Des Sénateurs demandent une aide des États-Unis pour le coronavirus à Gaza

Par Ali Abunimah, 30 mars 2020

Un ouvrier palestinien asperge du désinfectant à titre de mesure préventive, par crainte de l’expansion du coronavirus, au camp de réfugiés Nahr al-Bared à Khan Younis dans le sud de la Bande de Gaza, le 29 mars. Ashraf Amra APA images

Le sénateur américain Bernie Sanders a souligné dimanche la menace catastrophique de la pandémie de COVID-19 dans la Bande de Gaza.

« Les Palestiniens de Gaza sont déjà confrontés à l’épreuve qu’est le blocus. Maintenant ils gèrent le coronavirus », a twitté le candidat démocrate à la présidentielle.

Son tweet incluait un lien à une déclaration de Gisha, un groupe israélien de défense des droits humains, qui répète qu’Israël est responsable de la santé des deux millions de personnes bloquées dans la Bande de Gaza.

Sanders est l’un des huit sénateurs qui ont signé une lettre au Secrétaire d’état Mike Pompeo la semaine dernière enjoignant au gouvernement Trump de rétablir l’aide humanitaire américaine aux Palestiniens.

Elle a été initiée par les sénateurs Elizabeth Warren du Massachusetts et Chris Van Hollen du Maryland.

La lettre note que le budget des États-Unis pour 2020 inclut 75 millions de dollars d’aide humanitaire aux Palestiniens.

Mais malgré cette dotation, le gouvernement de Trump « n’a pas reconsidéré sa politique de cesser toute assistance bilatérale aux Palestiniens », ni sa décision de couper toutes les subventions américaines à l’UNRWA (l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), l’agence des Nations unies qui fournit des services de base en santé et en éducation à des millions de réfugiés palestiniens, a noté le bureau de Warren.

« Étant donné l’expansion du coronavirus en Cisjordanie et à Gaza, la vulnérabilité extrême du système de santé de Gaza et la poursuite de la retenue de l’aide américaine au peuple palestinien, nous nous inquiétons de ce que le gouvernement échoue à prendre toutes les mesures raisonnables pour aider à lutter pour cette urgence sanitaire publique dans les territoires palestiniens », indiquent les sénateurs.

Les législateurs demandent que Pompeo explique avant le 3 avril ce que le gouvernement fait « pour aider à fournir au peuple palestinien un accès à des soins adéquats, des équipements médicaux et des personnels et d’autres ressources pour combattre la menace d’un crise sanitaire majeure de coronavirus ».

Beaucoup d’organisations palestiniennes et internationales et des experts de la santé ont mis en garde contre une catastrophe imminente si la pandémie atteint la population de Gaza, où le système de santé, l’eau et l’assainissement et l’économie ont été sévèrement dégradés par trois attaques militaires israéliennes majeures et un siège rigoureux au cours des dernières années.

Lundi, 115 cas de coronavirus avaient été confirmés en Cisjordanie occupée et dans la Bande de Gaza.

Dans ces cas, neuf sont à Gaza parmi les personnes en quarantaine.

Dimanche, le ministre de la santé dans les territoires a confirmé qu’il n’y avait pas eu de nouveaux cas détectés et qu’il n’y avait de preuve d’une propagation au sein de la communauté.

Ali Abunimah, cofondateur de The Electronic Intifada, est l’auteur de The Battle for Justice in Palestine, paru chez Haymarket Books. Il a aussi écrit : One Country: A Bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse. Les opinions exprimées sont les siennes seules.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




Le PCHR condamne le traitement discriminatoire des autorités israéliennes envers les travailleurs palestiniens soupçonnés de coronavirus

Par PCHR, 28 mars 2020

Photo d’archives du compte Facebook du PCHR

Le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR, Palestinian Centre for Human Rights) condamne avec force le traitement discriminatoire et immoral infligé aux travailleurs palestiniens en Israël par les autorités israéliennes de l’occupation, qui abandonnent les travailleurs soupçonnés de présenter des symptômes de coronavirus en Cisjordanie, à des checkpoints et dans la zone tampon du mur d’annexion qui sépare Israël de la Cisjordanie, sans leur apporter d’aide médicale ni effectuer d’examens appropriés et sans établir de coordination avec les autorités palestiniennes concernées afin que celles-ci puissent veiller sur ces personnes conformément au protocole médical mis en place par l’Autorité palestinienne pour combattre la propagation du COVID-19 en Cisjordanie.

Selon les observations du PCHR, depuis les premières heures de la journée du 24 mars 2020, les autorités israéliennes se sont débarrassées de milliers de Palestiniens qui travaillent en Israël à proximité de villes de Cisjordanie, devant des checkpoints et dans la zone tampon du mur d’annexion. Voici les lieux où ces travailleurs ont été laissés : checkpoint de Hizma, au nord-est de Jérusalem-Est occupée ; checkpoint (300), au sud-est de Jérusalem-Est occupée ; checkpoint de Tarqumiyia, au nord-ouest d’Hébron ; point de passage de Metar, au sud d’Hébron; checkpoint de Beit Sira, à Ramallah ; checkpoint d’Araiel, au nord de Salfit ; checkpoint de Hawarah, au sud-est de Naplouse ; checkpoint de Jabara, au sud de Tulkarem ; checkpoint de Barta’a, au sud-ouest de Jénine ; et checkpoint d’al-Jamla, au nord de Jénine.

Plusieurs travailleurs ont communiqué leur témoignage au PCHR et indiqué s’être rendus sur leur lieu de travail après que leurs employeurs leur ont promis de leur assurer un hébergement pendant 2 mois, un cadre de travail sécurisé, et de ne pas les faire renvoyer en Cisjordanie en raison des restrictions de circulation imposées par l’état d’urgence. Ils ont ajouté qu’à leur arrivée sur leur lieu de travail, ils ont été placés dans des conditions d’hébergement peu satisfaisantes et insalubres tandis que l’épidémie de coronavirus commençait en Israël et dans des zones où l’on signalait un nombre important de cas de COVID-19. Certains travailleurs ayant manifesté des signes de maladie et des symptômes de coronavirus, les employeurs israéliens en ont informé les autorités israéliennes, qui ont renvoyé ces travailleurs en Cisjordanie.

Ibrahim Melhem, porte-parole du gouvernement palestinien, a annoncé le 26 mars 2020 que 16 personnes du village de Bidou, au nord-ouest de Jérusalem, ont fait un test positif au COVID-19, y compris une femme âgée, qui est morte. Il a confirmé que le virus s’était propagé dans le village à partir de travailleurs contaminés revenus d’Israël, notamment le fils (37 ans) de la femme décédée, ainsi que le beau-frère de cette femme (57 ans). À Bethléem, on a diagnostiqué le COVID-19 chez une femme âgée et l’on suppose que le virus provenait de son fils, qui travaille dans la colonie d’“Efrat”. Melhem affirme que la Palestine est entrée dans la période qui précède la phase dangereuse pour ce qui est de la propagation du coronavirus, et il demande fermement aux travailleurs de faire montre d’une grande prudence, en ces termes : “Dans votre propre intérêt, prenez des mesures de précaution extrêmes. Notre vulnérabilité se situe chez les travailleurs, et nous pouvons couper la route à ce virus en nous confinant chez nous.

Vendredi 27 mars 2020, 5 nouveaux cas de coronavirus ont été recensés, dont 2 au village d’Artas, au sud de Bethléem, ce qui fait passer le nombre total de cas confirmés en Palestine à 91, dont 17 guérisons et 1 mort.

À la lumière de ces faits, le PCHR:

  • Demande instamment à la communauté internationale de forcer les autorités israéliennes de l’occupation à accorder un traitement médical et humanitaire approprié aux travailleurs contaminés et à ceux qui sont soupçonnés de présenter des symptômes de coronavirus, et à respecter leur droit de recevoir un traitement médical.

  • Demande instamment à l’Autorité palestinienne d’appliquer toutes les mesures nécessaires pour protéger les travailleurs qui reviennent, notamment un bilan médical accéléré, et de les placer en quarantaine médicale pour protéger leur vie et celles de leurs proches et dans l’intérêt de la sécurité publique ;

  • Exhorte les travailleurs revenus d’Israël à prendre le maximum de mesures de prudence et à suivre les lignes directrices formulées par le ministère de la Santé, ce qui implique de subir sans délai les examens médicaux nécessaires dès leur retour dans leur ville de Cisjordanie, à éviter les contacts avec d’autres personnes dans l’attente des résultats des examens et à s’engager au confinement pendant la durée définie par le ministère de la Santé.

Traduction : SM pour l’Agence Média Palestine

Source : PCHR




Le coronavirus est un rappel pressant que le siège de Gaza est une sentence de mort

Par Mary Turfah, 26 mars 2020

Un Palestinien parle avec sa mère en quarantaine dans un service du gouvernement situé dans l’école algérienne Mahfouz al-Nahnah dans la ville de Gaza, 26mars 2020.
(Photo: Mahmoud Ajjour/APA Images) 

Hier, ce que je redoutais est arrivé. Sept nouveaux cas de coronavirus ont été annoncés tard dans la nuit dernière, portant le total à neuf dans la bande de Gaza, ce qui montre que le virus s’étend. Les deux premiers cas de COVID-19 ont été confirmés le 22 mars. Deux hommes ont été diagnostiqués alors qu’ils étaient en quarantaine à leur retour du Pakistan via la frontière avec l’Égypte et leur état est stable. Les détails sur les nouveaux cas sont maigres, bien que le ministère palestinien de la santé ait annoncé que ce sont tous des agents de sécurité qui s’étaient trouvés dans le même service de quarantaine et n’ont pas été exposés au public.

