“Gaza Mon Amour” va représenter la Palestine dans la compétition des Oscars, catégorie des films internationaux

Le 22 octobre 2020

Versatile

 “Gaza Mon Amour,”
où les premiers rôles sont tenus par Hiam Abbass (“Succession”) et
Salim Daw (“Fauda”), constituera la participation officielle de la
Palestine dans la catégorie des films internationaux lors de la 93e
cérémonie des Oscars.

Réalisé par Tarzan et Arab Nasser, “Gaza Mon Amour” est représenté
sur les marchés internationaux par la société Versatile Films, basée à
Paris, et a été officiellement sélectionné par le comité palestinien des
Oscars.

Situé à Gaza, dans l’époque contemporaine, le film est centré sur
Issa, pêcheur de 60 ans, amoureux en secret de Siham, une femme qui
travaille au marché avec sa fille Leila. Lorsqu’il ramène
mystérieusement dans ses filets une statue antique d’Apollon, à
caractère phallique, Issa sent que cette découverte va changer sa vie
pour toujours. À mesure que sa confiance en lui s’accroît, Issa décide
de se rapprocher de Siham.

“Gaza Mon Amour” a eu sa première mondiale cette année au Festival de cinéma de Venise
dans la catégorie Horizons, après quoi il a été présenté à Toronto, où
il a remporté le prix NETPAC. Il a également été projeté à Hambourg et
au festival d’Antalya, où Salim Daw a obtenu le prix du meilleur acteur,
et aussi à Chicago. Ce film qui a reçu les éloges des critiques a été
produit par Marie Legrand et Rani Massalha, des Films Du Tambour.

Conte d’amour et de désir, “Gaza Mon Amour” est le film le plus
récent des frères Nasser, dont les réalisations précédentes comportent
“Dégradé” et “Condom Lead”.

“C’est pour nous un honneur de représenter la Palestine cette année
aux Oscars, dans la catégorie des films internationaux. Nous sommes
fiers d’apporter au jury des Oscars le message du film, à savoir qu’on
peut trouver l’amour quel que soit l’âge, la toile de fond étant la
réalité de la vie à Gaza, aujourd’hui”, ont dit les frères Nasser.

C’est le 13e film à représenter la Palestine aux Oscars. La
candidature palestinienne a été nominée à deux reprises, en 2005 pour
“Paradise Now” et en 2013 pour “Omar”, deux films réalisés par Hany
Abu-Assad.

Source: Variety

Traduction SM pour Agence Média Palestine




L’investissement des Émirats arabes unis dans la modernisation des checkpoints israéliens ne fait qu’enraciner l’occupation

Le 21 octobre 2020 – Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme

https://euromedmonitor.org/uploads/2020/10/israeli-checkpoint.jpg

Genève – Nous sommes inquiets devant les projets
israélo-émiratis de création d’un fonds d’investissement qui permettra
de « moderniser » les checkpoints exploités par Israël dans les
territoires palestiniens occupés, a dit aujourd’hui dans une déclaration
l’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme. Le
gouvernement des EAU devrait s’abstenir et cesser immédiatement de nouer
tout accord avec Israël qui pourrait contribuer aux violations des
droits fondamentaux des Palestiniens et les encourager.

Mardi dernier, le directeur général de la Corporation Financière
Américaine pour le Développement International, Adam Boehler, a annoncé
que les gouvernements d’Israël et des EAU allaient créer un fonds
d’investissement de 3 milliards de dollars, qui s’appellera le Fonds
Abraham, qui chercherait à promouvoir les investissements privés en
Israël, en Cisjordanie et ailleurs au Moyen Orient et en Afrique du
Nord. L’une des priorités essentielles de ce fonds serait la mise à
niveau et la modernisation des checkpoints sécuritaires israéliens dans
toute la Cisjordanie occupée.

L’Observatoire Euro-Méditerranéen a averti que financer la dite
« modernisation » des checkpoints israéliens en Cisjordanie
contribuerait de façon significative au camouflage de leur intention
destructrice et des impacts négatifs sur les Palestiniens pour en faire
une réalité permanente et enraciner l’occupation.

« Les checkpoints sont un symbole de l’assujettissement et de
la répression des Palestiniens. Ils devraient juste être démolis plutôt
que simplement améliorés. Une cage dorée reste une cage. »

Ahmed Naouq, responsable de Campagne à l’Observatoire Euro-Med.

Il y a actuellement plus de 700 checkpoints dans l’ensemble de la
Cisjordanie et, rien qu’en septembre dernier, l’Observatoire
Euro-Méditerranéen a rapporté qu’Israël a mis en place 300 checkpoints
volants supplémentaires à travers la Cisjordanie. Ces checkpoints font
perdurer de lourdes restrictions sur la circulation des Palestiniens en
Cisjordanie. Contrairement aux déclarations israéliennes à propos de la
sécurité, ces checkpoints se révèlent n’exister qu’au profit des
colonies israéliennes, qui sont elles mêmes illégales selon le droit
international.

Fin 2019, la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le
Développement (UNCTAD) a estimé que les dommages que l’occupation
israélienne a infligés à l’économie palestinienne entre 2000 et 2017
s’élevaient à 48 milliards de dollars. Un rapport de 2020 de l’UNCTAD a
conclu que les checkpoints israéliens seuls avaient coûté à l’économie
de la Cisjordanie un minimum de 6 % du CDP palestinien. Le rapport
ajoutait que placer un checkpoint à une minute d’une localité réduisait
de 0,41 % la probabilité d’être embauché, de 6,3 % le salaire horaire et
de 2,6 % les journées de travail.

D’autres estimations ont fait remarquer que les checkpoints et les
restrictions israéliennes en Cisjordanie coûtent annuellement aux
travailleurs palestiniens plus de 60 millions de dollars par an.
Checkpoints et restrictions augmentent la consommation de fuel par les
Palestiniens d’environ 80 millions de litres par an, dont le coût est
estimé à 135 millions de dollars.

« Soutenir Israël dans le développement de son dispositif
d’occupation ne permet pas d’améliorer la vie des Palestiniens ni de
changer la politique israélienne dans les territoires occupés. »

« Les checkpoints sont un symbole de l’assujettissement et de la
répression des Palestiniens. Une seule chose à faire, les démanteler,
plutôt que de simplement les améliorer. Une cage dorée reste une cage »,
a dit Ahmad Naouq, responsable de Campagne à l’Observatoire
Euro-Méditerranéen. « Tandis que les EAU peuvent justifier leurs
dépenses pour la modernisation des checkpoints, comme si elles
profitaient aux Palestiniens et à leur économie, les EAU auraient dû
utiliser leurs relations diplomatiques en faisant pression sur Israël
pour qu’il retire ses checkpoints plutôt que les enraciner.

Soutenir Israël dans le développement de son dispositif d’occupation
ne permet pas d’améliorer la vie des Palestiniens ni de changer la
politique israélienne dans les territoires occupés. Par exemple, en
2013, les Pays Bas ont fait don d’un scanner de container de fret de
haute technologie pour le passage de la frontière d’Israël avec la Bande
de Gaza qui était supposé offrir une solution aux inquiétudes
prétendument sécuritaires à propos des exportations et des importations
de Gaza. Quand les Pays Bas ont demandé à Israël d’utiliser ce scanner
sécuritaire pour permettre aux exportations de Gaza de parvenir en
Cisjordanie, Israël a refusé cette exigence et a insisté sur la
restriction des mouvements de marchandises et de populations entre Gaza
et la Cisjordanie.

Par conséquent, l’Observatoire Euro-Méditerranéen appelle les EAU à
se retenir d’investir dans les mécanismes sécuritaires qui contribuent à
l’oppression des Palestiniens et à la perpétuation de leurs
souffrances. Les EAU et les autres pays de la communauté internationale
devraient plutôt concentrer leur énergie et leurs efforts pour faire
pression sur Israël afin qu’il démantèle ses checkpoints dans tous les
territoires occupés.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Euro-Med Monitor for Human Rights




Des bénévoles palestiniens aident les cueilleurs d’olives dans des domaines où l’Autorité palestinienne ne peut rien

Par Amira Hass, le 23 Octobre 2020

Dans des dizaines de villages, la récolte est devenue mortelle et
Israël empêche les forces de sécurité palestiniennes de protéger les
agriculteurs. Des volontaires ont comblé le vide – mais la violence des
colons ne se limite pas à trois semaines par an
.

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Les volontaires du groupe palestinien Faz3a, dont les membres
accompagnent les cueilleurs d’olives pour les protéger des attaques des
colons, comblent un vide. C’est un vide que les forces de sécurité de
l’Autorité palestinienne n’ont jamais pu combler dans les zones B et C
de la Cisjordanie, où les accords d’Oslo les empêchent d’opérer.

Des dizaines de milliers de jeunes Palestiniens s’entraînent aux arts
martiaux et à l’utilisation des armes pour le recrutement dans les
forces de sécurité palestiniennes, y compris la police. En vertu des
accords avec Israël, ils doivent aider le service de sécurité du Shin
Bet et l’armée à surveiller les Palestiniens, à les arrêter et à les
interroger.

Ils sont censés éviter tout préjudice aux citoyens israéliens. Mais
il leur est interdit de protéger les civils palestiniens contre les
attaques des voyous qui sont des citoyens israéliens.

Tout ce que l’AP peut faire, c’est « condamner » la violence. Ses
agences de sécurité peuvent transmettre les plaintes des Palestiniens
agressés à la police israélienne (avant que la coordination ne soit
arrêtée en mai), et noter les détails des agressions.

Au début du mois, les médias palestiniens ont fait état de la
création du groupe Faz3a pour la récolte d’olives de 2020. Ils ont cité
un de ses fondateurs, Mohammed al-Khatib de Bil’in, qui a déclaré que la
faza’a – terme arabe désignant une réponse ou un appel à l’aide pendant
une guerre – est une tradition palestinienne consistant à venir au
secours des gens en temps de troubles.

Les opérations de faza’a en 1948 sont gravées dans la mémoire
collective palestinienne, lorsque les habitants des villages
palestiniens ont rassemblé leurs armes dans leurs cachettes et sont
sortis pour aider les combattants palestiniens organisés dans la lutte
contre les membres armés de la communauté juive.

La récolte des olives n’est pas une simple activité agricole
saisonnière ou une source de revenus. C’est un événement familial
culturel, multigénérationnel et festif que tout le monde attend avec
impatience. Des familles entières y participent, jeunes et moins jeunes,
et le savoir-faire est enseigné par les grands-parents.

Mais dans des dizaines de villages de Cisjordanie, la récolte des
olives, et l’agriculture en général, sont devenues des activités
dangereuses, voire mortelles, en raison de la proximité des avant-postes
toujours plus étendus et des colonies qui donnent naissance à ces
avant-postes. La violence des colons et le refus des autorités
israéliennes d’y mettre fin ont eu un effet paralysant : Tout le monde
n’ose pas prendre le risque, tout le monde ne veut pas emmener les
femmes et les enfants, de peur de les mettre en danger.

La violence tout au long de l’année

Contrairement à la faza’a de 1948, les volontaires d’aujourd’hui
n’ont pas d’armes, mais seulement de la détermination, du courage et une
conscience politique. Ils savent que l’abandon des agriculteurs et des
villages contribue à la désintégration sociale.

Khatib a fait partie des fondateurs du comité de coordination de la
résistance populaire contre la barrière de séparation d’Israël au début
des années 2000. Il a été arrêté pour cela, a été jugé et a été
emprisonné. Si nous voulons tirer des conclusions de son passé, les
volontaires prennent en compte la possibilité que l’armée les arrête. En
ce qui concerne les Palestiniens, même l’autodéfense peut être
considérée comme un crime en Israël et une raison d’arrestation.

Selon Faz3a, environ 200 volontaires se sont engagés jusqu’à présent,
et ils s’attendent à travailler pendant environ trois semaines jusqu’à
la fin de la récolte. Mais la violence n’est pas saisonnière. C’est un
problème qui dure toute l’année, et les agriculteurs palestiniens sont
seuls dans la bataille, comme s’il s’agissait d’un problème personnel,
et non d’une des méthodes directes et indirectes d’Israël pour réduire
l’espace palestinien.

La violence pendant la récolte des olives n’est qu’une des nombreuses
mesures israéliennes qui ont eu un effet paralysant ou ont tué la joie
de cultiver. Dans certaines régions, l’armée refuse systématiquement aux
Palestiniens l’accès à leurs terres « pour éviter toute friction » avec
les colons violents, sauf trois fois par an, quelques jours à chaque
fois : pour planter, labourer et récolter les cultures céréalières, et
pour les arbres, pour récolter, tailler et labourer.

Ces agriculteurs ont dû renoncer à la coutume de cultiver des légumes
parmi les arbres pour la consommation privée ou la commercialisation à
petite échelle. Dix ou même vingt jours d’accès par an ne suffisent pas,
bien que certains propriétaires de terres situées au-delà de la
barrière de séparation se soient transformés, contre leur gré, en
agriculteurs à raison de dix jours par an.

On peut en voir un exemple dans des villages comme Biddu et Beit
Ijza, dont les vergers sont entourés et délimités par la grande étendue
réservée aux Israéliens que les colonies de Givat Ze’ev et de Givon ont
créée.

« A une époque, les vergers étaient un lieu de détente pour toute la
famille le vendredi », a déclaré un habitant de Biddu en attendant que
les soldats ouvrent une porte pour que les villageois puissent se rendre
sur leurs terres. « Nous venions travailler ici plusieurs fois par
semaine. Maintenant, accéder à la zone est comme rendre visite à un
prisonnier en prison ».

Moins de permis attribués

Des milliers de familles palestiniennes possèdent des dizaines de
milliers de dounams de terres agricoles fertiles qui ont été
emprisonnées au-delà de la barrière de séparation israélienne. La
barrière comporte 74 portes qui permettent aux agriculteurs de passer
pour atteindre leurs terres. Quarante-six d’entre elles sont définies
comme « saisonnières » et ne sont ouvertes que quelques jours par an.
Vingt-huit sont censées ouvrir tous les jours ou au moins trois fois par
semaine.

Les soldats arrivent, ouvrent et ferment les portes peu de temps
après, trois fois par jour. Depuis la construction de la barrière,
Israël a progressivement durci ses conditions d’obtention d’un permis
d’accès aux terres agricoles. Le nombre de permis a diminué, et donc, le
nombre de membres de la famille qui atteignent les vergers aussi. Les
jeunes, en particulier, sont de moins en moins intéressés à endurer ces
tracasseries.

Chaque permis n’est délivré qu’après un tour de piste d’un bureau de
l’administration civile israélienne à l’autre. Le manque de main d’œuvre
est perceptible dans le nombre d’épineux parmi les arbres, ainsi que
dans les feuilles pourries et les fruits non cueillis. Parfois, les
agriculteurs doivent passer par une porte assez éloignée et se rendre
ensuite à pied sur leurs parcelles, car tout le monde ne reçoit pas un
permis d’entrée avec un tracteur ou un âne et une charrette.

Au-delà de l’heure fixe d’ouverture des portails, les agriculteurs
n’ont aucun contrôle sur ce qui se passe sur leurs terres. Les récoltes
et le matériel sont volés. Les ordures y sont jetées. Il y a des
incendies, que ce soit par négligence ou à cause d’une grenade
paralysante ou d’une bombe lacrymogène tirée par un soldat ; les
agriculteurs palestiniens dépendent de la bonne volonté des pompiers
israéliens pour éteindre ces incendies.

Ici, les volontaires de la Faz3a ne peuvent pas être utiles. Bien
qu’il s’agisse de terres palestiniennes publiques et privées, faisant
partie de la Cisjordanie, il leur est interdit d’y accéder. Seuls les
Israéliens et les touristes étrangers peuvent accéder librement à cette
terre palestinienne.

L’attitude des Palestiniens face à cette situation se situe quelque
part entre le fait d’être un peu désolé pour l’Autorité palestinienne et
celui de se moquer d’elle. « Que peut-elle faire ? » se demandent les
agriculteurs lorsque l’accès à leurs terres est bloqué par la violence
des colons ou les règles de l’administration civile.

Certaines personnes concluent de cet état d’impuissance qu’ »ils ne
s’en soucient même pas dans l’AP ». C’est ainsi qu’Israël élargit le
fossé et le sentiment d’aliénation et de méfiance entre le citoyen
palestinien et une autonomie palestinienne handicapée.

