Israël a tiré sur des pêcheurs de Gaza à 347 reprises en 2019

Par Maureen Clare Murphy, 10 janvier 2020

Des Palestiniens venant chercher le poisson à vendre au port de Gaza, en avril 2019Ashraf Amra APA images

Israël et ses dirigeants n’hésitent pas à se vanter de commettre des crimes de guerre, alors même qu’ils font l’objet d’une enquête de la part de la Cour pénale internationale.

À plusieurs reprises l’an dernier, COGAT, le bras
bureaucratique de l’occupation militaire israélienne, a annoncé qu’il punissait
collectivement les pêcheurs palestiniens en leur restreignant l’accès aux eaux
côtières de Gaza.

A quatre reprises, il a complètement interdit aux pêcheurs de Gaza de prendre la mer.

Punition collective

Israël a annoncé des changements dans l’accès aux eaux
côtières de Gaza 20 fois l’an dernier.
Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, a traité l’industrie de la
pêche de Gaza comme « un
levier pour faire pression 
» sur les deux millions de Palestiniens
vivant sur le territoire, qui est sous blocus économique israélien depuis 2007.

Punir une population civile pour des actes dont elle n’est
pas responsable est interdit par la 4e Convention de Genève
qu’Israël a ratifiée.

En 2019, Israël a imposé des restrictions aux pêcheurs comme
punition collective après que des ballons incendiaires et des roquettes aient
été lancées depuis le territoire.

Mais Al Mezan, un groupe de défense des droits humains à
Gaza, déclare que l’objectif réel des restrictions imposées par Israël aux
pêcheurs, et de la violence qu’il leur fait subir, est la destruction complète
du secteur de la pêche.

L’industrie de la pêche, qui était traditionnellement une
pierre angulaire de l’économie de Gaza, a décliné ces dernières années. Près de
10 000 Palestiniens de Gaza étaient employés dans ce secteur en 2000. Ils
ne sont plus que 2 000 à sortir pêcher régulièrement aujourd’hui.

Al Mezan a enregistré 351
violations de leurs droits à l’encontre des pêcheurs de Gaza en 2019.

Israël a ouvert le feu contre des pêcheurs de Gaza à 347
reprises l’an dernier, les blessant dans 16 cas.

Un pêcheur, Khaled Saidi, a reçu
plusieurs balles en métal recouvertes de caoutchouc
alors qu’il était en
mer en février dernier et il a été détenu par les forces israéliennes.

On a enlevé à Saidi son œil droit dans un hôpital israélien
et il a été relâché et renvoyé à Gaza peu après. Mais il n’a pas été autorisé à
retourner en Israël pour faire soigner son œil gauche, qui était également
blessé, alors qu’il avait un rendez-vous dans un hôpital israélien.

Il est finalement allé se faire soigner au Caire. Les
médecins là-bas n’ont pas été en mesure de soigner la blessure de son œil
restant.

« Ma situation économique est maintenant en-dessous de
zéro, je ne travaille pas du tout », a expliqué le jeune père dans une
courte vidéo sur les violences israéliennes à l’encontre des pêcheurs
palestiniens, produite par Al Mezan :

Les pêcheurs blessés ne peuvent plus travailler, parfois
définitivement, privant leurs familles de leur revenu.

Les forces israéliennes poursuivent et détiennent également
des pêcheurs et leurs embarcations. Trente-cinq pêcheurs ont été détenus
l’année dernière, dont trois enfants. Neuf de ceux qui ont été arrêtés sont
toujours en prison en Israël.

Les forces d’occupation ordonnent aux pêcheurs détenus
d’enlever leurs vêtements et de nager dans la mer jusqu’aux canots pneumatiques
israéliens, même dans l’eau glacée en hiver. Les pêcheurs détenus par Israël
sont soumis à des interrogatoires humiliants et à différentes formes de torture
physique, dit Al Mezan.

Les forces israéliennes ont confisqué quinze bateaux en
2019, et il y a eu onze cas de dégradation des biens des pêcheurs, selon les
documents d’Al Mezan.

Violations

Les violations du droit, dirigées contre l’industrie de la
pêche à Gaza, appauvrissent encore ceux qui en dépendent et augmentent
l’insécurité alimentaire de la population dans son ensemble, selon le groupe de
défense des droits humains.

Les violences commises à l’encontre des pêcheurs de Gaza
violent la Convention
des Nations Unies sur le droit de la mer
, explique Al Mezan.

L’article 3 de cette convention stipule que « Tout
État a le droit de fixer la largeur de sa mer territoriale, cette largeur ne
dépassera pas 12 milles marins ».

Israël limite actuellement la zone de pêche à six milles
nautiques au large des côtes au nord de Gaza, et à neuf à quinze milles au
centre et au sud du territoire. Les pêcheurs sont interdits d’accès aux eaux de
Gaza dans une zone de 1,5 milles parallèle à sa frontière nord, et dans une
zone de 1 mille parallèle à sa frontière sud.

L’article 56 de la Convention stipule qu’un État côtier a
« des droits souverains aux fins d’exploration et d’exploitation, de conservation
et de gestion des ressources naturelles » dans ses eaux territoriales.

Les parties internationales à la
Convention portent la responsabilité juridique et morale des violations
israéliennes du droit international, a déclaré Al Mezan.

Traduction :
MUV pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




« Qu’est-ce qu’un Etat sans le peuple ? » :Obsession d’un Etat et déni des droits en Palestine

Alaa Tartir, 8 janvier 2020 Arab Reform Initiative

L’obsession de la direction
politique palestinienne de l’idée d’un Etat indépendant comme moyen d’acquérir
l’autodétermination et la liberté s’est avérée nuisible pour la lutte pour la
décolonisation de la Palestine. En priorisant « un Etat sous régime
colonial » au lieu de se concentrer sur la décolonisation de la Palestine,
puis d’entamer la formation d’un Etat, la direction palestinienne – sous la
pression d’acteurs régionaux et internationaux – a retiré son pouvoir au peuple
et l’a remis aux structures sécuritaires qui, en fin de compte, servent la
condition coloniale.

Le nouveau Premier ministre du gouvernement d’unité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, s’avance pour prêter serment à la cérémonie d’intronisation du nouveau gouvernement au quartier général de l’Autorité Palestinienne en avril 2019 à Ramallah, Cisjordanie. Alaa Badarneh / EPA  EEE

*Cet article est publié en
collaboration avec
Chatham
House
. Il fait partie d’une série de
textes qui traitent de la gouvernance et de la sécurité au Moyen Orient et en
Afrique du Nord, et de leur impact sur le rôle de l’État dans la région.

L’obsession de la direction
politique palestinienne de l’idée d’un Etat indépendant comme moyen d’acquérir
l’autodétermination et la liberté s’est avérée nuisible pour la lutte pour la
décolonisation de la Palestine. Cette direction – sous la pression d’acteurs
régionaux et internationaux – a commis une erreur stratégique en donnant la
priorité au paradigme d’un « Etat sous régime colonial » au lieu
d’engager des processus pour d’abord décoloniser la Palestine, puis entamer la
formation d’un Etat. Un Etat sous régime colonial est un paradigme
fondamentalement défectueux et une diversion par rapport à l’obstacle essentiel
à la paix et à la justice.

On pourrait illustrer
l’adoption de cette « priorité mal évaluée » avec quatre
« étapes cruciales » dans l’histoire et jusqu’à aujourd’hui. Il
s’agit de la Déclaration d’Indépendance de la Palestine en 1988, la signature
des Accords d’Oslo en 1993 – qui était essentiellement un accord sur la sécurité
– pour finalement créer un Etat, le projet de construction d’un Etat sous
l’autorité du premier ministre Salam Fayyad qui a déclaré que les Palestiniens
sont de plus en « plus près du rendez-vous avec la liberté » puisque
l’Etat existe sans en avoir le nom,1 et finalement, l’offre d’un Etat de l’ONU par
l’Autorité Palestinienne conduite par le président Mahmoud Abbas, offre qui se
poursuit jusqu’à aujourd’hui. « L’Etat » devient le seul petit bout
de la lorgnette à travers lequel la direction politique examine le projet de
libération nationale et sur lequel s’appuient les stratégies. Il devient par
ailleurs la lentille analytique et opérationnelle utilisée par les acteurs
internationaux pour justifier leurs interventions politiques, leur aide
financière et leur étalonnage politique. Pourtant, cet alignement sur
l’objectif et son approche a renforcé l’impasse.

Essentiellement, ce qu’il y a
de commun entre ces quatre « étapes cruciales », c’est non seulement
la centralité de « l’idée de l’Etat » dans la réflexion politique
palestinienne, mais aussi l’issue et la conséquence qui en résulte. A la fin de
chaque étape, les Palestiniens sont sortis affaiblis, plus fragmentés et encore
plus éloignés de l’accession à un Etat. Ce n’est pas qu’une simple coïncidence
ni une conséquence involontaire, mais cette issue est directement liée à
l’échec de la stratégie politique adoptée puisque « l’obsession d’un
Etat » n’a pas seulement maintenu le statu quo et l’asymétrie du pouvoir
en faveur du colonisateur, mais a aussi enlevé son pouvoir au peuple/nation en
tant qu’élément central de tout Etat, et a au contraire renforcé les
« fausses institutions nationales » sous condition coloniale. Elle a
renforcé les structures et les institutions sécuritaires pour étayer les
matrices de contrôle existantes, au lieu d’élargir la marge déjà étroite de
liberté ou d’étendre la capacité et les possibilités d’obtention de la liberté.

Plus précisément, l’obsession
de l’État a créé des déficiences structurelles dans la gouvernance et les
systèmes politiques palestiniens qui ont fondamentalement altéré le rôle des
gouvernés, du peuple. A chaque réitération de l’État, le peuple palestinien a
été un peu plus exclu du coeur du système politique et des structures de
gouvernance. Le résultat n’a pas simplement été l’érosion de la légitimité de
ces organes de gouvernement et de leurs stratégies, mais, plus grave, cela a
dépouillé le peuple palestinien de sa capacité de transformation et a affaibli
sa possibilité de résister efficacement aux structures coloniales et
d’oppression.

La révocation de cet ingrédient
central (le peuple) dans le « mixage de l’idée d’un Etat » n’est pas
qu’un échec provoqué chez nous, c’est en fait une entreprise venue d’en haut
parrainée de l’extérieur dont le but est de s’investir dans l’établissement
« d’institutions d’un Etat moderne », sans tenir compte de leur
inclusivité, de leur réactivité ou de leur responsabilité dans la population,
sans parler de leur fonctionnalité et de leur efficacité. Un résident d’un camp
de réfugiés de Jénine en Cisjordanie occupée m’a dit : « L’expression
Dawlat al-Moasassat m’intrigue. Tout d’abord, où est l’État, et
deuxièmement, comment se fait-il que Al-Dawla (l’État) ait de la place
pour toutes ces institutions (al-Moasassat) et pas pour le
peuple. Qu’est-ce qu’un Etat sans le peuple ? » Un autre réfugié du
camp de réfugiés de Balata en Cisjordanie occupée m’a dit : « Je
regardais l’offre d’un Etat de l’ONU à la télé comme n’importe qui regarderait
des discours prononcés n’importe où dans le monde. Oui, j’ai versé une larme
quand la population a applaudi, mais des émotions ne font pas un Etat, et des
déclarations ne changent pas les réalités. Le lendemain, j’ai cherché l’État,
mais je ne l’ai pas trouvé, et maintenant, des années plus tard, je ne peux voir
que sarab ak-Dawla [le mirage d’un Etat]. »

Par conséquent, la tangibilité
et la matérialisation de facto de l’État sont vitales pour le percevoir comme
un vecteur de la réalisation des droits. Mais lorsque l’État est simplement un
mirage et une hallucination (même si l’élite politique le décrit comme l’ultime
aspiration nationale), réévaluer la pertinence de cette pierre angulaire pour
établir la paix (un Etat), et envisager d’autres paradigmes, devient une
nécessité pour tous les acteurs impliqués. Ils doivent aussi s’engager dans des
processus qui, avant tout, conduisent à l’émergence d’un climat propice à ce
que l’idée d’un Etat puisse s’épanouir et être pertinente et significative.