Bien que le virus semble être relativement contenu pour le moment, la diffusion augmente le spectre de ce que beaucoup d’entre nous savent depuis longtemps : piéger des millions de gens dans des quartiers fermés à Gaza est une sentence de mort.

C’était ce que j’avais à l’esprit quand j’ai lu une tribune publiée plus tôt ce mois-ci par le Centre des Affaires Publiques et de l’État de Jérusalem dont le titre posait la question : « Le coronavirus (COVID-19) va-t-il calmer la bande de Gaza ? Même si l’article montrait clairement que le mot « calmait » renvoyait aux tirs croisés à la frontière entre Gaza et Israël, il m’a choquée. Des euphémismes sont utilisés depuis longtemps pour décrire des actes de haine à Gaza. Leur remplacement récent par un langage froid et clinique l’est tout autant.

Le rapport des Nations Unies le plus récent, qui date du 24 mars, établit que 1 400 personnes rentrées récemment à Gaza depuis Rafah ou Erez, les passages de frontières respectivement vers l’Égypte et Israël, sont placés en quarantaine dans des services de santé et dans des espaces improvisés comme des hôtels et des écoles, pendant que plus de 2 millions de Gazaouis sont confinés chez eux.

Pour limiter la diffusion du virus dans la bande de Gaza, les autorités ont interdit les événements publics et appelé les citoyens à rester chez eux. L’appel à la prière, l’athan, qu’on entend dans tout le territoire a été modifié par la formule : « priez chez vous ».

Si le COVID-19 s’enflamme à Gaza, le système de santé pourrait être rapidement dépassé. Gerald Rockenschaub, le chef du bureau de l’OMS de Palestine a dit à l’AFP que Gaza n’a que 60 lits de traitement intensif. Abdel Nasser Soboh, le chef du bureau de Gaza de l’OMS a dit à Associated Press que les services de santé ont 62 ventilateurs à oxygène dont 15 sont déjà utilisés par des patients souffrant d’autres problèmes. S’ajoutant au siège, qui ralentit l’importation de fournitures médicales, même si elles sont supposées entrer sans restriction, des restrictions paralysantes d’énergie et les destructions causées par les campagnes de bombardement ont toutes endommagé les infrastructures de santé de Gaza. L’émigration de professionnels de santé face à toutes les manifestations d’instabilité, amplifie gravement le sous- équipement et le manque de personnel face à cette crise sanitaire, ou à toute autre.

Dimanche, Soboh a dit à la Media Line que « le système de santé de la bande de Gaza peut traiter 100 cas sans considérer cela comme un lourd fardeau, mais si le nombre augmente, Gaza sera dans l’incapacité de contrôler la situation. Il y aura alors un besoin urgent d’intervention internationale et mondiale pour fournir les ressource spéciales permettant de faire face à l’épidémie ».

Des travailleurs palestiniens cousent des masques protecteurs et des tenues médicales à l’usine UniPal 2000 dans la zone industrielle de Karni, dans la ville de Gaza, le 25 mars 2020. La production de masques en usine a récemment augmenté dans le cadre des problèmes liés à la diffusion du nouveau coronavirus. (Photo: Ashraf Amra/APA Images)

Pendant le weekend, l’OMS a livré des équipements de protection pour les travailleurs de la santé et du matériel de test en laboratoire pour soutenir les efforts de Gaza en réponse à l’épidémie. De plus, elle fournit un appui technique pour l’installation d’un hôpital de campagne au point de passage de Rafah qui comportera une unité de traitement de 38 lits, ainsi qu’un appui à la mise en place d’un checkpoint médical à la frontière avec Israël.

L’OMS admet cependant que « il faut prendre en considération de substantiels déficits de capacité, par la fourniture de matériel et d’équipements médicaux essentiels (notamment des kits de tests en laboratoire).

Pour remplir son rôle d’occupant afin de prendre soin des masses qu’il assiège, Israël a fourni la semaine dernière 200 kits de test à Gaza et mardi, Gaza avait réalisé 118 tests.

Gaza n’a cessé d’être décrite comme la plus grande prison à l’air libre au monde par des défenseurs des droits humains. Aux États Unis, nous commençons à voir un changement dans les débats sur comment atténuer la diffusion de la maladie parmi ceux qui sont incarcérés. En réponse à l’irruption de précédentes maladies comme la grippe, les prisons aux USA se sont mises à suspendre les visites et à resserrer les restrictions de sécurité, au motif d’empêcher la maladie d’entrer ou de sortir. Mais lundi, grâce à une pression sans faille des partisans de l’abolition des peines de prison et d’autres défenseurs en justice pénale, les prisons du New Jersey ont libéré 1 000 prisonniers en réponse au coronavirus, instaurant un précédent à suivre par d’autres. Les États de New York, de Californie, du Texas, de l’Illinois, de l’Ohio et de Pennsylvanie ont aussi commencé à libérer des personnes incarcérées.

Mais Gaza n’a pas reçu de visiteurs depuis longtemps. Elle est en état de siège – lisez : punition collective – depuis 2007.

Gaza est aussi un des lieux le plus densément peuplés de la terre. Les Gazaouis, en l’absence de cette pandémie mondiale, se voyaient régulièrement refuser des permis de quitter le territoire même pour des chimiothérapies. Les murs sous haute surveillance de Gaza détiennent des prisonniers condamnés à vie pour terrorisme, ce qui et une réalité héréditaire pour les Gazaouis, du point de vue israélien. Alors, tandis que des professionnels de la santé dans le monde entier appellent à une distanciation sociale – ce qui peut être mieux désigné par physique – afin de diminuer la diffusion du coronavirus dans la population, les habitants de Gaza assiégés n’ont nulle part où ils aient le droit d’aller. L’incarcération est un facteur de risque important pour développer des maladies infectieuses comme le COVID-19.

Mary Turfah est née et a été élevée à Dearborn, dans le Michigan, dans une famille palestino-libanaise. Elle est diplômée de l’université de Yale et poursuit actuellement des études de médecine à l’Université du Michigan ainsi qu’un master en études sur le Moyen Orient, l’Asie du Sud et l’Afrique à l’Université Columbia.

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : Mondoweiss




Témoignage de Palestine sur le COVID-19, le confinement et l’entraide

19 mars 2020, IJV (Voix Juives Indépendantes) Canada

Dans les quelques prochains jours, IJV enverra une série de témoignages de la part de Palestiniens et de militants de la solidarité avec la Palestine qui évoquent la vie sous la pandémie du COVID-19. Alors que le monde est aux prises avec cette éruption, et alors que nous organisons l’entraide et la solidarité dans de nombreuses villes, nous devons garder la Palestine à l’esprit et dans nos coeurs.

Nous pouvons nous inspirer et tirer des leçons importantes d’expériences tirées de la vie des Palestiniens sous couvre-feu militaire, siège et restrictions de déplacement. Loin de tracer une équation entre confinement et occupation, nous espérons apprendre des stratégies utilisées depuis des décennies par les Palestiniens et entendre leur conseil au monde en ces temps difficiles.

Maintenant plus que jamais, la Palestine doit être libre. Le siège brutal de Gaza et l’occupation incessante de la Cisjordanie sont des poudrières pour le Coronavirus. L’aide médicale doit arriver, les gens doivent avoir accès au dépistage et Israël doit mettre fin à ses restrictions quotidiennes sur la vie des Palestiniens.

Nous démarrons nos dépêches avec Ashraf Ashkar. Ashraf est originaire de Seida, petit village palestinien de la région de Tulkarem en Cisjordanie. Depuis 3ans, il vit à St-Paul, Minnesota. Il travaille actuellement pour la YMCA de St-Paul à des programmes pour les jeunes défavorisés de la ville.

Seida, en rouge sur la carte

« J’ai un fils de 9 ans maintenant et nous avons eu des conversations sur la Palestine et le Coronavirus, surtout depuis que son école a fermé hier pou les deux prochaines semaines. Nous avons discuté à propos de quoi faire à la maison. »

« Hier, je lui parlais de la façon dont les impacts du Coronavirus sur le fait de ne pas pouvoir aller au travail ou à l’école me rappelait l’époque où, enfant, je vivais chez moi en Palestine. Il nous arrivait de ne pas aller à l’école à cause d’un couvre-feu ou d’une invasion militaire. Et quand j’étais enfant, j’aimais vraiment ça – ne pas aller à l’école, bien que ce soit dû à une invasion de l’armée. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que c’était quelque chose de terrible. Alors mon fils m’a dit qu’il était très excité à l’idée de ne pas aller à l’école, mais que c’était par ailleurs embêtant qu’il y ait ce virus et que les gens en soient atteints. C’était intéressant de comparer mes expériences d’enfant en Palestine avec l’expérience de mon fils avec le Coronavirus. »

J’ai demandé à Ashraf s’il pouvait calculer combien de temps dans sa vie il s’était retrouvé sous couvre-feu militaire israélien. Il a dit qu’il ne pouvait pas.

Dans le cas de Naplouse, en 2002, ça a duré 3 mois.

« Ce matin, je faisais partie d’un tournage sur une station de la télé palestinienne, et ils parlaient du virus, recevant des appels d’enfants et leur parlant de ce qu’ils pouvaient faire chez eux – des jeux pour lire et apprendre de nouveaux mots, etc. Et l’animatrice de l’émission a dit une chose qui a réellement retenu mon attention : elle a dit qu’en Palestine, nous devons affronter tant de défis, et le plus grand défi, c’est l’occupation. Le virus n’est qu’un petit problème, et nous pouvons le surmonter parce que nous sommes résilients aux atrocités et aux changements de vie. Nous pouvons y arriver. »

Ahraf et moi nous sommes rencontrés pour la première fois pendant l’hiver 2005 à l’occasion d’un couvre-feu militaire. Je m’étais engagé là dans un travail d’accompagnement avec le Mouvement de Solidarité Internationale (ISM). Je lui ai demandé comment les Palestiniens s’en sortaient à ce moment là.