Source: Haaretz

Traduction GD pour l’Agence media Palestine




Patients bloqués à Gaza sous le régime israélien des permis

Par Sarah Algherbawi, le 23 octobre 2020

Des couvre-feux ont été imposés à Gaza pour contrôler l’expansion du coronavirus. Mais, malgré les efforts des personnels locaux de santé, certains traitements ne sont tout simplement pas disponibles à Gaza.(Ashraf Amra / APA images)

Après
presque deux mois de couvre-feu, les autorités de Gaza commencent à
y relâcher le confinement.

Les barrages routiers ont été retirés et nous pouvons à nouveau nous déplacer entre les gouvernorats. Dans la journée, avec la réouverture des écoles et des universités, et l’autorisation de travailler accordée aux hôtels et restaurants, tout est presque normal, tout au moins jusqu’à 8 H. du soir quand le couvre-feu revient en force. Auparavant, Gaza avait été fantomatique. Mon voisinage, par exemple, était presque privé de vie et de population après qu’un voisin qui vivait dans le bâtiment d’en face ait été diagnostiqué au Covid. En mars, j’ai écrit un article qui évoquait mon expérience avec mes enfants après que l’épidémie de COVID-19 nous ait obligés à rester en quarantaine à la maison.

Quand j’ai commencé des interviews pour cet article, j’ai vite compris que mes souffrances n’étaient rien comparées aux souffrances de ceux qui avaient des enfants en attente de traitement médical hors de Gaza. Non seulement ils sont pris dans l’angoisse de la pandémie de la COVID-19 et des restrictions qui en découlent, mais ils affrontent par ailleurs le labyrinthe kafkaïen du régime militaire israélien des permis. Et le relâchement du confinement ne leur a pas apporté grand-chose. Nihad al-Dabba, 58 ans, du quartier de Shujayia à l’Est de la ville de Gaza, n’a pas grand-chose d’autre à faire qu’attendre que ses enfants meurent. Ses deux enfants souffrent d’une maladie neuromusculaire pour laquelle existe un traitement combinant médicaments et chirurgie, dont il n’existe presque rien à Gaza. Pendant trois mois, Nihad a essayé de trouver un moyen, pour son fils Emad, 31 ans, et sa fille Miasar, 38 ans, de retourner à l’hôpital Hadassah à Ein Kerem, à l’extérieur de Jérusalem, pour être soignés. Ils bénéficient de dialyse à Gaza, ce qui atténue quelques symptômes, mais en abuser serait fatal pour les frère et sœur dont les veines et les nerfs se sont affaiblis. Tous les deux étaient supposés aller à Jérusalem à la fin du mois de mai pour se faire implanter un tube qui rendrait à nouveau possible le traitement par dialyse.

Essayer
toutes les possibilités

Toutes les opérations du mois de mai ont dû être annulées en conséquence de la suspension le 19 mai de la coordination civile et sécuritaire entre l’Autorité Palestinienne et Israël pour protester contre les projets d’Israël d’annexer de larges pans de la Cisjordanie. Normalement, les demandes des Palestiniens de Gaza pour références médicales passent par le bureau local du comité des affaires civiles, qui est géré par l’AP à Ramallah. Ce bureau est en lien avec l’armée israélienne qui décide oui ou non si un permis sera accordé. Nihad, qui a trois autres enfants en bonne santé, a déjà perdu un fils, Elian, mort en avril alors qu’il souffrait de complications dues au traitement par dialyse dont il bénéficiait à l’hôpital al-Shifa de Gaza pour le même problème. « En avril, je n’ai pas pu voyager à cause de la COVID en Israël », a dit Nihad à The Electronic Intifada. « Maintenant, je suis coincée à cause de la COVID ici et à cause de la suspension de la coordination sécuritaire. J’ai peur de perdre mes enfants à tout moment. Nihad a essayé de s’adresser à diverses organisations de défense des droits de la personne humaine à Gaza, dont Al Mezan, le Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme et la Commission Indépendante pour les Droits de l’Homme. Les Organisations des droits de la personne humaine de Gaza se sont engagées dans une méthode alternative de coordination avec le côté israélien, qui consiste à parler directement avec le coordinateur de l’armée israélienne au checkpoint d’Erez. Samir Zaqout, directeur adjoint d’Al Mezan, a dit aux médias locaux qu’ainsi, son organisation ainsi que d’autres à Gaza arrivent à obtenir l’accord pour références médicales pour une moyenne de cinq cas par jour. Depuis la signature des Accords d’Oslo en 1993, c’est la première fois qu’existe une coordination directe avec le côté israélien sans passer par l’Autorité Palestinienne. Cependant, Zaqout a dit que cela ne suffisait pas pour couvrir convenablement le mécanisme officiel. « Nos capacités d’organisations de défense des droits de la personne humaine ne peuvent être comparées à un gouvernemental officiel », a dit Zaqout à The Electronic Intifada. « La communication est plus claire entre organismes officiels. »

Jusqu’ici, Nihad n’est parvenue à obtenir aucun résultat et s’est alors adressée à Médecins pour les Droits de l’Homme-Israël. Mais, d’après Ghada Majadle de Médecins pour les Droits de l’Homme-Israël, l’organisation ne sait jamais si ni quand les permis sont accordés. « Al-Dabba a soumis une requête pour ses enfants il y a déjà un moment », a dit Majadle à The Electronic Intifada. « Nous avons transféré sa requête, avec des dizaines d’autres, aux autorités israéliennes. Mais nous ne savons jamais si nous obtiendrons des permis. Tout ce que nous pouvons faire, c’est attendre. » Majadle a dit qu’avant la crise du coronavirus, environ 2.200 à 2.500 personnes quittaient Gaza tous les mois pour un traitement en Israël ou en Cisjordanie.

En
avril, ce chiffre a chuté à 159
personnes
à cause des restrictions dues à la COVID-19.

Des
obstacles partout

Nihad et son mari Taysir, 60 ans, font ce qu’ils peuvent pour leurs enfants. Cela consiste principalement à les emmener trois fois par semaine à l’hôpital al-Shifa pour leur traitement par dialyse. Al-Shifa est le principal hôpital de la Bande de Gaza pour les patients sous dialyse et ce service répond maintenant aux besoins de 820 patients, d’après le ministère de la Santé de Gaza. Les restrictions dues au coronavirus ont rendu la vie de ces patients encore plus difficile. Avec certains quartiers sous confinement à différents moments, le simple fait d’aller à l’hôpital est devenu ardu et pénible pour les patients. Les Dabbas doivent pousser leurs deux enfants adultes dans des fauteuils roulants sur quelques 700 mètres avant d’atteindre la route principale où une ambulance peut les prendre.

Avec une pénurie de médicaments – en tout, le ministère de la Santé de Gaza estime que les hôpitaux de la région ont à peine plus de la moitié des médicaments essentiels dont ils ont besoin – chaque journée est une épreuve pour la famille Dabba.« Il est difficile de se déplacer ou d’obtenir un médicament », a dit Taysir, qui travaille comme gardien de nuit d’un magasin du quartier et gagne 200 $ par mois. Et puis, il y a l’inquiétude constante à propos des permis. « A part la COVID, mes enfants sont victimes d’une décision politique dont ils ne tirent aucun profit », a dit Taysir à The Eectronic Intifada, faisant référence à la décision de l’AP de suspendre sa coordination avec Israël.

Akram Atallah, journaliste politique du journal al-Ayyam, a dit qu’il ne s’attendait pas à ce que la suspension de la coordination sécuritaire avec Israël dure longtemps, en partie à cause de la situation des patients. « Quand l’AP a pris la décision de faire une pause dans sa coordination avec Israël, elle n’a pas trouvé de projet alternatif pour sauver la vie des patients, surtout ceux de Gaza. Le commentaire d’Attalah a été cinglant sur cette décision dont il a dit qu’elle avait mis en danger la vie des gens et qu’elle n’apporterait « aucun bénéfice politique ».

Retards
mortels de traitement

Pour toutes les critiques reçues par l’AP, cependant, la responsabilité du bien-être de chacun-e dans les territoires occupés repose sur Israël, la puissance occupante. C’est un point que les organisations des droits de la personne humaine et de la santé ont répétitivement fait ressortir ces derniers mois, par peur qu’une expansion incontrôlée de la pandémie du coronavirus fasse parvenir le secteur de la santé de Gaza à un effondrement total. Mais rien de cela ne sera d’aucune consolation pour la famille Dabba. Ils seront conscients, comme tout le monde à Gaza, que quatre personnes déjà sont mortes à cause des retards dans la délivrance des permis. Parmi eux, il y avait deux bébés, dont l’un, Omar Yaghi, est mort en juin à huit mois, et juste 72 heures avant sa programmation pour une opération en Israël. Cette opération avait été retardée d’un mois, après que l’effondrement de la coopération l’ait empêché de voyager pour son premier rendez-vous en mai. Jivara Ghunaim, 26 ans, s’est mariée à la mi-avril avec Azhar, 22 ans. Un mois seulement plus tard, Jivara est tombé gravement malade et on lui a diagnostiqué un cancer du sang. La famille a essayé d’obtenir pour leur fils un permis pour un traitement à l’étranger. Ce fut refusé, puis accordé et puis retardé. Le retard a été trop long. Le 15 août, Israël a accordé un permis de voyager. Le lendemain de son arrivée à l’hôpital Augusta Victoria à Jérusalem occupée, Jivara est mort. « Les médecins nous ont dit que c’était trop tard quand Jivara est arrivé », a dit Azhar à The Electronic Intifada.

Ellel n’avait aucun
doute sur qui était à blâmer.
« Israël et l’AP
l’ont tué. »

La procrastination israélienne dans l’autorisation accordée aux patients pour voyager depuis Gaza et le régime israélien des permis en général ont depuis longtemps été source de critique. A Gaza, c’est perçu comme une autre arme israélienne testée sur la tête des gens. En 2017, d’après l’OMS, 54 personnes sont mortes parce que l’armée israélienne leur avait refusé l’autorisation de voyager pour se faire soigner. Sur une période de 10 ans, de 2008 à 2018, Israël a empêché 51.000 personnes de Gaza d’aller en Israël ou en Cisjordanie pour un traitement médical, d’après les statistiques compilées par le Centre Palestinien des Droits de l’Homme.

Un
faible espoir

Lors de mon dernier appel téléphonique avec Nihad, sa voix sonnait différemment. On y sentait de l’espoir. Elle m’a dit que le fils de son amie, Amjad Lafy, 4 ans, malade du cancer, avait obtenu un permis de circuler dans la première semaine de septembre. Elle espère que c’est un bon présage pour ses propres enfants. Mais, à la mi-octobre, elle n’a encore reçu aucune nouvelle. Comme pour ses enfants, le rendez-vous du petit Amjad était à l’hôpital Hadassah en mai. C’était pour lui aussi une visite de contrôle – son œil gauche avait été ôté en avril. Le permis avait quatre mois de retard. Mais il est arrivé. « Ce qui s’est passé pour Amjad est un miracle », a dit la mère d’Amjad, Kouloud 32 ans, à The Electronic Intifada. La famille avait abandonné l’espoir d’obtenir un permis. Maintenant, « je sens qu’il a une chance de survie ».Le cancer s’était répandu. Mais les médecins ont dit à la famille qu’ils pourraient peut-être encore sauver l’oeil droit d’Amjad. Ce n’aurait pas pu être possible sans voyager. Après treize ans de blocus israélien, le secteur de la santé de Gaza est tellement anéanti que les cliniques et les hôpitaux y manquent d’équipements de base, de médicaments et de personnel médical. Plus un patient a besoin de soins, moins il est susceptible de les trouver. Mais l’espoir jaillit éternellement. C’est ainsi que nous survivons. « Après le permis accordé à Amjad, j’ai l’espoir que mes enfants aussi recevront bientôt le leur », m’a dit Nihad.

Sarah Algherbawi est
une écrivaine et traductrice indépendante de Gaza.

Traduction : J. Ch.
pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




« Trois générations » de récits poétiques et de résistance culturelle

Par Chandni Desai, le 22 octobre 2020

« Three Generations » de Rafeef Ziadah et Phil Mansour est un album puissant inspiré par une tradition radicale de la culture de la résistance palestinienne, produit pour insuffler une conscience de résistance et mobiliser l’action dans la longue marche vers la liberté.

THREE GENERATIONS

par Rafeef Ziadah et Phil Mansour

13 titres. Rafeef Ziadah. 12 £

Y a-t-il un endroit où les medias
ne nous détestent pas/ ou ne supposent pas que nous mourons
mystérieusement, que nous tombons simplement et que nous ne sommes
jamais tués intentionnellement ? /Y a-t-il un endroit où les
dernières nouvelles comme les vagues déferlantes
n’apportent
pas plus de corps de la Méditerranée?
/ Y a-t-il un
endroit où nous sommes davantage que des histoires d’horreur/ et des
chiffres gravés sur les casques/ Y a-t-il un endroit où nous
pouvons être/… juste un endroit où nous pouvons être, où nous
pouvons être, chez nous ?
demande Rafeef Ziadah, le célèbre
poète palestinien, sur son dernier album « Three
Generations
« , avec le musicien Phil Mansours.

Three Generations est ce lieu,
un palimpseste musical de la Palestine. Un lieu qui retrace et
commémore le foyer, la terre, le nettoyage ethnique, la dépossession
forcée, l’exil, les sièges, la résistance et le sumud (la
ténacité ) contre un siècle de violence coloniale et impérialiste
et de vol de terres. Il s’agit d’un document essentiel et puissant
qui « infecte avec de la mémoire et de l’espoir », en
particulier la mémoire et l’espoir palestiniens. Un texte brillant
avec de puissantes métaphores, des images et un superbe jeu sur les
mots. Une fusion de paysages sonores contemporains et orientaux, qui
intègre la guitare acoustique, le naï, le oud et les
percussions d’une manière différente, unique dans le genre du
spoken word [texte parlé].

L’album est poétiquement lourd
d’incidents, racontant des histoires de la vie et de l’histoire
personnelle et collective des Palestiniens. Au cours d’une interview
que j’ai réalisée avec Ziadah et Mansour lors du lancement virtuel
de leur album au Festival du film palestinien de Toronto en septembre
2020, Ziadah a expliqué que « Three Generations est à la fois
une histoire très personnelle sur ma propre famille et trois
générations de femmes dans ma famille mais aussi sur toutes les
femmes palestiniennes ». L’album rassemble de façon magnifique
trois générations d’histoires contre l’effacement de la vie et de
la terre palestiniennes. L’album défie le projet sioniste et la
guerre culturelle menée par l’État colonial israélien contre les
Palestiniens, qui tente constamment d’effacer la culture
palestinienne et de réprimer leurs récits dans la production
culturelle, les médias, la politique, l’histoire, l’éducation,
l’université et sur la terre elle-même. Défiant l’hégémonie
culturelle israélienne tout au long de l’album, Ziadah commémore la
Nakba en cours sur des titres tels que Al-Sindiyana – un
village palestinien qui a été détruit en 1948. Sa poésie reprend
les géographies palestiniennes en nommant ce qui a été détruit,
mais qui demeure toujours, affirmant l’existence palestinienne. Elle
s’insère dans le paysage en incarnant et en racontant les
perspectives des arbres palestiniens – chênes (sindiyana) et
oliviers – qui veillent sur la Méditerranée depuis toutes les
générations pendant lesquelles les Palestiniens ont enduré la
dépossession, la perte et l’exil. Sur le plan musical, Mansour a
expliqué dans notre interview que pour lui, son rôle de musicien
est de « soutenir l’histoire ou de la maintenir ou de créer une
ambiance autour d’elle, mais au centre se trouve la poésie et ce qui
est dit et entendu sur le disque ».

L’album est politiquement astucieux et
traite des conditions du colonialisme et de l’impérialisme des
colons qui fonctionne à travers les différences de race, de classe
et de genre, l’oppression et l’exploitation. La défense de la terre
par les Palestiniens est capturée sur le morceau Jérusalem
qui reflète « l’alliance impie » entre Israël et
l’impérialisme américain, les États-Unis négociant les prises
coloniales des terres palestiniennes indigènes, supposées avoir été
promises par « Dieu » aux Blancs, tout en échangeant
l’histoire palestinienne sur le marché libre sous le couvert de
plans de paix (comme le plan Trump). Au fil des décennies, les
colons sionistes ont reconfiguré la terre palestinienne en changeant
les noms et en annexant de plus en plus de territoires, ce à quoi
ils s’opposent par l’utilisation de la mémoire palestinienne
recueillie sur le morceau
His Story et Duma
. Cette dernière demande aux colons israéliens
si l’élimination de la vie et de la terre palestiniennes sera
acceptée par le messie lorsqu’il ressuscitera.