Cependant, au lieu de s’engager
dans un processus de réexamen, les acteurs des gouvernements locaux et
internationaux ont non seulement écarté le peuple et lui ont enlevé son
pouvoir, lui le principal ingrédient du projet pour un Etat, mais il se sont
par ailleurs investis dans de « mauvaises institutions nationales »
sous condition coloniale et les ont renforcées. En d’autres termes, le projet,
parrainé à l’international, de l’Autorité Palestinienne de construction d’un
Etat a été prévu sur sa capacité à gouverner grâce à l’établissement d’un fort
système sécuritaire. Par conséquent, l’installation d’une réforme/réinvention
fondamentale du secteur de la sécurité est devenu la caractéristique
déterminante de l’État à venir.2

Dans les faits, cela a signifié
que le secteur palestinien de la sécurité devait employer environ 44 % de
tous les fonctionnaires, représenter près d’un milliard de dollars du budget de
l’Autorité Palestinienne et absorber environ 30 % du total de l’aide
internationale versée aux Palestiniens. Le ratio du personnel de sécurité par
rapport à la population s’élève à 1 pour 48, l’un des taux les plus hauts au
monde.3

Cette prédominance de la
sécurité s’est étendue au domaine politique avec de puissants chefs de la
sécurité qui pilotent des positions au sommet de l’échelle politique et des
gouvernorats du pays. Sous le prétexte du projet pour un Etat, une totale
synchronisation entre les directions politique et sécuritaire a émergé là où
les dirigeants politiques justifient les actions des agences de sécurité,
tandis que les agences de sécurité protègent la direction politique. Cette
prédominance a, en retour, ajouté un autre niveau de surveillance sur la
population palestinienne.

La direction politique et sécuritaire a conçu la surveillance comme une
manifestation de sa doctrine sécuritaire qui cherchait à assurer le monopole de
« l’Etat » sur l’usage de la violence dans la société palestinienne.
Mais en agissant comme s’ils étaient des organes souverains et en présentant
leur conduite comme étant « professionnelle », les acteurs dirigeants
et leurs soutiens financiers ont efficacement consolidé et professionnalisé
l’autoritarisme palestinien, le tout sous le régime colonial israélien.

La croissance
des structures de gouvernance autoritaires, l’absence de processus politiques
de participation démocratique et la célébration des atours de l’État n’ont pas
seulement rendu la simple idée de l’État – en tant que moyen d’obtenir les
droits – tout simplement non viable et inatteignable, mais elles ont contribué
au déni des droits des Palestiniens, y compris le droit à un Etat souverain.

Il y a presque une décennie, en
avril 2010, le Premier ministre de l’Autorité Palestinienne de l’époque, Salam
Fayyad, a déclaré que les Palestiniens voulaient un Etat indépendant et
souverain et a dit « Ils ne souhaitent pas un Etat pour laissés pour
compte – un Etat pour Mickey Mouse ».5 Pourtant, « l’État pour
laissés pour compte » est une description très juste de la réalité du
« projet d’un Etat » à ce jour. Et c’est une des raisons pour
lesquelles le peuple palestinien est sceptique concernant la capacité de ce
projet de leur fournir des résultats significatifs (souveraineté et liberté),
malgré les illusions présentées par leur direction politique et ses soutiens
internationaux et régionaux.

Par conséquent, il est
impératif que les Palestiniens envisagent un avenir différent qui aille bien
au-delà de l’idée d’un Etat – comme on le leur a présenté tout au long des
dernières décennies – afin d’entamer un processus de changement des réalités
d’aujourd’hui.

Notes :

1. Salam Fayyad,
« Conversation avec Al-Jazeera : Salam Fayyad », Al-Jazeera, le
6 août 2011.

Disponible à : https://www.aljazeera.com/programmes/talktojazeera/2011/08/201186783974816.html

2. Alaa Tartir (2017)
« Criminaliser la Résistance : Le Cas des Camps de Réfugiés de Balata
et Jénine » Revue d’Etudes Palestiniennes, 182 : 46, 7-22,
DOI : https://doi.org/10.1525/jps.2017.46.2.7

3. Alaa Tartir (2017)
« L’Autorité Palestinienne : Forces de Sécurité : Sécurité de
Qui ? », Note Politique d’Al Shabaka. Disponible à https://al-shabaka.org/brief/palestinian-authority-security-forces-whose-security/

4. Alaa Tartir (2018)
« Les Services d’une Paix Titrisée : Le Parrainage de l’Autoritarisme
Palestinien par l’UE », Critique du Moyen Orient, 27 : 4,
365-385, DOI : https://doi.org/10.1080/19436149.2018.1516337

5. Salam Fayyad, « Le
Premier Ministre Palestinien à Haaretz : Nous Aurons un Etat l’Année
Prochaine », Haaretz – Akiva Eidar, 2 avril 2010. Disponible à https://www.haaretz.com/1.5099596

Alaa Tartir

Chercheur Associé au Centre des
Conflits, du Développement et de la Réconciliation.

Traduction : J. Ch. pour
l’Agence Média Palestine

Source : Arab Reform Initiative




Comment Israël torture les Palestiniens

Tamara Nassar, 15 janvier 2020

Dessin décrivant une des positions de stress que les gardiens de prison israéliens utilisent contre les détenus palestiniens. (via Addameer)

Israël
commet des crimes contre l’humanité en torturant les détenus palestiniens,
suggère le récent rapport de du
groupe de défense des droits Addameer.

Le refus
d’Israël de garantir des procès équitables aux prisonniers pourrait également
constituer un crime de guerre selon le groupe.

Addameer
a rassemblé des preuves de l’utilisation par Israël de la torture et des
mauvais traitements à l’encontre des prisonniers palestiniens depuis août
dernier.

Celles-ci
révèlent que les gardiens de prison ont maltraité près de 50 détenus, selon
l’étude du groupe de défense des droits, dont la moitié environ ont subi de la
torture.

Parmi les
détenus on trouve des femmes, des étudiants, des syndicalistes, des défenseurs
des droits humains et des législateurs palestiniens.

Un
tribunal israélien à Jérusalem a publié une obligation de silence le 10
septembre, qui interdisait à Addameer et au public de diffuser des informations
sur des cas de Palestiniens détenus au Russian Compound (Quartier
russe), un centre de détention israélien notoire à Jérusalem.

La cour a
renouvelé l’obligation
deux fois, jusqu’à ce qu’elle expire le 7 décembre.

Torture

« Depuis
sa création, la puissance occupante a développé et appliqué des lois et des
pratiques qui ont mené à la fois à l’utilisation systématique de la torture et
à l’impunité absolue pour les auteurs de ces crimes », écrit Addameer dans
le rapport, qui détaille en partie les formes de torture que les gardiens de
prison utilisent.

Elles
incluent des coups, de la privation de sommeil, des positions de stress, du
harcèlement sexuel et d’autres techniques.

Plus de
70 Palestiniens sont morts sous la torture dans les prisons israéliennes depuis
1967, selon les
recherches effectuées par Addameer.

Ce nombre
inclut 23 prisonniers qui sont morts après qu’Israël ait ratifié la
convention des Nations Unies contre la torture en octobre 1991.

Et
pourtant, jamais aucune personne ou entité n’a été tenue pour responsable.

Au total,
près de 220 Palestiniens sont morts dans les prisons israéliennes depuis 1967.

Coups

Les
gardiens israéliens « frappaient, giflaient, donnaient des coups de poing,
des coups ciblés (avec les doigts) et des coups de pied aux détenus »,
causant parfois des blessures potentiellement mortelles. 

Pour augmenter
la souffrance, les gardiens leur bandaient les yeux « pour qu’ils ne
s’attendent pas aux coups ou ne sachent pas d’où ils allaient venir »,
selon le rapport.

Les séances
de coups pouvaient parfois durer des dizaines d’heures et être menées par plus
de cinq gardiens à la fois.  

La
complicité des médecins israéliens dans les crimes de torture ne doit pas être
ignorée, insiste Addameer.

Dans
certains cas, des médecins israéliens prétendaient faire une évaluation
médicale des prisonniers, déclarant qu’ils pouvaient continuer à être
interrogés alors que les signes de torture étaient évidents sur leurs corps.

Positions de stress

Pour
maximiser la souffrance et la pression, les gardiens israéliens forçaient
parfois les détenus à rester dans des positions de stress avant de les battre.

Les
positions de stress n’infligent pas seulement de la douleur physique aux
prisonniers, mais exercent également une pression psychologique.

Dans presque
toutes les positions de stress, selon Addameer, les détenus sont obligés de se
maintenir dans une position visant à leur faire perdre l’équilibre, donnant un
prétexte aux gardiens israéliens pour les frapper.

Dans
l’une de ces positions, les jambes du détenu sont menottées aux pieds de la
chaise et ses mains de l’autre côté, ce qui tend leur dos arc-bouté par-dessus
le siège de la chair.

Les
interrogateurs peuvent soit s’asseoir sur l’abdomen du détenu soit le frapper à
l’abdomen.

Un dessin
de la dénommée « position de la banane » a été publié par Addameer
sur Twitter, avec d’autres positions similaires :

La chaise palestinienne

Les
militaires israéliens sont allés enseigner cette méthode de torture aux forces
américaines d’occupation en Irak qui torturaient les détenus de la prison d’Abu
Ghraib. Là-bas, cette position de stress a acquis un autre nom, « la
chaise palestinienne », selon Eric Fair, un ancien interrogateur
états-unien de la prison.

« Ils
l’appellent la chaise palestinienne, écrit E. Fair dans ses mémoires
« Consequence », en se référant à deux sergents de l’armée
états-unienne.

« Ils
disent que les Israéliens leur ont appris comment la construire durant un
exercice conjoint de formation. Je suppose que cela s’appelle la chaise
palestinienne à cause de qui était obligé de s’y asseoir », écrit-il.

« Ils disent que tout le monde craque sur la chaise. »

Un dessin de la « chaise palestinienne » ou de la position « de la banane », dans laquelle les mains et les jambes des détenus sont attachées aux pieds d’une chaise, pendant que des interrogateurs exercent des pressions sur leur corps, occasionnant des douleurs intenses dans l’abdomen. Mahmoud Nasser APA images

Dans ses
mémoires, E. Fair décrit le dégoût de lui-même avec lequel il doit vivre, pour
avoir assisté à la torture d’un détenu sur la chaise palestinienne.

« Voir
un homme se faire torturer sur la chaise palestinienne force le témoin à soit
chercher à faire justice soit à se couvrir le visage. … Je passerai le reste de
ma vie à me couvrir le visage », écrit-il.