« Ce couvre-feu à Seida a duré plusieurs jours. J’étais alors au collège, en dehors du village. Je suis allé chez moi voir ma famille, bien que sachant qu’il y avait un couvre-feu. Je ne me souviens plus pourquoi, mais je voulais simplement vraiment aller chez moi. Et il y avait un checkpoint militaire à l’entrée de mon village. Ils nous ont arrêtés et j’ai dû parler à un soldat et lui expliquer que j’étais de ce village et que par conséquent, ils devraient me laisser entrer. Mais ils ont refusé. J’ai donc dû m’infiltrer en douce. »

« Je suis arrivé jusqu’à la maison de mes parents et j’ai commencé à travailler avec le maire à un plan de distribution de nourriture. Nous subissions une grave pénurie alimentaire parce que nos provisions arrivaient à épuisement. C’est un petit village avec seulement quelques boutiques qui ne peuvent pas fournir toute l’alimentation nécessaire à un village entier, même pour quelques jours. »

Des résidents de Seida se retrouvent devant la mairie pendant un répit temporaire du couvre-feu pour organiser la distribution de nourriture. Photo Aaron Lakoff

« Le maire voulait vraiment aider les familles qui ne pouvaient sortir de chez elles à cause du couvre-feu. Alors, ce que j’ai fait, ce fut d’organiser la coordination avec les boutiques, leur disant quelles familles avaient besoin de pain, de lait, ou d’autres aliments. Alors, les boutiques préparaient les commandes et je leur disais quand je passerais. Et alors, je sortais pour récupérer la nourriture, mais je devais passer par des ruelles, ou sauter de toit en toit pour arriver jusqu’aux familles. »

A cette époque aussi, le village fonctionnait avec des générateurs électriques. Il y avait un site principal de production pour alimenter tout Seida, et il fallait en assurer la maintenance. Une personne était en charge de son bon fonctionnement, et le courant a été coupé pendant au moins une nuit. Cet électricien était chez lui, et il était terrifié à l’idée de sortir parce qu’il y avait une tour de guet à côté de chez lui et les soldats occupaient la maison de son voisin. Alors je suis allé chez lui, j’ai pris la clef, j’ai ouvert le générateur électrique et l’ai redémarré. »

Un commerçant et sa famille dans leur boutique rideau baissé préparant les commandes pour les familles. Photo : Aaron Lakoff

« Je pense réellement que le virus n’est qu’un tout petit défi comparé aux défis que nous avons affrontés en Palestine. Ce que nous avons vécu en Palestine, depuis les arrestations et les assassinats, jusqu’au vol de la terre et au contrôle de notre vie en général – tout est complètement et entièrement contrôlé par l’armée israélienne et le droit militaire. Ces défis sont bien plus grands, et ils nous ont beaucoup appris. »

« Même aujourd’hui avec le Coronavirus, je n’ai pas peur. Que pourrait-il arriver ? J’ai vu le pire. Ce n’est qu’un virus. Prenez les mesures essentielles, faites encore plus attention, et tout ira bien. Vous n’avez pas besoin de vous affoler. Si vous paniquez, ce pourrait être pire. »

Prenez une profonde respiration, réfléchissez rationnellement. Pensez intelligemment à ce que vous pouvez faire pour prendre soin de vous, et pensez aussi aux autres : les personnes âgées, les parents isolés, les familles qui ne peuvent travailler depuis chez elles.

Ashraf Ashkar

J’ai demandé à Ashraf ce qu’il conseillait aux gens qui font face actuellement à différents niveaux de confinement ou de quarantaine. Voici sa réponse :

« C’est tout à fait simple : Prenez une profonde respiration, réfléchissez rationnellement. Pensez intelligemment à ce que vous pouvez faire pour prendre soin de vous, et pensez aussi aux autres : les personnes âgées, les parents isolés, les familles qui ne peuvent travailler depuis chez elles. N’achetez que ce qui vous êtes strictement nécessaire. Faites attention à ce que vous faites et n’oubliez pas que cela nous affecte tous, pas juste une personne. Essayez de ne pas paniquer. Ce n’est qu’un virus. Nous nous en sortirons. »

Par Aaron Lakoff, responsable communication et média pour IJV

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : IJV Canada




« Dès qu’un travailleur est malade, ils le jettent à un checkpoint comme un chien »

Les travailleurs palestiniens soupçonnés d’avoir le coronavirus sont jetés à un checkpoint en Cisjordanie sans égard pour leur santé ou leur sécurité.

Par Suha Arraf, 24 mars 2020

Des travailleurs palestiniens de la ville de Hébron en Cisjordanie transportent des affaires personnelles alors qu’ils s’apprêtent à passer le checkpoint de Tarqumiya vers Israël, le 18 mars 2020.
Photo de Wisam Hashlamoun/Flash90

Qu’arrive-t-il aux Palestiniens qui travaillent en Israël et qui sont soupçonnés d’avoir contracté le nouveau coronavirus ? Sur la base de deux histoires récentes, il apparaît que les autorités israéliennes jettent tout simplement les travailleurs palestiniens malades à un checkpoint en Cisjordanie occupée sans aucun souci pour leur santé et leur sécurité.

Un média social palestinien s’est enflammé lundi après l’apparition d’une vidéo sur un travailleur palestinien, Malek Jayousi, gisant sur le bord de la route près du checkpoint de Beit Sira/Macabbim. Jayousi 27 ans, du village voisin de Sura, avait été laissé là par la police israélienne après l’avoir accusé d’avoir le coronavirus.

Ibrahim Abu Saffiyeh, journaliste local engagé volontaire dans le comité d’urgence de son village – constitué pour aider les Palestiniens au checkpoint de Beit Sira – était sur place quand la police est arrivée avec Jayousi vers midi. « Deux policiers étaient assis sur le siège avant. La voiture s’est arrêtée et l’homme [Jayousi] est sorti pouvant à peine marcher jusqu’au checkpoint. Les policiers sont sortis du véhicule, se sont désinfectés, ont désinfecté le siège arrière, sont rentrés dans la voiture et sont partis », a raconté Abu Saffiyeh.

Jayousi a expliqué à Abu Saffiyeh que les policiers israéliens étaient venus sur le chantier de construction sur lequel il travaille à Tel Aviv, lui ont dit qu’il avait le coronavirus, et l’ont emmené.

« Il avait l’air très effrayé », a dit Abu Saffiyeh. « Nous avons mis un carton sur le sol. Nous ne pouvions pas nous approcher de lui parce que nous n’avons pas d’équipement de protection, nous utilisons des masques très simples. Nous lui avons donné de l’eau et de la nourriture, mais il nous a dit qu’il ne pouvait ni manger ni boire. Il restait assis apeuré et tremblant. Nous avons immédiatement appelé le Croissant Rouge à Ramallah. Il leur a fallu environ trois heures pour arriver. »

Hospitalisé à l’Hôpital All-Watani de Naplouse, il est apparu qu’il n’avait pas le coronavirus. Son cousin, Samih Jayousi, a dit que des membres de la famille avaient récemment attrapé la grippe, même si Malek était encore à l’hôpital pour des tests additionnels.

Mardi matin, dans une conférence de presse, le Porte-parole de l’Autorité Palestinienne, Ibrahim Malham, a confirmé que le test au coronavirus de Jayousi était revenu négatif, et il a condamné le « comportement raciste du gouvernement, de l’armée et des employeurs israéliens qui jettent leurs travailleurs dans la rue ». Malham a dit aux travailleurs palestiniens de s’abstenir d’aller sur leurs lieux de travail en Israël où ils sont soumis au racisme.

REGARDEZ : Vidéo de Malek Jayousi qui est évacué du checkpoint de Beit Sira.

La police israélienne a émis la réponse suivante à l’incident : « Hier soir, la police israélienne a reçu un rapport de l’hôpital Ichilov sur un suspect qui résidait illégalement en Israël et était arrivé à l’hôpital pour un examen. Après avoir été examiné et libéré par l’équipe médicale, la police est arrivée sur place et, après avoir pris les précautions nécessaires, l’a conduit au checkpoint de Maccabim puisqu’il était entré illégalement en Israël. Le suspect n’est pas atteint du coronavirus et a été laissé au checkpoint de façon digne après qu’on ait mis fin à la violation de la loi, comme requis. Même dans cette situation d’urgence nationale, la Police Israélienne continuera à faire appliquer la loi, y compris en empêchant toute résidence illégale en Israël. »

Jayousi n’est pas le premier travailleur palestinien à être jeté au checkpoint de Beit Sira sur soupçon d’infection au coronavirus, dit Abu Saffiyeh.

Dimanche vers 14 H., Abu Saffiyeh a vu au checkpoint un homme sortir d’un taxi, qui « nous a dit qu’il avait besoin d’aide et qu’il avait peut-être le coronavirus ». Les membres du comité ont mis un carton par terre et ont donné de l’eau à cet homme, mais ne se sont pas approchés de lui.

Le jeune homme a dit qu’il avait 32 ans, qu’il vivait dans le camp de réfugiés de Jalazoun près de Ramallah et qu’il travaillait sur un chantier de construction en Israël. Il a eu de la fièvre pendant qu’il travaillait et a demandé à son employeur d’appeler une ambulance. Le travailleur a dit que son employeur avait refusé et qu’il avait alors lui même appelé une ambulance, mais les infirmiers ont refusé de l’emmener dans un hôpital israélien. « Son employeur lui a dit de rentrer chez lui en taxi, et c’est ce qu’il a fait », a dit Abu Saffiyeh.

