Résolution « Maillard » : Michèle Sibony s’adresse aux députés

Le 3 décembre prochain, une résolution très controversée sera soumise au vote à l’assemblée nationale.

Son objectif est de censurer les critiques du régime israélien.

Michèle Sibony nous explique pourquoi cette résolution qui se veut « lutter contre l’antisémitisme » devrait être contestée par les députés.

Propos recueillis par l’Agence Média Palestine




L’Université de Birzeit continue de perdre son corps professoral international puisque Israël persiste dans sa politique discriminatoire

14 novembre 2019

Les restrictions accrues sur le droit de l’université de Birzeit à embaucher et à conserver des professeurs internationaux sont maintenues pour l’année universitaire 2019-2020. Israël a fait grimper ce que l’on peut interpréter comme une politique dont le but ultime est l’élimination de toute présence de professeurs internationaux dans les universités palestiniennes.

Nos 14.800 étudiants sont rentrés en classe le 4 septembre alors que manquait un tiers de leurs professeurs internationaux, les autorités israéliennes ayant refusé leur entrée ou les ayant obligés à partir en leur refusant tous moyens viables pour rester dans le pays ou y revenir. Le statut des professeurs internationaux capables de s’en sortir sur le campus demeure extrêmement précaire ; 60 % d’entre eux ont des visas périmés ou à expiration prévue avant la fin du premier semestre. En bref, à part une poignée de formateurs bénéficiant d’une bourse et de programmes d’un gouvernement étranger, tous nos professeurs internationaux actuellement dans le pays sont sous la menace constante d’une expulsion.

La poursuite de cette politique par Israël menace de vider de leur professorat international les classes et les campus palestiniens. Le nombre de nos professeurs internationaux continue de chuter tandis que nos départements et nos programmes ne peuvent maintenir la possibilité de recruter encore des professeurs internationaux. L’année dernière, plus de douze de nos programmes universitaires ont été affectés négativement par cette politique destructrice ; beaucoup d’entre eux sont maintenant encore plus compromis.

L’université de Birzeit continuera de défier la politique discriminatoire et destructrice d’Israël qui est en infraction avec le droit international et tous les standards universellement acceptés de la liberté académique. Avec le soutien des organisations palestiniennes de défense des droits de l’Homme, Adalah et Al-Haq, nous progressons dans notre contestation juridique. Nous appelons la communauté internationale à remplir ses obligations en s’assurant qu’Israël maintienne ces standards et, plus généralement, le droit des Palestiniens à l’éducation.

Le 23 septembre, les étudiants de l’université de Birzeit ont organisé un sit-in sur le campus pour exprimer leur solidarité avec leurs professeurs internationaux dans le cadre de la campagne de l’université pour le Droit à l’Education. L’exigence des étudiants était simple, raisonnable et forte : « Nous Voulons Nos Professeurs avec Nous. »

Nous sommes reconnaissants envers les associations académiques internationales, les associations des droits de l’Homme, et les universitaires qui, dans le monde entier, ont entrepris des actions pour soutenir nos efforts pour maintenir la souveraineté académique de l’université de Birzeit et notre droit à avoir des professeurs internationaux.Les réseaux académiques à travers le monde, qui représentent des milliers de professeurs et enseignants universitaires se sont joints à nous au cours de ces derniers mois pour protester contre l’agression d’Israël contre les institutions palestiniennes d’enseignement supérieur. Dans une lettre aux autorités israéliennes exigeant la fin de cette politique injuste, le Réseau des Universitaires en Danger a écrit :

« L’échange international d’idées est au coeur de la vie académique. Le droit à la liberté académique et à sa composante qu’est la liberté d’expression – qui comprend la ‘liberté de chercher, recevoir et partager les informations et les idées de toutes sortes, sans tenir compte des frontières’ – sont sous la protection des standards internationaux des droits de l’Homme, dont l’Article 19 de la Convention Internationale des Droits Civiques et Politiques, à laquelle Israël est partie. Les professeurs internationaux dans des universités telles que BZU non seulement sont profitables aux universités dans lesquelles ils travaillent, mais représentent par ailleurs le développement à long terme d’un système d’éducation supérieure plus large et plus ouvert. »

Pareillement, dans sa déclaration aux autorités israéliennes, l’Association Américaine d’Anthropologie a souligné que :

« En tant qu’organisation, nous nous sommes engagés envers la liberté académique et, en tant qu’universitaires, nous pouvons directement témoigner des bénéfices et des valeurs de l’enseignement supérieur. Nous vous appelons donc à faire en sorte que ces professeurs puissent obtenir l’autorisation d’entrer et reçoivent des visas pour la durée de leurs contrats de travail, et que les restrictions académiques, qui font qu’il est exagérément difficile pour les étrangers de travailler dans les institutions académiques de Palestine, soient immédiatement abolies. »

Nous vous demandons de continuer à entreprendre des actions et à exiger qu’Israël cesse d’empêcher les professeurs internationaux d’aller à Birzeit et autres universités palestiniennes, politique qui frappe au coeur des droits fondamentaux des Palestiniens à l’éducation, à la liberté académique et au développement.

Pour plus d’informations, contactez :

.Carmen Keshek, université de Birzeit, ckeshek@birzeit.edu, +972.59.856.4789

.Bassam Almohor, Al-Haq, bassam@alhaq.org, +972.52.458.4273

.Mati Milstein, Adalah (anglais), mati@adalah.org, +972.58.778.1437

.Rami Haider, Adalah (arabe), rami@adalah.org, +972.55.885.8867

.Ari Remez, Adalah (hébreu), ari@adalah.org, +972.54.307.7311

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Université de Birzeit




Le seul espoir qu’il reste à Gaza est de savoir que ce cauchemar peut cesser

Par Haidar Eid, le 20 Novembre 2019 

La photo d’un élève palestinien, Moath Al Sawarka, tué par un bombardement israélien sur la Bande de Gaza, a été installée sur son pupitre, à côté de son camarade de classe à Deir al-Balah, Bande de Gaza, le 16 Novembre 2019. Israël a dit avoir ciblé et tué par erreur 8 membres de la famille Al Sawarka. (Photo: Ashraf Amra/APA Images) 

La dernière salve de présumés crimes de guerre israéliens à Gaza a engendré un nouveau massacre dans la Bande de Gaza assiégée. Trente quatre personnes, dont quatre familles et huit enfants, ont été assassinées dans leur sommeil, chez elles, en 48 heures. Plus de cent personnes ont été grièvement blessées. Les scènes des corps amputés de la familleAbu Malhous sont gravées dans nos mémoires pour des générations à venir. Nous raconterons aux enfants qui nous restent cet abominable massacre, tout comme nos parents et grands-parents nous ont raconté le massacre de Deir Yassin.

Mais ce cauchemar va-t-il s’arrêter un jour ?

Une question que les journalistes étrangers ne cessent de ma poser est celle de la stratégie de fin de partie des Israéliens, après avoir maintenu Gaza en survie depuis 2007 ? J’imagine qu’on ne demandait pas aux noirs d’Afrique du Sud leur avis sur la stratégie de fin de partie du régime d’apartheid, ou aux Afro-Américains sur les raisons derrières les horribles Lois Jim Crow. Mais nous, Palestiniens, sommes condamnés à répondre à ce genre de questions sur les vraies raisons qu’a notre oppresseur de nous torturer, de nous occuper et même de nous tuer. En fait, nous sommes les victimes de l’éveil spirituel de l’Occident ! 

Depuis le début, la politique israélienne sur Gaza a été génocidaire, que cela ait lieu à un rythme soutenu (trois énormes guerres sur Gaza en cinq ans) ou au ralenti, avec le blocus médiéval imposé sur la Bande de Gaza. Gaza est une prison à ciel ouvert ; deux tiers de ses prisonniers sont des réfugiés ayant le droit de retour selon la résolution 194 de l’ONU. Ils sont un rappel constant du péché originel commis en 1948. Israël veut les punir de leur résistance, de ne pas être des sujets serviles et veut leur faire abandonner leur droit au retour garanti par le droit international.

Le droit au retour est l’axe principal de notre histoire, celui que l’apartheid israélien a besoin d’éradiquer complètement. Ajoutez à cela le fait que la Bande de Gaza a toujours été le berceau de la résistance palestinienne contre un système israélien d’oppression sous toutes ses formes, autrement dit l’occupation, la colonisation, et l’apartheid. 

Sans parler de la nécessité pour Benjamin Netanyahou de résoudre ses problèmes de politique intérieure avec son grand rival Benny Katz, et son intention de détourner l’attention du public israélien des charges de corruption et d’abus de pouvoir qui pèsent sur lui. Ce n’était pas le cas en 2009, 2012 et 2014. Ceci, on le voit, est la politique constante d’Israël vis-à-vis des indigènes palestiniens, tout comme le serait la politique de n’importe quelle autre colonie sur le peuple qu’elle envahit.  

De nouveau, nous, Palestiniens, devons être clairs sur ce que nous voulons. Comme nombre d’entre nous l’avons demandé, nous devons arrêté d’attendre que les organes officiels de la communauté internationale condamnent ces abominables crimes et agissent pour y mettre fin dans un proche avenir. Au lieu de cela, nous comptons sur les organisations de la société civile et les individus épris de liberté pour agir de toutes les manières possibles pour faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils mettent fin à leur liens diplomatiques avec l’apartheid israélien et qu’ils lui imposent des sanctions pour chacun de ses crimes de guerre et ses crimes contre l’humanité.

Est-ce exagéré de dire que nous sommes consternés par le silence complice de la communauté internationale, y compris le monde et arabe et musulman ? La communauté internationale dans son ensemble et, ce depuis des générations, a abandonné le peuple palestinien. C’est pour cela que nous, société civile palestinienne, préférons nous adresser aux organisations des sociétés civiles pour qu’elles fassent leur possible pour montrer leur soutien à la Palestine et leur refus des crimes de guerres génocidaires et des crimes contre l’humanité commis par Israël en demandant à leurs gouvernements de sanctionner le seul état d’apartheid encore en place, jusqu’à ce qu’il se conforme au droit international. Cela a fonctionné contre le régime d’apartheid inhumain de la deuxième moitié du siècle dernier, jusqu’à mener à sa chute en 1994 avec l’élection de Nelson Mandela, premier président africain à la tête de la l’Afrique du Sud multi-raciale, et la création d’un nouvel état laïc et démocratique pour tous ses citoyens, indépendamment de leur race, de leur genre ou de leur ethnie.

C’est le seul espoir que nous nourrissons aujourd’hui, être certains que le cauchemar peut être arrêté.

Haidar Eid

Traduction : G pour l’Agence Média Palestine

Source: Mondoweiss

Le Dr Haidar Eid est professeur associé de littérature anglaise à l‘Université Al-Aqsa dans la bande de Gaza. Il a beaucoup écrit sur le conflit israélo-arabe, dont des articles publés surpublished at Znet, Electronic Intifada, Palestine Chronicle, et Open Democracy. Il a également publié des articles sur les études culturelles et littéraires dans de nombreux magazines, dont Nebula, Journal of American Studies in Turkey, Cultural Logic, et le Journal of Comparative Literature.