« Si
on a vu la chaise palestinienne, il est impossible de nier que tout était mauvais. »

Coopération entre les États-Unis et Israël

D’autres
techniques que les interrogateurs israéliens et états-uniens partagent sont la
privation de sommeil et une variété de tortures psychologiques incluant la
menace de viol.

La coopération
entre les États-Unis et Israël s’étend également à des formations conjointes des
policiers
.

L’agence
d’espionnage intérieur israélienne, le Shin Bet, pratique la torture
« comme procédure opérationnelle standard, dans une approche systématique,
et à large échelle, envers les détenus palestiniens », ce qui selon
Addameer pourrait être qualifié de crime
contre l’humanité.

Alors que
la haute cour de justice israélienne a soi-disant proscrit la torture en 1999,
elle a jugé que le Shin Bet pouvait l’utiliser s’il se trouvait dans une
situation de « bombe à retardement », pour interroger les détenus
palestiniens.

L’échappatoire
israélienne de la « bombe à retardement » a été citée par l’agence
états-unienne d’espionnage extérieur, la CIA, pour justifier son régime de
torture – comme cela a été révélé par une enquête du Sénat des États-Unis en
2014 – un autre exemple de coopération sinistre entre les deux États en matière
de torture.

Impunité

Un autre
point commun entre les crimes états-uniens et israéliens est qu’ils demeurent
impunis.

Depuis
2001, près de 1 200 plaintes contre des interrogateurs israéliens ont été
enregistrées, selon le Comité public contre la torture en Israël.

Absolument
tous les cas ont été classés, sans aucune mise en accusation.

« Cette
occupation illégale israélienne a violé toutes les dispositions légales
relatives à l’occupation selon le droit international », conclut le
rapport d’Addameer.

Il
n’existe pas de moyens juridiques intérieurs pour réclamer justice,
ajoute-t-il, puisque les complices font partie intégrante du système juridique
israélien et du gouvernement.

« En
fait, les agences complices de ces crimes sont les renseignements, la cour
martiale, le parquet militaire, la Haute cour, et même le personnel médical
chargé de fournir des soins médicaux et des évaluations des détenus soumis à la
torture et aux mauvais traitements. »

Alors que
les preuves des crimes de guerre israéliens continuent de s’accumuler, les
enquêtes et les mises en accusation devraient également s’additionner à la Cour
internationale de justice.

Traduction :
MUV pour l’Agence Media Palestine

Source : The Electronic Intifada




« Arrêté à tout moment » : les étudiants palestiniens dans la ligne de mire d’Israël

Pour la plupart des étudiants, les notes, les examens et les relations sociales figurent parmi les plus grandes préoccupations de la vie quand ils sont à l’université.

Mais ce n’est pas le cas de Hadi Tarshah. A 24 ans, le jeune Palestinien a passé le dernier semestre dans une prison israélienne, et sa préoccupation principale est son audition au tribunal en mars.
De même, Mays Abu Ghosh, qui récupère d’une torture brutale subie pendant sa détention israélienne, n’est qu’à un semestre à peine de son diplôme. Et un autre étudiant Azmi Nafaa a lutté trois ans pour obtenir son diplôme en étant derrière les barreaux.

Dans les derniers mois de 2019, l’occupation israélienne a lancé une de ses plus agressives campagnes d’arrestation des dernières années contre les étudiants palestiniens.

Des statistiques de l’organisation pour les droits des prisonniers palestiniens Addameer indiquent que quelque 250 étudiants palestiniens sont actuellement emprisonnés par Israël. Selon la Campagne pour le droit à l’éducation à l’université Birzeit, les forces israéliennes ont emprisonné 30 étudiants, rien que de cette institution palestinienne majeure, sur une période de quatre mois.

Depuis 2015, quand une violente vague de contestation a émergé dans les territoires palestiniens occupés, Israël a accru ses politiques répressives contre les Palestiniens.

Cependant, des jeunes Palestiniens ont dit à Middle East Eye que cet accroissement récent n’était que la continuation d’une politique israélienne plus large de répression, criminalisant les étudiants palestiniens qui s’organisaient depuis le tout début de l’occupation.

Briser le moral

Abdel Munim Masoud, un étudiant en finance de 23 ans, se souvient de la dernière fois qu’il a vu son ami, Tarshah, en octobre.

« Nous parlions et rions ensemble la nuit d’avant », a-t-il dit à MEE. « Le matin suivant, j’ai reçu un message sur mon téléphone disant que l’occupation avait arrêté Hadi à l’aube ».
Tarshah a été actif dans le mouvement étudiant à l’université Birzeit depuis qu’il y a commencé ses études. En avril, il a participé au débat annuel pour les élections au conseil étudiant, devenant une figure connue dans le mouvement étudiant.

« Nous nous attendons à ce qu’il soit arrêté à tout moment », a dit Layan Kayed, 25 ans, un étudiant en sociologie ami de Tarshah. « Mais nous avons été supris parce que son arrestation est arrivée à un moment où les arrestations avaient stoppé ».
Le père de Tarshah a dit à MEE que les forces israéliennes se sont introduites dans la maison familiale à 5h du matin.

« Ils sont entrés dans le bâtiment où nous vivons, brisant cinq portes avant d’entrer violemment dans notre appartement, les armes pointées en avant », a-t-il expliqué. « Ils ont arraché Hadi de son lit et ne lui ont pas donné le temps de s’habiller ou même de mettre ses chaussures. Ils l’ont mis dans une jeep militaire et ils sont partis ».

Il a fallu deux jours à la famille de Tarshah pour découvrir où il se trouvait et pour apprendre qu’il était en train d’être interrogé dans un centre de détention israélien à Jérusalem connu sous le nom de « complexe russe » .

« L’occupation essaie de briser le moral des jeunes Palestiniens, spécialement ceux qui se préparent académiquement, afin de les pousser à quitter leur pays —surtout ceux qui sont politiquement avertis et actifs », a ajouté le père de Tarshad. « Mais Hadi est bien plus fort et bien plus averti que cela ».

Tarshad a déjà manqué un semestre entier de cours, qu’il devra rattraper — mais il est aussi confronté à la possibilité très réelle d’une détention répétée, qui pourrait faire échouer son éducation.

« Socialement, il est difficile de voir vos amis obtenir tous leurs diplômes pendant que vous êtes toujours derrière », a expliqué Masoud.

« Certains étudiants pourraient trouver plus difficile de revenir au même niveau d’activisme après leur libération, parce qu’ils ne veulent pas manquer un autre semestre », approuve Kayed. « Mais cela ne veut pas dire qu’ils ne seront pas encore arrêtés. Une fois que vous avez été arrêtés, vous pouvez l’être à nouveau n’importe quand après ».

« Nulle part en sécurité »

L’arrestation la plus dramatique s’est produite en mars 2018, quand des forces israéliennes sous couverture — connus aussi comme mustarabin, se déguisant comme des Palestiniens – ont pénétré sur le campus de Birzeit pour enlever le président du conseil étudiant Omar Kiswani.

« Au début j’ai pensé que c’était une bagarre », a dit Masoud, qui était témoin de l’incident. « Puis ils ont sorti leurs armes et j’ai compris qu’ils étaient des soldats israéliens, pas des étudiants ».

« Notre réaction immédiate a été de nous précipiter vers toutes les entrées du campus et de les bloquer pour empêcher que d’autres soldats ne fassent intrusion », a dit un autre témoin, Hazem Aweidat. « Ils ont finalement atteint l’entrée principale, repoussant les étudiants en les menaçant avec leurs armes, sont montés dans une voiture avec Omar et sont partis ».

Alors que l’arrestation de Kiswani en plein jour a beaucoup attiré l’attention des médias sur l’affaire, Aweidat a souligné que les campus universitaires ont été depuis longtemps vulnérables aux raids des forces de sécurité israéliennes.

« Le campus n’est pas plus important que nos maisons », a-t-il dit. « Quand il est envahi, nous ressentons de la colère, mais si nous voyions cela comme une anomalie, nous pourrions oublier que nous sommes dans un pays occupé, où il n’y a de sécurité nulle part ».

La menace aux étudiants va au-delà des raids par des soldats sous couverture. L’université Al-Quds dans la ville cisjordanienne de Abu Dis près de Jérusalem est un des endroits qui a souffert de nombreuses incursions directes, en plein jour, de forces israéliennes armées sur le campus.

Selon le centre juridique de l’université, 25 de ses étudiants ont été arrêtés par Israël rien que pendant le dernier semestre.

L’emplacement du campus près du mur de séparation israélien le rend plus vulnérable aux raids, a dit à MEE Mohammad Abu Shbak, membre du conseil étudiant de l’université Al-Quds.

« Quand les étudiants manifestent après l’arrestation d’un des leurs, ils tendent à marcher vers le mur », a-t-il expliqué. « Les soldats israéliens suppriment alors la manifestation, envahissent le campus en démolissant les portes et tirent des gaz lacrymogènes et des balles enrobées de caoutchouc à l’intérieur du campus ».

Pour Abu Shbak, un autre facteur est en jeu : « L’occupation vise cette université parce que c’est la seule palestinienne dans la région de Jérusalem. Ils ne veulent aucune activité étudiante palestinienne autour de Jérusalem ».

Abu Shbak se rappelle la première incursion dont il a été témoin.
« J’étais dans le bureau du conseil des étudiants quand j’ai senti des gaz lacrymogènes et j’ai entendu des gens courir en panique. Nous nous sommes séparés en petits groupes ; quelques-uns sont allés bloquer les entrées, d’autres ont aidé à l’évacuation des étudiants et des enseignants, d’autres ont essayé de trouver des voitures et des bus pour aider les gens à rentrer chez eux », a-t-il dit. « Cela duré presque une heure avant que les soldats ne quittent les lieux, en laissant un chaos derrière eux ».

Mais c’est seulement après l’évacuation des soldats israéliens qu’Abu Shbak a découvert qu’un de ses amis, un étudiant de deuxième année, Bahjat Radaidah, avait été arrêté.
Par conséquent, « de plus en plus de familles hésitent à envoyer leurs enfants à l’université Al-Quds à cause de cette proximité du mur et des incursions de l’occupation sur le campus », a dit Abu Shbak.

Détruire l’avenir

Heureusement pour Radaidah, l’ami d’Abu Shbak, il n’a passé qu’une semaine en détention. Mais tous les étudiants palestiniens qui sont arrêtés n’ont pas cette chance.
Azmi Nafaa était un étudiant en droit de 25 ans de l’université Al-Najah, située dans la ville de Naplouse, au nord de la Cisjordanie, et n’était qu’à un semestre de son diplôme lorsqu’il s’est fait tirer dessus, a été blessé et arrêté par les forces israéliennes à un checkpoint proche en novembre 2015.

Un tribunal militaire israélien a étendu cinq fois sa détention sans inculpation — en utilisant la pratique largement dénoncée de la détention administrative — avant de l’inculper finalement pour unes prétendue attaque contre des soldats et de le condamner à 28 ans de prison.

« Azmi a décidé qu’il allait finir ses études en prison. Sa mère hésitait, mais j’ai insisté sur le fait que l’occupation ne peut pas stopper notre vie », a dit son père, Sahel Nafaa, à MEE.

Pendant des mois, Sahel a lutté avec les autorités israéliennes pour qu’elles permettent à son fils d’étudier.

« J’ai cherché sur Facebook des informations sur tous les prisonniers ayant un diplôme de troisième cycle et qui pourraient aider Azmi à étudier », a-t-il expliqué.