Tout au long de l’album, Ziadah tisse
des cartes de l’histoire qui relient les connaissances palestiniennes
des lieux et de l’espace, généralement transmises oralement à
travers les générations, et utilise la poésie comme terrain de
lutte, alors que les géographies et la vie des Palestiniens sont
enchevêtrées dans les processus du colonialisme de peuplement, de
l’occupation, de la guerre, de l’apartheid et de la modernité
européenne. La dépossession forcée, l’exil et la recherche d’un
foyer sont les thèmes centraux de la poésie de Ziadah. Le titre His
Story
met en scène la mémoire des Palestiniens qui ont « ramenés
la maison d’une tente à un bateau, vers une nouvelle vie », en
tant que sans-terre et réfugiés apatrides qui ont été dispersés
et divisés à travers la Méditerranée. Les poèmes racontent les
guerres qui ont suivi les Palestiniens jusqu’à leurs lieux et
espaces de refuge au Liban, en Jordanie, en Irak, en Syrie et
ailleurs, ce qui a produit leurs multiples exils à travers la
Méditerranée. La Méditerranée figure sur plusieurs titres de
l’album, comme Don’t Share qui commémore la mort d’un petit
Syrien de trois ans d’origine kurde, Aylan Shenu, qui s’est noyé
dans la mer avec sa mère et son frère, alors qu’ils tentaient de
rejoindre l’Europe. Ziadah explique que « bien que son image ait
été partagée au niveau international, la situation hostile aux
réfugiés reste la même. Le poème est dédié à tous ceux qui
traversent la Méditerranée (passé et présent) à la recherche
d’un foyer ». De plus, Mediterranean Blues est l’un des
morceaux les plus poétiques et les plus émouvants de l’album qui
évoque la condition des réfugiés fuyant les conflits au
Moyen-Orient. Les paysages sonores du Proche-Orient et de l’Orient
produits par Mansour sont accompagnés par les formidables métaphores
et histoires de Zaidah sur les femmes survivant à la guerre. Elle
rime avec puissance :

Je l’ai vue compter les
marques de balles dans les vagues/ les écouter s’écraser sue le
côté, comme les immeubles s’effondrent sue le côté/…. elle ne
savait pas qu’elle trouverait Alep la suivre dans la mer, la suivre
et s’écraser toujours sur le côté/…elle a donc appris ce que
tous les réfugiés apprennent : elle a appris à faire des jeux de
décombres/à secouer la poussière/à cacher des éclats d’obus dans
les rires/à crier, à rêver et à danser/à crier, à rêver et à
danser sur une guerre qu’ils ont faite au loin/…nous sommes
infectés de mémoire et d’espoir.

Artistiquement
provocant avec des refus radicaux, une force révolutionnaire, de
l’amour et des imaginaires de liberté, l’album entier est imprégné
de l’esprit de sumud (ténacité) et d’espoir, nécessaire au
milieu du pessimisme de la perte d’une direction révolutionnaire
palestinienne, d’un projet de libération nationale et de la violence
capitaliste coloniale permanente que les Palestiniens vivent.

Les
discours de l’État israélien présentent les Palestiniens comme des
« menaces démographiques » qui s’accompagnent de violences
raciales, sexistes et sexuelles, en particulier contre les femmes
palestiniennes, qui symbolisent la nation parce qu’elles portent les
générations futures dans leur ventre. Three
Generations

est également le titre d’un morceau de l’album qui évoque de
manière dynamique la survie des femmes et des jeunes filles
palestiniennes. Malgré les décennies de violence que les femmes et
les jeunes filles palestiniennes ont endurées contre un projet
d’élimination des autochtones par les colons, les poèmes de l’album
recréent un sentiment actif de présence et de résistance. Il
raconte les (leurs) histoires de femmes palestiniennes qui ont joué
un rôle inestimable dans leur lutte, que ce soit en participant à
la révolution ou en survivant grâce à des activités banales
telles que s’occuper des enfants, cuisiner et inculquer l’histoire et
la culture palestiniennes dans la
conscience de leurs enfants.
Son histoire reflète l’histoire orale d’une femme, comme la plupart
des femmes palestiniennes qui tiennent le chaos de la guerre et de la
violence d’État loin de leurs proches, par des formes de défi, de
soins radicaux, d’hospitalité, de rire, de cuisine, de prières, de
leçons de dabke,
d’histoires et d’amour. Son histoire est la plus significative pour
Ziadah, elle dit que « c’est
la plus proche, la plus personnelle pour moi, [parce que c’est]
l’histoire de ma grand-mère ».
Comme sa grand-mère, l’album incarne également une approche
féministe, qui peut être admirée dans le vidéoclip de Three
Generations https://www.youtube.com/watch?v=skIPOQo30MA
,
qui montre des photos de la survie des femmes palestiniennes dans des
zones géographiques fragmentées – de l’intérieur de 48, des
territoires occupés et de la diaspora.

L’album
exprime également des histoires et des messages de refus
anti-colonial qui rejettent le présent colonial, car chaque morceau
de l’album se termine par un puissant message de résistance.
Grenfell with Love parle de l’incendie structurel le plus
meurtrier du Royaume-Uni qui a éclaté aux Grenfell Towers et
incarne une politique de solidarité, dans laquelle Ziadah relie la
lutte palestinienne à d’autres luttes pour la justice raciale, de
genre et économique. De plus, le titre Define imagine le
retour des réfugiés palestiniens dans leurs maisons et leurs terres
volées, refusant la souveraineté et l’avenir des colons israéliens.

Three
Generations
englobe les notions de lieu et d’absence de lieu, de
perte et d’existence, de défi et de trahison, de douleur et
d’humour, d’attente et de non-abandon, de vie et de mort. C’est un
album puissant inspiré par, et s’inscrivant dans, une tradition
radicale de la culture de résistance palestinienne, produit pour
enregistrer et transmettre (de l’Histoire et ) des histoires orales à
travers le temps et l’espace, insuffler une conscience de résistance,
mobiliser l’action engagée pour la justice et la libération, et
inculquer le sumud dans la longue marche vers la liberté.

Rafeef
Ziadah et Phil Mansour devaient faire une tournée et sortir cet
album dans le monde entier, mais la pandémie de COVID-19 a empêché
leur capacité à tourner et à jouer leur album en direct. Pour
précommander ce magnifique témoignage de l’esprit humain et
soutenir les coûts de production de cet album, commandez Trois
générations
sur Pozible
https://www.pozible.com/profile/rafeef-ziadah
.

Chandni Desai est professeur adjointe à l’université de Toronto. Elle travaille sur son premier livre « Revolutionary Circuits of Liberation : The Radical Tradition of Palestinian Resistance Culture and Internationalism » et elle est l’hôte du podcast sur la pédagogie de la libération https://www.liberationpedagogyproject.com/podcast .

Source: Mondoweiss

Traduction par GD pour l’Agence Media Palestine.




FAUDA : essai sur la série israélienne Fauda

Par Bernard Favier, en Septembre 2020

Je commencerai ce travail d’analyse en citant
une intervention d’Elias Sanbar lors d’un entretien à l’iReMMO, autour du
« plan Trump » pour la Palestine, en compagnie de Dominique Vidal. Elias
Sanbar est Ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO  mais il est aussi un grand cinéphile. A
l’occasion de ce rendez-vous, Elias Sanbar 
a évoqué la similitude qu’il existait entre les deux colonisations :
américaine et israélienne. Je le cite :

« Il y a quelque chose de très
profond  entre les Etats Unis et Israël,
ces deux pays sont nés de la même façon, les deux sont nés d’une colonisation.
L’effet de miroir qui dit aux USA combien ils sont légitimes se reflète
exactement dans l’œil d’Israël. Ces deux pays sont nés d’une colonisation de
remplacement et non de la colonisation 
de peuples autochtones. Et dans l’histoire américaine, chose fabuleuse,
quand ils arrivent il y a 400 nations indiennes capables d’exploiter toutes les
ressources. Ils les déciment et font venir pour la main d’œuvre des esclaves noirs
d’Afrique. Il y a bien quelque chose là de commun, parce que quand les Belges
arrivent au Congo ils ne le vident pas ils l’exploitent, comme ont pratiqué les
Anglais en Inde. Il  y a, donc, un
phénomène de reconnaissance. Ces deux pays, Israël et les Etats – Unis pensent
qu’il sont tous les deux la quintessence du bien, doublé d’une mission divine. Ne
jamais oublier qu’Israël est né en réponse à la barbarie nazie, donc, dans le
camp du bien ».

Je vais tenter, à partir de ce qui pourrait
être un postulat sur l’occupation de l’espace et l’accaparement des ressources,
de voir à travers une série qui se revendique comme  une œuvre de fiction, mais, in fine,  pas tant que çà, comment ces deux pays ont tenté, et pour
les Etats–Unis réussi, grâce à un genre cinématographique, le Western,  à faire imprimer la légende comme étant le
récit de leur histoire. Fauda serait
alors une sorte de miroir du western américain tendu aux spectateurs, dans un
autre temps et dans d’autres lieux. A ceci prés que, lorsque le western devient
un genre de cinéma triomphant, les Indiens ont déjà été exterminés. La mission
du  Western consistera, exclusivement, à favoriser
la substitution de la légende à l’histoire. Les Palestiniens, eux,  malgré la Nakba de 1948, l’expulsion très
violente et meurtrière de plus de huit cent mille d’entre eux, sont encore là.

Le principe de cette série consiste, à partir d’un groupe d’une
dizaine  hommes et deux femmes, à
constituer une Unité d’infiltration dont 
les missions seront d’intervenir en territoire palestinien. Ces missions
d’infiltration en territoire ennemi
ne sont pas totalement effectuées en terre inconnue puisqu’elles interviennent
sur des espaces déjà occupés par l’armée israélienne, même si la série fait politiquement
l’impasse sur cette occupation, sauf à deux ou trois exceptions. Le  principe de l’infiltration est simple. Une
équipe soudée  parfaitement bilingue
arabe/hébreu, allant parfois jusqu’à se grimer pour paraitre plus arabe, une
équipe surarmée et équipée de tous les moyens de transmission et d’observation
les plus sophistiqués, va traquer des Palestiniens armés. Mais ce qui est
criant, c’est bien  la disproportion des
moyens dont chaque camp dispose.
Surarmement sophistiqué et techniques dernier cri côté israélien, armement
rudimentaire avec au passage une note certainement issue du scénario comme  une marque de fabrique du terrorisme, un penchant pour les
explosifs  côté palestinien. Au final ce
qui caractérise ces trois saisons, c’est qu’elles sont toutes les trois, imprégnées
de ce qui pourrait être l’inconscient d’Israël. Le récit devient, de bout en
bout, une métaphore permanente de l’occupation, par l’occupation de l’espace
mais , en plus , par une occupation jusqu’à saturation de l’écran par l’Unité
d’infiltration au détriment des Palestiniens, à laquelle assistent nos regards,
par nature impuissants.

FAUDA
Saison 1

La création de la série israélienne la plus
célèbre, aujourd’hui, émane de deux personnages dont les histoires personnelles
sont le reflet  de cette série. Lior Raz
d’abord. Il est né et a grandi dans une colonie de Cisjordanie occupée, de
parents juifs qui ont émigré d’Irak et d’Algérie. Son père travaille pour le
ministère de la défense et sa mère est enseignante.

Après avoir obtenu son diplôme d’études secondaires,
il rejoint l’unité d’élite de l’armée israélienne Douvdevan. Alors qu’il est à
l’armée, son amie Iris Azulai est poignardée à mort par un Palestinien de
Bethléem,  cette mort aura une influence
déterminante sur la construction de la Série. Après son service militaire en
1993, il part aux Etats Unis, Arnold Schwarzenegger l’engage pour être son
garde du corps. De retour en Israël il s’inscrit au cours d’art dramatique  Nissan Nativ à Tel Aviv. Il est parfaitement
bilingue hébreu et arabe.

Le second personnage à l’origine de Fauda
s’appelle Avi Issacharoff. Il passe son enfance à Givat  Shaul, lui aussi parle parfaitement l’arabe.
Après ses études, il devient correspondant aux affaires du Moyen-Orient pour
une radio israélienne. En 2014 en reportage télé, Avi Issacharoff et son cameraman
sont attaqués par des jeunes Palestiniens masqués alors qu’ils couvrent une
manifestation de protestation dont la cible reste indéterminée à ce jour. Il
souhaite témoigner dans un livre de son expérience sur le terrain lorsqu’il
rencontre son ami Lior Raz devenu  acteur
et qui, lui, veut témoigner en
réalisant  un film. La cause est entendue,
ils vont coécrire le scénario de la série Fauda. La première saison sera
diffusée en février 2015, la saison 2 en décembre 2017 sur la chaîne câblée
israélienne Yes. La série recevra de multiples prix en Israël et aux USA.

Fauda signifie Chaos en arabe, précision
nécessaire au regard des affrontements souvent à sens unique qui vont avoir
lieu. Il était donc indispensable  que
cette série soit affublée d’un titre arabe, et que ce titre puisse avoir
vocation à cibler et à  renforcer
l’aspect dramatique attribuable, on le verra, 
aux Palestiniens. Les membres de l’Unité spéciale sont tous parfaitement
bilingues, avantage indispensable pour les opérations d’infiltrations qui sont
la marque de fabrique de l’Unité. Nous sommes en 2015. A cette époque les Palestiniens
ont déjà opté pour la lutte non violente. Une décision prise essentiellement
parce qu’ils ont mesuré la disproportion de leurs moyens militaires face à
l’armée israélienne surarmée. Les concepteurs de Fauda choisissent, à contrario
de la situation réelle en Cisjordanie occupée et sous surveillance permanente,
de décrire des Palestiniens surarmés et dans leur majorité membres du Hamas, avec
une visée simple et un seul mot d’ordre : tous terroristes.

Dans cette première saison le scénario pour
l’équipe d’infiltration consistera  à
localiser le Palestinien Abou Ahmad ennemi public numéro un et à l’éliminer. Un indic signale qu’il sera présent
au mariage de son jeune frère. Mais rien ne se passe comme prévu, les infiltrés
rapidement repérés sur les lieux de la noce font usage de leurs armes et tuent
le jeune marié.