Avis juridique sur la définition de l’IHRA

Avis juridique sur la définition de l’IHRA

CONCERNANT L’ADOPTION ET L’APPLICATION POTENTIELLE DE LA DÉFINITION DE TRAVAIL DE L’ANTISÉMITISME QUI EST CELLE DE L’ALLIANCE INTERNATIONALE POUR LA COMMÉMORATION DE L’HOLOCAUSTE

AVIS de HUGH TOMLINSON (c.r.)

INSTRUCTIONS

CADRE D’INTERVENTION – CONSIGNES

  1. Les associations Free Speech on Israel, Independent Jewish Voices, Jews for Justice for Palestinians et The Palestine Solidarity Campaign me demandent de donner un avis juridique sur les effets de la décision du gouvernement d’« adopter » la définition de travail de l’antisémitisme, juridiquement non contraignante, qui est celle de l’IHRA, l’Alliance internationale pour la commémoration de l’holocauste (« la Définition de l’IHRA »). Elles me demandent également d’analyser la signification et les effets de la définition de l’IHRA et sa compatibilité avec les obligations des autorités publiques régies par la loi sur les droits de l’homme de 1998 (« Human Rights Act », abréviée HRA).

CONTEXTE

  1. L’IHRA est une organisation intergouvernementale dont l’objectif déclaré est de « placer des dirigeants politiques et sociaux en soutien aux besoins d’information, de commémoration et de recherche sur l’holocauste, tant nationalement qu’internationalement ». Le 26 mai 2016, l’IHRA a pris la décision (ici « la Décision de l’IHRA ») d’adopter la définition suivante, qu’elle décrit comme une « définition de travail de l’antisémitisme, juridiquement non contraignante » :

« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs, pouvant s’exprimer par de la haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques d’antisémitisme sont dirigées contre des individus juifs ou non-juifs et/ou leurs biens, contre les institutions de la communauté juive et contre les institutions religieuses juives. »

Cette définition est ensuite suivie d’« exemples » qui servent d’illustrations. Le texte intégral de la Décision de l’IHRA d’adopter la Définition de l’IHRA est annexé à cet avis1. 

  1. En 2016, la commission parlementaire des affaires intérieures de la Chambre des communes (« la commission ») a mené une enquête sur « L’antisémitisme au Royaume-Uni ». Dans son rapport, publié en octobre 2016, il a évalué des définitions de l’antisémitisme et conclu que

« Nous acceptons largement la définition de l’IHRA, mais proposons d’y ajouter deux précisions pour garantir que la liberté d’expression soit préservée dans le contexte du discours sur Israël et la Palestine sans que l’antisémitisme puisse s’introduire dans le débat. La définition devrait inclure les affirmations suivantes :

  • Critiquer le gouvernement d’Israël n’est pas de l’antisémitisme, si aucune preuve n’est apportée qui suggère une intention antisémite.
  • Attendre du gouvernement israélien qu’il respecte les mêmes exigences que les autres démocraties libérales, ou porter un intérêt particulier aux politiques et actions du gouvernement israélien n’est pas de l’antisémitisme, si aucune preuve n’est apportée qui suggère une intention antisémite2.

  1. Le commission parlementaire a ensuite recommandé que la Définition de l’IHRA – avec les « réserves additionnelles » mentionnées – soit « formellement adoptée par le gouvernement du Royaume-Uni, les organismes chargés de faire respecter la loi et tous les partis politiques, pour les aider à déterminer si un événement ou un discours pouvaient être considérés comme antisémites ».
  2. Le gouvernement a répondu au rapport de la commission parlementaire en décembre3. Concernant la recommandation visant la Définition de l’IHRA, le gouvernement a accepté de « l’adopter ». Concernant les deux « réserves additionnelles » suggérées, le gouvernement a déclaré :

« Nous croyons que les références dans la définition à « une critique d’Israël similaire à celle qui s’exprime contre tout autre pays ne peut être considérée comme antisémite » suffisent pour garantir la liberté d’expression. »

Le gouvernement a ensuite noté qu’une version antérieure de la définition4 était utilisée par la police et était inclue dans le Manuel sur les crimes haineux du Conseil national des chefs de police utilisé par les agents de police, ce qui indique que la Définition de l’IHRA est un outil utile aux organismes de justice pénale et aux autres organismes publics pour comprendre comment l’antisémitisme se manifeste au 21e siècle. 

LA DÉFINITION DE L’IHRA

6. Trois remarques initiales peuvent être faites concernant la Définition de l’IHRA. La première est qu’elle est définie comme « une définition de travail juridiquement non contraignante ». En d’autres termes, elle ne peut être interprétée de la même manière qu’une définition légale ou qu’une définition produite dans le cadre d’une analyse légale. La Définition de l’IHRA ne vise pas à fournir une définition juridique de l’antisémitisme. Elle n’a pas la clarté qui serait requise d’une telle définition. Il peut être utile de relever que le fait qu’une conduite soit « contraire » à la Définition de l’IHRA ne pourrait en aucune manière, en soi, rendre cette conduite « illégale ».

  1. Deuxièmement, il y a un problème évident avec la formulation de la Définition de l’IHRA. L’utilisation de la langue est inhabituelle et peut donc porter à confusion. L’expression « une certaine perception » est vague et peu claire dans le contexte d’une définition. L’utilisation du mot « peut » porte aussi à confusion. S’il est compris dans son sens usuel de « possibilité », la définition a alors peu de valeur : l’antisémitisme « peut s’exprimer par de la haine envers les Juifs mais peut aussi s’exprimer par d’autres manières (non précisées) ». Ce texte ne fonctionne pas comme une définition. De mon point de vue, pour clarifier la Définition de l’IHRA il faut à tout le moins reformuler la première phrase de la manière suivante :

« L’antisémitisme est une attitude particulière à l’égard des Juifs, qui s’exprime par de la haine à l’encontre des Juifs. »

Même en ces termes, la définition n’est pas satisfaisante. L’apparente limitation de l’antisémitisme à une attitude qui « s’exprime » par de la haine envers les Juifs semble trop étroite ; elle ne rend pas compte de conduites qui, bien que ne s’exprimant pas comme de la haine envers les Juifs, sont cependant clairement des manifestations d’antisémitisme. Elle écarte par exemple des pratiques sociales ou institutionnelles discriminatoires. 

  1. Ce problème de formulation de la Définition de l’IHRA la rend très difficile à utiliser comme un « outil ». Il est évidemment très peu satisfaisant pour le gouvernement d’« adopter » une définition qui manque ainsi de clarté et d’exhaustivité. Cela signifie qu’on peut anticiper un manque de cohérence dans son application et un possible effet de frilosité des organes publics qui, en l’absence de définition claire, pourraient chercher à sanctionner ou interdire certaines conduites qui ont été déclarées antisémites par des tiers sans appliquer de critère d’évaluation clair.
  2. Troisièmement, il est important de noter la structure de la Décision de l’IHRA. La Définition de l’IHRA est contenue dans les deux phrases rapportées au paragraphe 2 ci-dessus. Le reste de la décision consiste, comme indiqué dans la Décision de l’IHRA, en « des exemples qui servent d’illustration ». Ces exemples doivent être lus à la lumière de la définition elle-même et ne peuvent ni étendre ni restreindre sa portée. Tous doivent être considérés comme des exemples d’activités qui peuvent adéquatement être considérées comme manifestant « de la haine envers les Juifs ».
  3. Dans beaucoup des exemples donnés, la « haine envers les Juifs » est évidente et indiscutable. Par exemple, « accuser les Juifs de conspirer contre l’humanité », ou « justifier le meurtre ou l’agression de Juifs au nom d’une idéologie ou d’une religion » impliquent évidemment de la « haine envers les Juifs ». Cependant, dans certains cas, les exemples ne se réfèrent pas explicitement à la condition de « haine » et nécessitent donc des précisions5. Je vais étudier deux des exemples donnés, bien qu’il s’agisse d’une remarque générale.

  • « Accuser des citoyens juifs d’être plus loyaux à Israël, ou de priorités juives supposées dans le monde, au détriment des intérêts de leur propre nation. » Ceci doit être lu à la lumière de la définition. Une telle accusation ne serait antisémite que si elle était motivée par la haine des Juifs. Si, par exemple, l’accusation était motivée par la croyance raisonnable qu’un citoyen juif en particulier ou qu’un groupe de citoyens avaient démontré par leurs paroles et leurs actions que leur loyauté à Israël était plus grande que leur loyauté à leur propre nation, l’accusation ne pourrait pas être adéquatement considérée comme antisémite. 
  • « Nier au peuple juif le droit à l’autodétermination, en prétendant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est une entreprise raciste. » Cela doit, à nouveau, être lu à la lumière de la définition. Le déni du droit à l’autodétermination pour les Juifs pourrait résulter d’une analyse particulière de la nature du peuple juif (motivée, par exemple, par des considérations religieuses) qui n’aurait rien de commun avec la « haine des Juifs ». En outre, à moins qu’une telle affirmation soit motivée par la haine des Juifs, il ne serait pas antisémite d’affirmer que le fait qu’Israël se définisse lui-même comme un état juif, donc par sa race, et que des Israéliens non-juifs et des non-Juifs sous sa juridiction soient discriminés, fait que l’État d’Israël est actuellement une entreprise raciste. 

EFFETS DE LA « DÉCISION D’ADOPTER » DU GOUVERNEMENT

  1. Le gouvernement a décidé d’« adopter » la Définition de l’IHRA. Ce n’est pas une décision faite en accord avec un pouvoir règlementaire mais un énoncé de politique autonome. Celui-ci ne peut ni ne vise à avoir d’effet contraignant sur quelque organisme public, et aucun organisme public ne peut se trouver contraint d’adopter ou d’utiliser cette définition. Ce n’est qu’une « suggestion » du gouvernement concernant une « définition de l’antisémitisme » que les organismes publics pourraient souhaiter utiliser. Aucun organisme public ne pourrait être critiqué pour avoir refusé d’adopter la Définition de l’IHRA. Au contraire, du fait de la nature insatisfaisante de la Définition de l’IHRA, je suis d’avis qu’un organisme public devrait examiner très attentivement s’il convient de l’utiliser comme guide pour la prise de décision et, si elle est adopté, donner des directives précises quant à son application.
  2. Le gouvernement a refusé d’adopter les « réserves » suggérées par la commission parlementaire qui les avait rédigés pour « garantir que la liberté d’expression soit préservée dans le contexte du discours sur Israël et la Palestine ». Il l’a fait, au sens strict, sur une base erronée. Il est écrit que

« les références dans la définition à « une critique d’Israël similaire à celle qui s’exprime contre tout autre pays ne peut être considérée comme antisémite » suffisent pour garantir la liberté d’expression » (soulignement ajouté). 