« Quand j’en ai finalement trouvé un dans la même prison où mon fils était détenu, alors a commencé le combat pour lui envoyer les livres dont il avait besoin. L’administration pénitentiaire ne voulait pas autoriser l’entrée des livres et ensuite elle a refusé de me laisser rendre visite à Azmi en prison. Ils voulaient me forcer à arrêter d’essayer, mais je ne l’ai pas fait ».

Azmi a finalement obtenu son diplôme depuis une prison israélienne, après trois ans.

Pour Sahel, Israël « cherche à détruire l’avenir du peuple palestinien, ce qui explique pourquoi ils ciblent les personnes jeunes et instruites, intimident leurs familles, les écartent de l’éducation. »

Kayed croit aussi que la répression des étudiants par Israël a des motifs politiques : « L’occupation sait que les étudiants sont le secteur le plus actif et le plus dynamique de la société — particulièrement à un moment où les partis politiques sont de moins en moins efficaces. »

Puisque l’Autorité palestinienne (PA) — dirigée par le parti Fatah du président Mahmoud Abbas —n’a pas organisé d’élections présidentielles depuis 2005, les élections aux conseils étudiants ont longtemps servi de baromètre de la politique palestinienne plus large, particulièrement au sein de la jeune population.

Bien que les factions politiques étudiantes en Palestine aient été historiquement des extensions des partis politiques, Aweidat pense que les temps ont changé.

« Aujourd’hui, ce sont les partis politiques qui sont en fait une extension du mouvement étudiant. « Nous, la jeunesse politiquement active des universités, nous sommes ceux à la tête de mouvements de rue », dit-il. « C’est pourquoi l’occupation nous vise ».

Des étudiants écoutant Aweidat opinent et Kayed conclut : « C’est tout cela être étudiant en Palestine ».

Traduction: CG pour l’Agence Média Palestine

Source: Middle East Eye




Les nationalistes hindous transforment l’Inde en un État ethnique dans le style d’ Israël

Inspiré par le sionisme, le parti de Narendra Modi fait de la religion une condition de la citoyenneté indienne, en excluant les groupes indigènes et les Musulmans.

  Abdulla Moaswes – 8 janvier 2020 – +972

Au cours des dernières semaines, la police a réprimé en Inde des milliers de manifestants dans le pays. Dans bien des cas, la police locale répond brutalement  et par une violence mortelle, se fixant d’infliger « un maximum de dommages » sur les manifestants. Une vidéo téléchargée sur les réseaux sociaux montre des officiers à Kanpur poursuivant des manifestants et les visant avec des balles réelles. Une autre vidéo, de l‘Université Jamia Millia Islamia de Delhi montre elle aussi des policiers utilisant des balles réelles contre des manifestants. Le film des manifestations à Jamia montre également des étudiantes qui manifestent et qui vont sauver leurs collègues masculins de la violence policière. 

Les manifestations répondent au vote en décembre de la loi qui modifie l’accès à la citoyenneté (CAA). Précédemment présentée au Parlement par le parti Bharatiya Janata (BJP), cette loi permet aux membres des communautés hindoue, jain, parsi, sikh, bouddhiste et chrétienne du Pakistan, du Bangladesh et d’Afghanistan de revendiquer la citoyenneté en Inde, tandis qu’elle en exclut les Musulmans. 

Alors que les membres du BJP ont présenté la loi, au niveau international, comme un moyen d’aider des groupes minoritaires de pays musulmans voisins à échapper aux persécutions, c’est en fait la dernière d’une série d’étapes de répression effectuées par le gouvernement indien contre la minorité musulmane du pays. En faisant de la religion une condition de la citoyenneté indienne, la loi a un but plus inquiétant : transformer l’Inde en une version hindutva d’Israël. 

Hindutva, ou le nationalisme hindou, est une idéologie politique à laquelle se rattache le BJP et son dirigeant, le premier ministre Narendra Modi. Avant la colonisation, les fidèles de la religion hindoue ne se sont jamais considérés comme une nation. Comme le défend la professeure Romila Thapar de l’Université Jawaharlal Nerhu, un narratif national de l’hindouisme n’a émergé qu’après la rédaction de textes au début du 19è siècle par des historiens britanniques d’Inde, tels James Mill, qui ont écrit sur une nation musulmane et une nation hindoue « perpétuellement antagonistes ». 

Le père idéologique du nationalisme hindou d’aujourd’hui est cependant Vinayak Damodar Savarkar. Homme politique du début du 20è siècle, il s’est inspiré à la fois de l’Allemagne nazie et du mouvement sioniste en plaidant pour que l’Inde devienne un État ethnocratique hindou traitant les Musulmans « comme les Nègres » aux États Unis à l’époque. 

Fin novembre, le consul général indien à New York, Sandeep Chakravorty, a cité les colonies israéliennes de la Cisjordanie occupée comme exemple de ce que l’Inde espère réaliser au Cachemire. Les travaux d’universitaires comme Vivek Dehejia et Rupa Subramanya montrent clairement que cette perception d’Israël comme modèle pour l’Inde est applicable non seulement au Cachemire – un territoire sous occupation militaire depuis sept décennies – mais aussi au sein de la « métropole » et d’autres États.

Dans l’esprit de son affinité avec le sionisme, le BJP s’est engagé, lors des élections indiennes de 2014, à instituer une politique similaire à la Loi du Retour israélienne, qui garantirait la citoyenneté indienne aux Hindous de pays voisins. La loi modificatrice de la citoyenneté a ensuite été présentée au Lok Sabna, la Chambre basse du parlement indien, à l’été 2016. 

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu avec son homologue indien, Narendra Modi, à une cérémonie d’adieux en son honneur, à l’aéroport international Ben Gourion  de Tel Aviv, 4 juillet 2017. (Shlomi Cohen/Flash90)

Des manifestations ont exprimé la solidarité avec les Indiens musulmans dans plusieurs villes telles que Delhi, Hyderabad et Lucknow. La toute première opposition à la loi a cependant émergé dans l’État d’Assam en 2016, où le parti Assam Gana Parishad a critiqué le BJP pour chercher à compromettre l’identité du peuple indigène assamais.

Bien que la population de l’Assam soit principalement formée d’Hindous, la question des droits indigènes dans l’État est un héritage très sensible du régime colonial britannique. Il est bien connu que les Britanniques ont encouragé le mouvement des colons bengalis en Assam, et ont même institué la langue bengali comme langue officielle des tribunaux en 1836. 

L’arrivée massive de réfugiés du Bangladesh pendant la guerre d’indépendance de 1971 a entraîné de violents pogromes de la part de tribus indigènes contre les réfugiés à la fin des années 1970. Des habitants indigènes d’autres États du nord-est de l’Inde ont protesté pour de semblables raisons, principalement dans l’État de Tripura.

Escalade vers le colonialisme de peuplement

L’Inde a toujours eu un problème relationnel avec les minorités religieuses et ethniques qu’elle a gouvernées et qui représentent environ 15% de la population, en particulier avec sa minorité musulmane. Mais la création de jure par le BJP d’une citoyenneté à plusieurs vitesses entre Musulmans et non-musulmans représente un ralliement alarmant à l’ethnocratie et à l’apartheid.

Tout comme l’abrogation, en août, de l’Article 370 permet à l’Inde de minorer la majorité musulmane du Cachemire, la CAA est conçue pour faciliter un changement démographique du même type et pour minorer la population musulmane de l’Inde. Cette loi est particulièrement dangereuse lorsqu’elle est appliquée au Registre National des Citoyens de l’Inde (NRC) qui est l’enregistrement officiel des citoyens de l’Inde selon la loi de 1955 sur la citoyenneté. Le registre n’a pas été actualisé depuis les années 1950 dans la plus grande partie du pays, ce qui n’a pas empêché le ministre indien de l’intérieur, Amit Shah, de déclarer, en 2019, qu’il serait utilisé pour chasser « toute personne infiltrée en Inde ». 

Pour entrer dans le registre national, les Indiens devront être en possession de documents prouvant leur statut juridique avant la date limite du 24 mars 1971, dans le cas de l’Assam par exemple. Cela pose un énorme problème à des gens qui n’ont peut-être pas été en mesure de se procurer de tels documents depuis ce temps. 

Dans l’État d’Assam, près de 2 millions d’habitants n’ont pas pu avoir accès au registre national, dont environ 700 000 Musulmans. Bien que des non-Musulmans seront sans appartenance étatique pendant une courte période, la loi modificative de l’accès à la citoyenneté leur permettra de récupérer leur citoyenneté. Les Musulmans, quant à eux, sont exclus de  cette garantie et peuvent être forcés de vivre dans des centres de détention. 

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Un soldat israélien vérifie la carte d’identité d’un Palestinien dans la ville de Hebron en Cisjordanie, 19 juin 2019. (Wisam Hashlamoun/Flash90)

Les conséquences pratiques de ce registre indien comportent bien des similitudes avec le contrôle par Israël du registre de la population de la Cisjordanie occupée et de Gaza. Bien que l’Autorité Palestinienne puisse actualiser son propre exemplaire du registre de la citoyenneté, c’est Israël qui détermine le statut des Palestiniens, y compris sur le fait de reconnaître leurs documents légaux ou de décider jusqu’à quel point ils peuvent se déplacer librement vers ou en dehors des territoires occupés. 

Selon l’organisation israélienne à but non-lucratif B’Tselem de défense des droits humains, Israël na pas actualisé le registre de la population palestinienne depuis 2000. Ce groupe déclare aussi que les raisons pour des Palestiniens de perdre ou d’obtenir un statut officiel de la part d’Israël, reposent, entre autres, sur le fait d’avoir passé une longue période à l’étranger et sur l’absence lors des recensements de la population.  

Dans ce contexte, Israël utilise le registre de la population palestinienne pour manipuler et concevoir des données démographiques d’une manière qui convienne aux ambitions de colonialisme de peuplement d’Israël. À cela s’ajoute l’incarcération et la détention arbitraires de Palestiniens comme forme de contrôle de la population. 

L’État indien a mis en oeuvre des structures et processus oppressifs qui vont de massacres soutenus par l’État à une occupation militaire complète, au cours de pratiquement toute son histoire. Pour autant, le retrait de l’Article 370 et l’adoption de la loi modificative de l’accès à la citoyenneté sont une escalade en direction des ambitions de colonialisme de peuplement. Il y a là une tentative d’effacer l’association entre des peuples indigènes et leurs terres, tout en créant une association entre des colons non-indigènes et ces mêmes terres. 

Ce n’est pas une coïncidence si ces changements se produisent sous le gouvernement de nationalistes hindous et l’administration la plus amicale à l’égard d’Israël de l’histoire de l’Inde. Comme avec Savarkar, il y a près d’un siècle, les rêves fascistes de Modi et d’autres nationalistes hindous sont toujours inspirés par les actions des sionistes.  

Abdulla Moaswes est un intervenant palestinien en études des media et en sciences sociales. Il est diplômé de l’École des Études Orientales et Africaines (SOAS) et de l’Université d’Exeter. Ses recherches sont centrées sur les liens transnationaux entre le Moyen Orient et l’Asie du Sud. Compte Twitter @KarakMufti.

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine




Fauda, d’Israël : un drame immoral, qui exploite et transforme la souffrance des Palestiniens en un divertissement

Orly Noy – 7 janvier 2020 – Middle East Eye

La troisième saison de cette série télévisée populaire traite des opérations dans la bande de Gaza assiégée.