Les volontaires de Beit Sira ont appelé le Croissant Rouge qui – comme pour Jayousi – ont mis trois heures pour arriver au checkpoint. « Je n’ai aucune idée de ce qu’il est devenu », a ajouté Abu Saffiyeh. « Dès que vous tombez malade, ils vous jettent au checkpoint comme un chien. »

D’après les estimations de Kav LaOved, ONG israélienne qui travaille à la protection des droits des travailleurs défavorisés, il y a approximativement 60.000 travailleurs palestiniens en Israël. Ils sont principalement employés dans la construction, la récolte des fruits et légumes, et l’élevage de poules pondeuses.

Jusqu’ici, les employeurs israéliens ne leur ont pas fourni de logement ou de mesures de protection contre la pandémie de coronavirus, laissant beaucoup de travailleurs dormir sur les chantiers de construction et dans les serres.

Au début de l’émergence du coronavirus, le ministre de la Défense, Naftali Bennett a annoncé qu’il conditionnait la poursuite de l’emploi des travailleurs palestiniens à une obligation de rester en Israël pour au moins deux mois, sans possibilité de rendre visite à leur famille en Cisjordanie.

Kav LaOved, conjointement avec l’Association pour les Droits Civiques en Israël et Médecins pour les Droits de l’Homme-Israël, a pris contact avec Bennett et d’autres ministres, réclamant qu’ils fournissent aux travailleurs palestiniens des logements convenables, qu’ils interdisent aux employeurs de les loger sur leur lieu de travail, et qu’ils leur accordent une assurance maladie.

Cet article a d’abord été publié en hébreu sur Local Call.

Suha Arraf est directrice, scénariste et productrice. Elle écrit sur la société arabe, la culture palestinienne et le féminisme.

Traduction : J.Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine




Les Palestiniens se retrouvent face à deux ennemis : l’occupation, et la pandémie

Par Tamara Nassar, 26 mars 2020

Des enfants palestiniens portent des masques protecteurs à Gaza, le 22 mars. Il y a neuf cas confirmés de personnes atteintes du coronavirus dans le territoire, tous en quarantaine. (Mohammed Zaanoun ActivesStills)

En dépit de la pandémie mondiale, rien n’a changé concernant l’occupation militaire israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Le nombre de cas confirmés de COVID-19, cette maladie respiratoire provoquée par le coronavirus naissant, est passé à près de 2700 en Israël, à environ 80 en Cisjordanie occupée et à 9 dans la bande de Gaza occupée.

Jusqu’à présent, la maladie a coûté la vie à 8 Israéliens, et à une Palestinienne en Cisjordanie occupée.

Pendant que le coronavirus frappe toujours plus de monde, les Palestiniens font face à un plus vieil ennemi : l’occupation militaire israélienne.

Assiégée et densément peuplée, la bande de Gaza est particulièrement menacée par une épidémie généralisée.

« Israël ne pourra pas échapper à ses responsabilités si ce scénario cauchemardesque se transforme en une réalité qu’il aura créée et qu’il n’aura pas tenté d’empêcher », a prévenu cette semaine le groupe B’Tselem, groupe israélien de défense des droits de l’homme.

L’éloignement physique, le fait de rester chez soi et le maintien de l’hygiène sont des précautions que les Palestiniens ont du mal à prendre alors qu’Israël continue de démolir leurs structures, de mener ses raids nocturnes, d’arrêter arbitrairement des enfants et de harceler systématiquement des civils.

Une saisie de structures destinées à une clinique de campagne

En début de journée ce jeudi, les forces israéliennes ont démoli et saisi des structures destinées à une clinique de campagne et à des logements d’urgence à Ibziq, un village dans le nord de la vallées du Jourdain, en Cisjordanie occupée.

Cela s’est fait sous la supervision de de l’Administration civile, le bras bureaucratique de l’occupation militaire d’Israël.

Les forces israéliennes ont confisqué des tentes, un générateur et des matériaux de construction.

« Arrêter une initiative de secours d’une communauté pendant une crise sanitaire est un exemple particulièrement cruel des abus systématiques qui sont infligés à ces communautés » a déclaré le groupe israélien B’Tselem.

Selon le chef du conseil du village, Abdul Majid Khdeirat, cela a été fait sous le prétexte que la construction se situait dans une zone militaire fermée.

Or, Israël a l’habitude de déclarer que les terres en Cisjordanie occupée sont des zones de tirs ou des zones militaires, et par la suite, il s’en empare pour y implanter des colonies de peuplement israéliennes illégales.

Les forces israéliennes ont également démoli les maisons de trois familles palestiniennes dans le village d’al-Duyuk, près de Jéricho.

Un bulldozer de l’armée israélienne a détruit les maisons de Muayad Abu Obaida, de Thaer al-Sharif et de Yasir Alayan, au motif qu’elles avaient été construites sans permis, un permis qu’Israël n’accorde presque jamais aux Palestiniens. Ce qui ne leur laisse pas d’autres choix que de construire leurs maisons sans l’autorisation de l’occupant.

Ces trois agriculteurs sont des habitants de Jérusalem.

Des photos et des vidéos de la démolition ont circulé sur les médias locaux :

Isoler des dizaines de milliers de Palestiniens

En attendant, Israël envisage de boucler plusieurs quartiers de Jérusalem-Est occupée, isolant ainsi des dizaines de milliers de Palestiniens du reste de leur ville.

Près de 70 % des 100 000 Palestiniens du camp de réfugiés de Shuafat ont une carte de résidence israélienne qui leur permet d’entrer à Jérusalem.

« En cas de fermeture, ces habitants seront déconnectés de leur ville sur laquelle ils comptent pour tous les services de base, et cela conduira probablement à une panique et à des troubles généralisés » prévient Ir Amim, un groupe israélien qui milite pour l’égalité à Jérusalem.

« Une telle mesure serait un pas de plus dans la réalisation de projets de longue date d’Israël qui visent à redessiner les frontières municipales de Jérusalem afin de déconnecter officiellement ces quartiers de Jérusalem ».

Israël utiliserait le coronavirus comme prétexte pour couper ces quartiers du reste de Jérusalem, alors que le nombre de cas confirmés est très nettement inférieur dans ces quartiers comparé à Israël.

« Les personnes les plus vulnérables dans le monde »

Les groupes de défense des droits de l’homme mettent en garde contre une catastrophe massive imminente si l’épidémie de COVID-19 se généralise dans la bande de Gaza.

Souvent considérée comme la plus grande prison à ciel ouvert au monde, l’enclave côtière est soumise à un siège israélien très rigoureux depuis 2007. Israël contrôle l’espace aérien et maritime de la bande de Gaza, et avec l’Égypte, il en contrôle les frontières terrestres.

Gaza subit encore les conséquences des trois grandes offensives militaires israéliennes depuis 2008.

« Les Gazaouis sont, dans le monde, parmi les personnes les plus vulnérables à la pandémie mondiale du COVID-19 » a déclaré le groupe Al-Haq, groupe palestinien de défense des droits de l’homme.

Les crises de l’eau et de l’assainissement provoquées par le blocus prolongé de la bande de Gaza par Israël minent « la capacité des Palestiniens à prévenir et atténuer de façon adéquate l’impact de l’épidémie du COVID-19 » ajoute le groupe.

Moins de 4 % de l’eau du territoire sont propres à la consommation humaine.

Des systèmes de santé modernes dans des pays comme l’Italie et l’Espagne s’effondrent sous la pression de la pandémie.

Une éruption du coronavirus naissant dans la bande de Gaza, où l’infrastructure sanitaire est déjà au bord de l’effondrement, la jetterait dans une catastrophe humanitaire – entièrement créée par Israël » ajoute B’Tselem.

Habituellement, Israël retarde ou refuse pour de nombreux Palestiniens l’autorisation d’aller recevoir un traitement à l’extérieur de Gaza, n’accordant cette permission qu’à une partie de ceux qui ont besoin de soins médicaux.

« Dorénavant, même cette possibilité minime n’existera pas » dit B’Tselem.

Le docteur Mona El-Farra, présidente pour la santé au Croissant-Rouge de Palestine à Gaza, a déclaré à The Electronic Intifada qu’il y avait une pénurie de lits, d’équipements protecteurs et de kits de dépistage.

« Nous n’avons pas assez de kits, nous n’avons jusqu’à présent qu’environ 200 kits pour le diagnostic. Actuellement, nous avons 2500 personnes en quarantaine. Toutes doivent être testées ».

Le Qatar s’est engagé à verser 150 millions de dollars au cours des six prochains mois pour aider les Nations-Unies dans leur lutte contre le coronavirus à Gaza.

Si cette aide pourrait aider à court terme, elle n’en dégage pas moins Israël de sa responsabilité en tant que puissante occupante.

Aucun accès aux services d’urgence

Le groupe Adalah, qui défend les droits des Palestiniens en Israël, affirme que les Bédouins palestiniens dans la région du Naqab, dans le sud, n’ont aucun accès aux services médicaux d’urgence.

Le ministère de la Santé israélien interdit à quiconque a de la fièvre et des symptômes respiratoires de quitter son domicile. Si l’état de santé se détériore, le MDA, le service d’urgence national d’Israël, peut recommander un examen au domicile ou une évacuation vers l’hôpital.

Cependant, ces villages bédouins n’ont pas accès au MDA.

Le groupe Adalah a adressé une lettre aux autorités israéliennes dimanche, leur demandant de fournir ces services aux 70 000 citoyens palestiniens d’Israël qui vivent dans les villages non reconnus.

« Israël, depuis des années, maintient une politique de négligence et de discrimination quand il s’agit de fournir les services de santé courants – de même que les services médicaux d’urgence – aux citoyens bédouins d’Israël », affirme Adalah.