En fait, la Définition de l’IHRA ne contient pas cette affirmation. Celle-ci apparaît dans les « illustrations » données pour guider l’IHRA dans son travail. Cependant, l’intention est claire : le gouvernement a considéré que les réserves ajoutées par la commission parlementaire n’étaient pas nécessaires parce qu’il était clair, à partir de la Définition de l’IHRA et ses illustrations qu’il n’était pas antisémite de critiquer le gouvernement d’Israël, ou d’attendre de ce gouvernement qu’il respecte les mêmes exigences que les autres démocraties libérales « si aucune preuve n’est apportée qui suggère une intention antisémite ». Cette position apparaît dans la lettre envoyée par le ministre d’État aux Universités, aux sciences, à la recherche et à l’innovation, Jo Johnson (député), aux universités du Royaume-Uni le 13 février 2017 (la « Lettre du ministre ») dans laquelle, après s’être référé à la Définition de l’IHRA, il souligne qu’elle « donne des exemples du genre de comportements qui, selon les circonstances, pourraient constituer de l’antisémitisme (soulignement ajouté). En d’autres termes, le ministre accepte que les « exemples » donnés pourraient, en soi, ne pas constituer un comportement antisémite mais que « l’intention antisémite » devrait également être prouvée.  

  1. En bref, la décision du gouvernement d’« adopter » la Définition de l’IHRA n’a pas, en soi, de conséquence juridique immédiate ou directe. Elle n’en aura que si, suivant le gouvernement, les organismes publics décident également d’« adopter » la définition et essaient de l’appliquer dans les faits. Je vais maintenant aborder la question de savoir comment la définition devrait être appliquée par les organismes publics.

APPLICATION DE LA DÉFINITION DE L’IHRA

  1. Une autorité publique telle que, par exemple, une université ou une administration locale, est libre de décider d’adopter ou non la Définition de l’IHRA dans le cadre de ses propres politiques antiracistes. Il faut relever que la Lettre du ministre ne suggère pas que les universités sont de quelque manière obligées d’« adopter » la Définition de l’IHRA. Il est simplement suggéré de « faire circuler » la définition. Si une autorité publique décide d’« adopter » la définition, il faut alors qu’elle l’interprète en cohérence avec ses obligations règlementaires. J’aimerais attirer l’attention sur deux de ces obligations, l’une générale, l’autre spécifique aux « universités, écoles polytechniques et collèges ».
  2. En premier  lieu, l’obligation générale. Les autorités publiques ne peuvent agir légalement d’une manière qui n’est pas cohérente avec les droits régis par la Convention européenne des droits de l’homme (« la Convention ») 6. Ceci signifie, par exemple, qu’une autorité publique ne peut porter atteinte à la liberté d’expression que si cela est justifié en vertu de l’article 10 al. 2 de la Convention, ou à la liberté de réunion que si cela est justifié en vertu de l’article 11 al. 2. De telles justifications doivent être « étayées de manière convaincante ». Il est bien entendu fondamental que la liberté d’expression « vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent » l’État ou une partie de la population7. Toutefois, les autorités publiques sont susceptibles d’être justifiées de restreindre ou d’interdire les déclarations ou manifestations qui répondent au critère strict d’être « un appel direct ou indirect à la violence ou une justification de la violence, de la haine ou de l’intolérance8 ». Les propos incompatibles avec les valeurs de la Convention, tels que le déni de l’Holocauste ou la justification de politiques pro-Nazis, ne sont pas protégés par l’article 109.
  3. Outre l’« obligation négative » faite aux autorités publiques de ne pas porter atteinte à la liberté d’expression à moins que cette ingérence ne soit justifiée en vertu de l’article 10 al. 2 de la Convention, elles sont également soumises à l’« obligation positive »

« de créer un environnement favorable à la participation dans les débats publics de toutes les personnes concernées, les autorisant à exprimer leurs opinions et leurs idées sans peur, même si ces opinions et idées sont contraires à celles défendues par les autorités officielles et par une large partie de l’opinion publique, ou même si ces opinions et idées dérangent et heurtent le public10 ».

  1. La Cour des droits de l’homme n’a pas cherché à apporter une définition générale de l’antisémitisme. Cependant, le cas récent de CICAD v Switzerland11 a fourni des indications utiles sur la manière dont elle sera susceptible de se saisir de la Définition de l’IHRA. Le plaignant dans ce cas, la CICAD, était une ONG qui fait campagne contre l’antisémitisme. Un article publié par sa newsletter avait accusé un universitaire d’avoir utilisé un langage antisémite. Il avait édité un livre intitulé Israël et l’autre et avait écrit une préface qui contenait les passages suivants :

« En devenant très consciemment l’État juif, Israël prend sur ses épaules le poids de toutes ces questions qui éclairent la question juive fondamentale. (…) L’identification d’Israël avec le judaïsme signifie que toute activité politique, diplomatique, militaire est considérée come une évaluation du judaïsme : voyons comment (…). Dans ces conditions, il est tout à fait futile de considérer qu’Israël est un État comme les autres : ses mains sont liées par la définition qu’il s’est donné lui-même. Lorsqu’Israël est exposé sur la scène internationale, c’est le judaïsme qui est exposé en même temps. 

« Dans le champ de la politique également, il y a peu d’exemples aussi impressionnants de la présence active à tous niveaux d’un État aussi fort et interventionniste que l’État d’Israël. Un État qui assume si totalement la moralité des « mains sales » (en particulier, la politique de bouclage des territoires, de destruction de maisons de civils, d’assassinats ciblés de supposés dirigeants terroristes) dans l’intérêt de la sécurité de ses citoyens. »

La newsletter de la CICAD condamnait ces arguments comme antisémites. L’universitaire a intenté avec succès une action civile devant les tribunaux suisses. La CICAD a reçu l’ordre de retirer l’article, de publier le jugement du tribunal et de payer les frais. Sa plainte selon laquelle cette décision constituait une violation de ses droits au titre de l’article 10 a été rejetée par la Cour européenne des droits de l’homme. Le tribunal national avait rejeté l’argument de la CICAD selon lequel les commentaires de l’universitaire s’inscrivaient dans la définition de travail de l’EUMC sur l’antisémitisme. La Cour des droits de l’homme n’a trouvé aucune raison de remettre en cause cette conclusion. Bien qu’elle n’ait pas directement examiné les mérites de la définition de travail de l’EUMC, il ressort clairement du raisonnement de la Cour qu’elle n’a pas accepté que des commentaires du type de ceux de l’universitaire puissent être qualifiés d’antisémites.

  1. Deuxièmement, dans le cas des universités, des écoles polytechniques et des collèges, il y a un « devoir d’assurer la liberté d’expression » comprise au sens le plus large, qui est un devoir règlementaire spécifique pour ces institutions de

« prendre les mesures pratiques raisonnables pour garantir que la liberté d’expression dans le cadre de la loi soit protégée pour les membres, les étudiants et les employés… et les conférenciers invités13 ».

Ils doivent garantir, pour autant que ce soit raisonnablement possible, qu’aucune personne ne se voie interdire l’utilisation de leurs locaux pour quelque raison liée aux « croyances ou idées de cette personne ». La seule base sur laquelle l’obligation de garantir la liberté d’expression peut être écartée est si ce qu’un orateur invité est susceptible de dire n’est pas « conforme à la loi » ou s’il n’est pas « raisonnablement possible » d’autoriser l’utilisation des locaux universitaires.

  1. L’effet de l’obligation générale faite à une autorité publique d’agir de manière compatible avec la Convention est que, si elle adopte la Définition de l’IHRA, elle devra prendre des mesures actives pour s’assurer qu’elle est appliquée d’une manière qui soit compatible avec l’article 10. Elle aurait, par exemple, le droit d’interdire légalement tout comportement incitant à la haine ou à l’intolérance à l’égard des Juifs. Elle ne serait pas en droit d’interdire légalement un comportement au seul motif que les partisans de l’État d’Israël le trouvent dérangeant ou offensant.
  2. Un certain nombre d’« exemples contemporains » d’antisémitisme dans la vie publique inclus dans la décision de l’IHRA pourraient, s’ils sont lus littéralement, sembler condamner comme antisémites des comportements qui ne constituent pas ou ne manifestent pas une haine ou une intolérance envers les Juifs. Comme je l’ai déjà dit, ces exemples doivent être lus à la lumière de la définition elle-même et ne peuvent être considérés comme antisémites que s’ils « manifestent une haine contre les Juifs ». Cela a été reconnu par la commission parlementaire lorsqu’il a suggéré que la critique du gouvernement d’Israël n’est pas antisémite « sans preuves supplémentaires suggérant une intention antisémite ». Le gouvernement a exprimé l’opinion que cette réserve figurait déjà dans la définition de l’IHRA, de sorte qu’aucune réserve expresse n’était nécessaire. La position n’est toutefois pas claire et les autorités publiques devraient prendre des mesures pour veiller à ce que la liberté d’expression et de réunion soit correctement protégée en veillant à ce que des opinions impopulaires mais légales puissent être exprimées lors de réunions ou de manifestations.
  3. À mon avis, toute autorité publique qui chercherait à appliquer la définition de l’IHRA aux décisions concernant l’interdiction ou la sanction d’activités critiques à l’égard de l’État ou du gouvernement d’Israël agirait illégalement si elle n’exigeait pas qu’une telle activité manifeste ou incite à la haine ou à l’intolérance envers les Juifs.  Si une autorité appliquait la définition de l’IHRA sans une telle exigence, elle violerait l’article 10 de la Convention et agirait donc illégalement par rapport au droit interne au Royaume-Uni.
  4. Un certain nombre d’exemples de comportements qui ont été critiqués comme antisémites ont été suggérés dans diverses publications, dont notamment :

  • Décrire Israël comme un État adoptant des politiques d’apartheid.
  • Décrire Israël comme un État pratiquant le colonialisme d’implantation.
  • Qualifier d’illégale ou d’illégitime la création de l’État d’Israël et les actes liés à sa création.
  • Faire campagne pour des politiques de boycott, de désinvestissement ou de sanctions à l’encontre d’Israël, d’entreprises israéliennes ou d’entreprises internationales complices de violations des droits humains des Palestiniens (à moins que le militant ne demande également des actions similaires contre d’autres États).
  • Déclarer que l’Etat d’Israël et ses défenseurs « utilisent » l’Holocauste pour geler le débat sur le comportement d’Israël à l’égard des Palestiniens.