La série télévisée Fauda (le « chaos », en arabe) traite de l’histoire d’une unité clandestine israélienne, la Mistaravim, dont les commandos, déguisés en arabes, vont effectuer des missions à l’intérieur des territoires palestiniens occupés.

Parmi les séries dramatiques israéliennes les plus réussies jamais réalisées, le spectacle a reçu de nombreux prix, tant au niveau national qu’à l’étranger. La première saison de la série a été diffusée en 2015 et Netflix l’a acquise l’année suivante, après quoi Fauda a connu un succès international insensé.

Le journaliste Avi Issacharoff et l’acteur Lior Raz ont créé cette série qui se base en partie sur leurs propres expériences au sein de l’unité de commandos Duvdevan de l’armée israélienne. Parmi les consultants de la série, on trouve Gonen Ben-Yitzhak, un ancien coordinateur de la sécurité israélienne, et commando d’élite, et Aviram Elad, un autre gradé de la Duvdevan. 

Une arrogance éhontée

Les deux premières saisons se sont concentrées sur les opérations secrètes de l’unité en Cisjordanie occupée. La troisième saison, qui vient juste de débuter, porte sur des opérations dans la bande de Gaza. Avant que la saison en cours ne soit diffusée, les producteurs ont lancé toute une campagne agressive pour l’annoncer, campagne qui a inondé les rues d’Israël d’énormes panneaux publicitaires.

Chaque fois que je passe devant l’un de ces supports promotionnels ou que je m’arrête à un feu rouge à proximité de l’un d’eux, je meurs de  honte.

La publicité pour cette nouvelle saison montre le visage d’un acteur au regard d’acier, meurtri et ensanglanté, à côté du message « Bienvenue à Gaza », écrit en anglais mais en lettres hébraïques. Je la regarde et je pense à l’incroyable cynisme, à l’arrogance éhontée de cette raillerie.

Bienvenue à Gaza. Bienvenue dans le ghetto dont les issues sont bloquées par Israël depuis plus d’une décennie, punissant d’une mort lente plus de deux millions d’êtres humains. Ceci, apparemment, est le nouveau terrain de jeu virtuel servant à satisfaire le besoin de sensations fortes des téléspectateurs israéliens, conçu en anglais pour souligner la nature américaine de ce mastodonte du divertissement.

Un site de média en hébreu qui penche à droite a décrit la nouvelle saison ainsi : « Fauda et ses opérations secrètes de la Mistaravim commandées par Doron (Lior Raz) reviennent pour une nouvelle saison intense et palpitante. Leur mission principale cette fois est de porter atteinte à l’infrastructure du Hamas en Cisjordanie qui opère depuis Gaza et d’y éliminer le commandant de la branche militaire du Hamas ».

Gaza : un mythe pour les Israéliens

Des défis nouveaux, palpitants et pleins de suspense, et des missions nouvelles, pleines d’audace. Comme dans un jeu vidéo complexe, le spectateur peut se poser contre son dossier et se laisser emporter par le drame, l’écran le protège des scènes dramatiques qui se déroulent à Gaza. La situation cruelle que connaissent les deux millions d’êtres humains assiégés n’est plus qu’un décor scénique pour le scénario.

En tant que tel, le siège de Gaza lui-même devient la meilleure publicité pour les séries télévisées. Grâce à une autre longue année de bouclage, Gaza est devenue une sorte de mythe pour les Israéliens : pas entièrement réelle, au sens où c’est une vraie population qui y vit, et pourtant, en même temps très angoissant et menaçant.  

L’ignorance des Israéliens ordinaires qui fleurit derrière l’écran noir qu’Israël a imposé autour de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et la peur primitive qu’elle engendre, sont des composants majeurs du succès de cette série.

Il est encore plus grotesque de savoir que de suivre, crispé, les actions de « nos merveilleux garçons » dans Gaza n’empêche pas la plupart des téléspectateurs de Fauda de prétendre, dans des arguments politiques, « Mais nous avons quitté Gaza ! Il n’y a plus d’occupation là-bas ! ». En attendant, ils applaudissent à chaque exécution, détention ou embuscade sophistiquée qu’ils voient sur leur écran télé. Nous nous sommes retirés de Gaza, mais quel beau travail nous y faisons !

Cette aliénation englobe aussi une sorte d’exotisme qui entoure les Palestiniens sous occupation. Pour la grande majorité du public juif israélien, tant l’action qui survient dans Gaza assiégée, que certaines parties de la série qui se déroule en Cisjordanie, décrivent des lieux au-delà des montagnes de ténèbres. Naplouse, Ramallah, Jénine – toutes aboutissent à symboliser des domaines d’un monde souterrain que nos garçons pénètrent et quittent, plutôt que des villes pleines de vie si proches de là où nous vivons.

Je me souviens très bien de la première fois où je suis allé voir un ami à Jénine. Au début, j’ai été incapable de comprendre les instructions qu’il m’avait données. Il n’était pas logique que je doive juste monter dans ma voiture et conduire directement vers lui. J’ai été stupéfié de découvrir combien le trajet était aisé et court.

Terrifiant et exotique

Fauda ne se contente pas de s’appuyer sur la peur des espaces palestiniens, elle l’amplifie, elle la justifie et la normalise. Les Palestiniens sont dépeints comme des créatures terrifiantes et exotiques vivant dans des lieux où seuls les commandos osent s’aventurer. Le sionisme a réussi à transformer les Palestiniens en figures exotiques dans leur propre patrie.

Un argument clé qui se dégage dans de nombreuses discussions de la Fauda est qu’en fait, cette série incarne un programme humain, voire de gauche, parce qu’il « dépeint la complexité » et montre que les gens, de l’autre côté, sont aussi des êtres humains.

Ce point mérite qu’on y réfléchisse un moment, de sorte que nous puissions considérer ce qu’il dit de nous, Israéliens, si après tant d’années de notre règne violent sur des millions de Palestiniens privés de leurs droits, il nous faut nous rappeler qu’eux aussi sont des êtres humains. Mais le défaut moral le plus profond de cet argument, c’est la symétrie qu’il avance : vous voyez, il y a des humains des deux côtés.

Mais étant donné la réalité sous-jacente de la bande de Gaza qui, selon un rapport des Nations-Unies publié il y a plusieurs années, devait devenir impropre à l’habitation humaine d’ici l’année 2020 – une prévision devenue réalité plus tôt que prévue –, il n’existe aucune symétrie.

D’un côté, il y a un endroit où l’existence depuis des décennies a été écrasée par un régime de violence, de pauvreté, de destruction et de mort, régime installé par l’une des armées les plus puissantes au monde ; de l’autre, il y a cette armée qui maintient un contrôle absolu sur le destin de l’autre, sans l’intention de s’arrêter.

Une souffrance indescriptible

La série Fauda a été créée par des gens qui jouent un rôle actif dans ce régime de contrôle et de mauvais traitements. Cette série télévisée est le fruit de cette collaboration, et en tant que telle, elle est, par définition, illégitime.

Il est immoral de transformer la souffrance de la victime en un divertissement pour le bourreau. Il est immoral de succomber à une dépendance à l’adrénaline aux dépens de ceux qui se trouvent dans le collimateur de nos armes. Gaza n’est pas un décor de théâtre pour une série dramatique ; c’est un endroit réel avec une population réelle qui subit la souffrance indescriptible que nous, les Israéliens, leur imposons chaque jour.

Oui, il est important de savoir ce qui se passe dans la bande de Gaza alors qu’elle se désintègre sous le siège, mais pas par le biais d’un divertissement au profit des masses. Nous pourrions, par exemple, apprendre à connaître les voix des jeunes Gazaouis eux-mêmes, via ce site important « Nous ne sommes pas des numéros » (https://wearenotnumbers.org/).

Il est facile de dire, « laisse tomber la politique et la morale », ou « il n’y a pas d’autre choix que de suivre le courant » -, sauf qu’il y a toujours des choix.  Nous pouvons, par exemple, refuser de coopérer à la transformation des victimes en un amusement pour les occupants ou en divertissement pour la communauté internationale  -, cette même communauté internationale qui, depuis tant d’années, permet l’occupation afin de perpétrer ces mauvais traitements.

Orly Noy est journaliste et militante politique, elle est basée à Jérusalem.

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine

Source: Middle East Eye




Israël emprisonne l’intellectuel palestinien Ahmed Qatamesh sans charge ni procès

L’intellectuel palestinien de gauche Ahmed Qatamesh a été condamné à être emprisonné sans charge ni procès en détention administrative le 1er janvier 2020 par les forces d’occupation israéliennes, quelques jours seulement après que cet écrivain et penseur de 68 ans ait été arrêté chez lui à al-Bireh par des soldats de l’occupation en armes. Il a passé plus de 13 ans dans des prisons israéliennes en détention administrative.

Qatamesh a été emprisonné de façon répétitive par les forces d’occupation israéliennes, y compris en 1969 et en 1972 où il a été enfermé pour quatre ans. Il a à nouveau été arrêté en 1992 après 17 années où il a réussi à vivre dans la clandestinité par rapport aux forces d’occupation. Lors de son arrestation, il a été soumis à de sévères tortures et enfermé pour plus d’un an ; en dépit d’un ordre de relaxe, il a été envoyé en détention administrative en octobre 1993. Les ordres de détention administrative se sont renouvelés à son encontre, sans charges ni procès, pour un total de cinq ans et demi avant sa libération en 1998 ; il demeure l’un des Palestiniens les plus longtemps retenu en détention administrative.

Il a à nouveau été arrêté en 2011 et a vu sa détention administrative à nouveau prolongée sept fois avant sa libération en 2013. Amnesty International a déclaré que Qatamesh était un prisonnier de conscience emprisonné pour ses écrits politiques, faisant remarquer qu’ils « pensent qu’il est détenu pour réprimer ses opinions et pour décourager les activités politiques d’autres militants palestiniens de gauche ». En 2017, il a été à nouveau emprisonné sans charge ni procès pour trois mois en détention administrative.

Il a écrit plus de 10 livres, dont son approche vers un Etat unique démocratique en Palestine, traduit en anglais en 2007. Son livre « I Shall Not Wear Your Tarboush » (Je ne porterai pas votre tarbouch) raconte son temps passé en prison ainsi que les 100 jours de torture qu’il a subis pendant ses interrogatoires en 1992. Il a récemment commencé à diffuser un nouveau livre, « Current Intellectual Approaches » (Approches intellectuelles actuelles), avant d’être arrêté le 24 décembre.

Qatamesh rejoint les environ 450 Palestiniens emprisonnés en détention administrative, sur un total approximatif de 5.000 prisonniers politiques palestiniens détenus dans des prisons israéliennes. Ces ordres de détention, introduits en Palestine par le mandat colonial britannique puis adoptés par le projet sioniste, sont émis pour jusqu’à six mois à la fois, mais sont indéfiniment renouvelables sur la base du « secret des preuves ». Les années d’emprisonnement sans charge ni procès de Qatamesh reflètent l’injustice fondamentale de la détention administrative. Son camarade palestinien de prison et détenu administratif Ahmad Zahran en est actuellement à son 103ème jour de grève de la faim contre son emprisonnement sans charge ni procès, exigeant la fin de cette pratique.