«  À la lumière de la crise du coronavirus, cette politique de l’État aboutit à un danger immédiat pour les habitants locaux comme pour le grand public ».

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




La militarisation de la quarantaine

Par Rosa Schwartzburg, 20 mars 2020

Agents de sécurité palestiniens hors de la basilique
de la nativité, Bethléem, 6 mars 2020
(capture d’écran).

Eyal Weizman est le directeur fondateur de Forensic Architecture, une agence de recherche interdisciplinaire qui utilise des techniques et des technologies architecturales pour enquêter sur des cas de violence d’État et de violations des droits humains. Weizman, professeur de Cultures spatiales et visuelles à Goldsmiths, Université de Londres, où il a fondé le Centre de recherche en architecture, a d’abord développé l’architecture médico-légale en 2010 pour étudier les aspects de l’aménagement physique de l’occupation israélienne de la Cisjordanie. Au cours de la dernière décennie, le groupe s’est élargi pour inclure de nombreux architectes, développeurs de logiciels, cinéastes, journalistes, avocats, artistes et scientifiques menant un large éventail d’enquêtes, allant d’une reconstruction de la trajectoire d’un bateau de migrants qui a coulé dans la mer Égée en 2015, tuant au moins 43 réfugiés, à un rapport sur la « guerre aux herbicides » à Gaza. Leur
projet le plus récent est une enquête sur les abus possibles au Homestead Temporary Shelter for Unaccompanied Children, un centre en Floride pour les enfants détenus alors qu’ils tentent d’entrer aux États-Unis.

Weizman devait se rendre aux États-Unis pour l’ouverture en février d’une exposition de travaux d’architecture médico-légale au Museum of Art and Design du Miami Dade College. Mais à la mi-février, deux jours avant que Weizman ne prenne l’avion pour Miami, il s’est vu refuser une dispense de visa après qu’un algorithme du ministère de la sécurité intérieure l’ait identifié comme un risque pour la sécurité, probablement en raison de son travail d’enquête sur les violations des humains.

J’avais initialement prévu de parler avec Weizman de cette expérience et de son lien avec son travail. Mais étant donné la façon dont la crise Covid-19 s’est aggravée dans les jours précédant notre conversation, la discussion s’est déplacée pour se concentrer sur le point de vue de Weizman sur les réponses de l’État à l’épidémie de Covid-19, sur ce qu’elles nous disent des
mécanismes gouvernementaux de confinement et sur les implications de l’état d’urgence » actuel pour l’avenir. Cette conversation a été éditée pour des raisons de longueur et de clarté.

Rosa Schwartzburg : Parlez-moi de votre expérience du refus de votre exemption de visa.

Eyal Weizman : Mon histoire particulière a été le dernier battement de cœur avant la crise du coronavirus, ce qui est très révélateur. Même parler de ce genre de chose comme d’une controverse semble maintenant un peu disproportionné. Mais mon expérience donne certainement une saveur à la fois au durcissement du contrôle de la circulation et à l’habilitation de l’État à édicter des frontières. Je ne veux pas en faire tout un plat – mon expérience de l’immigration américaine a été beaucoup moins violente et sévère que celle de beaucoup d’autres. Elle n’est violente que dans la mesure où elle met en évidence la relation entre surveillance et frontière.
Il est certain qu’en ce moment, nous voyons comment en réaction les frontières surgissent en Europe. À l’avenir, il sera intéressant d’observer la suspicion que nous aurons à l’égard des voyages et de voir comment la peur de cette crise va affecter les attitudes à l’égard de l’immigration.

Rosa Schwartzburg : Selon vous, par quoi les différentes réponses des gouvernements à l’épidémie de Covid-19 – de la Corée du Sud, à Israël, à l’Union européenne – nous renseignent sur la relation entre les mécanismes de confinement et de surveillance ?

Eyal Weizman : Nous voyons les tendances au sein des différents gouvernements et régimes du monde à adopter des politiques qui ne sont que des cristallisations de courants déjà latents au sein de ces systèmes politiques. Un bon exemple est Israël, où la règle d’état d’urgence en Cisjordanie a permis la militarisation de la quarantaine – nous le voyons certainement dans la mise en quarantaine des citoyens autour de Bethléem. Nous voyons également comment Israël utilise cette crise pour éroder les libertés civiles, par exemple en habituant la population à faire surveiller ses téléphones. Nous constatons également des tendances épistémologiques latentes dans la manière dont les régimes ont réprimé l’expertise scientifique. Boris Johnson, Jair Bolsonaro et Donald Trump ont tous été élus sur la base d’une attaque contre la science, et ces soupçons se poursuivent certainement à mesure que tout cela se déroule.

Rosa Schwartzburg : Pour la gauche, la crise du coronavirus a mis en lumière certaines ambivalences sur le pouvoir de l’État. D’une part, nous voulons que le gouvernement agisse rapidement et de manière responsable pour arrêter la propagation du virus ; d’autre part, nombre des mesures prises – surtout si elles restent en place après la crise – font peser de graves menaces sur nos libertés civiles, sur la vie privée et sur la possibilité d’une action collective. Que pensez-vous de cette tension ?

Eyal Weizman : Nous voyons que la crise a permis une militarisation qui met à l’écart la relation habituelle entre les forces de l’ordre et les libertés civiles. Nous devons donc nous demander : serons-nous en mesure de contrôler le pouvoir de l’État après la crise du coronavirus ? Habituellement, nous ne sommes pas capables de reprendre le contrôle. En général, la crise arrive et un nouveau régime scientifique et politique s’installe avec elle. Je crains que ce soit l’occasion de l’état d’urgence : il permet à ce qui devrait être l’exception de devenir la norme.

Rosa Schwartzburg : Comme vous y avez fait allusion, en Israël, Benjamin Netanyahu a approuvé du jour au lendemain l’utilisation de mesures agressives d’extraction de données et de surveillance mises au point à des fins militaires dans les territoires occupés pour surveiller les patients atteints de coronavirus. Comment comprenez-vous ce redéploiement des technologies de lutte contre le terrorisme – des outils de gestion de l’occupation – en Israël même ?

Eyal Weizman : En Israël, la forme la plus évidente de ce redéploiement se traduit par la militarisation de la situation médicale et sa relation avec les systèmes de surveillance numérique et algorithmique. Nous voyons de nouvelles utilisations de l’infrastructure des villes intelligentes – les lecteurs de plaques d’immatriculation, la surveillance de la circulation. Cela permet bien sûr au gouvernement de contrôler et de surveiller le flux du trafic à l’entrée et à la sortie des zones de Cisjordanie, et est maintenant utilisé pour contenir le virus dans les zones de l’épidémie supposée dans les villes palestiniennes. Cette relation entre la surveillance et la délimitation des frontières n’est qu’une des façons dont la crise a été militarisée.

Rosa Schwartzburg : Quel sera l’impact de l’épidémie de coronavirus sur la capacité de Forensic Architecture à mener des enquêtes à l’avenir ?

Eyal Weizman : Il est bien trop tôt pour le dire. Pour l’instant, nous avons re-configuré notre façon de travailler. Nous avons complètement dispersé notre studio physique, à la fois à Londres et dans le monde entier. Nous avons des membres qui sont partis alors qu’ils pouvaient encore partir, pour se rendre en Colombie, en Grèce et dans d’autres endroits, et nous continuons tous notre travail à distance. Nous surveillons en ce moment l’érosion des libertés civiles. Nous sommes très préoccupés par exactement les mêmes choses que nous avons examinées précédemment : la surveillance algorithmique et sa relation avec les libertés civiles.

Rosa Schwartzburg est journaliste et essayiste et a travaillé pour le New York Times, le Guardian, The Nation, Jacobin, Slate et de nombreuses autres publications. Elle est titulaire d’une maîtrise de l’Université d’Europe centrale et fréquente actuellement l’École supérieure de journalisme de l’Université de Columbia.

Traduction : JPB pour l’Agence Média Palestine

Source : Jewish Currents




Le tourisme et l’archéologie, deux outils pour légitimer les colonies israéliennes illégales dans les territoires palestiniens occupés

Par Amnesty International France, 20 mars 2020

Ce document vise à apporter un éclairage sur le rôle joué par le tourisme et l’archéologie dans le maintien et la légitimation des colonies de peuplement israéliennes illégales en Cisjordanie ; et sur les violations des droits fondamentaux des Palestiniens qu’elles entraînent.

Ce document – à destination des militants et sympathisants d’Amnesty International France – s’inscrit dans le cadre du projet « Archéologie dans les TPO au service de l’expansion des colonies israéliennes illégales ». Ce projet se situe dans le prolongement du travail mené par Amnesty autour du rapport « Destination : occupation. Le tourisme numérique et les colonies de peuplement israéliennes illégales dans les Territoires palestiniens occupés ».

Téléchargez le document : ici

Source : Plateforme Palestine




Témoignage 2 de Palestine sur le COVID-19, le confinement et l’aide mutuelle

Témoignages de Palestine sur le COVID-19, le confinement et l’aide mutuelle.
Photo : VJI Canada

Par VJI Canada, 23 mars 2020

Au cours des journées à venir, Independent Jewish Voices (IJV, Voix juives indépendantes) va publier une série de témoignages de Palestiniens et de militants de la solidarité avec la Palestine relatifs à la vie pendant la pandémie de COVID-19. À l’heure où le monde est aux prises avec cette maladie, et tandis que nous organisons l’aide mutuelle et la solidarité dans de nombreuses villes, nous devons garder la Palestine dans notre esprit et notre cœur.