Abou Ahmad qui s’était grimé en vieillard pour se rendre au mariage, averti en chemin par la pétarade de la fusillade, retourne chez lui. Les douze épisodes seront une battue générale : localiser et abattre Abou Ahmad. Pour faire durer ce scénario le schéma est simple. A chaque localisation, l’unité est sur les dents  et débarque  sur les lieux. Mais chaque fois Abou Ahmad a disparu, une astuce pour amplifier son insaisissable dangerosité, se renseigner sur le réseau occulte dont il bénéficie, et faire reprendre du service au tous terrorises. L’ennemi palestinien n’est dans aucune séquence   valorisé, jamais  courageux, plutôt désigné  et montré comme un clan violent de fous de Dieu. Jamais série n’a autant correspondu non pas à une réalité vraie, mais à une autre, celle  que ce récit devrait graver  dans le marbre : une  nouvelle légende du peuple juif. Doron Kavillo le personnage principal l’acteur Lior Raz en est aussi le scénariste. Il est issu de  Douvdevan l’unité qui l’a formé à ce qui est mis en scène dans Fauda. Scénariste, acteur et conseiller technique.  Doron le meneur de cette brigade se faufile en Cisjordanie. Rien ne nous signale que nous sommes sur une terre occupée : aucun check point, aucune action de répression dans la profondeur de champ des séquences filmées. L’imitation  des séries américaines est patente. Imitation scénaristique et technologique : écrans de contrôle géants même si une série américaine a été inspirée par une série israélienne, Homeland  issue de la série Hatufim. Dans Homeland nous pouvons trouver ce qui manque sur le plan formel à Fauda : du suspens dont le seul axe ne sera pas la violence, mais une vraie géopolitique imaginée à l’avantage des USA, qui construit un récit tenant compte de ces réalités, le contraire d’un scénario à sens unique. Accessoirement des cadrages soignés, un découpage et un montage sophistiqués, et un véritable travail sur la lumière. Dans Fauda, des deux côtés, israélien ou palestinien, on passe toujours en force soit par assassinat soit par enlèvement. La psychologie y est rudimentaire et les sentiments baignent dans une sensiblerie maladroite. La loi du talion reprend également du service, œil pour œil dent pour dent, mais plus justement pour l’Unité israélienne, pour une dent toute la  mâchoire. Dès qu’une scène est un peu tendue, le réalisateur filme immédiatement en gros plan créant une intensité sans profondeur. Ce qui peut identifier Fauda aux séries américaines surtout  celle des origines  24 heurs chrono, est essentiellement la visualisation permanente de l’espace. Sa concrétisation  doit s’approcher de  l’accomplissement d’un fantasme, celui d’une ubiquité totale. Nul besoin pour cela d’installer des éléments de surveillance quand on sait qu’ils existent déjà. Parce qu’Israël * exerce sur Gaza et la Cisjordanie un cyber contrôle dont cet Etat s’est fait une réputation universelle. Ou comment  contrôler de façon efficace une population de prés de cinq  millions de personnes en utilisant l’intelligence artificielle, le big data, les drones et leurs caméras mais aussi les hélicoptères. La cause est entendue, dans Fauda le poste de commandement israélien voit tout, entend tout, mais comme un prérequis. Les groupes palestiniens seront, dans les extérieurs, sous surveillance, partout, de nuit comme de jour. Cette surveillance cessera, c’est une loi du genre, lorsque l’action aura besoin de souffler ou de rebondir. Mais nous voyons bien que le quadrillage de la surveillance auquel les Palestiniens  sont soumis dans leur réalité quotidienne, devient un acquis visuel qui n’exige même plus une technologie de surveillance  à installer  pour exister. Il va de soi que l’œil d’Israël est partout  comme un regard surplombant, dont la parabole serait celle d’un regard divin qui verrait tout et entendrait tout. Ce désir d’ubiquité et de contrôle puise ses origines dans le cinéma allemand, ce principe de surveillance est présent dans les trois Mabuse : films de Fritz Lang des années vingt, trente, et soixante dans lesquels un personnage diabolique, principalement celui de 1933, qui dirige, depuis  l’asile psychiatrique où il est interné, un gang de malfaiteurs lui rapportant  tous leurs méfaits diaboliques. Ce monstre venu des entrailles des puissances du mal absolu, préfigurait pour Fritz Lang, la montée du nazisme. Le docteur Mabuse des années soixante met tous les protagonistes de l’hôtel qu’il dirige  sous contrôle,  grâce à de multiples  cameras dissimulées, affichant ce qui est capté sur un mur d’écrans cathodiques. Première vision d’une mise sous surveillance générale  au cinéma. L’autre figure tutélaire de Fauda serait celle du Western avec le rappel des propos attribué au  général Yankee Sheridan lors des Guerres indiennes : «  un bon indien est d’abord un indien mort ». Propos qui trouve plus qu’un écho, une  suite contemporaine, rencontrée sur une place de Tel – Aviv lors d’une manifestation de soutien à Elor Azaria, ce soldat israélien, meurtrier d’un jeune palestinien qu’il acheva d’une balle dans la tête alors qu’il gisait au sol gravement blessé. La principale banderole de cette manifestation était sans ambiguïté : KILL THEM ALL.

AL JAZEERA

Cette première saison est déjà emblématique
de quelques  systématisations.

 La vie
personnelle ou quotidienne, le mode de vie palestinien ne sont  jamais évoqués ou montrés autrement que pour
servir les intérêts de l’Unité israélienne d’intervention. Ce qui veut dire plus
précisément que, lorsqu’ un Palestinien 
ou une Palestinienne apparait à l’écran,
c’est que leur présence est liée à l’action que mène l’Unité d’intervention.
Jamais dans une digression humaine : une mère et ses enfants, un repas en
famille, une veillée. Ce n‘est pas le cas des proches des membres de l’Unité
dont la vie personnelle est très présente pour 
l’entretien du moral de la troupe : beuveries, coucheries et
tromperies comprises. Leur mode de vie hors des opérations « anti
terroristes », est assez généreusement exposé pour que nous puissions
saisir qu’il y a dans le récit une séparation entre la vie personnelle des membres
de L’Unité et leur rôle d’agents d’infiltration.

Dans cette première saison le sexe, élément toujours
présent dans toutes les  séries internationales,
n’est à l’œuvre qu’une seule fois entre une agent et son supérieur pour un
coït  à la hussarde dans les locaux de
l’Unité.

* cf  Sylvain Cypel –  L’Etat d’Israël contre les juifs –
Editions  La Découverte.

FAUDA
Saison 2

La simplicité biblique dirait « on prend
les mêmes et on recommence ». Le principe sera respecté côté  Unité israélienne. L’ennemi Abou Ahmad a été
tué à la fin de l’épisode précédent. Le récit  exonère les Israéliens de sa mort. Ce membre
du Hamas, présumé terroriste, n’a pas été tué par la brigade israélienne mais
par Walid un autre Palestinien. Le tour est joué dédouanant sans frais l’Unité.
Les luttes internes font se tuer entre eux les militants du Hamas. Cette saison
2 va fonctionner à l’identique de la première, par une propagande qui ne sera
pas celle d’un point de vue sur l’analyse introspective d’un mode de vie qui serait
supérieur à l’autre entre Israéliens et Palestiniens. Non ! L’urgence consiste
à maintenir le cap, Palestiniens : tous
terroristes
. Les responsables de l’Autorité palestinienne, dès qu’ils apparaissent,
sont assez justement dépeints même si le trait est un peu gros. Ils sont dans une
logique de collaboration. Le responsable de l’Unité entre chez eux sans
rendez-vous. Et le membre de l’Autorité qui le reçoit arrange toujours ses
affaires, même pas de rôles à double jeu mais des gens acquis  et transparents, comme s’ils géraient une antenne
de l’Unité israélienne.

Dans cette Saison 2 la donne va évoluer et le
curseur du terrorisme monter d’un
cran. L ‘ennemi public numéro 2 s’appelle Al Makdassi, c’est un dissident
de Daesh qui rentre de Syrie. Après le Hamas il fallait que le scénario aggrave
la situation. Le coscénariste de la série avec Lior Raz, Avi Issacharoff livre,
dans un entretien télé ce que devrait être la réception de Fauda : « Rien que le titre Fauda  (Le Chaos) est
significatif et correspond à l’état de chaos dans lequel nous vivons. En Israël
ou dans les territoires palestiniens – occupés NDLR – je pense
que nos intentions étaient en quelques sortes de perturber les spectateurs. –
Est ce que nous regardons, quelque chose qui pourrait arriver ? – C’était
l’idée. Je pense qu’en regardant Fauda
on peut presque ressentir   ce qu’il se
passe, même devant la télé on peut avoir l’impression de le vivre ». Le
vivre peut-être mais le ressentir comme une réalité, sera difficile.

Car  voir 
s’affronter, en faisant parler la poudre, sur une place de Naplouse des Israéliens
surarmés et des Palestiniens lourdement armés eux aussi, ne recouvre aucune
réalité et renvoie simplement à un genre : le Western. Et c’est bien ce
qui dérange dans cette série qui se voudrait le reflet d’une réalité, mais
comme celle-ci n’existe pas, sa construction est seulement idéologique. Son
projet réel pour formater l’avenir est celui d’une saga calquée sur le modèle
US, redisons-le, celui d’une colonisation de remplacement dont le Western
déclina la légende.

Et Avi Issacharoff ajoute « En tant que
journaliste j’allais à le rencontre de représentants palestiniens, qu’ils appartiennent à l’Autorité palestinienne
ou qu’ils soient de simples citoyens. J’ai également rencontré ceux considérés
comme des terroristes, pour apprendre à les connaître pas forcément pour
rigoler, mais écouter leur histoire pour pouvoir la transmettre à la presse
israélienne. Au risque d’exagérer : notre mission est sacrée. Les gens ici
ne veulent pas entendre parler des Palestiniens, et du côté palestinien, on ne
s’intéresse pas non plus aux Israéliens. Mais il faut continuer de montrer aux
gens de chaque côté le point de vue de l’ennemi. L’autre côté doit voir ça. Que
ce soit les Israéliens, les Palestiniens ou le reste du monde ». Voilà un
discours bien rôdé, celui du fantasme de la   
compréhension mutuelle et d’une entente nécessaire, alors que la série
est un document à charge dont le background : « tous
terroristes » pointe sans ambiguïté, ce que ce type d’ anathème énonce
pour rendre irréconciliable toute  idée d’entente
mutuelle.  Mais cette colonisation s’incruste
aussi sur l’écran. Je me suis livré à une expérience qui, sans être infaillible, dit
quand même que les Israéliens colonisent également  l’écran sur lequel se déroule Fauda. J’ai chronométré  la présence à l’écran, des Palestiniens et des
Israéliens. Sur une durée totale de 525 minutes de cette saison 2, la présence
à l’écran des Palestiniens  se solde par
170 minutes, un timing essentiellement consacré  à comploter, jamais dans une séquence de leur
vie quotidienne amicale ou familiale. Les 355 minutes restantes sont entièrement  dédiées à l’Unité israélienne pour ourdir sa
traque impitoyable mais également pour se soucier du repos du guerrier, de sa  famille, du moral des femmes et des enfants
face à l’absence du mari et du père, ou retrouver les membres de l’Unité pour
copieusement arroser ces moments de retour au bercail. Fauda est avant tout une série israélienne à destination d’un
public israélien.

Dans cette saison 2, le rôle des femmes
palestiniennes, sans être prépondérant, n’est pas absent ou  seulement décoratif. La première qui sera visible
et active est la doctoresse Shirin Al Abed interprétée par l’actrice franco
–libanaise Laëtitia Eïdo. Elle sera prise entre le feu de deux hommes : Walid son cousin 
adjoint d’Abou Ahmad dans la saison 1 qui lui demandera son aide pour un
attentat et lui fera une demande en mariage qui s’avère très vite  un  mariage
forcé. L’autre homme est  le meneur de
L’Unité d’infiltration Doron Kamillo / Lor Diaz co-auteur de la série, qui va lourdement
la courtiser à coup de mensonges et de séduction de pacotille. Dans Fauda 2,  l’expression 
des sentiments a plus à voir  avec
l’étalage d’une sensiblerie vieillotte que de la réelle prise en charge d’un
univers sentimental complexe. Evidemment le scénario va pousser Shirin  à choisir, d’un côté son cousin Walid et sa
demande de mariage forcé au nom de la cause et du groupe, de l’autre Doran le
joli cœur qui avance ses pions de professionnel du renseignement. Pas de suspens.
Par une  exigence liée à l’enquête, Doran arrivera à ses fins en faisant de Shirin sa
maitresse. Pour sa sécurité il l’enfermera dans un bâtiment réservé à l’Unité.
Il obtiendra d’elle qu’elle trahisse le camp palestinien, proposition faite à
la plupart des femmes palestiniennes approchées par l’Unité contre un passeport
israélien pour échapper au sort tragique que lui réserve la suite de son
passage à l’ennemi. La simplicité du scénario de Fauda laisse rêveur, il n’est que celui de la vengeance qu’accompagne
une violence débridée. L’ensemble de cette Saison 2 est,
comme la première, filmé sans soin,
privilégiant de très gros plans hurleurs comme excellence de l’intensité. L’ultime
constat de cette saison est cruel : nous sommes devant une série pas
réjouissante mettant face à face deux mafias dont l’une vit en famille alors
que le destin de l’autre est de  fuir. Parce
que côté palestinien s’ils sont : tortionnaires, traitres, collabos, côté
israélien  ils sont gangrenés jusqu’à
l’os par l’idée de vengeance, la fin justifiant toujours les moyens. Alors oui !
Le scénario  de cette  vengeance a une autre idéologie, et elle n’est
pas à l’avantage de leurs auteurs, celle 
d’un récit qui serait celui de l’affrontement de deux groupes mafieux, semblable à ceux des gros bonnets de la drogue, sans
autre vision que celle de mutuellement s’éliminer à armes très inégales. Pour
faire la différence et ne pas risquer d’amalgame ou d’égalité entre les deux
groupes il suffira de se souvenir des mots d’Elias Sanbar : « Ne
jamais oublier qu’Israël est né en réponse à la barbarie nazie, donc, dans le
camp du bien ».

FAUDA
Saison 3

Cette Saison 3 débute  sur une proposition différente des deux
autres. L’air de la vengeance n’y est pas immédiat et nous pourrions croire à
un début d’entente cordiale entre Palestiniens et Israéliens.  L’effet de surprise sera bref. Les premiers plans
trompeurs nous ont montré Doron Kavillio / Lior Raz producteur et acteur principal  de la série, à Hébron  ville symbolique de l’occupation israélienne
de la Palestine, dans laquelle six cents colons sont protégés par mille soldats
en armes dans une colonie mitoyenne  du  centre historique, qui a dépossédé les
habitants palestiniens  de leur
centre historique : la célèbre rue Shuhada. Les Palestiniens y sont
tracassés et humiliés quotidiennement par des colons ultra orthodoxes.

Nous allons être fixés rapidement, Doron a
réussi une infiltration XXL dont nous ne saurons rien de la construction, mais
le voilà sous le pseudonyme  arabe d’Abou
Fadi coach de Bashar un jeune boxeur palestinien qui lui voue une confiance
absolue. Préalablement nous aurions pu glisser vers un mieux et imaginer le peu
d’humanité à laquelle les plans calmes d’Hébron et la vision du jeune boxeur devenu
l’ami de Doron nous invitaient. Mais cette sensation sera très vite gommée et disparaitra
du champ des possibles.

Parallèlement 
à cette introduction nous assistons à la libération d’un prisonnier
palestinien ex-cadre du Hamas répondant au
prénom de Jihad, phonétiquement une infime
différence entre ce prénom et le Djihad. Il est le père du jeune boxeur Bashar
coaché par Doron qui est devenu l’ami de la famille. C’est ce père qui vient
d’être libéré que Doron veut approcher. La boxe comme projet va disparaître des
radars.

Cette troisième saison est un peu plus
élaborée que les deux précédentes,  la grammaire cinématographique, si ce
terme a encore un sens appliqué aux séries, y est un peu plus rigoureuse. Le
montage répond davantage à l’action et à la « psychologie » qui
l’accompagne, les plans nuit sont
plus finement éclairés. Les séquences s’enchainent avec plus de souplesse. Les
gros plans hurleurs dès que la situation se tend y sont moins nombreux.

L’infiltré avec son
nom arabe  est l’ami de la famille. Bashar
sera, lui,  l’innocent utile  qui va apprendre la vie à ses dépends et quand
il apprendra que c’est pour se rapprocher de son père que Doron lui a proposé
de l’entrainer à la boxe, il se sentira horriblement trahi. Ce grain de sable
d’humanité va être emporté dès le 3éme épisode 
par un déchainement de violence. Toutes les actions vont se solder par
d’innombrables morts côté palestinien. Tous les chefs de réseaux dont Fauzi le
plus recherché seront tués par l ‘Unité et des renforts militaires, la
violence sur le terrain sera décuplée. Finies les  disparition subites  de l’ennemi public à l’arrivée de la brigade,
comme dans les saisons 1 et 2. C’est dans ce chaos de larmes et de sang que
nous devons nous rappeler  que les
auteurs de la série nous assurent ne pas avoir d’autre ambition officielle que
celle de nous divertir. Le projet a assurément un fondement idéologique : discréditer
les Palestiniens essentiellement par la négativité de leur représentation, mais
aussi, en montrant d’une façon  poussée
jusqu’à la caricature,  les 
structures  liées à l’Autorité palestiniennes
comme ringardes et collabos.