À mon avis, aucune de ces déclarations ou activités ne peut, en soi, être qualifiée d’antisémite. Je ne pense pas qu’aucun d’entre elles, telles quelles (c’est-à-dire sans preuve de « haine envers les Juifs »), entre dans les termes de la définition de l’IHRA. Si une manifestation devait être interdite par une université ou une autre autorité publique au motif que de telles opinions étaient exprimées par les organisateurs ou par les orateurs d’un panel, une telle interdiction serait, à mon avis, illégale

  1. Ma position serait évidemment très différente si les organisateurs ou les orateurs d’un événement où de telles opinions étaient exprimées incitaient également à la haine ou à l’intolérance envers les Juifs, par exemple en cherchant à justifier le meurtre de Juifs au nom de l’islam radical ou en prétendant que l’Holocauste a été inventé ou exagéré par l’État d’Israël. De telles déclarations constitueraient les « preuves supplémentaires » mentionnées dans les « réserves » suggérées par la commission parlementaire et seraient alors susceptibles de justifier une interdiction ou une sanction.
  2. Le point de départ devrait être que les événements qui visent à protester contre les actions de l’État d’Israël ou le traitement des Palestiniens sont des expressions légitimes d’opinions politiques. Rien ne justifie en droit que de tels événements soient traités différemment des autres manifestations politiques. Toute politique adoptée par une autorité publique pour la réglementation des réunions politiques ou des manifestations devrait être appliquée de manière cohérente à tous les événements et manifestations. En particulier, les organisateurs des manifestations du type mentionné ne devraient pas être tenus de les justifier ou de prouver qu’ils ne sont pas motivés par l’antisémitisme et ne devraient pas être soumis à des restrictions ou conditions particulières. En l’absence de preuves positives d’antisémitisme, de telles restrictions ou conditions seraient illégales.

CONCLUSION

  1. En résumé, je suis donc d’avis que :

  • La « définition de travail non juridiquement contraignante » de l’antisémitisme de l’IHRA n’est pas claire et prête à confusion et doit être utilisée avec prudence.
  • Les « exemples » accompagnant la Définition de l’IHRA doivent être interprétés à la lumière de cette définition et il faut comprendre que les comportements énumérés ne sont antisémites que s’ils manifestent de la haine envers les Juifs.
  • L’« adoption » par le gouvernement de la Définition de l’IHRA n’a ni statut ni effet juridique et, en particulier, n’oblige pas les autorités publiques à adopter cette définition dans le cadre de leurs politiques antiracistes.
  • Toute autorité publique qui adopte la Définition de l’IHRA doit l’interpréter d’une manière compatible avec ses propres obligations légales, en particulier son obligation de ne pas agir dans un domaine incompatible avec le droit à la liberté d’expression garanti à l’article 10. L’article 10 n’autorise pas l’interdiction ou la sanction de la parole à moins qu’elle ne puisse être considérée comme un appel direct ou indirect à la violence, à la haine ou à l’intolérance ou une justification de celles-ci. Le fait que la parole soit offensante pour un groupe particulier ne constitue pas en soi un motif valable d’interdiction ou de sanction. La définition de l’IHRA ne devrait pas être adoptée sans des directives supplémentaires précises sur ces questions
  • Les autorités publiques ont l’obligation positive de protéger la liberté d’expression. Dans le cas des universités et des collèges, il s’agit d’une obligation légale expresse, mais l’article 10 exige des autres autorités publiques qu’elles prennent des mesures pour faire en sorte que chacun soit autorisé à participer aux débats publics, même si ses opinions et ses idées sont offensantes ou dérangeantes pour le public ou une partie de celui-ci
  • Bien comprise dans ses propres termes, la Définition de l’IHRA ne signifie pas que des activités telles que la description d’Israël comme un État adoptant des politiques d’apartheid ou pratiquant le colonialisme d’implantation, ou appeler à des politiques de boycott, de désinvestissement ou de sanctions contre Israël, peuvent être qualifiées d’antisémites. Une autorité publique qui chercherait à appliquer la définition de l’IHRA pour interdire ou sanctionner de telles activités agirait illégalement

HUGH TOMLINSON QC
Matrix Chambers
8 mars 2017

Notes

  1. La définition de l’IHRA s’inspire largement de la définition de travail de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (« EUMC »). La définition de l’EUMC s’est révélée controversée, voir, par exemple, le rapport du professeur David Feldman : Sous-rapport pour la Commission parlementaire contre l’antisémitisme (1er janvier 2015). http://www.antisemitism.org.uk/wp-content/themes/PCAA/images/DAVID-FELDMAN- pdf
  2. Antisémitisme au Royaume-Uni, par. 24 https://www.publications.parliament.uk/pa/cm201617/cmselect/cmhaff/136/13602.htm
  3. Réponse du gouvernement au rapport de la commission parlementaire des affaires intérieures « L’antisémitisme au Royaume-Uni », CM 9386
  4. C’est-à-dire la définition de l’EUMC, voir la note 1 ci-dessus.
  5. Cette exigence d’établir la preuve d’intention subjective semble être l’objectif que la commission parlementaire cherchait à atteindre par le biais des réserves supplémentaires.
  6. Voir Human Rights Act, section 6 §1.
  7. Cette formulation apparaît en premier dans Handyside v United Kingdom (1976) 1 EHRR 737 [49] et a été répétée lors de nombreux jugements suivants.
  8. Voir Perinçek v Switzerland (2016) 63 EHRR 6 [206] et les cas qui y sont cités.
  9. En vertu de l’article 17 de la Convention, voir Ivanov v Russia, Décision du 20 février 2007
  10. Dink v Turkey Jugement du 14 septembre 2010 (en français seulement) [137]
  11. Jugement du 6 juin 2016 (en français seulement).
  12. Voir la loi sur l’enseignement de 1986, section 43
  13. Ibid, section 43 art. 1.

Traduction : MUV pour l’Agence Media Palestine

Source : Free Speech on Israel




Un groupe juif salue les conseillers municipaux de Calgary pour leur rejet d’une redéfinition controversée de l’antisémitisme

14 Novembre 2019 –  IJV : Voix Juives Indépendantes Canada

Calgary, 18 Novembre 2019 – IJV, Voix Juives Indépendantes Canada salue les conseillers Diane Colley-Urquhart et Jeromy Farkas pour avoir amendé leur motion sur l’antisémitisme afin d’exclure la définition de travail sur l’antisémitisme de l’IHRA, l’Alliance Internationale pour la Mémoire de l’Holocauste.

Calgary aurait été la deuxième ville du Canada à voter la redéfinition de l’IHRA à la suite de son adoption en juin par le gouvernement libéral dans le cadre de sa « stratégie contre le racisme »

Le Conseil municipal de Vancouver a voté sur cette définition plus tôt dans l’année, mais la motion a échoué et elle a été envoyée au comité pour le développement d’une position d’ensemble contre le racisme.

« C’est une victoire majeure pour tous ceux qui s’opposent à l’antisémitisme et qui soutiennent les droits humains palestiniens » a dit Myriam Meir  de la section de Calgary de IJV. « La redéfinition de l’IHRA est utilisée pour faire taire la critique légitime d’Israël et, heureusement, nos conseillers municipaux s’en sont rendu compte ». 

Tandis que IJV a soutenu avec enthousiasme la reconnaissance par Calgary de la Journée Internationale de la Mémoire de l’Holocauste et l’engagement dans une éducation sur l’Holocauste – la pièce maîtresse de la motion actualisée – l’association en a appelé au Conseil municipal pour rejeter la redéfinition de l’IHRA ainsi que des exemples qui l’accompagnent. Des centaines de membres de IJV, des soutiens et des alliés de Calgary de tout le pays ont répondu à la demande de IJV d’écrire des mails aux conseillers municipaux pour qu’ils amendent la motion, ce qui s’est finalement avéré un succès.

Les objections de IJV à la redéfinition sont détaillées dans son récent rapport, dans lequel l’organisation déconstruit la définition de l’IHRA point par point et met en garde quant aux dangereuses conséquences de son adoption à la fois pour le combat contre l’antisémitisme et pour le mouvement pour les droits humains des Palestiniens. 

« La redéfinition de l’IHRA est tellement vague qu’elle ne fournit virtuellement aucune aide pour décider si un incident particulier est ou non antisémite » dit Corey Balsam, le Coordinateur National de IJV. « De plus, elle inclut divers « exemples illustratifs d’antisémitisme » ainsi qu’ils les nomment, qui tombent simplement dans le cadre du discours politique protégé par la Charte[1] ».

« Il est triste de voir que l’IHRA et ses soutiens s’appuient sur la préoccupation légitime de la société à l’égard de l’antisémitisme pour supprimer la critique d’Israël et le soutien aux droits des Palestiniens » a continué Balsam. « En agissant de la sorte, ils peuvent de fait saper la bataille contre le véritable antisémitisme, qui se développe ».

IJV n’est pas seul dans l’expression publique contre l’adoption de la redéfinition de l’IHRA. Elle a aussi été fortement critiquée par des groupes connus de défense des libertés civiles – dont l’Association de Colombie Britannique pour les Libertés Civiles et l’Union Américaine pour les Libertés Civiles – ainsi que par plus de 40 organisations juives qui ont signé une lettre ouverte en 2018. Le NDP[2] fédéral aussi s’est dit préoccupé par la possibilité que ce soit « une menace pour des gens qui dénoncent légitimement les graves violations de droits humains du gouvernement israélien contre les Palestiniens ».


[1] La Charte canadienne des droits et des libertés

[2] Nouveau Parti Démocratique

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source: IJV




Israël ne peut pas cacher l’occupation en réduisant au silence ou en tuant les journalistes palestiniens

La campagne internationale de solidarité consécutive à l’oeil crevé d’un photographe palestinien par les forces de sécurité israéliennes rappelle que, quoiqu’il tente, Israël ne pourra pas empêcher les journalistes palestiniens de raconter l’histoire de l’occupation.

Par Omri Najad, 18 novembre 2019

Des journalistes palestiniens prennent part à une campagne de solidarité avec Moath Amarnih, photographe palestinien qui a perdu un œil alors qu’il couvrait des affrontements en Cisjordanie.

Vendredi dernier, le photographe palestinien Moath Amarnih est parti faire un reportage sur une manifestation des résidents de Surif en Cisjordanie. C’était la deuxième fois en quinze jours qu’ils essayaient de manifester contre le vol de leur terre par les colons. Peu après le début de la manifestation non violente, quelques jeunes gens ont commencé à lancer des pierres sur les agents de la Police des Frontières de cette zone.

Les agents ont riposté avec des gaz lacrymogènes et des balles enrobées de caoutchouc, et Amarnih – qui photographiait les affrontements depuis une colline voisine – a été atteint à l’oeil par une balle. Une balle Ruger de 0,22 pouces était probablement destinée à l’un des manifestants, ou bien a touché le sol avant de ricocher vers la tête d’Amarnih. Il portait à ce moment là un gilet pare-balles de la presse.

Depuis lors, des dizaines de journalistes palestiniens et israéliens ont rejoint une campagne de solidarité avec Amarnih, se photographiant avec un œil couvert.

Depuis quinze jours, les résidents de Surif manifestent contre une barrière construite autour d’une grande étendue de terre agricole afin d’agrandir la colonie voisine de Bay Ayin. Les photos d’Amarnih témoignent de la désinvolture criminelle avec laquelle les forces israéliennes de sécurité dirigent leurs armes – et souvent tirent – sur les photographes palestiniens en Cisjordanie et à Gaza.

En mars 2019, une commission d’enquête du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a publié un rapport sur l’assassinat par Israël de manifestants non armés en 2018 à la barrière frontalière de Gaza. D’après ce rapport, les forces israéliennes ont abattu deux photographes de Gaza, tandis que 39 autres journalistes étaient blessés par les snipers. Ces blessures ont été infligées alors que les snipers les avaient vraisemblablement identifiés en tant que journalistes grâce à leurs gilets pare-balles. Les snipers israéliens continuent de tirer sur les journalistes qui informent sur les manifestations et de les blesser.

Le ou la photographe et son appareil photo sont souvent perçus comme l’ennemi par les régimes oppressifs à travers le monde. En Israël-Palestine, les forces de sécurité ont tiré des balles enrobées de caoutchouc sur des journalistes qui faisaient un reportage pour le média français, l’AFP, l’année dernière près de Ramallah, tandis que, dans des endroits comme la Syrie et Hong Kong, les forces de sécurité usent de violence contre les journalistes – et particulièrement les photographes.

Les médias israéliens veulent museler et cacher ce genre de critiques en temps de guerre. Par exemple, lors du dernier « cycle de violence » à Gaza, on a présenté aux téléspectateurs une réalité déformée qui montre la Bande comme un endroit où il n’y a que des combattants qui lancent des missiles sur des vivants, sans nom ni visage. Sans arrêt, quand on parle de Gaza, nous voyons des vidéos de roquettes tirées sur Israël. Comme si Gaza elle même n’avait ni population, ni enfants, ni vie. Que des roquettes.

Un photographe de presse renvoie d’un coup de pied une bombe lacrymogène que les troupes israéliennes avaient tirée sur un groupe de journalistes. Bil’in, 19 février 2016. (Oren Ziv/Activestills.org)

Ainsi, huit membres de la famille A-Swarkeh ont été tués dans la ville de Deir al-Balah. Les FDI ont reconnu qu’ils pensaient que le le bâtiment qu’ils bombardaient était vide, c’est ce qu’a dit le porte-parole de langue arabe des FDI qui a déclaré que l’armée visait le commandant d’une unité de lance-roquettes du Jihad Islamique. Dans la réalité, l’armée a bombardé un logement décrépit qui servait de foyer à une famille appauvrie. Une famille avec des enfants de 12 et 13 ans, ainsi que deux tout-petits.

Empêcher les photographes de faire leur travail est nécessaire à la répression continue des Palestiniens. Les attaques incessantes sur des innocents et leur assassinat sont la conséquence, entre autres choses, d’un manque de documentation et, d’autre part, de la naissance d’une absence d’humanité. Les forces de sécurité voient l’appareil photo comme une cible, afin que le public israélien ne soit pas autorisé à voir qui est .

L’attaque sur Amarnih révèle le besoin tragique et symbolique d’Israël de cacher les injustices qu’il commet, de cacher la botte sur le cou de millions de Palestiniens. Mais le dommage causé à l’oeil d’un photographe n’effacera pas l’injustice du régime. Agresser des photographes ne réussira jamais à cacher les expropriations de terre, les expulsions, les meurtres, ou une existence où le sang de certains a plus de valeur que le sang des autres.

Omri Najad est cinéaste et militant politique. Cet article a d’abord été publié en hébreu sur Haokets. Lisez le ici.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source: +972




Trois jours épouvantables d’une couverture continue, et une photo qui restera à jamais dans ma mémoire

Mohammed Zaanoun et Anne Paq – 15 novembre 2019 – Mondoweiss

Cette photo prise le 12 novembre montre Fatma Abu al-Atta pleurant lors de l’enterrement de son père, le haut commandant du Jihad islamique, Bahaa Abu al-Atta, tué par une attaque israélienne avec son épouse Asma. (Photo : Mohammed Zaanoun/Activestills.org)

Dès le début de ces nouvelles attaques israéliennes lancées contre la bande de Gaza le 12 novembre, Mohammed Zaanoun, photographe primé et membre du collectif de photographes Activestills, s’est précipité dehors avec sa caméra et, une fois de plus, il a documenté les conséquences épouvantables des attaques israéliennes ; courant entre les lieux bombardés, les hôpitaux et les enterrements. 

Selon le centre des droits de l’homme Al Mezan, 34 Palestiniens ont été tués en trois jours, et 82 autres ont été blessés. Sept maisons, un élevage de dindes et un atelier de menuiserie ont été complètement rasés, tandis que 67 maisons et 15 bâtiments scolaires étaient également endommagés. Dans les mêmes temps, des centaines de roquettes ont été lancées sur Israël, mais sans faire de blessés sérieux.

Le coût de leur personne et le traumatisme pour les photographes qui ont documenté de telles atrocités sont rarement mis en évidence.

Mais Mohammed a décidé cette fois de réfléchir sur ces trois derniers jours et de partager ses impressions dans un long article publié sur sa page Facebook :

« Je crois que c’est un rêve, mais malheureusement je me réveille, terrifié par les bombardements. Je consulte les nouvelles sur les plates-formes des médias sociaux. Puis je m’habille et je sors de ma maison à 6 heures du matin, en vitesse. Ma très chère mère me dit :‘Tu dois aller faire ton devoir, mais je ne veux pas entendre de mauvaises nouvelles, fils chéri. Prends garde ! Je ne veux pas te perdre’. Je poursuis mon chemin vers l’hôpital Al-Shifa, où j’immortalise avec les photos la douleur des blessés.

« Puis, je me dirige vers les maisons démolies. Je me fais aussi l’écho de la colère et de la douleur des familles endeuillées, qui ont perdu des êtres chers et des membres de leur famille. Quand la petite éclate en sanglots, je crois que pas un mot ne peut décrire sa douleur… Je quitte la fillette, et son visage va rester gravé dans ma mémoire. Chaque fois que je regarde les photos, j’imagine ce qui se passerait si je perdais un membre de ma propre famille.

« En fait, c’est une scène big-bang dont mon cœur est attristé. Je commence à prendre des photos des évènements en cours. Et plus il y a de bombardements, plus il y a de martyrs à mourir.

« Avec mes collègues journalistes, ces trois derniers jours, nous avons pris la plupart du temps nos photos du haut d’un immeuble. Quand je retourne à l’hôpital Al-Shifat, j’entends parler du bombardement sur la famille Ayyad, dans l’est de la ville de Gaza. De façon surprenante, les ambulances évacuent un grand nombre de blessés graves et de martyrs. Je vois un jeune dont j’ose à peine tenter de voir son visage ensanglanté. 

Des scènes à l’hôpital d’AlShifa. (Photo : Mohammed Zaanoun/Activestills.org)

« À ce moment-là, de mon esprit jaillissent des souvenirs des précédentes agressions que j’ai couvertes en 2008, 2012 et 2014. Je rentre chez moi, pour revoir mes photos douloureuses dans mon appareil. Et je veux entendre les cris des femmes et les gémissements des enfants ; je sens que c’est la première fois que j’assiste à de telles scènes ! Malgré mon énorme angoisse, je me décide à publier cette photo qui va devenir virale une fois en ligne. Je crois qu’un photographe se doit de ressentir de l’émotion avec ses photos, car beaucoup de photos nous forcent à pleurer. La scène quotidienne à Gaza est dépeinte à travers ses martyrs, ses veufs et ses veuves, ses orphelins et ses maisons détruites. J’espère vivre une vie correcte sans autres nouvelles tragiques. Enfin, j’apprécie vraiment les journalistes et les militants des médias sociaux pour avoir fait connaître la souffrance et la détresse de la bande de Gaza ».

Le travail de Mohammed a été largement partagé, et certaines des photos qu’il a prises ces derniers jours sont devenues virales sur les médias sociaux. Elles ont à leur tour inspiré d’autres photographes, qui ont repris ses photos et en ont fait des œuvres d’art. 

En voici quelques exemples :

Atta par Belal Khaled. (Image : Instagram.com/belalkh)

Belal Khaled, artiste palestinien de Gaza renommé, vivant aujourd’hui en Turquie, a transformé la photo d’Abu al-Atta en un portrait. Commentant le portrait, Belal déclare : « L’occupation israélienne a tué ses parents le jour de son anniversaire. Fatma ne fêtera plus son anniversaire parce qu’Israël l’a transformé en un massacre dont elle se souviendra, tous les ans ».

Un dessin d’Elham Al Astal. (Image : instagram.com/artistelham)

Elham Al Astal est une artiste qui vit dans la bande de Gaza. Elle s’est inspirée de la photo de Mohammed pour en faire un personnage dans son dernier dessin.

Elle a dit à propos de la photo de Mohammed : « C’est une image vraiment profonde. Elle évoque énormément de douleur et de souffrance, et une larme brûlante tombe de ses yeux, en silence. Le silence ici parle plus fort qu’un million de mots que l’on pourrait dire ou que cette fille pourrait exprimer.

« L’image est très précise et remplie d’émotions, et elle revêt mille significations. Pour ces raisons, je l’ai choisie pour être l’un des personnages que j’ai dessinés dans mon dernier tableau ».

Une représentation d’Amjad Abu Samarah, graphiste concepteur de Gaza. (Image : instagram.com/amjad.samra.98)

(Image instagram.com/dinadraws)

Dina est une artiste palestinienne de Gaza qui vit en Europe (nom de famille non divulgué). Quand on lui demande ce qui l’a émue dans la photo de Mohammed, elle répond : « Je suis une orpheline, j’ai perdu mon père, et c’est pour cela que je peux m’identifier à cette enfant qui a perdu son père et sa mère. L’image a voyagé dans le monde entier, je l’ai trouvée partout et son message est très clair. Le photographe était sincère quand il a pris ces photos sous cet angle et il a pu communiquer cette émotion à tous ceux qui ont vu la photo. C’est pourquoi j’ai dessiné cette photo et je l’ai incarnée dans l’esprit de l’humanité en mettant en valeur la déchirure sur sa joue ».

Image : Fatma Abou Al-Ataa, par Alaa’ Alluqta, une artiste de renom de Gaza. (Image : facebook.com/alaa.allagta)

Une œuvre d’art de l’artiste de renom Alaa’ Alluqta de Gaza. Il a écrit sur l’image le nom de l’adolescente qui a été photographiée : Fatma Abou Al-Ataa, durant les adieux à ses parents martyrs.

Image d’Ahmad Alsaydawi (photo : Facebook)

Un montage réalisé par le graphiste concepteur palestinien Ahmad Alsaydawi, vivant à Gaza.

Après avoir vu toutes les œuvres d’art réalisées,  et inspiré par ses photos, Mohammed a dit : « Je suis très heureux que l’image de l’enfant en pleurs se soit répandue, et que les artistes palestiniens aient été si créatifs en dessinant cette photo aujourd’hui devenue une icône. Le monde a besoin d’être ému par de vrais sentiments et cette image montre le vrai visage de l’oppression et de l’injustice. En tant que photojournaliste, j’ai pris tant de photos, mais il y a des photos comme celle-ci qui reste en dans ma mémoire ».

Mohammed Zaanoun

Mohammed Zaanoun est photojournaliste chez Activestills.

Anne Paq

Anne Paq est photographe française, membre du collectif de photographes Activestills. Elle est actuellement de retour en Palestine et travaille sur un projet à long terme sur Gaza appelé « Familles disparues ».

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine

Source: Mondoweiss




Personne en Israël ne savait qu’ils commettaient un massacre et ils ne s’en sont pas souciés

Par Gidéon Levy, Haaretz, 18 novembre

Le pilote du bombardier ne savait pas. Les supérieurs qui lui donnaient des ordres ne savaient pas non plus. Le ministre de la défense et le commandant en chef ne savaient pas. Ni le commandant de l’armée de l’air. Le porte-parole de l’armée qui a menti sans aucun scrupule ne savait pas non plus. 

Aucun de nos héros ne savait. Ceux qui savent toujours tout, soudain ne savaient pas. Ceux qui peuvent pister le fils d’un homme recherché dans la banlieue de Damas ne savaient pas que ceux qui dormaient dans leur misérable maison à Deir al-Balah étaient une famille ruinée.

Eux, qui servent dans l’armée la plus morale et dans les services de renseignement les plus avancés du monde ne savaient pas que cette fragile baraque en tôle avait depuis longtemps cessé d’être un élément de « l’infrastructure du Jihad » et on peut même douter qu’elle le fût jamais. Ils ne savaient pas et ils ne se sont pas souciés de vérifier – après tout, au pire, que pouvait-il arriver ? 

Le reporter Yaniv Kubovich a révélé l’atroce vérité vendredi sur le site de Haaretz : la cible n’avais pas été ré examinée depuis au moins un an avant la frappe, l’individu supposément ciblé n’a jamais existé et le renseignement était fondé sur des rumeurs. En tous cas, la bombe a été lancée. Résultat : huit corps dans des linceuls de couleur, certains d’entre eux affreusement petits, tous alignés ; des membres d’une seul famille élargie, les Asoarka, dont cinq enfants –parmi eux deux bébés.

S’ils avaient été citoyens israéliens, l’État aurait remué ciel et terre pour venger le sang de son célèbre petit garçon et le monde serait tombé raide d’émotion devant la cruauté du terrorisme palestinien. Mais Moad Mohamed Asoarka n’était qu’un petit Palestinien de 7 ans  qui a vécu et est mort dans une baraque, sans présent ni avenir, dont la vie fut d’aussi peu de valeur et aussi brève que celle d’un papillon ; son tueur était un pilote renommé.

Ce fut un massacre. Personne n’en sera puni. « Le compte cible n’a pas été mis à jour » ont dit les représentants de l’armée. (Après la publication de l’enquête de Yaniv Kubovich, le porte parole de l’armée a sorti une autre déclaration : « Il a été confirmé que le bâtiment était une cible, plusieurs jours avant l’attaque »). Mais ce massacre a été pire que le meurtre ciblé de Salah Shehada, et il a été accueilli en Israël par une indifférence encore plus révoltante.

Le 22 juillet 2002, un pilote de l’armée de l’air israélienne a largué une bombe d’une tonne sur un quartier d’habitation, qui a tué 16 personnes, dont un homme effectivement recherché. Avant l’aube jeudi, un pilote a largué une bombe beaucoup plus intelligente, une JDAM[1].

Il s’est avéré que même l’homme recherché nommé par un porte-parole de l’armée était un produit de son imagination. Les seules personnes qui se trouvaient là étaient des femmes, des enfants et des hommes innocents qui dormaient dans l’angoisse de la nuit de Gaza. Dans les deux cas, les Forces de Défense Israéliennes ont eu recours au même mensonge : Nous pensions que le bâtiment était vide. « l’IDF essaie toujours de comprendre ce que faisait là cette famille » a été la réponse éhontée, glaçante par son côté laconique, qui suggérait que c’était la famille qui était à blâmer. En effet, que faisaient-ils là, Wasim de 13 ans,  Mohand de 12 ans, et les deux bébés dont les noms n’ont pas encore été annoncés. 

Le jour suivant le meurtre de Sehada et de 15 voisins, et après que l’IDF ait continué à prétendre que leurs maisons étaient « des masures inoccupées », je suis allé sur le lieu du bombardement, dans le quartier de Daraj dans la ville de Gaza. Pas de masures mais des immeubles d’habitation de quelques étages, tous très densément peuplés, comme chaque maison de Gaza. 

Mohammed Matar, qui avait travaillé 30 ans en Israël, était étendu au sol, prostré, des pansements sur les bras et les yeux, au milieu des ruines, à côté d’un énorme cratère creusé par l’explosion. Sa fille, sa belle-fille et quatre de ses petits enfants sont morts dans l’explosion ; trois de ses enfants ont été blessés. « Pourquoi nous ont-ils fait ça » ? m’a-t-il demandé, en état de choc. À l’époque, 27 des plus courageux pilotes de l’armée de l’air ont signé ce qu’on a appelé la lettre des pilotes, par laquelle ils ont refusé de participer à des opérations en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Cette fois-ci, pas un seul pilote n’a refusé de participer et on peut douter qu’aucun ne le fasse à l’avenir. 

« Des êtres humains, ce sont des êtres humains. Il y a eu une bataille ici – des infirmier.ère.s et des médecins contre la mort » a écrit le courageux médecin norvégien, le Dr. Mads Gilbert, qui se précipite pour aider des habitants de la bande de Gaza chaque fois qu’elle est bombardée et qui traite les blessés avec un infini dévouement. Gilbert a épinglé une photo du théâtre des opérations dans l’hôpital Shifa de la ville de Gaza : du sang sur la table, du sang au sol, la literie imprégnée de sang partout. Mardi le sang de la famille Asoarka y a été ajouté, dans un cri aujourd’hui vers des oreilles qui n’écouteront pas.  

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source: Haaretz


[1] JDAM : Joint Direct Attack Munition, une bombe guidée par GPS qui a trois fois plus de portée qu’une bombe ordinaire




Pourquoi Israël bombarde Gaza ? Parce qu’il le peut

Omar Karmi, 15 novembre 2019

Des membres affligés de la famille al-Sawarka lors des funérailles à Deir al-Balah au centre de la Bande de Gaza. Huit membres de la famille, dont cinq enfants, ont été tués jeudi dans une attaque par un missile israélien. (Ashraf Amra / APA images)

On spécule beaucoup autour du chronométrage de l’assassinat par Israël d’un chef du Jihad Islamique, Baha Abu al-Ata et de sa femme, Asma.

Pourquoi faire des vagues maintenant ? Ce meurtre a eu lieu au milieu des négociations de la coalition israélienne qui – si elles échouent – pourraient aboutir à une situation sans précédent de troisième élection en un an.

C’est arrivé dans une période de calme, due à une médiation égyptienne, entre Israël et le Hamas, qui a éveillé l’espoir que, non seulement le siège israélien draconien serait légèrement assoupli, qu’’il assurerait une prolongation de la cessation des hostilités, mais aussi ouvrirait la voie à des élections palestiniennes, attendues depuis si longtemps.

Et finalement, et avec une attaque plus ou moins simultanée contre un chef du Jihad Islamique à Damas (qui a raté sa cible apparente, Akram al-Ajouri, mais a tué un de ses fils, Mutah, et une de ses petites filles, Batoul), c’est arrivé au moment où existent plein de points névralgiques dans une région qui semble perpétuellement au bord de quelque précipice désastreux.

Pourquoi envenimer les choses à ce moment là ?

Plusieurs explications ont été avancées.

Benjamin Netanyahu, premier ministre d’Israël devenu un canard boiteux, cherchait une revanche personnelle après qu’une roquette, tirée paraît-il par le Jihad Islamique, ait perturbé lune de ses apparitions publiques en septembre, au plus fort de la campagne pour la deuxième élection de cette année.

Peut-être Netanyahu voulait-il détruire les efforts de son rival Benny Gantz pour former un gouvernement de coalition sans lui. Un embrasement pourrait aboutir à une vague de pression populaire en vue d’un gouvernement de large unité nationale entre le Likoud de Netanyahu et l’alliance Beu-Blanc de Gantz.

Ou bien, l’armée israélienne a simplement saisi une opportunité lorsqu’elle s’est présentée. Selon cette explication, Abu al-Ata était dans la ligne de mire depuis deux ans parce qu’il s’était révélé être une épine dans le pied au cours des efforts pour assurer une trêve durable à Gaza et qu’il s’était effectivement dévoyé.

En fait, soutient cette théorie, il était dans l’intérêt de tout le monde de voir partir Abu al-Ata, y compris du Hamas, qui veut du calme, et de la hiérarchie du Jihad Islamique, qui en avait assez d’avoir un électron libre dans ses troupes.

L’assassinat d’Abu al-Ata, selon cette théorie, verra les médiateurs égyptiens intensifier leurs efforts pour assurer une trêve plus durable à Gaza et alentour.

Impunité

Toutes les explications sont plausibles. Et toutes sont à côté du sujet.

Netanyahu peut très bien avoir cherché une sorte de vengeance personnelle contre un groupe qui, selon les médias israéliens, avait envoyé au diable l’image qu’il s’était donnée de Monsieur Sécurité.

Ou bien il aurait pu penser qu’un petit tir de roquette était un léger prix à payer pour essayer de sécuriser un gouvernement d’unité et, grâce à une législation depuis longtemps recherchée, obliger à assurer sa propre immunité contre les accusations de corruption.

Ou, en réalité, l’armée israélienne a peut-être simplement eu très envie d’y aller et alors, deux ans plus tard, a trouvé une fenêtre de tir pour tuer, non pas un, mais deux chefs du Jihad Islamique pour ainsi dire en même temps, l’un à Gaza et l’autre à Damas.

Peut-être toutes ces explications sont elles vraies en même temps.

Plus vraisemblablement, ce sont des idées a posteriori.

Ce qui est clair, c’est que l’armée israélienne agit avec impunité.

Les médias israéliens ont beaucoup parlé d’Abu al-Ata comme d’une « bombe à retardement », alors qu’il ne représentait clairement pas un danger imminent lorsqu’il a été tué.

Et pourtant, y a-t-il eu une seule protestation de la part de quiconque face à un acte de claire agression sans porvocation ?

L’envoyé de l’ONU au Moyen Orient Nikolay Mladenov n’a condamné que le tir de roquette qui a répondu à l’assassinat d’Abu al-Ata, décrivant le tir de roquette « aveugle » comme « absolument inacceptable », tout en n’ayant rien à dire du meurtre lui-même qu’il a décrit comme un « assassinat ciblé ».

Ciblé ? « Précision chirurgicale » ?

Peut-être qu’Asma Abu al-Ata aurait eu quelque chose à dire à ce sujet, si elle n’avait pas été elle même assassinée. Ou vraiment, Muath et Batoul.

Apparemment, la chasse est ouverte non seulement à Gaza, territoire occupé comme il l’est, mais aussi à Damas, où Israël – qui n’a fait aucun commentaire sur cette frappe selon son protocole habituel – a tué deux civils dans un pays souverain.

N’est-ce pas là un acte de guerre ?

Trente quatre Palestiniens ont été tués en l’espace de 48 heures. La moitié d’entre eux étaient des civils, huit d’entre eux des enfants.

Où sont les clameurs indignées ?

Que se passe-t-il maintenant pour le Hamas ?

La vérité, c’est que personne ne s’inquiète. Et le Hamas a trouvé, comme l’Autorité Palestinienne avant lui, qu’il s’agit d’une situation perdant-perdant.

Les deux millions d’habitants de Gaza demeurent enfermés sous clé, leur apport quotidien en calories soigneusement calculé pour éviter leur complète inanition.

Ils sont isolés du monde, appauvris, dans l’impossibilité de circuler, totalement empêchés de développer des infrastructures et dans l’impossibilité d’importer une longue liste de marchandises, dont beaucoup sont nécessaires pour commencer à reconstruire cette bande de terre dévastée.

Le Hamas a le devoir, comme l’AP avant lui, d’essayer de garder le calme, simplement afin de ne pas provoquer Israël qui infligerait plus de malheur.

En plus, et juste comme l’AP avant lui, il est chargé de cette tâche sans aucune récompense.

Il n’y a aucun horizon politique pour les Palestiniens. Et certainement aucun offert par un monde qui ne veut pas et est incapable de tenir Israël pour responsable.

Le Hamas peut cesser le feu. Il pourrait convaincre d’autres factions de cesser le feu contre quelques marchandises de plus autorisées à passer la frontière et quelques miles de plus au large pour la pêche.

Important pour survivre, oui. Mais après ?

Si les Palestiniens n’ont nulle part où se tourner et aucune histoire à poursuivre vers une fin heureuse, les Israéliens eux aussi sont dépourvus d’idées. Ils sont aussi moralement en faillite.

Israël raconte une histoire pleine de monstres. Mais les contes de fées résistent au raisonnement rationnel.

Nous pouvons spéculer autant que nous le voulons sur les raisons pour lesquelles Israël a agi comme il l’a fait et pourquoi maintenant.

La réponse pourrait paraître très simple : pourquoi pas? Israël bombarde Gaza parce qu’il le peut.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




Pour la première fois, un organe de l’ONU demande à Israël d’amender ou d’annuler sa Loi Etat-Nation des Juifs ; Adalah au Procureur Général d’Israël : Opposez vous à la loi devant la Cour Suprême

6 novembre 2019

Le CESCR de l’ONU : la loi israélienne viole le traité international, le Comité recommande la restauration du statut officiel de l’Arabe et détaille les violations israéliennes des droits des Bédouins ; Israël tenu à défendre ce mois-ci la Loi Etat-Nation devant la Commission de l’ONU sur le Racisme.

Un organe de l’ONU a – pour la première fois – demandé à Israël d’amender ou d’annuler sa Loi Etat-Nation du Peuple Juif afin qu’il se conforme à la convention internationale des droits de l’Homme qu’il a ratifiée en 1991.

Les observations qui concluent le quatrième rapport périodique d’Israël du Comité de l’ONU sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels (UN CESCR), émis le 18 octobre 2019, comprend une liste d’inquiétudes, de recommandations, et d’actions qu’Israël doit entreprendre afin de se conformer à ses obligations.

Ce constat et cette recommandation sont une première pour un comité de surveillance de l’ONU qui a déterminé que la Loi Etat-Nation des Juifs ne se conformait pas à un traité sur les droits de l’Homme ratifié par Israël – et qui demande à Israël, soit d’amender, soit d’abroger la loi.

L’avocate d’Adalah – Centre Juridique pour les Droits de la Minorité Arabe d’Israël – Myssana Moranya alors envoyé une lettre le 6 novembre 2019 au Procureur Général d’Israël Avichai Mandelblit lui demandant d’exprimer son opposition à la loi dans une réponse qu’il devrait soumettre à la Cour Suprême d’Israël d’ici dimanche 17 novembre 2019.

Dans son document du 18 octobre 2019, le CESCR de l’ONU a émis de profondes inquiétudes concernant l’effet discriminatoire de la loi sur les populations non-juives d’Israël, y compris leurs droits àl’autodétermination et la non-discrimination, et leurs droits culturels.

Le CESCR de l’ONU a par ailleurs demandé à Israël de répondre à ses inquiétudes concernant l’aggravation de la ségrégation ethnique déjà existante et de ne pas accroître la discrimination budgétaire dans d’autres observations finales – en particulier sur la population des Bédouins dans la région du Naqab (Negev).

Adalah avait auparavant, le 7 août 2018, enregistré la requête de la Cour Suprême d’Israël contre la Loi Etat-Nation des Juifs au nom de tous les dirigeants politiques arabes d’Israël – le Haut Comité de Suivi des Citoyens Arabes d’Israël, le Comité National de Maires Arabes, la faction parlementaire Liste Jointe, mais aussi au nom d’Adalah.

Dans sa lettre d’aujourd’hui, Adalah soutient que l’examen du CESCR de l’ONU a donné du poids aux arguments présentés dans sa requête à la Cour Suprême qui maintiennent que la Loi Etat-Nation des Juifs contredit les principes essentiels des droits de l’Homme tels qu’enchâssés dans les traités internationaux, y compris ceux qui se trouvent dans la Charte de l’ONU.

Morany, l’avocate d’Adalah, s’est exprimée le 30 septembre 2019 à Genève, au Quartier Général des Nations Unies, lors de l’exposé des ONG pour l’examen d’Israël par le CESCR. Elle a souligné le fait que la politique israélienne dans le désert du Naqab (Negev) est une politique de déplacement forcé guidée par la description fausse et trompeuse de la région comme un vaste espace vide qui doit être utilisé pour y installer des colonies réservées aux seuls citoyens juifs israéliens.

Conclusions du CESCR de l’ONU : Loi sur Israël Etat-Nation des Juifs

Le Comité est profondément inquiet concernant l’effet éventuellement discriminatoire de la Loi Fondamentale : Israël – l’État Nation du Peuple Juif – sur les populations non-juives de l’État partie à propos de leurs droits consacrés dans la Convention. Il s’inquiète également du fait que cette Loi Fondamentale, en reconnaissant le développement de la colonisation juive comme une valeur nationale, puisse encore plus détériorer la situation des droits économiques et socio-culturels dans les territoires occupés qui ont déjà été entravés de manière significative par la politique coloniale (arts. 1(1), 2(2) et 15).

Le Comité exhorte l’État partie à revoir la Loi Fondamentale avec pour perspective de la mettre en conformité avec le Pacte, ou de l’abroger et d’organiser ses efforts pour éliminer la discrimination à laquelle font face les non-Juifs afin qu’ils jouissent des droits consacrés dans le Pacte, en particulier les droits à l’autodétermination et à la non-discrimination et les droits culturels.

Conclusions du CESCR de l’ONU : Droits des citoyens Bédouins dans le désert du Naqab (Negev)

Le Comité a soulevé des inquiétudes concernant :

1. Les citoyens Bédouins des villages non-reconnus qui sont « chassés de leurs maisons et de leurs terres ancestrales et forcés à se relocaliser » dans des cantons reconnus, a recommandé qu’Israël mette immédiatement fin aux évictions et régularise leurs villages (para 20c, 21c)

2. Les « conditions de vie inférieures à la normale » dont le logement, l’eau et le système sanitaire, l’électricité et les transports publics dans les communautés non reconnues comme reconnues, et fait appel à l’État pour qu’il améliore ces conditions (para 20d, 21d)

3. Le « grand nombre de revendications territoriales en suspens » que les citoyens Bédouins ont présentées aux autorités de l’État israélien, et a demandé à l’État « d’augmenter ses efforts » pour les régler (para 20a, 21a)

4. L’ « état de santé disproportionnellement mauvais » et le taux de mortalité infantile plus élevé chez les citoyens Arabes, dont les Bédouins, et a demandé à l‘Etat d’accroître ses budgets et de prendre des mesures concrètes pour y remédier (para 54-55)

5.Le taux élevé de décrochages et le grand déficit dans les résultats éducatifs chez les élèves bédouins comparés aux élèves juifs et le manque de salles de classe et de jardins d’enfants dans les communautés bédouines, et a recommandé à l’État d’identifier les causes profondes de ces problèmes afin de les résoudre (para 62-63)

6. Le fait qu’aucun village bédouin non reconnu ne soit connecté au réseau d’eau national, et que la plupart des villages reconnus et non reconnus ne soient pas connectés aux infrastructures de collecte des eaux usées, et de corriger ces déficits de service (para 46-47)

7. L’ « absence » de participation significative et de consultation » des citoyens bédouins lors de la définition de la politique qui les concerne, et a recommandé qu’il corrige cela (para 20b, 21b)

8. La jouissance limitée du droit de travailler pour des groupes comme les citoyens bédouins et les femmes arabes, et a demandé à l’État d’ « intensifier ses efforts pour accroître la participation au marché du travail » de ces groupes et de fournir « des données complètes et ventilées » sur ces questions (para 24-25)

9. L’incidence croissante de la pauvreté et la grande inégalité de revenu dans les familles arabes, dont les Bédouins, et a recommandé que l’État analyse et traite les « causes sous-jacentes de la pauvreté » et réduise l’inégalité des revenus en « réformant le régime de l’impôt et le système de sécurité sociale » (para 42-43)

10. Le manque de mesures pour « promouvoir la diversité culturelle », et a recommandé que l’État éveille l’intérêt sur la culture arabe sans oublier les Bédouins (para 68-69)

Conclusions du CESCR de l’ONU : Statut de la langue arabe en Israël

[Le Comité] est particulièrement inquiet, malgré l’explication donnée par la Délégation, au sujet de la dégradation du statut de la langue arabe de langue officielle à langue dotée d’un statut spécial avec l’adoption de la Loi Fondamentale – Israël l’État Nation du Peuple Juif. Il est par ailleurs inquiet devant le niveau très bas du financement de l’Institut Supérieur de la Langue Arabe qui est de 1.450.000 NIS en 2019, au regard de la population arabe qui représente 20 % de la population de l’État partie (art. 15).

Le Comité recommande que l’État partie prenne les mesures nécessaires pour promouvoir diverses cultures, y compris en éveillant l’intérêt sur les diverses cultures de la population arabe, les Bédouins, les travailleurs migrants et les demandeurs d’asile. Il recommande également que l’État partie restaure la langue arabe en tant que langue officielle et promeuve l’usage de la langue arabe, y compris en renforçant l’Institut Supérieur de la Langue Arabe, entre autres en augmentant les ressources financières qui lui sont allouées.

CONTEXTE :

L’ONU et la Loi d’Israël Etat-Nation du Peuple Juif

D’autres experts en droits de l’Homme à l’ONU se sont exprimés sur la Loi d’Israël Etat Nation des Juifs.

En novembre 2018, quatre Rapporteurs Spéciaux de l’ONU ont exprimé une « profonde inquiétude » craignant que la Loi Etat Nation des Juifs soit « discriminatoire, dans son essence et dans la pratique, envers les citoyens non-juifs et autres minorités et n’applique pas le principe de l’égalité entre les citoyens, qui est l’un des principes clés des régimes politiques démocratiques.

Début octobre 2019, le Comité de l’ONU sur l’Elimination de la Discrimination Raciale (CERD) a émis la liste des questions qu’il s’apprête à aborder dans son examen périodique de l’État d’Israël qui doit avoir lieu en décembre à Genève. La Loi Etat-Nation des Juifs se trouve dans cette liste après qu’Adalah ait soumis un rapport au Comité également sur cette question.

Action d’Adalah à l’ONU

Adalah et le Forum sur la Coexistence au Negev (NCF) ont déjà soumis deux rapports communs au Comité de l’ONU qui se consacre aux violations israéliennes, qui concernent avant tout les droits des citoyens bédouins d’Israël qui vivent dans le Naqab (Negev).

L’un des sujets, parmi beaucoup d’autres, soulevé dans ces rapports concernait la Loi Etat-Nation des Juifs et la façon dont elle instaure la ségrégation ethnique comme une nouvelle norme juridique sur toute la Terre d’Israël (Article 1). A l’intérieur de la Ligne Verte, le rapport a souligné que la loi va vraisemblablement être utilisée pour installer des villes exclusivement juives dans des zones où la concentration d’Arabes est la plus forte, dont le Naqab (Negev), étant donné que la loi fait du développement de la colonisation juive une « valeur nationale » qu’il faut encourager, promouvoir et consolider (Article 7).

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source: Adalah.org




Que dire à des enfants qui ont perdu des camarades de classe lors d’une frappe israélienne ? : Gaza sous le choc de la mort d’une famille

Jack Khoury – Haaretz – 17 novembre 2019

Une parente des enfants décédés a déclaré lors de sa visite à leur école où leurs camarades de classe leur rendaient hommage : « Pourquoi devraient-ils se soucier de ce que l’armée a admis les avoir frappés par erreur ? ».

« Que disons-nous à ces enfants ? Pourquoi trois de leurs camarades ont-ils été tués ? » implorait samedi une membre de la tribu al-Sawarkah de Gaza, qui a perdu une famille de huit personnes dans une frappe aérienne israélienne, mercredi soir.

La parente prenait ainsi la parole lors d’une visite à l’école de Dir al-Blah qu’avaient fréquentée les trois enfants qui étaient morts dans l’attaque.

Les photos de Muath Mohammed al-Sawarkah, 7 ans, de son frère Wasim, 13 ans, et de son cousin Muhannad, 12 ans, étaient exposées à l’école pour que leurs camarades puissent leur rendre hommage.

« Comment l’expliquez-vous à des enfants de cet âge ? » se demandait la parente de la famille, qui s’exprimait auprès des médias. « Pourquoi devraient-ils se soucier de ce que l’armée a admis les avoir frappés par erreur ? » ajoute-t-elle.

La parente se référait ainsi à la déclaration de l’armée israélienne selon laquelle celle-ci avait eu l’impression, avant l’attaque qui a eu lieu au terme d’une série de combats de deux jours entre Israël et le Jihad islamique basé à Gaza, que la maison était vide.

Les affirmations d’Israël soutenant qu’une erreur avait été commise n’aident en rien la famille à faire face à ce qui est arrivé, dit Hamdan al-Sawarkah, cousin de Rasmi, 45 ans, qui lui aussi a perdu deux enfants, Muath et Wasim, dans l’attaque. Hamdan dit que la famille vivait depuis une quinzaine d’années dans l’enceinte qui a été touchée, réfutant certaines affirmations israéliennes qui prétendent qu’elle n’aurait pu y aménager que récemment et que, par conséquent, les services de renseignements israéliens ne savaient pas qu’il y aurait des civils ici. « Ils vivaient de la manière la plus simple possible, trois frères avec leurs épouses et enfants, entassés dans une enceinte qui s’étend sur moins de 500 m² (un demi-dunam) » dit al-Sawarkah. « Jeudi, tôt le matin, des explosions puissantes ont secoué l’enceinte, quatre roquettes l’ont frappée et ont tout anéanti. C’était un spectacle accablant ».

Rasmi, un vétéran des services de sécurité de l’Autorité palestinienne, était marié à trois femmes. L’une d’elles, Yousra, 39 ans, a été tuée avec lui dans l’attaque israélienne, avec leurs deux fils Muhannad Salem, deux ans, et Firas, un an, selon le ministère de la Santé de Gaza. Maryam, 45 ans, était mariée au frère de Rasmi, Mohammed, elle aussi a été tuée dans l’attaque. Mohammed a été blessé et sa famille dit craindre pour sa vie.

Rasmi et Mohammed étaient des bergers qui s’occupaient de leur troupeau, dit Hamdan. Il ajoute qu’ils gagnaient leur vie avec le commerce de leurs moutons et de leurs chèvres, qu’ils s’en tiraient à peine, et qu’ils vivaient dans des conditions extrêmement difficiles.

La mère des deux frères, Salima, 70 ans, se souvient des moments qui ont suivi l’attaque, dans une conversation avec l’agence d’information turque Anadolu, à l’hôpital de Gaza. « Une de mes petites-filles s’est précipitée vers moi, en pleurant, frissonnant et en criant ‘appelle les secours » dit-elle. « Je suis allée et la scène était horrible. Je n’ai plus en moi la force de survivre, je ne sais pas comment je vais élever les enfants qui ont survécu ».

L’attaque israélienne a pris pour cible un bâtiment qui figurait dans une base de données des cibles obsolètes, et elle a été réalisée sans une inspection préalable sur une éventuelle présence de civils sur le site, ont confirmé des responsables de la Défense vendredi à Haaretz.

De plus, après l’attaque, le porte-parole de langue arabe de l’armée israélienne a prétendu que le bâtiment était un poste de commandement d’une unité de lancement de roquette du Jihad islamique dans le centre de la bande de Gaza. Mais cette affirmation s’appuiyait sur une information peu fiable, basée sur des rumeurs dans les médias sociaux, et qui n’a pas été vérifiée.

Contrairement aux déclarations faites aux médias, des sources de la Défense ont confirmé que le site était un complexe de cabanes – une cible qui n’aurait pas eu beaucoup d’importance si le Jihad islamique l’avait utilisée. De hauts responsables de la Défense ont déclaré à Haaretz que la cible avait été approuvée dans le passé selon le protocole, mais qu’elle n’avait pas été réexaminée depuis.

L’assassinat de la famille a été abondamment critiqué par les dirigeants et citoyens palestiniens, provoquant aussi une condamnation de l’envoyé des Nations-Unies, Nickolay Mladenov, qui a tweeté : « Il n’y a aucune justification à des attaques contre des civils à Gaza, ou ailleurs ! Quelle tragédie ! Mes sincères condoléances à la famille d’Al-Sawarkah et je souhaite un prompt rétablissement aux blessés. Je demande à Israël de procéder rapidement à son enquête ».

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine

Source : Haaretz




Israël tue 8 membres d’une même famille à Gaza

Farah, bébé palestinien d’à peine plus d’un mois, a été trouvée dans les bras de son frère mort après qu’Israël ait lancé des frappes aériennes sur Gaza le 14 novembre 2019.

14 novembre 2019

Des frappes aériennes israéliennes sur la Bande de Gaza ont tué huit membres d’une même famille, a annoncé le ministère de la Santé.

Des témoins ont dit que les soldats d’occupation israélienne ont ciblé la maison de la famille Al-Sawarka aujourd’hui à 1h15 du matin, heure locale, et l’ont détruite.

Une maison palestinienne a été détruite, tuant 8 membres d’une même famille, après qu’Israël ait lancé des frappes aériennes sur Gaza le 14 novembre 2019.

Le ministère de la Santé a donné le nom des personnes décédées : Rasmi Abu Malhous, 45 ans, Mariam Abu Malhous, 35 ans, Yosra Abu Malhous, 39 ans, Waseem Abu Malhous, 13 ans, Mohannad Abu Malhous, 12 ans, et Mu’az Abu Malhous, 7 ans.

Les corps de deux enfants, Salim et Firas Abu Malhous, ont été sortis des décombres ce matin, a-t-il ajouté. Douze autres membres de cette famille ont été blessés dans l’attaque, dont un bébé de 35 jours qu’on a trouvée blottie dans les bras de son frère mort à la suite de l’attaque.

Ceci porte à 34 le nombre de Palestiniens tués pendant les trois jours de bombardement de la Bande. Parmi les victimes, il y a huit enfants et trois femmes. Quelque 11 personnes ont été blessées, dont 46 enfants et 20 femmes. 

Les tués sont :

  1. Asma Mohammad Hassan Abul-Ata, 39
  2. Bahaa Saleem Hassan Abul-Ata, 42
  3. Mohammad Atiyah Maslah Hamouda, 20
  4. Ibrahim Ahmad Abdul Latifa Al-Dhabous, 26
  5. Zaki Adnan Mohammad Ghanameh, 25
  6. Abdallah Oudh Sakib Al-Bolbeesi, 26
  7. Abdul-Salam Ramadan Ahmad Ahmad, 28
  8. Rani Fayez Rajab Abu-Nasr, 35
  9. Jihad Ayman Ahmad Abu-Khatir, 22
  10. Wael Abdul-Aziz Abdullah Abdul-Nabi, 43
  11. Khalid Maudh Saalim Farraj, 38
  12. Ibrahim Ayman Fathi Abdul-Aal, 17
  13. Ismail Ayman Fathi Abdul-Aal, 16
  14. Ahmad Ayman Fathi Abdul-Aal, 23
  15. Rafat Mohammad Salman Ayyad, 54
  16. Islam Rafat Mohammad Ayyad, 24
  17. Ameer Rafat Mohammad Ayyad, 7
  18. Alaa Jaber Abd Shteiwi, 30
  19. Mahmoud Daham Mahmoud Hathat, 19
  20. Suhail Khidr Khalil Qaniteh, 23
  21. Yousef Rizeq Khalild Abu-Komeel, 35
  22. Mu’min Mohammad Salman Qadoum, 26
  23. Mohamed Abdulla Shurrab, 28
  24. Haitham Hafez Al-Bakri, 22
  25. Obada Hassan Al-Kordi, 28
  26. Mohammad Hassan Abu-Mu’amar, 25
  27. Rasmi Abu Malhous, 45
  28. Yosra Abu Malhous, 39
  29. Mariam Abu Malhous, 35
  30. Mohannad Abu Malhous, 12
  31. Mu’az Abu Malhous, 7
  32. Waseem Abu Malhous, 13
  33. Firas Abu Malhous
  34. Salim Abu Malhous

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source: Middle East Monitor