Nous pouvons tirer de l’inspiration et d’importantes leçons de ce que vivent les Palestiniens sous le joug de l’armée : confinement, siège et restrictions des déplacements. Loin de mettre un signe d’égalité entre le confinement et l’occupation, nous espérons tirer des enseignements des stratégies que les Palestiniens emploient depuis des décennies, et entendre leurs conseils au monde en cette période difficile.

Plus que jamais, la Palestine doit être libre. Le siège brutal de Gaza et la poursuite de l’occupation de la Cisjordanie créent des conditions explosives pour le coronavirus. Dans la bande de Gaza, les premiers cas viennent d’être confirmés. L’aide médicale doit pouvoir entrer, les habitants doivent avoir accès aux tests et Israël doit mettre fin aux restrictions quotidiennes imposées à la vie des Palestiniens.

Si vous appréciez ces témoignages, si vous voulez voir d’autres contributions similaires, merci de faire un don dès aujourd’hui à Independent Jewish Voices.

Notre deuxième témoignage provient d’Abdelkarim Dalbah, 61 ans, militant, journaliste indépendant et chercheur sur le terrain, qui vit à Tulkarem, en Palestine. Tulkarem est une ville du nord de la Cisjordanie. J’ai rencontré Abdelkarim en 2005 alors que j’étais bénévole de l’International Solidarity Movement (ISM) en Palestine, et qu’il était un de ses principaux organisateurs. Son charisme, sa chaleur humaine, et ses talents de militant n’ont pas cessé depuis lors d’être pour moi une inspiration.

En évoquant la vie sous confinement, Abdelkarim s’exprime sans nuances : “Le confinement, c’est comme la prison”. Il saut de quoi il parle : comme de nombreux hommes palestiniens d’un certain âge, il a fait son temps dans une prison israélienne – 6 ans.

De même qu’Ashraf, notre premier témoin, il ne peut pas se rappeler combien de fois, tout au long de sa vie, il a été soumis au confinement, mais il estime que le total de ces périodes représente environ un an.

Pendant 20 ans, entre 1990 et 2010, les autorités israéliennes lui ont interdit de quitter la Palestine. Une partie de sa famille vit en Jordanie ou dans d’autres pays du Moyen-Orient, il lui a donc été impossible de les voir tout au long de ces années difficiles.

Nous sommes arrivés à vivre nos vies à travers tous ces défis — se marier, avoir des enfants, travailler en ville. Nous sommes maintenant revenus à une autre espèce de confinement [avec le coronavirus], mais nous nous en sortirons.

J’ai demandé à Abdelkarim à quoi ressemble le confinement au quotidien.

On a l’impression d’être en prison, et d’avoir le gardien devant sa porte.”

Le pire confinement que j’ai subi à Tulkarem, c’était juste après mon mariage, pendant notre lune de miel. Nous nous sommes mariés le 21 décembre 1990. C’était pendant la première intifada et le confinement a duré un mois entier. Nous avons passé notre lune de miel à la maison.”

Cela le fait rire : “Ça avait de bons côtés !” Puis il continue sur un ton plus grave : “c’était dur, parce que ma femme travaillait dans un laboratoire à l’époque, et elle a dû attendre 10 jours avant de retourner au travail, alors que moi, j’ai dû rester à la maison.”

J’ai demandé à Abdelkarim ce que faisaient les gens quand ils devaient rester à la maison.

Le plus souvent, les familles s’occupaient de leurs enfants. Le confinement entraîne des dangers dès qu’on va dehors. Les familles passent beaucoup de temps à s’inquiéter pour leurs enfants, parce que les enfants ne peuvent pas rester tout le temps à la maison. Ils veulent tout le temps aller chez le voisin, mais c’est vraiment difficile. Parfois on se faufile jusqu’à la maison du voisin en passant par les champs ou par des petites routes, mais on se met en danger.”

J’ai couvert la première intifada comme journaliste, et je sais que certaines personnes ont trouvé la mort en essayant d’enfreindre le confinement pour trouver du pain ou autres aliments pour leur famille.”

Je lui ai demandé quels conseils il pouvait donner au monde sur la question de l’isolement social.

Il faut que les gens réfléchissent à cette question en pensant qu’elle concerne l’humanité entière. Il ne s’agit pas seulement de quelques nations – cela peut arriver à toutes les nations. Et il en est de même pour toutes les questions : changement climatique, maladie, guerres. C’est le moment d’exiger la justice et l’égalité. C’est le moment d’exiger l’accès aux ressources médicales.”

Lorsqu’un peuple subit l’occupation, comme c’est notre cas maintenant en Palestine, si le coronavirus commence à se propager, la situation sera terrible à cause du manque de ressources médicales. Nos hôpitaux ne disposent pas du nécessaire en ce qui concerne les unités de soins intensifs, les respirateurs, etc. Pour l’instant, en Cisjordanie, nous n’avons pas beaucoup de cas, mais nous n’avons pas non plus la capacité de tester les personnes. Israël effectue des milliers de tests par jour, mais nous ne pouvons faire que 100 tests tous les 2 jours. À l’heure actuelle, nous n’avons pas la capacité de faire face à la maladie.”

Dans la bande de Gaza, qui subit un siège militaire très dur depuis 2007, la situation est encore pire. Le gouvernement israélien a seulement mis 200 kits de test du coronavirus à la disposition de presque 2 millions d’habitants palestiniens de la plus grande prison à ciel ouvert du monde. C’est déjà difficile d’équiper les hôpitaux de Gaza de stéthoscopes ou d’antidouleurs de base, sans parler des ventilateurs nécessaires en cas d’insuffisance pulmonaire.

Abdelkarim a vu des décennies de confinement et d’invasions. Son conseil final, il l’accompagne d’un rire enjoué : “Les gens devraient être plus patients !

Juste avant de mettre fin à la conversation téléphonique avec Abdelkarim, il m’a dit quelque chose qui m’a fait penser à tous les outils technologiques que nous utilisons pour rester connectés en ces temps difficiles. Il y avait presque 12 ans que nous ne nous étions pas parlé, Abdelkarim et moi, et je lui ai dit à quel point j’étais heureux de lui parler après tout ce temps. Il m’a répondu ceci : “Tu sais, pendant la première intifada, nous n’avions ni téléphone mobile, ni Whatsapp, ni Skype. C’était vraiment dur de savoir ce qui se passait même dans le village d’à côté. Maintenant, nous pouvons appeler nos amis au-delà des mers !

Je lui ai répondu : “En effet, restons en contact, mon ami.”

Soyez proches de vos amis et de votre famille. Appelez vos voisins qui ne vont peut-être pas bien. Et gardons la Palestine dans notre esprit et notre cœur.

Aaron Lakoff,
Chargé des communications et des médias à l’IJV.

Traduction : SM pour l’Agence Média Palestine

Source : IJV / VJI (Voix Juives Indépendantes) Canada




En direct de Gaza : sept nouveaux cas touchés par le Coronavirus

Par Ziad Medoukh, 25 mars 2020

En direct de Gaza :

Sept nouveaux cas touchés par le Coronavirus.

Sept nouvelles personnes infectées par le Coronavirus dans la bande de Gaza ce mercredi 25 mars 2020.

Selon le ministère de la santé de Gaza, ces sept personnes font partie de la police palestinienne qui protégeait le centre de quarantaine où étaient isolés les premiers palestiniens infectés de Gaza.

Ces agents de sécurité ont été dans l’isolement total dans le centre, ils n’ont pas quitté ce centre, et ils n’avaient aucun contact avec personne de l’extérieur.

Leur état est stable.

Cette découverte augmente le nombre de personnes touchées par ce virus à 9 dans la bande de Gaza.

Après la mort du premier cas infecté en Cisjordanie aujourd’hui, la situation se complique dans les territoires palestiniens.

Des mesures de précaution et de prévention sont renforcées dans cette région sous blocus.

Pas de panique pour le moment.

Les Palestiniens de Gaza dans l’attente après ces sept cas infectés.

Espérons pour les habitants de Gaza et pour tous les Palestiniens.

Source : Ziad Medoukh




Appel à intervenir avant qu’il ne soit trop tard : le PCHR avertit que le système de santé de Gaza s’effondrerait en cas de déferlante de coronavirus

Par PCHR, 22 mars 2020

Photo via compte Facebook du PCHR

Le Centre Palestinien pour les Droits Humains (PCHR) suit avec inquiétude la situation sanitaire dans la bande de Gaza et avertit sérieusement d’une détérioration catastrophique qui frapperait le secteur de la santé dans le cas d’une poussée de coronavirus (COVID-19). Le PCHR est préoccupé par l’incapacité du système de santé à répondre aux besoins des patients si l’épidémie se répand.

Selon le suivi effectué par le PCHR, les services de santé de Gaza sont déjà au bord de l’effondrement, du fait de la fermeture de la bande de Gaza imposée par Israël au cours des 13 dernières années, exacerbée par les répercussions de la division palestinienne interne et des querelles politiques. Tout cela a fragilisé le système de santé de la bade de Gaza, un manque constant de médicaments essentiels, de matériel médical et un nombre insuffisant de professionnels de santé spécialisés ; le système de santé en est rendu incapable de répondre aux besoins médicaux de base de la population de la bande de Gaza en temps normal.