Samidoun, Réseau Palestinien de Solidarité avec les Prisonniers, dénonce la détention administrative du Dr. Ahmed Qatamesh et exige sa libération immédiate. Le ciblage de l’écrivain palestinien et figure historique du mouvement de libération de la Palestine fait entièrement partie de l’attaque continue des Israéliens sur la culture et la résistance qui précède la Nakba. Des écrivains palestiniens, de Mahmoud Darwish à Samih al-Qasem aux jeunes poètes d’aujourd’hui comme Darin Tatour, ont été ciblés à côté d’innombrables intellectuels et universitaires palestiniens en vue de les emprisonner. Cela fait aussi partie d’une attaque globale sur la gauche palestinienne et les forces de progrès qui luttent pour la libération de la Palestine. Nous faisons appel à un soutien urgent et à la solidarité internationale pour obtenir la libération du Dr. Ahmed Qatameh, la fin de la politique de détention administrative et la libération de tous les prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes.

Traduction: J.Ch pour l’Agence Média Palestine

Source: Samidoun




Rapport : Israël a émis 1022 ordres de détention administrative contre des Palestiniens en 2019

3 janvier 2020

Légende photo: Des Palestiniens participent à une manifestation contre la détention administrative, devant le bureau de la Croix rouge, à Gaza, le 22 février 2018. [Photo: Ashraf Amra]

Le Centre d’études sur les prisonniers palestiens a déclaré hier qu’Israël avait émis 1022 ordres de détention administrative contre des Palestiniens en 2019.

Le groupe a indiqué dans un communiqué qu’il y avait eu en 2019 10% d’ordres de détention administrative — c’est-à-dire un emprisonnement sans charges ni procès — émis par des tribunaux israéliens en plus par rapport à 2018, où 920 ordres avaient été recensés.

Le porte-parole Riyad Al-Ashqar a dit que 380 nouveaux ordres de détention administrative avaient été émis en 2019, la majorité concernant des prisonniers libérés auparavant, et 642 renouvellements.

Certains prisonniers voyaient leurs ordres de détention renouvelés pour la sixième fois, a expliqué Al-Ashqar.

20% des ordres ont été émis dans les villes de Cisjordanie occupée, Hébron, Ramallah et Bethléem.

Trad. CG pour Agence Media Palestine

Source: Middle East Monitor




2020, l’année de la fin pour Gaza

Par Gidéon Levy, Haaretz, 2 janvier 2020

Photo : Une famille palestinienne se réchauffe autour d’un feu durant une période de froid dans un bidonville à la périphérie du camp de réfugiés de Khan Younis, au sud de la bande de Gaza, 31 décembre 2019. Photo Khalil Hamra.

C’est comme ça quand on s’amuse, le temps file. Il y a huit ans, en 2012, les Nations Unies ont publié un rapport intitulé « Gaza en 2020 : un endroit vivable ? » La réponse était contenu dans le corps du rapport : non. Sauf si des mesures étaient mises en œuvre pour la sauver.

C’est comme ça quand on s’amuse, le temps file. Il y a huit ans, en 2012, les Nations Unies ont publié un rapport intitulé « Gaza en 2020 : un endroit vivable ? » La réponse était contenu dans le corps du rapport : non. Sauf si des mesures étaient mises en œuvre pour la sauver.

Aucune réelle mesure n’a été prise mais les projections dans ce rapport sévère ne sont en plus pas confirmé : la situation est bien pire que ce qu’il prédisait.

Il y a un Tchernobyl à Gaza, à une heure de Tel Aviv. Et Tel Aviv n’est pas gêné par cela. Pas plus que ne l’est le reste du monde. Les analyses des informations de la dernière décennie incluent tous le reste, excepté le désastre humanitaire qui se déroule dans l’arrière cour d’Israël, et pour lequel Israël est principalement à blâmer, est responsable.

Au lieu de prendre ses responsabilités pour les avoir expulsés et conduits à Gaza en 1948, et d’essayer de compenser et réparer ce qui a été fait, à travers réhabilitation et assistance, Israël poursuit les politiques de 1948 d’une autre façon : une cage au lieu d’une expulsion, la prison au lieu du nettoyage ethnique, le siège au lieu de la dépossession.

On peut douter qu’il y ait d’autres régions du monde où des désastres ont duré continuellement plus de 70 ans et tout cela en étant le produit d’actes humains malveillants. La mémoire de Gaza aurait dû nous hanter jour et nuit. Au lieu de cela, Gaza est oubliée. Seul le tir d’une roquette Qassam est capable de procurer un rappel de son existence.

Quand le rapport de l’ONU a été rédigé, le taux de chômage à Gaza était de 29 %. Huit années se sont écoulées et aujourd’hui, selon la Banque mondiale, le taux de chômage là-bas a atteint un taux inimaginable de 53 %, 67 % chez les jeunes.

Est-ce que quelqu’un comprend ça ? Soixante-sept pourcent de chômage. Est ce que qui que ce soit comprend à quoi correspond une telle vie, quand la majorité des jeunes n’ont ni présent ni avenir ?

Le Hamas est la partie coupable. Le Hamas est coupable de tout. Et Israël ? Pas du tout. Quelle répression, quel déni et lavage de cerveau cela requiert-il ? Quels mensonges et quelles inhumanité et cruauté ? Un pays qui a envoyé des missions de secours aux bouts de la planète est, de façon révoltante, indifférent au désastre qu’il a créé à sa frontière et aggrave même la situation.

Approximativement la moitié des résidents de la bande de Gaza vivent avec moins de 5,50$ par jour. En comparaison, en Cisjordanie occupée, seulement 9 % de la population survit avec une telle somme.

Le Hamas est coupable. Comme s’il avait imposé le siège, qu’il faisait obstruction aux importations, exportations et à l’emploi, qu’il tirait sur les pêcheurs de Gaza, qu’il empêchait les malades du cancer d’obtenir un traitement médical, qu’il avait bombardé Gaza, tuant des milliers de civils et détruisant un nombre incalculable de maisons. Evidemment.

Le rapport de l’ONU de 2012 prédisait qu’en 2020 Gaza aurait besoin d’au moins 1000 médecins. Mais dans Gaza de 2020, 160 médecins sont partis durant les trois dernières années. Tout ceux qui le peuvent, partent.

Une jeune chirurgienne de l’hôpital Shifa de Gaza, Dr. Sara al-Saqqa, a témoigné au journal Guardian la semaine dernière qu’elle gagnait 300$ pour 40 jours de travail. Si ce n’était pour sa mère âgée, elle aussi serait partie.

Il y a pire à venir. Quatre-vingt dix-sept pourcent de l’approvisionnement en eau est impropre à la consommation, comme l’estime le rapport de l’ONU. 100000 mètres cubes d’eaux usées par jour sont déversés dans la méditerranée, qui est aussi notre mer. Ashkelon se baigne dans les eaux usées de Gaza, mais cela ne dérange personne non plus. Trois ans après que le rapport de l’ONU ait été publié, les Nations Unies ont publiées le rapport de 2015. La guerre d’Israël sur Gaza, l’opération bordure protectrice, a déraciné un demi million de personnes de leurs maisons et laissé Gaza écrasée. Mais ça non plus n’a rien provoqué de plus qu’un gros bâillement. Et puis est venu le rapport de 2018, cette fois de la Banque mondiale : l’économie gazaouie était dans un état critique. Laissez les suffoquer. Israël se tient au côté de Naama Issachar, la femme israélienne en prison en Russie, qui a été transférée dans une autre prison.

Traduit de l’original par J.V.

Source: Haaretz




Une journaliste palestinienne torturée dans une prison israélienne

Steve Sweeney – The Morning Star – 31 décembre 2019

L’étudiante palestinienne en journalisme, Mays Abu Ghosh

L’étudiante palestinienne en journalisme, Mays Abu Ghosh a été torturée dans une prison israélienne, selon ce qu’a avancé sa famille aujourd’hui alors que des groupes de défense des droits humains informent d’abus systémiques contre les prisonniers de la part des autorités. 

Sa mère a dit que le visage de Mademoiselle Abu Gosh était « plein de contusions » et à peine reconnaissable après 30 jours d’interrogatoire au centre de détention bien connu de la Moscovia de Jérusalem. 

« Je n’ai pas pu la prendre dans mes bras à cause des douleurs dans tout son corps » a-t-elle expliqué.

Mademoiselle Abu Gosh, qui est étudiante de l’Université de Bir Zeit, a été retenue en prison depuis le 28 août lorsqu’elle a été arrêtée avec cinq autres jeunes Palestiniens.

Elle a participé à des campagnes contre la torture et le traitement des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes.

En 2018, un article qu’elle a écrit critiquant les coupes opérées par le président américain Donald Trump à l’égard des réfugiés palestiniens a été publié dans l’édition anglaise de Al Jazeera. 

Mademoiselle Abu Gosh est née dans le camp de réfugiés de Qalandiya, près de Jérusalem. Un de ses frères, Hussein, a été tué par les forces israéliennes en 2016 et la maison familiale a été démolie. 

Son autre frère, Suleiman, qui n’a que 17 ans, est un mineur en détention administrative, sans accusation ni procès.  

Dans l’article, elle a écrit : « La foi héritée de nos ancêtres est puissante et profonde – nous croyons qu’il nous est possible de retourner sur nos terres. En fait, nous croyons que notre retour est proche. Après tout, c’est un droit humain fondamental ». 

Sa mère a déclaré que les autorités israéliennes l’ont emmenée, elle et son mari, dans un centre d’investigation et les ont utilisés dans un chantage.

« Lorsque nous étions là-bas, les soldats israéliens ont dit à Mays que nous étions détenus, essayant de faire pression sur elle pour qu’elle accepte les accusations dont elle était l’objet ». 

L’Association Addameer de Soutien aux Prisonniers et de Défense des Droits Humains a tenu une conférence de presse la semaine dernière mettant en avant la torture systémique des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes.

L’association a avancé que 95% des prisonniers palestiniens sont sujets à la torture physique, une majorité, dont fait partie Mademoiselle Abu Gosh, étant détenue pour des activités politiques, sociales et étudiantes, dont la participation à des manifestations. 

Selon Addameer, Mademoiselle Abu Gosh a été mise de force dans plusieurs positions douloureuses lors de ses interrogatoires, notamment ce qu’on appelle « la banane ». 

Ils ont dit que la torture et les mauvais traitements sont devenus monnaie courante contre les prisonniers palestiniens, ceux qui les perpétuent agissant « en toute impunité ».

Dans une tentative de camoufler les accusations de torture, les autorités israéliennes ont frappé Addameer d’un rappel à l’ordre en septembre, interdisant au groupe de s’exprimer publiquement sur un certain nombre de cas. 

Mademoiselle Abu Ghosh est convoquée par un tribunal militaire le 7 janvier.

99% des Palestiniens détenus sont condamnés sur la base des accusations portées contre eux. 

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source: The Morning Star




Une petite gazaoui se bat seule contre le cancer dans un hôpital de Cisjordanie. Israël ne laisse pas ses parents l’accompagner

Miral Abu Amsha, une enfant de 10 ans qui souffre de leucémie, suit toute seule une chimiothérapie dans un hôpital de Naplouse. Et elle n’est pas l’unique patiente dans cette situation.

Par Gideon Levy et Alex Levac, 22 décembre 2019

Miral Abu Amsha à l’hôpital de Naplouse. Alex Levac

Le regard sur le visage de Miral nous dit tout : les traits angoissés d’une petite fille, apprenant la douleur. Dans la chambre, des ballons gonflables, des poupées sur le lit et sa grand-mère à ses côtés. Mais le visage de Miral ne reflète que de la souffrance. Parfois, elle est au bord des larmes, mais se retient pour ne pas pleurer devant des étrangers. Mais de temps en temps elle n’arrive plus à se contenir et fond en larmes. Elle est assise sur le lit, la perfusion de chimio attachée au bras, le produit s’écoulant directement dans ses veines.

