal, le génocide perpétré par Israël à Gaza a ciblé toutes les infrastructures de subsistance et d’autosuffisance palestiniennes, comme l’ont démontré de nombreux rapports parus au cours des trois années écoulées.

Un nouveau document, publié le 13 juillet dernier par le ministère palestinien de l’Agriculture, met en lumière les dommages causés par Israël sur le secteur agricole de l’enclave, estimant le total des pertes du secteur a environ 3,49 milliards de dollars américains.

Des pertes colossales

Le rapport estime que l’exposition de la bande de Gaza à une destruction à grande échelle, au plus fort de la guerre génocidaire entre 2023 et 2025, a mené à « un effondrement presque total de la structure de production agricole ». Le taux de dommages dépasse les 85% dans la plupart des secteurs, conclut l’analyse croisée d’images aériennes à haute résolution, des systèmes d’information géographique (SIG) ainsi que des bases de données agricoles officielles.

Les bombardements israéliens ont causé des dommages à près de 158,909 kilomètres carrés de terres agricoles, sur un total de 182 247 kilomètres carrés de terres cultivables, soit un taux global de dommages de 87,1%, entraînant un recul considérable de la production des cultures.

Le ministère de l’agriculture souligne un effondrement presque total du système d’irrigation agricole, avec environ 8 700 puits d’eau agricoles détruits, en plus des dommages subis par 3 828 bassins d’eau agricoles et de la destruction de 1 371 kilomètres de canalisations de transport de l’eau agricole.

Quant au secteur de la production animale, le taux de dommages est estimé à 90,3%, les pertes englobant des dommages subis par plus de 5 450 élevages de ruminants et environ 2 300 élevages de volailles. Plus de 69 000 animaux ruminants et 2,79 millions d’oiseaux ont perdu la vie, et 28 400 ruches d’abeilles ont été gravement endommagées.

Le secteur de la pêche est également très impacté, avec près de 1 674 bateaux de peĉhe, sept fermes aquacoles et environ 450 bassins à double usage endommagés, en plus de la destruction de la seule écloserie de poissons, entraînant un arrêt presque total des activités de pêche et de production de poisson.

Concernant les infrastructures agricole, le ministère détaille qu’environ 93 pépinières agricoles, 18 couveuses et 134 chambres froides de stockage agricole ont été endommagées de manière quasi totale, auxquels s’ajoute la destruction massive des centres gouvernementaux, des laboratoires vétérinaires, des stations expérimentales et de traitement de l’eau, en plus des lourds dommages qui ont touché les installations et les ports des pêcheurs ainsi que les infrastructures de services qui leur sont liées.

La sécurité alimentaire durablement affectée

Autrefois autosuffisante et exportatrice de fruits et légumes, l’enclave ne produit désormais plus que des quantités infimes de produits frais. « Ce niveau de destruction ne se résume pas à une simple perte d’infrastructures : il s’agit de l’effondrement du système agroalimentaire de Gaza et de ses moyens de subsistance », alertait déjà l’an dernier Beth Bechdol, directrice générale adjointe de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). « Ce qui assurait autrefois la nourriture, les revenus et la stabilité de centaines de milliers de personnes est aujourd’hui en ruines. Les terres cultivées, les serres et les puits ayant été détruits, la production alimentaire locale est au point mort. La reconstruction nécessitera des investissements massifs, ainsi qu’un engagement durable pour rétablir à la fois les moyens de subsistance et l’espoir », a-t-elle expliqué.

Si le « cessez-le-feu » officiellement en vigueur depuis octobre 2025 a fait reculer la famine, l’insécurité alimentaire reste la norme dans l’enclave palestinienne, ou la majorité des foyers subsistent avec deux repas par jour, selon le dernier rapport de l’OCHA.

La majorité des camions autorisés à pénétrer dans l’enclave sont des livraisons commerciales, alors qu’une écrasante majorité de la population est sans ressource après plus de 1 000 jours de génocide. En outre, les habitant-es notent que l’offre commerciale consiste en nombre de produits transformés et ne correspondent pas aux besoins des familles.

En détruisant systématiquement les terres agricoles, d’élevage et les infrastructures du secteur, Israël a rendu Gaza entièrement dépendante de l’aide humanitaire, faisant de celle-ci un instrument de négociation, au grand mépris du droit international et de l’indignation mondiale.

Une reprise timide et entravée

En juin dernier, la FAO avait salué dans un communiqué « les premiers signes d’une reprise, malgré une destruction généralisée » du système agricole gazaoui. Elle s’est réjouit de la remise en état entre octobre 2025 et avril 2026 d’environ 24 hectares de serres endommagées, principalement dans le gouvernorat de Khan Younis. À ces réparations s’ajoutent 22 hectares de nouvelles serres construites en avril 2026, à Khan Younis et Deir el-Balah. 

Elle relèvait également des signes encourageants dans le secteur de l’élevage, affirmant qu’entre novembre 2025 et mai 2026, la population de petits ruminants de Gaza a augmenté pour la première fois depuis octobre 2023, ajoutant que la reprise du secteur de l’élevage tient en partie à l’aide d’urgence accrue qui a été fournie à la suite du cessez-le-feu. 

Ces prémices de reprise restent fragiles, et largement entravés, soulignait toutefois la FAO. « Les agriculteurs de Gaza souhaitent relancer la production sur chaque parcelle disponible, mais ils doivent pour cela avoir accès à des intrants et à leurs terres », commente Beth Bechdol dans le communiqué. 

Dans l’ensemble de l’enclave illégalement assiégée par Israël, les coûts de production ont augmenté de manière spectaculaire, certaines semences ayant vu leur prix multiplié par six, alors que des milliers d’hectares sont devenus inaccessibles ou impropres à la culture en raison des opérations militaires et des débris de guerre. 

La pénurie de semences, d’engrais, de pesticides et de carburant continuent de paralyser le secteur. En outre, l’occupation actuelle par Israël de près de 65% de l’enclave rend dangereux voire impossible pour nombre d’agriculteur•ices d’accéder à leurs terres situées aux alentours de la ligne jaune.

« L’évaluation montre que certains agriculteurs ont commencé à réparer leurs serres et à redémarrer la production là où les conditions le permettent. Mais il s’agit là d’efforts isolés dans un contexte de destruction généralisée […] La période des semis ayant déjà commencé, on dispose de peu de temps pour agir. L’aide agricole d’urgence et les importations commerciales de semences, d’engrais et d’équipements doivent pouvoir être acheminées à l’intérieur de la bande de Gaza sans restriction et sans attente », conclut Berth Bechdol. 

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