Tout au long de cette troisième saison, si le
scénario se complexifie, les représentations sociologiques vont de mal en pis.
Comme dans les deux saisons précédentes, il y a une discordance vertigineuse
entre la représentation du corpus social israélien et celle du corpus palestinien.
On en revient encore au western dans lequel 
le corps social de ceux qui sont nés pour « vaincre » est
exposé comme ici dans son entièreté : le  combattant, sa femme ou sa compagne, ses
enfants, la vie affective de la famille dans un quotidien reconnaissable. Mais
aussi  des moments de vie sexuelle virile,
ou de vie en couple, ou entre amis. La
représentation de la vie palestinienne, elle, 
ne baigne jamais dans l’intimité de la vie quotidienne. Chacun vit selon un rituel issu des clichés sur le rôle
prépondérants des hommes, l’effacement des 
femmes et surtout une vie sociale bordée par la peur des vengeances de
tout poil suite aux actes des maris, pères, frères. Aux Israéliens les
libations et la joie des retrouvailles, aux Palestiniens la stricte rigueur du
cliché colporté sur la famille musulmane, transie par la peur de la vengeance.

Bashar est contraint de fuir puisque c’est
lui qui a entrainé la mort de son cousin Fauzi 
suite à l’infiltration réussie de Doron/Abou Fadi son coach. C’est avec son père que cette
fuite s’opère car il veut protéger son fils, considéré comme un traitre, le
Hamas exige qu’il soit éliminé. Leur cavale va rebondir pour donner un peu plus
de corps au scénario. Ils rencontrent par hasard un  jeune couple israélien visitant la
Cisjordanie. Ils décident de leur enlèvement en braquant sur eux l’arme que
leur a remis un passeur. C’est donc en pleine nuit qu’ils empruntent un tunnel
qui les conduira jusqu’à Gaza.

L’ennemi de cette saison ne sera pas incarné par
un  homme à abattre mais sera porté et
symbolisé par une infiltration dans une ville tabou évacuée  par les forces israéliennes mais maintenue sous
un blocus aux mâchoires d’acier : Gaza. Une infiltration tabou et compliquée puisque
les forces israéliennes ont quitté la bande de Gaza depuis 2005. Alors comment
faire ? Tourner à Gaza serait certainement beaucoup trop risqué.
L’infiltration aura lieu, mais sur une base israélienne repeinte en Gaza. Bashar, son père et leurs otages doivent trouver un lieu
où ils pourront se cacher et maintenir leurs otages en captivité. Evidemment ce
qui occupe leur projet est l’échange de ces otages contre des prisonniers
palestiniens enfermés dans les prisons israéliennes. On se souvient de ces
échanges disproportionnés qui en disent long sur la valeur d’échange, donc de cette question philosophique de  la valeur
des individus qui pourrait se résumer à une morale simple : suivant que
vous serez israéliens ou palestiniens … Un israélien Gilad Shalit prisonnier
des Palestiniens a été échangé contre quatre cent soixante-dix-sept Palestiniens.
Des libérations qui s’apparenteraient plutôt à une permission de sortie
puisque  certains  prisonniers sont, dès leur sortie, localisés, rattrapés
et replacés dans leur cellule.

L’Unité débarque à Gaza à la recherche des
deux otages, la série continue avec un seul objectif : un désir effréné de
vengeance. L’otage homme arrive à fuir mais sera tué par un garde du Hamas car
il n’a pas  répondu en arabe  aux sommations. Yaara l’otage restante sera
utilisée au mieux du cliché habituel des 
groupes terroristes.  Elle lira un
texte écrit par le Hamas avec demande express de se plier aux demandes  du groupe gazaoui. Le scénario ne comporte
pas, on l’a vu, de séquences sentimentales sincères côté palestinien. Les
auteurs vont imaginer et écrire  une
histoire incongrue  et invraisemblable qui
fera  tomber amoureux Bashar de son
otage. Comme quoi les Palestiniens racontés par Israël ne peuvent se retrouver
que dans des situations impossibles avec une impasse comme projet. Ce détail
est malgré tout un lapsus dont nous savons qu’il cache en général une vérité
inconsciente, dont les auteurs nous disent clairement en créant cette pseudo
idylle : il  n’y a rien à espérer.

L’Unité a ses indics dans la population, de
gré ou de force. Après avoir forcé la porte d’une maison gazoui, son occupant
va  être contraint avec le sourire
d’appeler un médecin pour porter secours à un blessé de l’Unité.

Ces Israéliens  repartiront sourire aux lèvres au volant d’un
véhicule sur le pare-brise duquel est collé Press bien visible. C’est le
véhicule du gars dont ils ont forcé la porte, et qu’ils ont retourné, sous-entendu
le taux de sympathie pour les sionistes existe même à Gaza. Vient le moment de la
libération de l’otage Yaara. Les ordres sont donnés à l’Unité par Hila leur
cheffe de groupe devant ses écrans géants. Allez ! Au boulot : si
vous rencontrez des écoles ou des mosquées vous avez carte blanche. L’otage
sera libérée. Retour côté israélien, Doron le meneur de l’Unité passera d’abord
voir ses enfants restés au domicile familial pour une séance d’affection
partagée. La suite se fera dans les bras de Hila  devenue sa maitresse.

Le douzième et ultime épisode sera un
concentré de tout ce qui précède. Nous sommes chez un membre de l’Unité, les
hommes s’affairent dans la cuisine pour préparer un repas, on plaisante, on se serre les coudes. On est entre hommes. Le
seul enfant présent va embarrasser l’assistance en demandant qui a tué Avihaï son
père, mort sous le choc d’un tir ami
venu d’un membre de l’Unité. Réponse embarrassée,
on joue à noyer le poisson. Le poisson ne sera pas noyé tout à fait.  Nous sommes en Israël.  Bashar est passé de Gaza en Israël en
empruntant  le même tunnel que pour  son arrivée. Par un coup du sort assez
invraisemblable qui sent le besoin de hisser le clap de fin de cette saison 3,
il retrouve Yaara l’ex-otage et appelle
Doron. Branle bas de combat. Yaara sera tuée par Bashar. Il sera emmené sous
grosse escorte en prison pour y être incarcéré. Son incarcération ouvre la voie
à la saison 4, mais nous permet de noter qu’aucune saison ne se termine par un succès palestinien. Yaara est la seule
femme identifiée tuée de cette série et elle est tuée par un Palestinien du
Hamas. Un meurtre individuel, d’une grande lâcheté, comprendront les
spectateurs, et  sans rapport avec les
enjeux d’un combat entre de vrais hommes. Triste fin à charge évidemment sans
aucune  épaisseur psychologique, dont est
victime une femme. Les femmes sont bien sûr   minoritaires dans cette série bien musclée,
deux dans l’unité mais une seule avec armes à la main.

Fauda la série
aux trois saisons, qui prive, sur trois fois
douze épisodes, les Palestiniens et Palestiniennes
de toute vie affective ou amoureuse, de toute vie sociale ou familiale  autour d’une maklouba . Quelle meilleure
définition de la férocité  de cette occupation que
leur emploi du temps. Celui-ci coche prioritairement dans ses trois saisons, les
cases : fuir, avoir peur des vengeances, trahir pour survivire, chercher des
moyens de résistance inexistants  pour
résister, quand même,  par tous les
moyens. Fauda ne serait pas une Série réaliste. Bien sûr que si ! Ces
trois saisons sont un aboutissement dont le background murmure : on vous
délogera coûte que coûte et  nous vous
contraindrons par la force à reconnaître qu’il n’y a pas de place
pour vous, les Palestiniens, sur cette terre.

Bernard Favier




La récolte annuelle des olives va de pair avec la violence des colons

Par Yumna Patel, le 23 octobre 2020

« Si vous cherchez un signe révélateur de ce qu’est l’occupation, c’est ce qui se passe dans les oliveraies » déclare Ghassan Daghlas, observateur des droits de l’homme.

Des colons israéliens agressent des agriculteurs à Burin, village proche de Naplouse, en octobre 2019. (Photo : Facebook)

Chaque année, le début de l’automne est marqué en Palestine par
la récolte des olives, qui commence début octobre et dure plusieurs semaines
car les Palestiniens travaillent sans relâche pour récolter leurs olives sur
des oliviers qui recouvrent des milliers d’hectares de terres palestiniennes.

La récolte des olives est une part intrinsèque de la culture et
de la tradition palestiniennes et, sous l’occupation israélienne, elle est devenue
pour les Palestiniens un symbole de leurs liens avec la terre.

C’est un évènement chéri par les Palestiniens de tous les
milieux sociaux-économiques, en particulier ceux qui vivent encore dans les
villes et villages ruraux de la Cisjordanie occupée, où les oliviers poussent
en abondance.

Mais chaque année, alors que les familles palestiniennes se
rendent sur leurs oliveraies, elles sont inévitablement confrontées à la
violence de l’armée israélienne et des colons israéliens, lesquels sont bien
connus pour coordonner, pendant la récolte, ces agressions contre les
agriculteurs palestiniens et leurs cultures.

Cette année ne diffère pas des autres. Depuis le début de la
récolte, il est noté déjà plusieurs cas où des colons israéliens ont agressé
physiquement des agriculteurs palestiniens, où ils leur ont volé leurs
récoltes, et où ils ont aussi brûlé et abattu des oliviers palestiniens.

Une vidéo tirée d’« Alors que commencent les récoltes,
commencent aussi les agressions des colons 
», publié le 11 octobre
2018.

Depuis le 6 octobre, l’OCHA (Bureau de la coordination des
affaires humanitaires) des Nations-Unies, a enregistré au moins 19 cas
d’agressions de colons, liées à la récolte des olives, contre des Palestiniens,
les médias locaux avaient commencé à signaler de telles agressions quelques
jours auparavant.

Le groupe israélien des droits de l’homme, Yesh Din, rapporte de
son côté que 25 incidents liés aux récoltes ont eu lieu depuis le début du
mois, rapporte Haaretz.

Les 19 agressions documentées par l’OCHA, qui ont eu lieu entre
le 6 et le 19 octobre, ont fait 23 blessés chez les agriculteurs palestiniens,
elles ont endommagé et brûlé plus de 1000 oliviers, et volé « de
grandes quantité d’olives
 ».

La nature de ces attaques par les colons est bien connue, et elles se déroulent généralement comme suit : des colons israéliens masqués, souvent armés de fusils, descendent de leurs colonies qu’ils ont installées au sommet des collines à la périphérie des villages palestiniens.

S’il n’y a pas de Palestiniens dans les parages, alors les
colons peuvent couper ou brûler les oliviers – dont beaucoup sont vieux de
dizaines d’années -, souvent en volant les olives sur les arbres avant de les
détruire définitivement.

Si des agriculteurs palestiniens se trouvent là, alors on
apprend que les colons ont agressé physiquement les agriculteurs, qu’ils ont
lancé des grosses pierres sur eux, et leur ont donné des coups de pied et des
coups de poing.

Vidéo “As the olive harvest begins, so do the settler attacks“, publiée le 11 Octobre 2018.

Dans de nombreux cas, les agressions des colons conduisent à des
affrontements plus importants, les soldats israéliens intervenant et tirant des
lacrymogènes, des balles d’acier enrobées de caoutchouc, et lançant des bombes
assourdissantes sur les agriculteurs palestiniens.

Les Palestiniens accusent l’armée israélienne d’oeuvrer de pair
avec les colons, et d’utiliser une force excessive contre les agriculteurs
palestiniens alors que ceux-ci tentent de se défendre et de défendre leur
terre.

Selon l’OCHA, lors d’un incident à Burqa, village proche de
Ramallah, des soldats israéliens sont intervenus après que des colons eurent, à
trois reprises, agressé les cueilleurs d’olives palestiniens à coups de
pierres. Mais au lieu de diriger leur attaque contre les colons, l’armée
israélienne s’en est pris aux Palestiniens et en a blessé 14 lors de
l’affrontement, et elle a laissé 30 arbres brûlés par ses bombes lacrymogènes.

Ghassan Daghlas, palestinien, surveille l’activité des colons
dans le nord de la Cisjordanie. Il a déclaré à Haaretz : « Cette
année, nous voyons des groupes plus importants, parfois des dizaines d’un seul
coup, pénétrer sur les oliveraies, en causant des dégâts et en attaquant, sous
les yeux de l’armée
 ».

« Si vous cherchez un signe révélateur de ce qu’est
l’occupation, c’est ce qui se passe dans les oliveraies
 » dit Daghlas.

Selon Wafa, site officiel d’informations de l’Autorité
palestinienne, il y a plus de 12 millions d’oliviers de plantés en Cisjordanie,
ce qui fait que la récolte des olives est « l’une des sources les plus
importantes de la durabilité économique pour des milliers de familles
palestiniennes
 ».

Il est dit que l’industrie de l’huile d’olive assure les moyens d’existence de plus de 100 000 familles palestiniennes et qu’elle représente un quart du revenu agricole brut des territoires occupés.

Source: Mondoweiss

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine




Quand est-il antisémite de critiquer Israël ?

Par Michael Bueckert, en Mars 2019

Les bases sur lesquelles les partisans d’Israël croient qu’il est soumis à une critique injuste, sont étrangement similaires aux justifications des défenseurs de l’apartheid d’Afrique du Sud, dans les années 1970 et 1980.

Une plage pour les Blancs seulement près du village de pêcheurs intégré de Kalk Bay, non loin de Capetown (1970). (Crédit image KM via UN Photo – CC)

L’État israélien et ses partisans accusent fréquemment celles et ceux
qui le critiquent d’être motivés par l’antisémitisme, et bien qu’ils
admettent généralement qu’il n’est pas intrinsèquement antisémite de
critiquer le pays, de récentes controverses ont prouvé qu’il est plutôt
difficile de tracer avec précision là où la ligne commence et s’arrête.

Une méthode extrêmement populaire pour délimiter les frontières d’une
critique acceptable d’Israël est le « Test 3D de l’antisémitisme »,
connu aussi comme le « Test 3D » mis au point par l’ancien ministre des
Affaires internes, Natan Sharanksy. Ce cadre évalue la critique d’Israël
par rapport aux trois « D » : Diabolisation (quand « les actions
d’Israël sont démesurément disproportionnées »), Deux poids deux mesures
(quand Israël « est ciblé » ou que la critique « est appliquée de façon
sélective »), et Délégitimation (quand « le droit fondamental d’Israël à
exister est  nié »). Si une déclaration critique répond à l’un de ces
critères, alors, elle est considérée comme antisémite.

Le « Test 3D » a été promu par des organisations comme la Ligue
Anti-diffamation comme un moyen simple de distinguer la critique
« anti-Israël » de l’antisémitisme, mais il présente des carences sur au
moins une question importante : ses critères peuvent facilement
s’appliquer à des discours concernant des pays autres qu’Israël. En
fait, le « Trois D » reflètent les plaintes formulées par les partisans
de l’apartheid d’Afrique du Sud dans les années 1970 et 1980, qui eux
aussi pensaient que leur pays était soumis à une critique injuste.

Une brève vue d’ensemble de la propagande sud-africaine révèle des
accusations comparables de diabolisation, de deux poids deux mesures, et
de délégitimation. Loin de fournir un outil d’analyse fiable, le « Test
3D » de Sharansky ne fait que codifier la même rhétorique que celle
utilisée pour la défense de l’apartheid d’Afrique du Sud, transformant
le langage des États parias en preuve supposée d’antisémitisme.

Diabolisation

Glenn Babb, ambassadeur de l’Afrique du Sud au Canada de 1985 à 1987, a souvent critiqué la « rhétorique exagérée » utilisée contre l’Afrique du Sud. Il estimait que le pays était « diffamé » dans le débat public, et que ses critiques étaient remplies d’une « ignorance lamentable ». Babb a affirmé que le gouvernement canadien conspirait avec les groupes « anti-Afrique du Sud »
et le Congrès national africain (ANC) pour fabriquer de toute pièce une
attitude hostile à l’Afrique du Sud – il qualifiait cette « relation incestueuse » d’« industrie anti-Afrique du Sud ».

En fait, les partisans de l’Afrique du Sud se plaignaient fréquemment
que le pays soit présenter d’un point de vue entièrement négatif et
unilatéral ; ils reprochaient aux « médias partiaux » et « libéraux » de répéter sans esprit critique une désinformation venant de « terroristes » et des « marionnettes »
de l’Union soviétique, tel le Congrès national africain (ANC), et de
convaincre le public que l’apartheid était uniquement un mal.  

Les partisans soutenaient que la couverture médiatique biaisée avait
déclenché des réactions émotionnelles aux dépens d’une analyse
rationnelle, empoisonnant la possibilité d’un débat constructif. John
Shingler, professeur à l’Université McGill, et qui était aussi le
directeur d’un groupe d’élite pro-Afrique du Sud, a écrit que les débats
sur les campus concernant le désinvestissement africain étaient « partiaux », « unidimensionnels » et « totalement négatifs ».
Il en résultait que l’Afrique du Sud elle-même était devenue un pays
pollué (et pas seulement sa politique), ce qui avait deux conséquences
principales : que le ton du débat était devenu « injurieux » et « vigoureux », et qu’il était devenu impossible de prendre une « position modérée » ou de s’opposer aux sanctions sans être accusés d’être des « racistes » ou des « fascistes ». En diabolisant l’Afrique du Sud, toute association avec le pays devenait toxique.

Deux poids deux mesures

Un brillant magazine pro-apartheid de 1987, appelé « Afrique du Sud : une nation en procès », s’ouvrait avec un éditorial combatif affirmant que « le dénigrement de l’Afrique du Sud était devenu un sport national ». Le magazine, qui était envoyé aux épouses des membres du Parlement canadien, continuait en se plaignant que « l’Afrique
du Sud était jugée selon des doubles, triples, et même des quadruples
critères. Beaucoup de ces critères étaient extrêmement subjectifs,
intellectuellement incohérents, biaisés, racistes, et carrément
arrogants
 ».

Les partisans de l’Afrique du Sud ont senti que beaucoup en Occident étaient « obsédés »
par le pays, et ont remis en question l’attention disproportionnée que
ceux-ci recevaient des gouvernements. John Chettle, de la Fondation
Afrique du Sud a fustigé la « majorité impitoyable » existantaux Nations-Unies, et Babb a souligné la « sélectivité » avec laquelle « le monde considère l’Afrique du Sud comme un cas particulier ».

Beaucoup d’autres se sont demandés pourquoi « les bonnes âmes
libérales » ne boycottaient pas l’Union soviétique ou d’autres États
africains. Une publication contre les sanctions, publiée en novembre
1985 par le Globe and Mail et l’Ottawa Citizen, a fustigé « les menaces unilatérales de se rendre en Afrique du Sud » et « les sanctions hypocrites » du Premier ministre Mulroney, et elle demandait pourquoi le Canada ne boycottait pas la « dictature marxiste de Tanzanie ».

Alors que les allégations d’hypocrisie s’inscrivaient pour une grande
part dans une ligne idéologique anticommuniste, les défenseurs de
l’Afrique du Sud s’inspiraient parfois d’autres exemples. Comme un
membre de l’assistance l’a fait une fois remarquer lors d’un forum
public sur la censure sud-africaine en 1988, pendant la Première
Intifada, « Quelle est cette préoccupation démente avec l’Afrique du
Sud en ce moment ? Je veux dire, 200 Palestiniens ont été abattus dans
les rues en Cisjordanie, vous savez. J’espère que vous utiliserez la
même énergie pour faire connaître ces injustices au grand public
 ».

Délégitimation

« Il y a une guerre en cours », a déclaré sur un ton grave le journaliste Peter Worthington, dans son documentaire anti-ANC en 1987, « non pas contre l’apartheid, mais contre l’Afrique du Sud elle-même ».

L’Afrique du Sud n’a jamais utilisé d’argument qui soit exactement
équivalent au « droit d’exister » d’Israël – c’est-à-dire que ses
partisans n’ont pas prétendu que les Sud-Africains blancs avaient un
droit positif de maintenir un contrôle ethnocratique sur l’État, en
lui-même. Néanmoins, ils faisaient valoir que les exigences du mouvement
anti-apartheid conduiraient à un renversement violent ou à la
destruction de l’Afrique du Sud elle-même, et qu’en tant que telles,
elles représentaient une menace existentielle. En cela, le lobby
pro-sud-africain a mobilisé une idée implicite de l’auto-détermination
des Blancs, menacée par le barbarie africaine et marxiste.

Les partisans de l’Afrique du Sud ont rejeté l’appel « Une personne,
Une voix » en pointant du doigt les pays africains voisins pour montrer
que la démocratie n’avait pas fonctionné ailleurs sur le continent, mais
qu’il s’agissait en fait d’un « échec cataclysmique ». Un journaliste
du Toronto Sun, McKensie Porter, a imputé cela à « l’incapacité des Noirs autochtones de bien gouverner un État moderne », et il a prédit que si l’apartheid était démantelé, « en une décennie, la seule nation civilisée du continent africain s’effondrerait ». Babb met en garde contre un « bain de sang » et dans un article d’une page entière dans le Glob and Mail, intitulée « Le bon côté de l’Afrique du Sud blanche », Kenneth Walker écrit que Une personne, Une voix, « est une recette pour un massacre en Afrique du Sud ».

Les prédictions étaient souvent apocalyptiques. La plus évocatrice a
été une bande dessinée pro-apartheid du dessinateur humoristique de
Disney, Vic Lockman, dont le tableau sur « l’encerclement soviétique de l’Afrique du Sud »
présentait l’image d’un ours géant avec la faucille et le marteau,
descendant du continent africain sur des usines et des mines
sud-africaines apeurées, qui étaient complètement cernées, déclarant « Nous allons pousser l’Afrique du Sud dans la mer ! ».

Le Test 3D est irrémédiablement vicié

Ceci n’est qu’un petit échantillon des arguments avancés par les
partisans de l’apartheid de l’Afrique du Sud, qui soutenaient que la
critique du pays était injuste d’une manière compatible avec les
allégations de diabolisation, de deux poids deux mesures, et de
délégitimation. Cela suggère que le « Test 3D » pour arriver à
distinguer la critique d’Israël de l’antisémitisme est irrémédiablement
vicié : en effet, il regroupe ensemble un certain nombre de stratégies
rhétoriques qui ne sont pas propres à Israël mais qui ont été utilisées
par d’autres États parias afin de justifier leurs propres pratiques
oppressives. Ces stratégies sont, pour l’essentiel, des allégations sur
le manque d’équité, et elles sont susceptibles d’être avancées par tout
pays confronté à des critiques importantes. Utiliser ces arguments
fatigués et reconditionnés comme d’une arme contre les critiques
d’Israël ne contribuera pas à la lutte contre l’antisémitisme, mais
plutôt à miner le militantisme pour les droits humains.

Source: Africasacountry

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine




Hallel Rabin, prisonnière

22 octobre, par Amira Hass

Hallel Rabin

Avec son bagage privilégié, Hallel Rabin aurait pu faire son service
militaire dans le renseignement. Ou à la Radio de l’Armée. Ou dans
n’importe quelle unité de combat suffisamment prestigieuse pour
faciliter sa future carrière. Mais Rabin, qui a à peine plus de 19 ans,
vient de la communauté anthroposophique de Harduf et n’a jamais goûté de
viande, de poulet ou de poisson, et refuse d’être enrôlée parce qu’elle
est opposée à toute violence quelle qu’elle soit.

Elle aurait pu trouver des moyens de contourner la conscription pour
obtenir une exemption. Elle aurait pu prétendre être religieuse ou se
faire exempter pour un problème de santé mentale. Mais ce qu’elle
cherche, c’est que l’armée reconnaisse la légitimité de son objection de
conscience. Alors que j’écrivais cette rubrique lundi, elle se trouvait
dans un centre de recrutement de l’armée pour la troisième fois depuis
août – obligée de déclarer à nouveau son refus de devenir un soldat et
son désir le remplacer par un service civil volontaire.

Il est prévu qu’elle soit jugée sur place et envoyée à nouveau à la
Prison 6. La première fois qu’elle a refusé, elle a été emprisonnée pour
une semaine et, la seconde fois, pour deux semaines.

Elle arrive prête à la prison militaire, « mais ce n’est pas
l’itinéraire le plus facile », a-t-elle dit quand nous nous sommes
parlé. « C’est un vrai casse-tête. Cela fait peur – se battre avec le
système dans sa toute puissance. Ici, je suis soumise aux lois du lieu,
et ce sont les lois d’une prison. Pour n’importe quoi, il faut obtenir
l’autorisation. Je suis une prisonnière, et ils me traitent comme
quelqu’un qui a commis un crime. »

Dans sa requête au bureau de recrutement pour être exemptée, elle a
écrit : « Tuerie, violence et destruction sont devenues si ordinaires
que le coeur s’endurcit et les méconnaît. … Le mal est devenu un membre
de notre famille, et nous le défendons et le justifions, ou nous
l’occultons et nous nous soustrayons à sa responsabilité. … Je ne suis
pas prête à prendre part à la culture et au maintien d’une réalité faite
de violence. Je ne suis pas prête à prendre part à une armée soumise à
la politique d’un gouvernement qui fonctionne à l’encontre de mes
valeurs… »

Le « comité de conscience » qui examine ce genre de requêtes pour
demande d’exemption du service a lu la lettre et a rencontré Rabin en
août. « Elle nous a fait l’impression d’être une fille ayant de belles
qualités », a dit la recommandation du comité qui, par un vote à la
majorité, a décidé de rejeter sa requête et de la réorienter vers des
postes d’enseignement « où elle peut contribuer de manière significative
à l’armée israélienne ».

Le représentant de l’université au sein du comité, le Prof. Yitzhak
Benbaji, et le représentant dans l’armée de l’unité des sciences du
comportement, le Major Mor Segal, avaient recommandé d’accéder à sa
requête. Le président du conseil, le colonel Zvi Gal, ainsi que le 1er
Lieutenant Daniel Hatwell, conseiller juridique de la division de la
planification et des effectifs, et le 2ème lieutenant Roy Mor,
représentant la division des effectifs, se sont prononcés contre
l’exemption de Rabin de son service militaire.

La décision finale, qui a été signée par le Lieutenant-colonel Avital
Sayag Tal, commandant adjoint de l’unité de placement des appelés, a
spécifié que la majorité du comité de conscience « avait l’impression
que les raisons présentées n’étaient pas des raisons qui comprenaient
une objection de conscience générale à servir dans n’importe quelle
armée, mais plutôt d’autres raisons ne reflétant pas un refus absolu de
faire son service militaire ».

Alors, qu’est-ce que cela veut dire ? Que la majorité du comité a
conclu que Rabin s’oppose à la violence israélienne dirigée contre les
Palestiniens. Et en Israël, après tout, ce n’est pas considéré comme une
opposition de conscience, mais plutôt comme quelque chose de politique.
Mais le point de départ de Rabin n’est pas politique. Le mot
« occupation » n’est pas mentionné dans sa requête ou dans ses réponses
au comité. C’est sûr, les mots « colonialisme » et « apartheid » ne sont
pas apparus non plus – et ces concepts ne sont pas sortis dans la
conversation que j’ai eue avec elle.

Les passages de sa requête qui laissent entendre que nous vivons en
Israël comprennent ces mots : « Je ne travaillerai pas dans un système
fondé sur l’inégalité, la peur et le manque de regard sur l’autre. … Ce
n’est pas moins effrayant pour une jeune personne juive que pour une
jeune personne palestinienne. Il n’y a personne, et certainement pas un
peuple ou une nation dans sa totalité, qui aime souffrir, vit pour cela,
le souhaite pour ses enfants. Il n’y a pas d’oppression bienveillante,
pas de racisme légitime. »

La majorité du comité suppose-t-elle qu’elle soutiendrait l’oppression et le racisme en Suisse ou aux Etats Unis, et qu’elle s’engagerait alors dans leurs armées ? Hallel Rabin a le courage de s’écarter de la voie admise que sa vie confortable lui préparait, et de la refuser. Puisse-t-il y en avoir davantage comme elle.

Traduction: J.Ch pour l’Agence Média Palestine

Source: Haaretz




Les réalisateurs palestiniens disent non à l’accord de « cinéma colonial » entre les Émirats arabes unis et Israël

Par Tamara Nassar, 21 octobre 2020 – The Electronic Intifada

Israël cherche à empêcher le chanteur palestinien Mohammed Assaf, d’entrer dans sa patrie- Shadi HatemAPA images

Les cinéastes palestiniens appellent à un boycott des institutions
cinématographiques émiraties qui travaillent avec le gouvernement
israélien.Cela fait suite à la signature, le mois dernier, par la
Commission cinématographique d’Abou Dhabi, d’un accord de coopération
avec l’École de cinéma et de télévision Sam Spiegel et le Fonds du
cinéma israélien, deux organismes fondés par le ministère israélien de
la culture.

Cet accord ouvre la voie à des programmes de formation communs, à des
festivals de cinéma et à la création de contenus visant à promouvoir la
« tolérance » et la « compréhension culturelle entre les peuples
émirati et israélien ». Mohamed Khalifa al-Mubarak, président du
ministère de la culture et du tourisme d’Abou Dhabi, s’est félicité de
l’accord, affirmant qu’il renforcera les « liens culturels » entre les
deux secteurs. En repoussant l’appel palestinien au boycott d’Israël,
qui remonte à loin, l’accord signé par l’organisme émirati du cinéma
s’apparente à un piquet de grève international. Près de 100
réalisateurs, interprètes, producteurs et autres travailleurs de
l’industrie cinématographique palestinienne ont signé une déclaration
rejetant l’accord et exhortant leurs collègues à se conformer à l’appel
palestinien.

Parmi les signataires figurent les cinéastes de renommée
internationale Anne-Marie Jacir, Hany Abu-Assad, Salim Abu Jabal, Najwa
Najjar et Mohammad Bakri. Ils écrivent qu’ils ont été « profondément
déçus et choqués » par « l’accord de normalisation de la Commission
cinématographique d’Abou Dhabi pour travailler avec le régime
d’occupation, de colonisation et d’apartheid d’Israël ». En tant que
cinéastes palestiniens, ils disent avoir été « gravement touchés par ce
colonialisme et cette occupation militaire », ce qui les oblige souvent
« à dépendre dans nos productions cinématographiques de financements
essentiellement étrangers ». Ils demandent à leurs homologues des
Émirats arabes unis et d’autres États arabes de « renoncer au
partenariat avec le cinéma colonialiste » et de « refuser tout travail
avec toute institution cinématographique d’Abou Dhabi ou du monde arabe
concluant des accords avec le gouvernement israélien ».

« En famille »

Cet accord fait suite à l’établissement de relations diplomatiques en
bonne et due forme entre les Émirats arabes unis, Bahreïn et Israël par
le biais des accords Abraham négociés par les États-Unis. Le parlement
israélien, la Knesset, a approuvé l’accord de normalisation la semaine
dernière et le cabinet des Émirats arabes unis a fait de même lundi.
Mardi, une délégation officielle des Émirats arabes unis a débarqué en
Israël pour signer des accords sur le tourisme, l’aviation et la
technologie.

Israël et les Émirats arabes unis ont également convenu d’autoriser
leurs ressortissants à voyager sans visa entre eux. Cette décision fait
suite à la visite d’une journée d’une délégation israélo-américaine au
Bahreïn dimanche, conduite par le conseiller israélien pour la sécurité
nationale Meir Ben-Shabbat. Israël et Bahreïn ont signé des accords sur
les soins de santé, la technologie, le tourisme, le commerce et la
coopération entre leurs ministères des affaires étrangères. Aucun de ces
accords ne mentionne la question de la Palestine, selon les médias
israéliens. Une déclaration commune d’Israël, de Bahreïn et des
États-Unis a cependant stipulé que les « parties poursuivront leurs
efforts pour parvenir à une résolution juste, globale et durable du
conflit israélo-palestinien ».

La culture comme couverture

Les Émirats arabes unis, le Bahreïn et Israël ont largement proclamé qu’ils promeuvent la tolérance religieuse et culturelle ; c’est une couverture à leur marche vers la normalisation politique, économique et militaire. Décrire le conflit dans la région comme résultant d’un manque de compréhension entre les religions ou les cultures est également une façon d’en masquer la véritable origine : la dépossession et l’occupation militaire violente et continue des Palestiniens par Israël et le vol de leurs terres. Un exemple frappant de la manière dont la culture et la religion sont déployées pour brouiller ces réalités est l’entreprise Elli’s Kosher Kitchen, qui se présente comme le premier traiteur casher des Émirats. Elle est dirigée par Elli Kriel, que le site web de l’entreprise décrit comme « née et fièrement élevée en Afrique du Sud par des parents grecs ». Elle et son mari Ross Kriel sont arrivés aux Émirats arabes unis en 2013, où son mari est à la tête du Conseil juif des Émirats, un groupe créé par les Juifs vivant dans le pays. Elli a commencé à préparer de manière informelle des repas casher pour les hommes d’affaires et les rabbins en visite qui participaient à des conférences « interconfessionnelles » aux Émirats arabes unis. Elle a ensuite créé Elli’s Kitchen, une entreprise qui a contribué à faciliter la normalisation entre Israël et les Émirats, notamment en nourrissant le gendre et conseiller du président Donald Trump, Jared Kushner, et les dirigeants israéliens lors de leur première visite aux Émirats arabes unis après l’accord de normalisation. « Faire partie de cet événement historique a été un moment passionnant et j’étais extrêmement fière de pouvoir accueillir les délégués aux Émirats arabes unis avec ma nourriture casher », a déclaré Elli au Jerusalem Post. Elli’s Kitchen a également été félicitée sur le compte Twitter de propagande en langue arabe d’Israël. Elli et un partenaire émirati développent actuellement un concept alimentaire appelé « Kosherati », et ses plans d’expansion commerciale comprennent un livre de cuisine et un café.

Les Émirats ont leur propre lobby Israël

Entre-temps, Ross Kriel a annoncé récemment que le Conseil juif des Emirats prévoit de s’affilier au Congrès juif mondial. Le CJM n’est cependant pas un simple groupement religieux, mais un groupement politique qui fait pression pour Israël et défend ses crimes contre les Palestiniens. Par exemple, le CJM justifie de façon grotesque les massacres de civils palestiniens par Israël dans la bande de Gaza en les qualifiant « d’opérations » visant à « protéger ses villes frontalières des vagues de terreur et d’agitation ». « La communauté juive mondiale doit travailler ensemble pour activer la prodigieuse richesse des talents juifs dans le domaine des relations publiques afin de contrer les images négatives d’Israël et de son peuple », affirme le Congrès juif mondial. Ross Kriel ne semble que trop heureux de voir le Conseil juif des Émirats recruté dans ce lobby pour Israël. Dans une vidéo réalisée pour le Congrès juif mondial, il est visiblement ému aux larmes en parlant du premier vol israélien à traverser ouvertement l’Arabie Saoudite en direction d’Abou Dhabi. Il décrit également la relation entre les Emiratis et les Israéliens comme une « romance ». Quant à Elli Kriel, selon le Jerusalem Post, elle voit son entreprise comme un moyen de montrer que « les Israéliens et les Émiratis ont beaucoup en commun ». « Nous partageons les valeurs d’unité, de chaleur et d’hospitalité », a-t-elle déclaré. « Cela nous aide à voir l’humanité de chacun et à embrasser la culture de l’autre ».

La star arabe idole interdite

Mais alors que la culture est censée donner le pouvoir de construire
des ponts et de faire tomber les barrières entre les Israéliens et les
Émiratis, elle ne détient apparemment pas un tel pouvoir pour les
Palestiniens. Israël cherche actuellement à empêcher le chanteur
palestinien Mohammed Assaf d’entrer dans son pays. Assaf, qui est
originaire de la bande de Gaza, a obtenu le titre de méga-star
internationale en tant que vainqueur du concours « Arab Idol contest »
de 2013. Il vit maintenant à Dubaï avec sa femme et ses enfants. Avi
Dichter, le chef du comité des affaires étrangères et de la défense de
la Knesset, cherche à empêcher Assaf d’entrer en Israël, et peut-être à
le faire expulser des Émirats arabes unis. Dichter prétend qu’un centre
de recherche israélien a trouvé des vidéos d’Assaf incitant à la
violence contre Israël, selon les médias israéliens. Dans une lettre
adressée au centre de recherche, Dichter a écrit qu’il « n’est pas
possible de l’empêcher » d’entrer en Cisjordanie occupée, mais que le
permis d’entrée en Israël d’Assaf serait révoqué. Dichter, un ancien
chef de la police secrète israélienne du Shin Bet, a déclaré qu’il
étudiait comment « les canaux diplomatiques avec les Émirats arabes
unis » pourraient être utilisés pour empêcher Assaf de « poursuivre ses
campagnes d’agitation ». Dans un post sur Facebook, Assaf a déclaré que
« ce qui est rapporté sur le fait de m’empêcher d’entrer dans les terres
palestiniennes occupées » est « une continuation de la politique
d’oppression » à laquelle tous les Palestiniens sont confrontés.

Ali Abunimah a contribué au reportage

Tamara Nassar est rédactrice en chef adjointe

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source: electronicintifada




Pour Israël, des dizaines de milliers de nouveaux-nés palestiniens n’existent pas

Quand l’Autorité Palestinienne a mis fin à sa coopération avec Israël, elle a également cessé d’envoyer les mises à jour d’enregistrement de sa population. Maintenant, plus de 30.000 bébés n’ont pas le droit de voyager.

Bébé palestinien recevant des vaccinations dans un centre de santé du gouvernement à Rafah, au sud de la Bande de Gaza, le 6 janvier 2020. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Par Henriette Chacar, le 12 octobre 2020

Au
passage du Pont Allenby entre la Jordanie et la Cisjordanie occupée
par Israël, Haya Shabaro avait deux possibilités. Elle pouvait,
soit retourner dans la ville palestinienne de Naplouse, qu’elle
venait de quitter avec ses deux enfants, soit laisser derrière elle
sa fille qui venait de naître pour rejoindre son mari dans les
Emirats Arabes Unis, où ils résident actuellement.

Shabaro
est arrivée à Naplouse plus tôt dans l’année pour rendre visite
à ses parents alors qu’elle était enceinte. Elle avait projeté
d’y rester quelques semaines après la naissance, « afin que
ma mère puisse m’aider », dit-elle. C’est alors que la
pandémie du coronavirus a atteint les territoires occupés et elle
n’a plus pu quitter la Cisjordanie.

Après
la naissance en avril, Shabaro a enregistré sa fille auprès de
l’Autorité Palestinienne. Elle s’est assurée que le bébé
avait un certificat de naissance et un passeport et qu’elle était
inscrite sur la carte d’identification de Shabaro. Quand il fut à
nouveau possible de voyager, Shabaro a projeté de partir le 22
juillet. Elle a fait la demande et a reçu un visa des EAU pour sa
fille et a acheté les billets pour partir en avion en Jordanie.

Ce
que Shabaro ne pouvait anticiper, c’est que, en mai, l’Autorité
Palestinienne arrêterait sa coordination civile et sécuritaire avec
Israël, après que le nouveau gouvernement du Premier ministre
Benjamin Netanyahou ait annoncé ses projets d’annexer
officiellement de larges pans de la Cisjordanie. Cette démarche
signifiait que l’AP mettrait aussi fin à ses décennies d’habitude
de transmission de son registre de population à Israël. Et il s’y
trouvait les informations sur la fille de Shabaro.

D’après
le vice-ministre palestinien de l’Intérieur Yousef Harb, depuis
mai 2020, plus de 35.000 nouveaux-nés palestiniens ont été
enregistrés par l’AP. Mais pour Israël, ces enfants n’existent
tout simplement pas et, par conséquent, ils ne peuvent sortir
librement des territoires occupés.

Les
individus palestiniens ne peuvent en payer le prix’

Israël
a contrôlé le registre de la population de Cisjordanie, de Gaza
et de Jérusalem Est depuis qu’il a occupé ces territoires en
1967. Avec la signature du deuxième Accord d’Oslo en 1995, Israël
était supposé transférer cette responsabilité au gouvernement
nouvellement formé à Ramallah. Cependant dans la réalité, Israël
a simplement sous-traité l’administration du registre à l’AP et
continue à se référer à sa propre base de données considérée
comme l’enregistrement définitif des Palestiniens vivant sous son
autorité.

Les
associations de défense des droits avertissent que le contrôle
d’Israël sur le registre de population a vraisemblablement abaissé
la population palestinienne enregistrée en Cisjordanie et à Gaza de
centaines
de milliers
de personnes. Au cours des années, Israël a par ailleurs imposé
diverses restrictions sur l’enregistrement des enfants
palestiniens, d’après un rapport
de 2006 des ONG israéliennes B’Tselem et HaMoked.

Après
des années de violations des accords d’Oslo par Israël,
« l’annexion fut simplement la goutte d’eau qui a fait
déborder le vase », dit Harb. Le gouvernement israélien
continue de construire des colonies sur la terre occupée et les
soldats israéliens entrent quotidiennement en Zone A, supposée être
sous le contrôle de l’AP, pour y faire des arrestations,
ajoute-t-il.

‘Peut-être
Israël pense-t-il que c’est la façon dont il peut exercer une
pression sur la gouvernance palestinienne pour renverser sa décision
de mettre fin à sa coordination », continue Harb. « Mais
nous n’avons aucun moyen pour annuler cette décision politique. »

« Il y a ce jeu de
pouvoir politique ente Israël et l’AP, mais de manière évidente,
les individus Palestiniens ne peuvent en payer le prix », dit
Jessica Montell, directrice générale de HaMoked. D’un point de
vue juridique, ajoute-t-elle, Israël a une obligation, en tant que
puissance occupante en Cisjordanie, d’assurer les droits de la
population palestinienne – y compris la liberté de circulation.

Après
l’arrêt de la coordination, Israël a contourné l’AP en tant
qu’intermédiaire administratif et a commencé à autoriser les
Palestiniens à demander des permis de voyage directement à
l’Administration Civile, gouvernement militaire d’Israël dans
les territoires occupés. Mais avec le registre, il a adopté la
démarche inverse, dit Montell.

Le
registre de population est « extrêmement important »
pour Israël, explique-t-elle, parce que c’est le principal
mécanisme qu’a l’État pàur contrôler les Palestiniens.
« Qu’est-ce que l’occupation ? Ce ne sont pas ces
événements dramatiques qui arrivent de temps en temps. Le quotidien
de l’occupation, c’est la bureaucratie des permis, et ce contrôle
requiert qu’Israël ait tous les détails d’enregistrement de la
population. »

Une mère palestinienne et son fils attendent de traverser le checkpoint de Shu’fat pour entrer à Jérusalem, tandis qu’un policier israélien des frontières contrôle un Palestinien, le 20 avril 2007. (Michal Fattal/Flash90)

HaMoked a envoyé le 24
septembre à l’armée d’Israël une lettre urgente
demandant qu’elle autorise les nouveaux nés palestiniens à
voyager, même s’ils ne figurent pas sur les registres israéliens.
L’organisation a aussi joint des lettres au nom de 15 différentes
familles ayant des bébés non reconnus.

« L’idée est
que, grâce à une série de pétitions individuelles, [Israël]
parvienne alors à un certain dispositif qui permette à tout le
monde de voyager », explique Montell. Mais il n’y a eu aucune
réponse concrète de la part de l’armée ou du Bureau du Procureur
Général, ajoute-t-elle.

Dans une réponse à un
courriel de +972 demandant si le Coordinateur des Activités du
Gouvernement dans les Territoires (COGAT) autoriserait les
Palestiniens à faire enregistrer leurs enfants directement par
Israël, le service du porte-parole a écrit : « Malgré
l’arrêt par l’Autorité Palestinienne de sa coordination civile
et sécuritaire avec Israël, les demandes d’enregistrement
remplies par les résidents palestiniens auprès des services
compétents de l’Administration Civile sont examinées selon les
procédures. »

Le seul nouveau-né
qu’Israël a accepté de reconnaître depuis le mois de mai est la
palestino-américaine Lourice Cooper dont les documents ont été
soumis dans une requête spéciale après une enquête de la
NPR (examen de la politique nationale). Cooper n’a cependant pas pu
sortir à temps de Cisjordanie avec sa famille avant un nouveau
confinement pour COVID-19.

Un seul nouveau-né
palestinien a pu voyager hors de Cisjordanie jusqu’ici, après
l’intervention de HaMoked, de la députée du Meretz Tamar
Zandberg et d’un journaliste de la Société de Radiodiffusion
Publique. Mais même si le bébé a pu passer, on ne sait pas très
bien si Israël a inscrit l’enfant dans ses registres, fait
remarquer Montell.

Je
suis anéanti’

Firas
Barameh, originaire du village d’Anza près de la ville de Jénine
en Cisjordanie, vit depuis 2015 dans les EAU où il travaille comme
comptable. Il est arrivé en Palestine en mars avec sa femme
enceinte, avant la délivrance prévue en juin. Après qu’elle ait
donné naissance à leur fils -leur premier né-, ils l’ont fait
enregistrer par l’AP et fait inscrire sur leurs deux cartes
d’identité. Mais quand ils ont demandé au ministère de
l’Intérieur de lui délivrer un passeport, on leur a dit qu’Israël
ne le laisserait pas passer.

Barameh
a décidé de retourner seul aux EAU. « Ce fut une décision
très difficile de laisser ma famille derrière moi, surtout avec un
nouveau-né, alors que tout ce que je voulais, c’était passer
chaque instant avec lui », dit-il. « Mais j’ai dû le
faire, parce que j’avais peur de perdre mon travail. »

La résidence de Barameh
aux EAU expire en février 2021. S’il ne peut pas faire venir sa
famille d’ici là, il devra retourner en Palestine.

Cette
incertitude est insupportable, se désole Barameh. Sa femme, qui
travaille comme ergothérapeute aux EAU, a été contactée plusieurs
fois par ses employeurs qui lui demandaient quand elle reviendrait
dans le pays. Elle a été dans l’incapacité de leur donner une
réponse définie.

Des Palestiniennes marchent avec leurs bébés le 15 juillet 2008 à Jérusalem Est. (Kobi Gideon/Flash90)

Le
2 octobre, le ministère palestinien des Affaires étrangères a
publié un formulaire en ligne pour évaluer combien de familles ne
pouvaient pas voyager avec leurs nouveaux-nés. D’après les
documents qu’Ahmed al-Deek, conseiller politique du ministre
palestinien des Affaires étrangères, a partagés dimanche avec
certaines des familles touchées, et que +972 a rencontrées, environ
40 cas ont été confirmés et au moins 80 de plus sont examinés.

Mais
les problèmes surgissaient déjà quelques heures après l’envoi
du formulaire. Sur les centaines de Palestiniens qui s’étaient
inscrits, seuls quelques dizaines semblaient avoir des problèmes de
voyage dus à des nouveau-nés non reconnus. Depuis que le lien vers
le formulaire avait été publié, n’importe qui pouvait s’inscrire
et quelques demandeurs semblaient espérer que s’inscrire leur
donnerait une opportunité de voyager aussi. Le système était
devenu si surchargé que cela a abouti à des bugs techniques.

Amir Abide, Palestinien
qui vit en Jordanie, dit que sa femme a rempli le formulaire mais que
leur information n’a pas été sécurisée dans le système. Abide
est arrivé en Cisjordanie avec sa femme enceinte avant l’épidémie
de COVID-19. Ils séjournent dans la ville de Salfit où vit la
famille de l’épouse.

« Nous
projetions qu’elle accouche pour enregistrer notre fille ici, puis
de retourner en Jordanie », dit-elle. Mais, après qu’elle
ait donné naissance au bébé en juin, « le monde s’est
fermé. Vous pouvez croire à notre malchance ? »

En
septembre, Abide dit qu’il a reçu une réponse par téléphone de
l’ambassade de Jordanie l’informant que tout était prêt pour
que lui et sa famille puissent voyager. On lui a dit que, tant que
leur fille était inscrite sur leurs cartes d’identité et avait un
certificat de naissance, ils pouvaient passer par le Pont Allenby.
Abide a payé le jour même les frais de voyage, dont les tests de
COVID-19 pour lui et sa femme, ainsi que les frais de transfert de
leurs valises vers la Jordanie.

« Les
bagages sont partis en Jordanie, mais, quand nous sommes arrivés au
pont, les Israéliens nous ont demandé de repartir [en
Cisjordanie] », dit-il. « Je leur ai demandé pourquoi,
ils ont dit que ma fille n’apparaissait pas sur leur registre.

« Demandez
à l’[AP] de restaurer la coordination et nous vous laisserons à
nouveau voyager », se souvient Abide avoir entendu un
fonctionnaire israélien lui dire cela au passage. « Il l’a
même dit en arabe. »

Abide
possède à Amman un magasin de bonbons qui a été fermé depuis le
début de la pandémie en mars. Son employé lui a dit qu’il ne
pouvait se permettre d’attendre qu’ils viennent rouvrir et qu’il
allait chercher d’autres possibilités pour travailler.

« Je ne peux me
mettre à décrire l’étendue des pertes que nous avons eues à
subir. Je vais devoir repartir de zéro », dit-il. « Je
veux retourner chez moi [en Jordanie]. Je suis anéanti. »

Parlant
à la radio Voix de la
Palestine, Harb, du
ministère palestinien de l’Intérieur, a dit que le ministère des
Affaires étrangères allait « faire de gros efforts »
pour coordonner avec la Jordanie et l’Egypte l’entrée et la
sortie des Palestiniens. Jusqu’à ce qu’on trouve une solution
cependant, les familles « doivent être patientes », a
dit Harb à +972 dans une interview téléphonique.

Vous
ciblez les femmes, vous ciblez une communauté toute entière’

Afin
d’aider à parvenir à une résolution, Barameh a ouvert un groupe
WhatsApp pour que les familles palestiniennes affectées puissent
partager informations et conseils. Le groupe a obtenu plus de 100
participants depuis son ouverture en août.

La
plupart des membres sont des femmes, qui doivent souvent payer le
prix le plus lourd dans la guerre d’usure bureaucratique sous le
régime des permis. Dans la plupart des études de cas d’HaMoked
sur le regroupement familial par exemple, ce sont les épouses et les
mères qui sont dans la position la plus vulnérable, explique
Montell.

Une mère palestinienne et ses enfants se tiennent le 8 août 2008 devant le mur de séparation dans le village d’Abu Dis à Jérusalem Est. (Michal Fattal/Flash90)

D’après
les Accords d’Oslo, l’AP a la capacité de déterminer qui peut
être naturalisé Palestinien. Mais la façon dont Israël a choisi
d’interpréter les accords lui laisse un vide qu’il peut
manipuler, dit Montell. Même lorsque des affaires sont présentées
devant un tribunal, Israël peut s’absoudre de toute responsabilité
en prétendant qu’il n’a pas reçu les informations
correspondantes de la part de l’AP, et « les familles sont
complètement noyées dans l’incertitude. »

« Des
savants du monde entier ont prouvé que le colonialisme de peuplement
avait des effets particuliers sur les femmes », dit la
Professeure Nahla Abdo, qui enseigne au Département de Sociologie et
d’Anthropologie à l’université de Carleton au Canada. Abdo est
spécialiste des études sur le colonialisme de peuplement et les
indigènes et elle est coauteure d’un
livre
sur les impacts genrés des déplacements en Israël-Palestine.
« Vous savez pourquoi l’État d’Israël cible les femmes ?
Vous ciblez les femmes, vous ciblez une communauté toute entière. »

Quelques
jours après que Shabaro ait pour la première fois essayé de
quitter la Cisjordanie occupée, elle est revenue au Pont Allenby.
Cette fois là, elle avait fait appel à tous ceux qui pouvaient
aider, dont HaMoked. « Je n’ai négligé aucun détail »,
dit-elle. Puisque le certificat de naissance de sa fille a été émis
plusieurs jours avant l’arrêt officiel de la coordination, elle
avait espéré que le nom de sa fille apparaîtrait maintenant sur
les registres d’inscription d’Israël.

Shabaro est loin de son
mari depuis février et ils ont communiqué par vidéo. Elle dit
qu’il s’est récemment blessé à la jambe et qu’il pourrait
avoir besoin d’une opération. Le visa de sa fille pour les EAU a
besoin d’être renouvelé, et la résidence de Shabaro expire en
janvier 2021.

Mais à Allenby, Israël
l’a renvoyée pour la deuxième fois. « Je les ai suppliés.
Je les ai suppliés », se souvient Shabaro, sans aucun
résultat. « Ma fille va avoir sept mois, et son père n’a
pas encore fait sa connaissance. »

Henriette
Chacar est rédactrice et reporter palestinienne à +972 Mgazine.
Elle produit, héberge et édite aussi le Podcast +972. Diplômée de
l’Ecole de Journalisme de Columbia, Henriette a travaillé
précédemment pour un hebdomadaire dans le Maine, Rain Media for PBS
Frontline et The Intercept.

Traduction : J. Ch.
pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine




Alors que la tension monte au Haut-Karabagh, il faut qu’Israël cesse de vendre ses armes à l’Azerbaïdjan

Eitay Mack – 9 octobre 2020

Avec les combats qui reprennent sur la région entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, Israël devrait au moins éviter de contribuer à l’escalade.

Ce conflit qui dure depuis 32 ans dans la région du Haut-Karabagh, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et qui a repris avec violence la semaine dernière, est autant une histoire complexe du commerce mondial des armes, qu’un différend territorial.

Des membres de la communauté arménienne de Jérusalem montrent des pancartes et des drapeaux arméniens alors qu’ils protestent devant le ministère des Affaires étrangères israélien contre les ventes d’armes à l’Azerbaïdjan, le 14 avril 2016. (Hadas Parush/Flash90)

Depuis
1993, la dynastie Aliyev gouverne l’Azerbaïdjan par une dictature, le président
Ilham Aliyev ayant succédé à son père, Heyder, en 2003. En plus de s’accrocher
à son pouvoir autoritaire, le régime Aliyev a tenu à reprendre le
Haut-Karabagh, une région reconnue internationalement comme faisant partie de
l’Azerbaïdjan mais qui a été revendiquée et qui est contrôlée par des Arméniens
de souche.

Dans
les années 1980, alors que l’emprise de l’Union soviétique sur ses républiques
constituantes s’affaiblissait, le Haut-Karabagh a voté pour être intégré à
l’Arménie, déclenchant une guerre qui a tué au moins 30 000 personnes et
forcé des centaines de milliers d’autres à quitter leur foyer. Sous la
médiation de la Russie, un cessez-le-feu fragile a été signé en 1994, lequel a
apparemment mis fin aux combats et maintenu le Haut-Karabagh sous le contrôle
arménien.

Le
groupe de Minsk, créé en 1992 par l’Organisation pour la sécurité et la
coopération en Europe (OSCE), a cherché à apporter une solution pacifique pour
le territoire contesté. À l’époque, l’OSCE a demandé à ses États membres
d’imposer un embargo sur les armes à toutes les parties impliquées dans le
conflit. En conséquence, en 1993, les Nations-Unies ont publié une interdiction
non volontaire des exportations d’armes vers l’Azerbaïdjan, mais il semble
qu’elle n’est plus en vigueur depuis 2002. 

Plus
de 26 ans plus tard, ces tentatives internationales n’ont pas réussi à conduire
l’Arménie et l’Azerbaïdjan à une solution négociée. Chaque partie a accusé à
moult reprises l’autre de violations répétées du cessez-le-feu ;  de
temps en temps, des soldats et des civils ont sont tués ou blessés par des
tireurs embusqués ou d’autres actes de violence.

Des
conditions qui se dégradent

L’importance
géopolitique de l’Azerbaïdjan s’est réduite depuis 2016, suite à la signature
de l’accord nucléaire avec l’Iran et à la chute des prix du pétrole. Le
président Aliyev a lancé un processus continu pour se désengager des pays
occidentaux, cherchant à renforcer ses liens avec la Turquie et la Russie, bien
que la Russie soit un des principaux fournisseurs d’armes de l’Arménie.

L’économie de l’Azerbaïdjan est presque entièrement dépendante de l’effondrement actuel des prix du pétrole et du gaz. Avec la baisse de leur qualité de vie, les citoyens azerbaïdjanais sont moins disposés à garder le silence sur les violations de leurs droits humains et civils fondamentaux. En l’absence d’une solution à la dégradation de la situation économique et internationale du pays, Aliyev a choisi d’intensifier la répression et la persécution contre ses citoyens.

Des soldats azerbaïdjanais durant la guerre du Haut-Karabagh, le 6 janvier 1992. (Ruaf Mammadov/Wikimédia)

Parallèlement
à cette détérioration, la Turquie, l’un des alliés majeurs de l’Azerbaïdjan,
est confrontée à sa propre crise économique qui a débuté avant la pandémie de
la COVID-19. Depuis l’échec d’une tentative de coup d’État militaire en juillet
2016, le président turc Recep Tayyip Erdoğan
a arrêté et persécuté des milliers de journalistes, de personnalités de l’opposition,
et de militants des droits de l’homme, tout en procédant à une purge massive
dans la fonction publique turque.

En
proie à sa mégalomanie, Erdoğan s’est lancé dans une vaste opération militaire
dans le nord de la Syrie en octobre 2019, avec l’objectif de changer la
démographie de la région, laquelle abrite une population principalement kurde.
En plus des crimes de guerre commis par la Turquie dans cettte opération, sa
décision a poussé les Kurdes à s’allier avec le président syrien Bashar Assad
afin de repousser l’offensive turque – ce qui, inévitablement, a renforcé
Assad. Erdoğan a également décidé au début de cette année d’intervenir
ouvertement dans la guerre au Liban et d’y envoyer du matériel, des conseillers
militaires, et des mercenaires pour soutenir le gouvernement de Tripoli. 

Comme
si ces aventures douteuses et dangereuses ne suffisaient pas, Erdoğan
a en outre décidé de remuer le chaudron sensible caucasien en renforçant son
implication dans le conflit arméno-azerbaïdjanais. En février dernier, Erdoğan
s’est rendu en Azerbaïdjan et a convenu d’un accord sur les armes qui incluait
la vente de drones offensifs turcs. Le 14 août, le ministre turc de la Défense
Hulusi Akar a rencontré le président Aliyev, qui a déclaré que la Turquie “sera,
dans un avenir prévisible, le partenaire militaire numéro un de l’Azerbaïdjan

selon l’Agence Anadolu gérée par l’État turc.

L’ingérence
de la Turquie

Le 27
septembre, un autre cycle de violence a éclaté au Haut-Karabagh. L’Arménie et
l’Azerbaïdjan se sont l’un et l’autre engagés, depuis cette recrudescence, dans
d’intenses campagnes de propagande, rappelant celles conduites par leurs
régimes de l’ère soviétique, des décennies auparavant. Cela fait qu’il est
difficile d’établir les faits du cycle actuel des combats.

La communauté internationale, qui se concentre actuellement sur la gestion de la deuxième vague de la crise du coronavirus, s’est lassée du conflit du Haut-Karabagh ; elle avait espéré que, comme dans les cycles précédents, les parties belligérantes reviendraient rapidement à un statu quo tendu. Mais ce calcul n’avait pas pris en considération la décision d’Erdoğan d’être un trublion important.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu vu serrant la main du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, lors d’une visite en Azerbaïdjan, le 13 décembre 2016. (Haim Zach/GPO)

Les
combats cette fois-ci sont caractérisés par l’utilisation massive de drones
offensifs, avec le ministère de la Défense azerbaïdjanais qui publie des vidéos
d’attaques apparemment menées à l’aide de drones turcs. Peu après le début des
hostilités, le ministre turc de la Défense a déclaré que la Turquie aiderait
les Azerbaïdjanais par tous les moyens nécessaires à défendre leur “intégrité
territoriale
”. Malgré les tentatives internationales pour arriver à un cessez-le-feu,
Erdoğan a déclaré le 2 octobre que la lutte se poursuivrait jusqu’à la fin de
l’occupation arménienne du Haut- Karabagh. Le même jour, le
président français Emmanuel Macron accusait Erdoğan
d’envoyer des mercenaires djihadistes pour aider les
forces azerbaïdjanaises.

Israël,
quant à lui, entretient des relations stratégiques avec l’Azerbaïdjan, à la
fois dans le cadre de sa guerre froide avec l’Iran, et depuis qu’Israël achète
une part importante de son pétrole à l’Azerbaïdjan. Les relations entre les
deux pays ont été très discrètes pendant des années, mais elles se sont
récemment manifestées ouvertement, avec la venue en Azerbaïdjan de l’ancien
ministre la Défense Moshe Ya’alon et du Premier ministre Benjamin Netanyahu,
respectivement en 2014 et 2016. 

Aujourd’hui,
Israël est devenu l’un des principaux exportateurs d’armes vers l’Azerbaïdjan.
L’Azerbaïdjan a même publié des films de modèles israéliens de véhicules
aériens sans pilote (UAV), y compris des UAV offensifs et kamikazes. Lors d’un
défilé marquant le jour de la victoire de la Deuxième Guerre mondiale en mai
2015, les soldats azerbaïdjanais ont défilé sur la Place Rouge portant des
fusils Tavor de fabrication israélienne. En septembre 2016, le président Aliyev
a effectué une visite télévisée dans une usine azerbaïdjanaise appartenant au
gouvernement qui produisait des modèles israéliens de drones kamikazes. Aliyev
a aussi déclaré lors d’une réunion avec Netanyahu qu’Israël avait accepté de
vendre du matériel de défense azerbaïdjanais pour une valeur de près de 5
milliards de dollars.

Arrêter
les armes israéliennes

Comme lors des précédents cycles de violence, les militants et représentants arméniens pointent du doigt à juste titre Israël pour avoir continué d’armer l’Azerbaïdjan malgré son agression. L’Arménie a décidé de rappeler son ambassadeur en Israël en signe de protestation, après que la presse israélienne eut rapporté que deux avions-cargos azerbaïdjanais s’étaient posés sur la base aérienne d’Uvda, dans le Néguev, quelques jours avant la dernière escalade de violence.

En effet,
le ministère de la Défense azerbaïdjanais a publié une vidéo montrant ce qui
pourrait être un drone israélien volant pendant une fraction de seconde
derrière un drone d’attaque turc, probablement photographié par hasard.
Plusieurs vidéos ont également montré des attaques par des drones kamikazes qui
pourraient être israéliens, mais il est difficile de le confirmer sans autre
preuve. Un conseiller politique du dictateur azerbaïdjanais a affirmé dans une
interview que des drones d’attaque israéliens avaient été utilisés au combat,
mais cette personne est connue comme menteur et diffuseur de fausse propagande.
On ne sait pas très bien non plus dans quelle mesure il est informé sur les
questions militaires en cours. Aucun autre responsable en Azerbaïdjan n’a
confirmé ses dires.

Les
Arméniens se sont efforcés ces dernières années de fournir une preuve solide
que des drones et des armes israéliens sont effectivement utilisés contre les
forces arméniennes, bien que personne ne nie que de telles armes sont en possession
de l’Azerbaïdjan. De temps à autre, les Arméniens publient des photos ou de
courtes vidéos de drones abattus ou en vol ; ce pourrait être des israéliens,
mais l’Arménie n’a pas, de façon surprenante, été en mesure de présenter des
images vidéo complètes et claires de drones israéliens attaquant une cible
arménienne. Sans aucun doute, les allégations concernant l’usage d’armes
israéliennes sont en parties utilisées par l’Arménie pour inciter à une
pression internationale et publique sur l’Azerbaïdjan pour qu’il soit mis un
terme à ses attaques.

L’implication
d’Israël en Azerbaïdjan n’a que peu de légitimité, ni moralement ni
juridiquement. Pour le moins, Israël ne devrait pas contribuer à l’escalade en
donnant à l’Azerbaïdjan un avantage militaire et l’assurance de pouvoir aller
aussi loin que possible. Selon le professeur Yair Auron, spécialiste du
génocide, comte tenu de la haine croissante du régime azerbaïdjanais contre les
Arméniens au cours de ces 26 années passées, ainsi que de l’expansion de
l’armée azerbaïdjanaise, il est devenu fortement probable que, si une guerre
totale éclate, un nettoyage ethnique, des massacres, et même des crimes encore
plus graves seront perpétrés contre la population arménienne du Haut-Karabagh.
C’est pourquoi, après les menaces et les incitations répétées du président
Aliyev contre l’Arménie, Auron et moi-même avons adressé des lettres au
ministre de la Défense israélien pour lui demander de cesser immédiatement ses
exportations d’armes vers l’Azerbaïdjan.

Même
s’il est prouvé avec certitude que les drones d’attaque israéliens sont
utilisés dans le cycle en cours de violence, il faut veiller à ne pas se
laisser emporter et à ne pas focaliser l’attention du public uniquement sur les
liens d’Israël avec l’Azerbaïdjan. Dans ce combat, Israël n’est qu’un acteur de
soutien. L’acteur principal, et probablement le principal auteur, c’est le
malade d’Istanbul.

Eitay
Mack est un avocat israélien défenseur des droits humains, qui travaille pour
faire cesser l’aide militaire israélienne à des régimes qui commettent des
crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

https://www.972mag.com/nagorno-karabakh-israel-weapons/

Traduction
: BP pour l’Agence Média Palestine