Miral Abu Amsha est une enfant de 10 ans atteinte de la leucémie. Cela fait deux semaines qu’elle est hospitalisée au CHU de Najah àNaplouse, en Cisjordanie. Elle suit une chimiothérapie agressive qui devrait continuer encore au moins quatre mois. Son papa et sa maman ne sont pas auprès d’elle. Ses parents sont loin, à Gaza City, par delà les ténèbres. 

Ses parents lui manquent, elle est triste. Miral parle à peine. Sa grand-mère, qui a eu le droit de lui rendre visite, est désespérée, elle implore les visiteurs israéliens qui viennent d’entrer dans la chambre de leur venir en aide.

Ce n’est pas difficile d’imaginer ce que traversent les parents de l’enfant, alors qu’ils sont enfermés dans la prison qu’est la Bande deGaza, entendre chaque jour leur petite fille pleurer au téléphone et ne pas être en mesure de l’aider, ne pas pouvoir être à ses côtés, la prendre dans les bras ni la rassurer. Il n’est pas besoin d’être oncologiste ou spécialiste en psychologie pour savoir que les conditions mentales d’une enfant hospitalisée loin de ses parents affecte ses chances de guérison. De nombreuses études en attestent.

Ceci pourrait bien être l’endroit le plus triste des territoires occupés. Tous les services pédiatriques de tous les hôpitaux sont des endroits très tristes ; les chambres des enfants qui souffrent d’un cancer sont sûrement encore plus tristes. Mais les chambres des enfants de Gaza qui souffrent d’un cancer et qui sont hospitalisés ici à Najah à Naplouse, où beaucoup d’entre eux sont séparés de leurs parents pendant un moment aussi terrible, sont des endroits déchirants. Il est difficile de rester longtemps ici. L’atmosphère de désespoir et d’impuissance y est insupportable. L’essence du mal israélien dans toute sa splendeur.

Matériellement, la scène ressemble à tous les services pédiatriques d’hôpitaux modernes : les peintures colorées sur les murs, une salle de jeux, une salle de classe pour ceux hospitalisés pour de longs séjours, de grandes chambres pour maximum deux patients, des fauteuils confortables pour la famille ; tout ce qui peut aider à soulager la souffrance d’un enfant. Mais cette semaine sept enfants de la Bande de Gaza étaient ici et seulement deux étaient avec leurs mères. Pour ce qui est des pères, ne rêvez pas ! La “sécurité” d’Israël, vous savez… 

La plupart des enfants étaient avec leur grand-mère ou leur tante, ou quelques fois avec une femme qu’ils ne connaissaient pas, qui que ce soit qui parvient à obtenir un permis pour sortir de la prison Gaza. Tous ces enfants sont ici, en Cisjordanie, dans une zone soit-disant sous contrôle de l’Autorité Palestinienne, sans leurs parents (sur ordre d’Israël), car aucun traitement n’est disponible à Gaza assiégée.

Nous avions visité cet hôpital il y a deux ans, lorsque le directeur était le professeur Selim Haj Yehia, un chirurgien cardiaque spécialiste des greffes et de renommée internationale, originaire de la ville israélienne de Taibeh. Son frère, Samer Haj Yehia, est président de la banque israélienne Leumi. Haj Yehia a été obligé de démissionner et a été remplacé par Dr. Kamal Hijjazi, né à Gaza, qui nous escorte avec le directeur général de l’hôpital, Dr. Walid Khoury, habitant en Jordanie.

Les deux hommes sont très cordiaux. Hijjazi tient à ramasser chaque papier qu’il trouve dans les couloirs de son hôpital pourtant très propre. Nada, une petite fille de trois ans du camp de réfugiés de Shati, à Gaza, est la première patiente que nous rencontrons. Elle a de la chance : sa mère est avec elle.

La grand-mère de Miral, Shafiqa, prie pour que la mère de la fillette, Donia, soit autorisée à quitter Gaza et à la remplacer ici. Donia s’est vue refuser le permis pour des raisons de sécurité. Elle est sans aucun doute une dangereuse terroriste.

Bisan Sukar elle aussi est là sans ses parents. Elle a quatre ans et sa chevelure est clairsemée, à cause du traitement. Sa grand-mère, Zahiya, 71 ans, s’occupe d’elle avec le peu de force qu’elle a. Maman et Papa sont loin. Une fois, sa mère a pu l’accompagner, mais cette fois sa demande a été rejetée. Il est difficile de s’empêcher de penser que cet arbitraire et cette cruauté sont faits exprès.

Bisan Sukar. Cette fillette de quatre ans est hospitalisée à Naplouse et suit une chimiothérapie, sans ses parents. Alex Levac

Les infirmières tentent de remplir le rôle des mères absentes, mais n’y parviennent pas toujours. Certaines d’entre elles portent des masques pour éviter d’infecter les enfants dont le système immunitaire est affaibli voire anéanti. Des dizaines d’autres enfants sont traités ici en ambulatoire ; nombre d’entre eux viennent eux aussi de Gaza et vivent, avec ou sans leurs mères, dans des appartements que l’hôpital leur loue.

Un nouveau rapport de la branche israélienne de Physicians for Human Rights montre que chaque année des centaines d’enfants malades de la Bande de Gaza sont envoyés en dehors de Gaza pour des traitements médicaux sans leurs parents, car les autorités israéliennes refusent de leur octroyer un permis de sortie. Selon ce rapport, entre octobre 2018 et juillet 2019, 21 % des enfants qui ont du quitter Gaza pour des traitements médicaux n’étaient pas accompagnés de leurs parents. Le nombre moyen de permis de sortie octroyer à des enfants malades pendant cette période était de 536 par mois, dont seuls 420 ont pu partir avec l’un de leur parent, en général leur mère. Les autres 116 enfants ont du partir et être hospitalisés sans aucun de leur parent. Ces chiffres ont été fournis au PHR par la Coordination des Activités du Gouvernement dans les Territoires après que deux demandes aient été soumises au Freedom of Information Act israélien.

Mais tous les enfants malades n’obtiennent pas de permis pour quitter Gaza pour des soins médicaux. La petite Rim Ahal, quatre ans, a été grièvement empoisonnée en mai dernier lorsqu’elle a accidentellement avalé de l’acide sulfurique, ce qui a causé de terribles dégâts sur ses organes. Rim est alimentée par perfusion et souffre en permanence ; son père l’emmène tous les deux jours à l’hôpital Rantisi de Gaza City pour remplacer sa perfusion. Depuis l’accident, la famille a fait de nombreuses demandes pour que Rim puisse aller avec sa mère ou son grand-père à l’hôpital de Najah, où son état pourrait être amélioré. Mais le District Coordination and Liaison Office ne s’est pas donné la peine de répondre aux demandes de la famille ni à d’autres, de PHR. Cette semaine la demande a été refusée, officiellement.

Un porte-parole de la Coordination des Activités du Gouvernement a déclaré cette semaine, en réponse à une requête de Haaretz: “Comme nous l’avons expliqué au Palestinian Civil Committee de la Bande de Gaza, la demande de Donia Abu Amsh a été rejetée car des erreurs de coordonnées ont été trouvées dans son formulaire de demande. A ce jour, les bonnes coordonnées n’ont pas été rajoutées [sic], ni une nouvelle demande adressée, et lorsque que nous en recevrons une, elle sera examinée individuellement, comme toutes les demandes.’’

Rim Ahal, quatre ans, reçoit son traitement dans un hôpital de Gaza. Alex Levac 

“Jusqu’à ce que nous recevions une nouvelle demande de la mère, le District Coordination and Liaison Office à Gaza a délivré un permis d’accompagnant à la grand-mère de la petite Miral Abu Amshi, pour qu’elle ne soit pas seule pour recevoir le traitement médical [et pour que] le traitement médical ne soit pas retardé.

“De plus, la demande de Rim Ahal a été rejetée par le DCL à Gaza car des erreurs de coordonnées ont été trouvées sur le formulaire de demande de l’accompagnant supposé aller avec elle pour qu’elle reçoive son traitement médical. C’est pour cela que sa demande n’a pu être approuvée. Nous tenons à souligner que le règlement du DCL ne permet pas de délivrer un permis à un enfant s’il n’y a pas d’adulte pour l’accompagner.”

Un calvaire exténuant

Il y aussi des enfants malades qui obtiennent un permis de quitter Gaza pour traitement médical mais qui ne peuvent endurer le long, exténuant calvaire des checkpoints. Cela a été le cas d’Abdul Rahim Shurav, un bébé qui souffrait d’une maladie qui provoquait des essoufflements et des étouffements. Il a obtenu un permis de sortir, et le personnel de l’hôpital de Najah avait préparé son arrivée, dans un état grave. Mais lors du trajet vers Naplouse, alors qu’il était transféré d’une ambulance à une autre, l’enfant de deux ans est mort, le 26 Novembre.

Les enfants ne sont pas les seuls à devoir gérer seuls leur maladie à Najah. Nous avons rendu visite à Mohammed Tabash, 31 ans, un patient atteint du cancer, qui est étendu seul dans le service de chirurgie et fixe tristement le plafond, loin de sa femme, de ses deux enfants et de tous les membres de sa famille. Ils sont à Khan Yunis, dans la Bande de Gaza, et lui est ici, dans un hôpital situé sur les hauteurs du Mont Ebal, à suivre tout seul une chimio agressive. Une couverture blanche le recouvre, une perfusion est attachée à son bras. Étant sans emploi, l’année avant qu’il ne tombe malade, Tabash avait été bénévole au Croissant Rouge en tant qu’ambulancier lors des manifestations hebdomadaires de la Marche du Retour le long de la clôture qui enferme Gaza. Il y a six mois, il a commencé à avoir des frissons et de la fièvre. On lui a alors diagnostiqué une leucémie à l’Hôpital Européen de Gaza, qui l’a adressé à Najah.

La demande de Tabash d’aller à Naplouse a été acceptée, et il a été transporté ici par ce qu’on appelle le “système roll on/roll off,” d’une ambulance à une autre ; trois au total, de chez lui au checkpoint d’Erez, puis jusqu’au checkpoint de Qalandiyah, et enfin de Qalandiyah à l’hôpital de Naplouse. Les autorités ont permit au père de Tabash, qui a 60 ans, de l’accompagner.

Mohammed Tabash, un patient atteint du cancer, hospitalisé à Naplouse, loin de sa femme et de ses enfants. Alex Levac

Mais après un mois, Khalil ne supportait plus de rester constamment à l’hôpital et est retourné à Khan Yunis. La famille a alors demandé à ce que le femme de Mohammed, Rasha, une enseignante de maternelle de 29 ans, ait un permis pour qu’elle puisse passer au moins quelques jours avec son mari pendant qu’il subi le traitement agressive. La demande a été rejetée pour “raisons de sécurité.”

La famille Tabash a alors fait appel au PHR. Dans une conversation avec un agent du Bureau de Coordination et de Liaison, on a fait savoir au représentant de l’ONG que Mohammed “séjournait illégalement en Cisjordanie.” L’hôpital a immédiatement envoyé une réponse expliquant clairement que le patient avait quitté la Bande de Gaza légalement et qu’il suit une chimio intensive depuis lors qui nécessite encore plusieurs mois. Le rapport médical explique également que Tabash a besoin d’un membre de sa famille pour l’accompagner durant son traitement et que son état est grave : il se peut qu’il ait besoin d’une greffe de moelle osseuse, ce qui est une opération particulièrement difficile.