Selon le ministère de la santé de Gaza (MOH), la fermeture israélienne a empêché le MOH d’importer de nouveaux équipements médicaux ou des pièces détachées pour ceux qui fonctionnent mal. La crise de pénurie de matériel médical est un obstacle majeur au développement et à la viabilité des hôpitaux et des centres médicaux de Gaza à la hauteur des besoins de santé de la population. Dans une déclaration publiée le 21 mars 2020, le MOH a annoncé son besoin urgent de respirateurs, d’unités et d’équipements de soins intensifs, de médicaments, de fournitures médicales et d’équipements de protection pour se préparer à combattre le coronavirus. L’appel du MOH a été lancé après que les autorités israéliennes ont permis l’entrée d’une quantité limitée de fournitures médicales dans la bande de Gaza le 18 mars 2020, dont des équipements permettant de diagnostiquer ceux qui sont atteints par le coronavirus, des centaines de blouses et de lunettes de protection pour que le personnel médical puisse se protéger, suite à une demande de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Le MOH de Gaza a annoncé deux premiers cas de coronavirus dans la bande de Gaza après le test de 118 personnes (116 d’entre elles testées négatives au nouveau coronavirus). De plus, 1 399 personnes ont été mises en quarantaine et dispersés dans 22 centres de quarantaine dans la bande de Gaza, tandis que 1 969 autres sont placées en quarantaine à leur domicile. (1)

Le 18 mars 2020, Michaël Link, le rapporteur spécial de la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, a dit dans une déclaration qu’il était soucieux de l’impact possible du nouveau coronavirus (COVID19) sur la population de la bande de Gaza. Il a ajouté que le système de santé de Gaza s’effondrait déjà avant la pandémie, parce que ses stocks de médicaments essentiels sont bas de façon chronique et que ses ressources naturelles en eau potable sont grandement contaminées. Il a expliqué que la population de la bande de Gaza est aussi une population plus vulnérable physiquement du fait de la malnutrition, de conditions de vie qui se détériorent et d’une densité de population élevée. Lynk a avertit qu’une large diffusion possible du nouveau coronavirus dans la bande de Gaza assiégée exacerbera la pression sur le personnel médical.

De plus, le 21 mars 2020, Mr. Jamie McGoldrick, le coordinateur humanitaire de l’ONU pour le territoire palestinien occupé, a dit dans une déclaration que le coronavirus peut avoir des conséquences effrayantes dans la bande de Gaza à cause de la forte densité de population et du fait de services de santé limités. Il a ajouté que « nous sommes très préoccupés par la situation dans la bande de Gaza, c’est une zone compliquée du fait de la fermeture de longue durée et des restrictions imposées par Israël qui pourraient aggraver la situation ». McGoldrick pensait que l’irruption du coronavirus dans la bande de Gaza la transformerait en « incubateur, en particulier quand des gens sont coincés dans une zone densément peuplée où le système de santé souffre du manque de fonds, de ressources et d’équipements médicaux ». (3)

Face à la criante d’un effondrement du secteur de la santé dans la bande de Gaza et de l’incapacité prévisible du système de santé à traiter des patients en cas de diffusion du coronavirus, le PCHR :

  • insiste sur la responsabilité première d’Israël dans la fourniture de matériels médicaux à la population de la bande de Gaza et sur le fait qu’Israël doit prendre les mesures préventives nécessaires qui sont disponibles, pour combattre la diffusion de maladies infectieuses, en accord avec les articles 55 et 56V de la Quatrième Convention de Genève de 1949.
  • en appelle à la communauté internationale et à l’OMS pour faire pression sur Israël et l’obliger à se plier à ses obligations et à permettre l’entrée de fournitures et d’équipements médicaux pour l’examen médical du coronavirus.
  • en appelle à la communauté internationale et aux organisations humanitaires pour apporter de l’aide au système de santé de la bande de Gaza, avec des matériels médicaux aux hôpitaux de Gaza pour combattre la diffusion du coronavirus.
  • insiste sur le besoin de coordination entre le MOH de Gaza et Ramallah pour combattre la diffusion du coronavirus.
  • en appelle à l’Autorité Nationale Palestinienne pour qu’elle mette en place un comité unifié de haute urgence incluant tous les gouvernorats palestiniens, pour suivre les mesures prises pour combattre la dissémination du coronavirus et pour diffuser une information à jour sur les cas d’infection et sur l’accès aux services de santé.

(1) https://www.moh.gov.ps/portal/wp-content/uploads/2020/03/Corona-23-03-4.pdf

(2) https://news.un.org/ar/story/2020/03/1051642

(3) https://news.un.org/ar/story/2020/03/1051802

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : PCHR




Des avenirs radicaux : quand les Palestiniens imaginent

Par Yara Hawari, 24 mars 2020

« Nous devons raconter des histoires qui soient différentes de celles qu’un lavage de cerveau nous fait croire … Rappelez-vous : un autre monde n’est pas seulement possible, il arrive. » – Arundhati Roy

Palestinian protesters confront Israeli troops during a demonstration in the village Kafr Qaddum, close to the northern town of Nablus in the occupied Israeli West Bank on April 06, 2012. Photo by Wagdi Eshtayah

Résumé

Confrontés à un processus constant d’effacement, les Palestiniens se trouvent dans une situation où leur passé et leurs avenirs sont niés. Ils sont enfermés dans un présent continuel dans lequel la puissance d’occupation coloniale, Israël, détermine les frontières temporelles et spatiales. Les Palestiniens se réfèrent souvent à cela comme à la Nakba al mustamirrah, ou Nakba continuelle, dans laquelle déplacement, dépossession et destruction se produisent dans un continuum sans fin. C’est cette continuité de la Nakba qui a rendu si difficile aux Palestiniens de penser à leur avenir : survivre à un présent se détériorant sans cesse, particulièrement en Palestine même, a la priorité.

Ce commentaire met en lumière les études sur le colonialisme et l’imagination d’avenirs radicaux, puis trace les articulations d’un futur qui supprime les Palestiniens. Il conclut par des exemples de la manière dont les Palestiniens, malgré leur assujettissement, continuent à imaginer radicalement, et il appelle à un avenir construit à partir du collectif des Palestiniens.

Le colonialisme et les perceptions de la réalité

Frantz Fanon a écrit que le colonialisme français en Algérie « s’est toujours développé à partir de l’hypothèse qu’il durerait éternellement », remarquant que « les structures construites, les installations portuaires, les aérodromes [et] l’interdiction de la langue arabe », donnaient tous l’impression qu’une rupture dans le temps colonial était impossible. De fait « toute manifestation de la présence française exprimait un enracinement continu dans le temps et l’avenir algérien, et pouvait toujours être lu comme le signe d’une oppression indéfinie ».

De manière analogue, le régime israélien crée « des faits sur le terrain » par sa construction permanente de colonies en Cisjordanie et l’appropriation de terres au-delà de la Ligne verte, repoussant constamment les frontières de ce qui est considéré comme territoire israélien, en faveur du régime colonial.

Les projets d’occupation coloniale et de colonisation cherchent ainsi à contrôler les perceptions de la réalité pour lier peuples autochtones et colonisés à une condition apparemment perpétuelle, un immobilisme normalisé. Imaginer un avenir au-delà de cette condition est alors un acte rebelle et radical, et n’est pas du tout facile.

Le chercheur et penseur autochtone Waziyatawin, écrivant à propos du colonialisme sur Turtle Island — le nom autochtone de l’Amérique du Nord —, explique comment la vie au-delà du colonialisme est particulièrement difficile à percevoir dans le contexte de « la plus grande et de la dernière superpuissance du monde ». Pour les Palestiniens, c’est aussi un défi d’imaginer un avenir dans lequel la Nakba permanente n’est pas une caractéristique de la vie quotidienne. Par exemple, beaucoup de Palestiniens trouvent difficile de concevoir un avenir dans lequel le droit au retour est appliqué et dans lequel les réfugiés et tous les Palestiniens se voient attribuer les pleins droits dans leur pays d’origine. L’appel de Waziyatawin pour que les peuples autochtones pensent au-delà des bornes
spatiales et temporelles vise cette difficulté :

« En tant que peuples autochtones, il est essentiel que nous comprenions le caractère désastreux de la situation mondiale, que nous reconnaissions que l’idée que la civilisation industrielle est invulnérable est fausse, et que nous commencions à imaginer un avenir au-delà de l’empire et au-delà des nations états coloniaux qui nous ont maintenus assujettis. »

Arjun Appadurai décrit l’imagination comme « un champ organisé de pratiques sociales, une forme de travail — et une forme de négociation entre des lieux d’agentivité (individus) et des champs globalement définis de possibilité ». En d’autres termes, l’imagination est une fusion de perceptions individualisées et socialisées de ce qui est possible. C’est cet élément collectif qui rend le fait d’imaginer différent du fantasme. Appadurai fait la distinction :

« L’idée de fantasme porte avec elle la connotation inéluctable d’une pensée divorcée des projets et des actions, et elle a aussi une résonance privée, et même individualiste. L’imagination, quant à elle, porte avec elle l’impression d’une projection… particulièrement quand elle est collective, [elle] peut devenir le carburant d’une action. C’est l’imagination, dans ses formes collectives, qui crée les idées de voisinage et de nation, d’économies morales et de lois injustes, de salaires plus élevés et de perspectives de travail à l’étranger. L’imagination est aujourd’hui une base de lancement pour l’action, et pas seulement pour l’évasion. »

Cette distinction place l’imagination au-delà de l’abstrait, dans la sphère de la possibilité et de l’action (radicale). Il est aussi important de remarquer qu’imaginer au-delà de l’empire n’est pas un retour à un passé pré-invasion ou, dans le cas de la Palestine, un retour à avant 1948. C’est plutôt un processus au cours duquel ont explorées des manières de démanteler le colonialisme et son oppression, ainsi que des manières de reconstruire après le démantèlement. C’est un travail décolonial, qui doit accompagner le travail anti-colonial qui défie et affronte le régime colonial.

Des visions suppressives de l’avenir

Toutes les articulations de l’avenir ne peuvent pas être décrites comme de l’imagination radicale ou décoloniale. Les futurs palestiniens ont été longtemps discutés soit sans la contribution des Palestiniens soit dans des cadres limités et étrangers, dont beaucoup sont liés de manière inhérente à
celui de l’état-nation. Aujourd’hui, beaucoup d’idées politiques et d’imaginations traditionnelles de l’avenir font du confinement des Palestiniens autochtones et de la sécurité de l’état colonial leur principale préoccupation.

De fait, mettre en scène Israël/Palestine comme deux groupes nationaux en guerre plutôt que comme un projet d’occupation coloniale a contribué à privilégier l’idée que « deux états dans les frontières de 1967 » était le futur le plus approprié et le plus faisable pour les Israéliens et les Palestiniens.
L’hégémonie de l’idée à deux états a été cimentée quand le gouvernement palestinien l’a implicitement approuvée dans le Plan en dix points de l’OLP en 1974, devenant officiellement son champion au début des années 1990 avec les Accords d’Oslo qui établissaient un calendrier présumé pour la réalisation d’un état palestinien.

Oslo a déplacé concrètement le discours et la politique de l’OLP, de la libération et de l’anticolonialisme à la construction d’un état en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Ce déplacement a aussi transformé la société civile palestinienne, qui est devenue largement dépendante du mécénat
extérieur. Un tel changement tant dans la représentation politique que dans la société civile a eu l’effet de lier le processus imaginatif collectif palestinien à un agenda politique spécifique. Salamanca et ses co-auteurs posent d’importantes questions rhétoriques par rapport à ce déplacement :

« Quand le combat persistant pour la terre et pour le retour est-il devenu une situation ‘post-conflit’ ? Quand Israël est-il devenu une société ‘post-sioniste’ ? Quand les Palestiniens autochtones de la Galilée (par exemple) sont-ils devenus une ‘minorité ethnique’ ? Et quand l’établissement de l’Autorité palestinienne et la fortification de réserves palestiniennes qui en a résulté sont-ils devenus ‘la construction d’un état’ ? »

La mise en scène politique de la lutte anti-coloniale a été inversée, une focalisation sur la libération collective se transformant en une focalisation sur le succès individuel et en particulier sur les plus values. De plus, la limitation de la Palestine et des Palestiniens à la Cisjordanie et à la Bande de Gaza continue de marginaliser les réfugiés, ceux de la diaspora et les citoyens palestiniens d’Israël, les reléguant effectivement à n’être que des questions de peu ou de pas d’importance. Les imaginations de l’avenir dans ce cadre ne font pas qu’exclure la majorité du peuple palestinien ; elles sont aussi subordonnées aux termes de l’entité coloniale et de son éternité imaginée. Cette façade de permanence, commune à tous les projets coloniaux ou d’occupation, installe le futur à l’intérieur des frontières coloniales.

Un des principaux arguments pour soutenir cet avenir est celui de la faisabilité. Ceux qui sont en position de pouvoir déterminent la faisabilité à travers ce qu’ils voient comme possible, rationnel et pratique. Par exemple, on a dit constamment aux Palestiniens que la solution à deux états est le seul aboutissement possible et qu’ils doivent par conséquent accepter des concessions sur certains droits, dont le droit au retour. De fait, la violence épistémique à l’université, dans les médias et dans la sphère politique, violence par laquelle les Palestiniens sont contraints d’accepter certaines « vérités » qui nient la légitimité de leurs propres voix et de leurs propres droits, est très répandue.

Richard Falk, écrivant à propos de l’avenir palestinien, s’oppose à l’argument de faisabilité dans le cas de la solution à deux états, en maintenant qu’il a les caractéristiques d’un cul-de-sac :

« …des horizons de faisabilité limitent les options palestiniennes à deux : soit accepter un autre tour de négociations qui a toutes le chances d’échouer, soit refuser de telles négociations et être tenus pour responsables de bloquer les tentatives pour atteindre la paix. »

Falk argumente en faveur d’une libération de l’imagination morale et politique, reconnaissant les « nécessités d’une paix juste avec dignité et, ce faisant, visant plus haut les horizons du désir ». Cependant, se défaire des bornes de la faisabilité n’est pas facile, particulièrement quand elles ont été
pendant longtemps inscrites dans le lexique et l’existence quotidienne des Palestiniens.

L’imagination radicale palestinienne

Pourtant, des individus et de petits groupes de Palestiniens de tous les fragments de la société palestinienne ont essayé d’imaginer un avenir, de multiples manières radicales. Il n’est pas surprenant que beaucoup de ces imaginations soient centrées autour du droit au retour des réfugiés palestiniens, que leurs porteurs soient eux-mêmes ou non des réfugiés.

Un des chercheurs palestiniens important de ce point de vue est Salman Abu Sitta, dont le travail cartographique démontre la faisabilité du retour grâce à une approche empirique, spatiale et démographique. En évaluant la terre et les personnes, Abu Sitta démontre qu’il y a assez de terre pour
tous les réfugiés qui reviendraient, ainsi que pour les citoyens israéliens. Il organise le retour par un processus échelonné en sept phases, fondé sur la distribution régionale et un plan de construction de logements. Abu Sitta prend la notion de retour, qui a été utilisé avant tout de manière discursive par les Palestiniens et crée un plan d’action tangible. Bien que beaucoup soient en désaccord avec son processus, il montre qu’il y a des manières de pouvoir l’actualiser.

Un autre projet orienté sur l’espace qui regarde vers l’avenir est Decolonizing Architecture Art Residency (DAAR) [Résidence d’artistes pour décoloniser l’architecture], basé à Beit Sahour, Bethléem. Decolonizing Architecture est une collaboration entre « locaux et internationaux, et entre
artistes et architectes
» et considère la décolonisation en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza dans une perspective architecturale, en imaginant le démantèlement des colonies et le retour au pays des Palestiniens.

Les chercheurs du projet se concentrent aussi sur le retour des réfugiés et argumentent que « retour et décolonisation sont des concepts enchevêtrés — nous ne pouvons pas penser le retour sans décolonisation, exactement comme nous ne pouvons pas penser la décolonisation sans le retour ». Leur travail vise à entrecroiser l’architecture à l’imagination culturelle collective de l’avenir. Bien que le travail de Decolonizing Architecture se limite aux frontières de 1967 — plus spécifiquement à la Cisjordanie et à la Bande de Gaza — pour des raisons de focalisation, il n’est pas idéologiquement réduit aux limitations géographiques des « Territoires palestiniens occupés » ; au contraire, il comprend la Palestine dans son intégralité historique.

Des groupes variés de jeunes Palestiniens issus des déplacés à l’intérieur (les muhajjareen) dans les Territoires palestiniens de 1948 prennent aussi part aux imaginations radicales de leurs villages détruits. Les déplacés à l’intérieur forment un tiers des citoyens palestiniens d’Israël, et beaucoup
d’entre eux vivent à proximité des villages dont leurs grands-parents et parents ont été déplacés en L’état israélien les empêche de retourner sur leurs terres ancestrales par différents mécanismes légaux, dont des décrets militaires.

Quelques groupes, par exemple, maintiennent une présence physique sur le site de leurs villages détruits en érigeant des abris et des tentes, comme à Iqrith et à Kufr Bir’am. Les autorités israéliennes perturbent constamment cette présence et la qualifient d’ « illégale » de peur que les militants n’établissent un précédent pour d’autres Palestiniens déplacés à l’intérieur. D’autres militants déplacés à l’intérieur ont reconstruit leurs villages dans des modèles et des simulations digitales, prenant en compte non seulement leur retour mais aussi ceux de leurs familles qui ont fui dans des pays voisins en 1948, s’appuyant sur la notion, due à Abu Sitta, de construction d’un plan d’action pour le retour.

Ce ne sont que quelques exemples qui incarnent les imaginations radicales de l’avenir. Ils ne font pas qu’offrir un contre-narratif ; rassemblés, ils peuvent offrir un plan pour la libération. Pourtant, beaucoup de ces projets sont déconnectés et non permanents. Une des raisons pour cela est sans aucun doute la fragmentation géographique, sociale et politique du peuple palestinien qui entrave de même leur capacité à se rallier autour d’un consensus politique sur la libération. Le combat est donc non seulement d’imaginer, mais aussi de le faire collectivement.

Dans son dernier article pour The Guardian, l’éditorialiste Gary Younge a écrit: « Imaginez un monde dans lequel vous pouvez vous épanouir, pour lequel il n’y a pas de données. Et ensuite luttez pour lui ». Aujourd’hui, où les visions de l’avenir continuent à être écrites pour les Palestiniens et à leur place —la dernière manifestation étant celle du gouvernement de Trump – il est vital de combattre pour un avenir construit à partir des imaginations collectives des Palestiniens.

Notes:

  1. Arundhati Roy, War Talk (Cambridge, MA: South End Press, 2003), 127. N. Trad. : Dans l’original en anglais, le mot « monde » (world) est de genre neutre, mais l’auteur lui a donné ensuite un pronom féminin.
  2. Il est important de remarquer que les Accords d’Oslo ne sont pas arrivés dans un vide ; au contraire, l’écroulement du bloc soviétique et l’isolation croissante de l’OLP par rapport aux régimes arabes, ainsi que son exode du Liban vers Tunis, ont contribué à dresser la scène pour ce déplacement considérable dans le discours et la stratégie.

Yara Hawari
Yara Hawari est chargée principale de recherches sur la politique de Palestine (Senior Palestine Policy Fellow) à Al-Shabaka: The Palestinian Policy Network. Elle a obtenu son doctorat en politique du Moyen-Orient à l’université d’Exeter, où elle enseigne divers cours en licence et est toujours
chercheuse honoraire. En plus de son travail universitaire qui est focalisé sur les études autochtones et l’histoire orale, elle est aussi fréquemment commentatrice politique pour différents médias, dont The Guardian, Foreign Policy et Al Jazeera English.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : Al-Shabaka.org