Aucune réponse n’a été reçue à la suite de la deuxième sollicitation du PHR aux autorités, envoyée le mois dernier par sa coordinatrice de projets, Haneen Kinani, ni à la demande soumise par la famille pour qu’un proche puisse accompagner Tabash.

Malgré la demande de Haaretz sur le sujet, le porte-parole du COGAT a refusé de faire toute déclaration publique. 

Pendant ce temps dans sa chambre, nous observons le traitement s’écouler au goutte à goutte dans le corps de Tabash. Sa femme, Rasha, a demandé à Kinani d’acheter à son mari un nouveau sweat-shirt pour l’hiver. Kinani le place sur l’étagère à côté du lit de Mohammed. Un sourire se dessine sur ses lèvres. 

Source: Haaretz

Traduction: LG pour l’Agence Média Palestine




L’ONU avait prédit que Gaza serait invivable d’ici 2020. Elle avait raison.

Par Tania Hary | 31 décembre 2019

Vue d’une maison détruite après des frappes aériennes israéliennes qui ciblaient un site voisin du Hamas , lundi 26 mars 2019 à Gaza ville. (Abed Rahim Khatib / Flash90)

Tandis que, dans le monde entier, les gens qui font la fête prennent des résolutions de nouvelle année pour 2020, dans la Bande de Gaza, une autre sorte d’évaluation a lieu alors que les Palestiniens essaient de déterminer si, ou comment, ils pourront survivre ces 10 prochaines années. En 2012, les Nations Unies ont publié un rapport dont le titre posait une question discordante : « Gaza en 2020 : Un Endroit Viable ? ». Le rapport conjecturait que, sans un changement fondamental et un effort collectif, la bande deviendrait « invivable » en huit ans seulement.

Le rapport a été émis à peine quelques mois avant la deuxième des trois opérations militaires israéliennes qui seraient lancées sur Gaza sur une période de six ans. A la suite de la troisième opération, Bordure Protectrice, en 2014, avec son énorme mortalité humaine et ses vastes dégâts dans les infrastructures civiles, les responsables de l’ONU avaient alors averti que la bande serait devenue réellement invivable d’ici 2018. Les prédictions du rapport sur Gaza 2020 n’avaient pas pris en compte des opérations militaires d’une telle amplitude.

Néanmoins, à la veille de 2020, les gens se demandent ce qu’il est advenu des prédictions de l’ONU – comme si, au douzième coup de minuit, le spectre de la non viabilité pouvait ou non être avéré. Pourtant, au dire de tous, et d’après les indicateurs choisis par l’ONU, la vie à Gaza est manifestement pire maintenant qu’elle n’était en 2012. Par exemple, le taux de chômage est passé de 29 % lorsque le rapport a été rédigé à 45 % aujourd’hui, avec un taux de plus 60 % chez les jeunes Palestiniens.

Et très décourageant, la capacité de production électrique de la bande est restée inchangée au cours des huit dernières années, malgré la demande accrue due à la croissance de la population de 1.6 million à presque 2 millions. La fourniture d’électricité s’est même dégradée étant donné que les lignes égyptiennes ont été mises hors service depuis le début de 2018. Le courant n’est disponible qu’à peine la moitié de la journée – une amélioration sur certaines périodes, mais nulle part proche du raisonnable pour 2020. L’eau des nappes phréatiques est devenue non potable à 96 %, comme prédit. Les familles dépensent leurs précieux revenus dans l’achat d’eau potable, qui n’est pas toujours sûre ; et comme beaucoup de familles ne peuvent se permettre d’acheter de l’eau, les maladies d’origine hydrique sont très répandues, surtout parmi les enfants.

Des Palestiniens de Gaza regardent les restes de l’immeuble Yaziji à Gaza ville, après les frappes aériennes de l’armée de l’air israélienne, le 13 novembre 2018. Le Yaziji était un bâtiment à la fois résidentiel et commercial et abritait environ 40 familles. (Mohammad Zaanoun/Activestills.org)

Par son contrôle sur la circulation, Israël a joué un rôle central et intentionnel dans ce déclin. On raconte aux citoyens israéliens que c’est « entièrement de la faute du Hamas », ce qui peut les aider à mieux dormir la nuit, mais ne reflète pas la réalité de l’histoire. Gaza a été progressivement coupée et isolée par Israël depuis des décennies et, en 2007, lorsque le Hamas a pris le pouvoir dans la bande, Israël a tout simplement hermétiquement fermé le territoire.

Les responsables israéliens ont calculé – tout à fait littéralement – qu’appliquer une pression les aideraient à atteindre leurs objectifs à Gaza. Dans ce but, Israël a limité l’entrée de nourriture et, pendant les 12 dernières années, a ciblé les secteurs de l’économie avec des politiques telles que des limites arbitraires de zone de pêche et d’accès aux terres agricoles, d’entrée de matériel de fabrication et de commercialisation et d’exportationde marchandises. Quelques opérations militaires plus tard cependant, certains responsables israéliens ont reconnu que leur « calcul » était inadapté. Surtout après Bordure Protectrice, ils ont été nombreux à remarquer que la détérioration de la situation humanitaire sur le terrain était en réalité de la responsabilité d’Israël.

Le chef du renseignement militaire a même invoqué début 2016 le rapport de l’ONU sur Gaza 2020 dans une audience de la Commission de la Knesset, disant aux membres de la Knesset qu’une activité économique était nécessaire pour barrer la route à la prédiction de l’ONU comme quoi la bande deviendrait invivable d’ici 2020. Il a dit de l’activité économique que c’était « le facteur restrictif le plus important » et a dit que, sans une amélioration des conditions sur le terrain, Israël serait le premier à en subir le contre-coup. Ce genre de logique s’est généralisé parmi les responsables israéliens, du ministère de la défense au premier ministre lui-même, alors même que ces individus avaient activement supervisé les politiques destinées à faire exactement le contraire.

Cette logique a abouti à de maigres changements politiques. En 2012, la limite de pêche n’était qu’à trois miles nautiques du rivage, puis s’est élevée à six miles en 2015, puis à 15 miles aujourd’hui à certains endroits. A la différence de 2012, où aucune marchandise n’était autorisée à sortir de Gaza pour être vendue sur ses marchés traditionnels en Cisjordanie et en Israël, un certain nombre de marchandises peuvent aller en Cisjordanie et quelques produits peuvent également être vendus en Israël. En 2012, une moyenne de simplement 22 camions de marchandises sortait de Gaza, tandis qu’en 2019, c’était plus de dix fois ce montant, ou 240 cargaisons par mois. En 2012, les matériaux de construction n’étaient autorisés à entrer que pour les organisations internationales, tandis qu’aujourd’hui, ces matériaux peuvent entrer pour le secteur privé selon le dispositif de reconstruction de Gaza.

Des Palestiniens attendent au passage de Rafah à la frontière avec l’Egypte, au sud de la Bande de Gaza, après son ouverture pour deux jours par les autorités égyptiennes le 11 mai 2016. (Abed Rahim Khatib / Flash90)

Cependant, tandis que ces micro changements apportaient quelque soulagement aux Palestiniens de Gaza, ils n’ont pas inversé la macro détérioration de la bande. Plutôt que d’essayer de transformer la situation, Israël et d’autres acteurs régionaux recherchent simplement un nouveau calcul pour obtenir « le calme » en donnant à Gaza plus de chances de survivre.

Conformément à cet objectif, l’Egypte a commencé à ouvrir régulièrement en 2018 le passage de Rafah avec Gaza, après l’avoir gardé le plus souvent fermé pendant cinq ans. Le Qatar a lui aussi progressé en fournissant un soutien financier massif en 2018 et 2019, payant le carburant nécessaire à la production d’électricité de la seule centrale électrique de la bande, soutenant des projets de construction et faisant des versements en espèces aux familles pauvres. D’autres donateurs – pays européens, Etats du Golfe et autres – ont poursuivi de substantiels financements à l’UNRWA et aux dizaines d’autres organisations internationales et locales, fournissant une aide essentielle et comblant les lacunes causées par les coupures de financement des Etats Unis.

Est-ce cela l’effort massif que l’ONU estimait nécessaire pour changer de cap et rendre Gaza viable ? Loin de là. C’est le simple minimum requis pour garder la tête des gens juste au-dessus de l’eau, en l’absence de véritable développement économique, de projets pour une croissance future, ou d’un engagement envers les droits de l’Homme.

Les changements de la politique israélienne, l’augmentation des cargaisons et le financement de l’aide sont tous là pour garder les choses dans un état juste suffisant pour ne pas permettre une énorme flambée de maladies et pour calmer un soulèvement potentiel de gens assoiffés d’eau. Personne ne devrait cependant pousser un soupir de soulagement, puisque le « calme » ne peut effacer la faim ressentie par des milliers de familles palestiniennes qui souffrent d’insécurité alimentaire. Et cela ne masque pas le désespoir des jeunes gens qui fuient la bande à la recherche d’une vie meilleure.

Des manifestants palestiniens se heurtent le 20 décembre 2019 aux forces de sécurité israéliennes pendant une manifestation le long de la frontière avec Israël dans la partie orientale de la Bande de Gaza. (Fadi Fahd / Flash90)

C’est une illusion de croire que cette situation est gérable. Personne ne devrait dormir profondément la nuit tant qu’il n’y a pas un changement d’approche significatif où les civils ne sont pas tenus en otage des actions de leur gouvernement de facto et ne servent pas à alimenter les campagnes électorales de politiciens israéliens défaillants. Il y a eu des efforts substantiels de la part de la communauté internationale et même quelques changements de politique de la part d’Israël, mais il n’y a jamais eu de décision fondamentale de la part d’Israël pour véritablement permettre à la population de vivre à Gaza, plutôt que juste y survivre.

Les êtres humains ne sont pas des machines et une grande partie des indicateurs qui rendent la vie digne d’être vécue ne peuvent être trouvés dans un rapport de l’ONU. Oui, les gens ont besoin d’eau, d’électricité, de travail, de soins de santé pour s’en sortir – mais qu’en est-il de ce qui est plus difficile à mesurer ? Le besoin de liberté, la possibilité de faire des projets pour sa vie, de se sentir plein d’espoir pour l’avenir de ses enfants, et de se sentir en sécurité chez soi ?

En ce sens, le rapport sur Gaza 2020 et les responsables israéliens qui ont essayé de suivre ses prescriptions sont restés loin du but. Mais les responsables de l’ONU qui ont averti que Gaza deviendrait invivable d’ici 2018 avaient vu juste. En 2018, les vannes du désespoir ont été grande ouvertes à Gaza alors que les gens réalisaient que le projet consistait à maintenir leur isolement sans aucune perspective de résolution du conflit. Par leurs manifestations dans la Grande Marche du Retour, les jeunes Palestiniensde Gaza, la très grande majorité de la population, ont montré au monde qu’ils n’avaient pas seulement besoin de nourriture et d’eau pour survivre. Ils ont besoin de liberté, de dignité et d’espoir.

Tania Hary est la directrice générale de Gisha, ONG israélienne créée en 2005, dont le but est de protéger la liberté de circulation des Palestiniens, et spécialement des résidents de Gaza.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine