Les Palestiniens d’Israël organisent de l’aide médicale et lèvent des fonds pour Beyrouth

Par Suha Arraf, le 5 août 2020

Après l’explosion massive qui a secoué la capitale libanaise, les dirigeants palestiniens en Israël commencent à lever des fonds et à organiser l’envoi d’une délégation d’experts médicaux.

Capture écran sur Twitter d’une vidéo de l’explosion dans le port de Beyrouth le 4 août 2020

Il est encore trop tôt pour saisir pleinement l’étendue de l’explosion qui a secoué le port de Beyrouth mardi après-midi. Au moins 100 personnes ont été tuées et 4000 blessées, beaucoup d’autres étant encore prises au piège sous les décombres ; l’électricité est coupée dans une grande partie de la ville. Le gouverneur de Beyrouth a déclaré qu’à peu près la moitié de la ville a été endommagée par l’explosion, tout en avertissant que le nombre de morts allait probablement dépasser 100.

Quatre grands hôpitaux de la ville ont subi de lourds dommages à cause de l’explosion — que le Président libanais Michael Aoun a imputée à un stockage défectueux d’une large cache de nitrate d’ammonium—, forçant le personnel hospitalier et les volontaires à transformer les parkings des hôpitaux en centres médicaux de fortune. Plus de 200 000 personnes auraient été laissées sans abri à la suite de l’explosion.

Plusieurs pays arabes ont proposé leur aide au Liban, qui était déjà sujet à un pic des cas de COVID-19 et à une crise économique alimentée par la corruption gouvernementale, les mesures d’austérité et un manque d’infrastructure de base. Dans la nuit de mardi, l’Egypte a éclairé ses pyramides aux couleurs du drapeau libanais et mercredi matin, un convoi de fournitures médicales a quitté le pays pour Beyrouth. La Jordanie, le Qatar, l’Iraq et l’Arabie saoudite ont aussi offert leur aide. Le président palestinien Mahmoud Abbas a exprimé sa solidarité et ses condoléances au peuple libanais.

Les Palestiniens d’Israël trouvent aussi des manières d’offrir de l’aide et d’exprimer leur solidarité.

Mohammad Barakeh, le chef du Haut Comité de suivi, une organisation parapluie qui représente les citoyens palestiniens du pays, a écrit sur sa page Facebook :

« Beyrouth est dans nos coeurs. Le Haut Comité de suivi se tient aux côtés du peuple libanais dans le désastre qui l’a frappé. Nous sommes très attristés par ce qui s’est passé dans le Liban blessé, qui a toujours compris le peuple palestinien. Nous envoyons nos condoléances à nos frères libanais et souhaitons une prompte guérison aux blessés. C’est notre devoir d’aider autant que nous le pouvons. »

Barakeh a commencé à contacter des politiciens libanais ainsi que l’ambassadeur palestinien au Liban, Ashraf Dabbour, afin d’envoyer une délégation d’experts médicaux palestiniens d’Israël. Le Haut Comité de suivi a aussi publié une déclaration disant : « Nous sommes prêts à envoyer des équipes médicales, des dizaines de médecins sont prêts à partir et à aider dans leurs différents domaines d’expertise. »

Pourtant Barakeh attend de voir si son projet se concrétisera. « C’est une affaire compliquée », a-t-il dit à Local Call. « Nous avons besoin du consentement des deux gouvernements, le Liban et Israël. Il y a 50% de chances que la délégation parte »

Mohammad Barakeh, chef du Haut Comité de suivi, à la Knesset, le 14 mai 2012 (Miriam Alster/Flash90)

Parallèlement, la branche méridionale du Mouvement islamique en Israël, a lancé un appel afin de lever des fonds pour les « frères du Liban ».

Depuis les explosions, les Palestiniens en Israël et dans les territoires occupés ont tourné leur attention vers Beyrouth, beaucoup d’entre eux changeant leurs portraits sur les réseaux sociaux en drapeau libanais en symbole de solidarité. Certains ont partagé des photos et cité des poèmes et des chants sur la ville, par le célèbre poète palestinien Mahmoud Darwish et le chanteur libanais renommé Fairuz.

D’autres Palestiniens ont indiqué que la route de Haïfa à Beyrouth est relativement courte et qu’une frontière ouverte entre les deux pays aurait permis de leur envoyer de l’aide.

Les religieux palestiniens ont aussi exprimé leurs solidarité avec le peuple libanais. A la mosquée Al-Aqsa, le chanteur Abu Khadifa Albastami a prié et chanté l’un des célèbres tributs de Fairuz à Beyrouth, et des églises ont ouvert leurs services par des prières en mémoire des morts.

Une version de cet article a été d’abord publié en hébreu sur Local Call. Vous pouvez le lire ici.

Suha Arraf est réalisatrice, scénariste et productrice. Elle écrit sur la société arabe, la culture palestinienne et le féminisme.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine




Encouragées par les promesses d’annexion, les attaques par des colons israéliens ont monté en flèche en juillet

Par Yumna Patel, le 3 août 2020

Selon les données rassemblées par Mondoweiss, ont été rapportés au moins 25 incidents concernant des violences par des colons israéliens contre des Palestiniens depuis qu’est passée l’échéance non officielle du 1er juillet, prévue pour l’annexion de la Cisjordanie.

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde pendant que des colons se rassemblent sur le « Mont Jumjumah » dans la ville de Halhul, au nord de Hébron en Cisjordanie le 30 juin 2020. (Photo: Mosab Shawer/APA Images)

Un mois a passé depuis l’échéance non officielle du 1er juillet indiquée par Israël pour l’annexion de la Cisjordanie.

L’attention des médias en amont de la date a atteint un pic de fièvre le 30 juin, tandis que déferlaient les condamnations internationales et que des membres du Congrès des États-Unis commençaient à lancer l’idée de soumettre l’aide à Israël à certaines conditions.

Au moment où le 1er juillet est arrivé, après des semaines d’intense accumulation, Israël a commencé à reculer et le discours sur l’annexion a finalement semblé retomber.

Mais alors que le monde pourrait être passé à autre chose que l’annexion, les conséquences des promesses d’Israël se font sentir pour le moment sur le terrain en Cisjordanie, puisque des rapports d’attaques de Palestiniens et de leurs propriétés par des colons ont déferlé en juillet, ainsi qu’en juin dans la perspective de l’annexion.

Presque chaque jour depuis le 1er juillet a connu des rapports d’attaques par les colons et d’incursions dans des villes et des villages palestiniens dans toute la Cisjordanie.

De façon remarquable, une partie importante des incidents rapportés concerne des colons essayant de s’emparer de nouveaux morceaux de terre ou d’établir de nouveaux avant-postes en Cisjordanie.

Selon les données recueillies par Mondoweiss à partir des rapports des actualités locales palestiniennes, du 1er au 31 juillet, il y a eu au moins 25 incidents où des colons israéliens ont essayé de saisir des terres palestiniennes, d’établir de nouveaux avant-postes, tout en attaquant des
Palestiniens
, en vandalisant des maisons palestiniennes, des mosquées et des véhicules, et en brûlant des récoltes et des terres agricoles palestiniennes.

Entre le 30 juin et le 13 juillet, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a documenté qu’au moins cinq Palestiniens avaient été blessés lors d’attaques de colons — trois Palestiniens visés par des balles réelles, un assailli physiquement et un autre mordu par un chien détaché par des colons. Du 14 au 27 juillet, l’OCHA des Nations Unies a confirmé neuf attaques supplémentaires.

Les attaques ont eu lieu dans tout le territoire, de Hébron à Jénine, typiquement dans des villes et villages palestiniens ruraux situés à proximité étroite de colonies.

Des 25 incidents, au moins 14 se sont produits dans le district de Naplouse au nord de la Cisjordanie, une zone à risque de la violence des colons toute l’année.

En plus des attaques et des incursions par des colons, les données ont indiqué que dans la même période de temps, à au moins quatre occasions, l’armée israélienne s’est impliquée dans la confiscation ou la destruction de terres palestiniennes.

Dans trois de ces quatre incidents, la terre saisie par les forces israéliennes était à proximité d’une colonie ou d’un avant-poste illégaux, ce qui conduit à spéculer que les autorités israéliennes étaient en train de confisquer des terres pour une future expansion coloniale — un phénomène bien documenté dans les territoires occupés.

Au moins trois tentatives majeures pour saisir des terres et établir de nouveaux avant-postes ont été aussi enregistrées dans les jours précédant ou suivant le 1er juillet — une dans le village de Asira al-Shamaliya, dans la région de Naplouse, une dans la ville de Halhul, dans la région de Hébron, et une dans le village de Battir, dans la région de Bethléem.

Dans les cas d’Asira al-Shamaliya et de Halhul, les colons ont essayé de s’emparer de terres qui, selon les résidents, n’avaient pas fait l’objet de tentatives de confiscation depuis plusieurs années, exacerbant les craintes que les colons se soient sentis particulièrement enhardis par les promesses d’annexion.

Halhul – D’abord l’armée, ensuite les colons

La ville de Halhul est l’une des plus grandes de la région de Hébron et de la Cisjordanie entière, avec des collines étendues qui remontent à des milliers d’années. Le « Mont Jumjumah », comme l’appellent les locaux, est particulièrement distinctif, dit être l’un des plus hauts points de la zone, à 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le 30 juin, la veille du jour d’annexion d’Israël, des locaux de la ville ont remarqué un large groupe de colons israéliens, escorté par des jeeps militaires, au sommet de la montagne. Quand un groupe de résidents de Halhul est monté sur la montagne pour voir ce qui se passait, les soldats israéliens leur ont dit de partir.

« Les soldats nous ont dit que les colons seraient seulement là pendant quelques heures pour faire des choses religieuses et qu’ensuite ils partiraient », a dit Hijazi Mereb, 63 ans, maire de Halhul, à Mondoweiss.

Quelques jours plus tard, cependant, Mereb et ses voisins ont été choqués de voir les colons de retour, cette fois avec plus d’une dizaine de tentes et des drapeaux israéliens.

« Nous ne voulons pas du tout qu’ils viennent sur nos terres. Pas même pour des raisons religieuses, parce que comme vous voyez, finalement ils reviennent et essaient de se les approprier », a dit Mereb.

Après un rassemblement de centaines de locaux pour contester la présence des colons, Mereb dit que les colons ont été escortés hors des terres par les soldats. « Mais nous pensons qu’ils seront de retour ».

La parcelle de terrain où les colons ont commencé à installer leur camp est située à seulement quelques centaines de mètres d’un avant-poste militaire israélien, dont la construction remonte aux années 1980 pendant la Première Intifada. Quand l’avant-poste a été établi, l’armée a confisqué au moins deux dounams de terres [2000 m2] cultivables alentour et a depuis empêché les résidents de Halhul d’accéder aux terres.

« Pendant des années ils nous ont tenus à l’écart de la montagne, particulièrement de la zone proche de la base militaire, disant que c’est ‘pour des raisons de sécurité’ », a dit Mereb. « Mais quand les colons veulent venir ici, l’armée les escorte et les protège. »

Mereb dit que les tentatives récentes pour s’emparer de Mont Jumjumah ne sont pas les premières. « Pendant des décennies, depuis l’occupation israélienne de la Cisjordanie en 1967, les Israéliens ont jeté leur vue sur cette montagne. »

Il a indiqué que très souvent, l’armée israélienne confisque de larges pans de terres palestiniennes et que finalement la terre est transmise aux colons.

« Ils ont essayé de s’emparer de cette montagne depuis toujours », a-t-il dit, ajoutant que la dernière tentative remonte à assez longtemps. « Mais maintenant avec l’annexion, cela a donné aux colons un encouragement pour essayer de voler des terres et ils ont obtenu le feu vert de leur gouvernement pour le faire ».

« Les colons ne sont pas seulement intéressés par Halhul. Ils sont intéressés par toutes les terres palestiniennes, et ne s’arrêteront pas avant qu’ils ne s’en emparent », a dit Mreb. « Aujourd’hui, c’était Hébron, hier c’était la vallée du Jourdain et demain ce sera Naplouse et les autres villages »

Battir – « Voilà comment cela commence »

Pour beaucoup de Palestiniens le village de Battir, au sud de la ville de Bethléem, est une anomalie. Ses belles collines luxuriantes de vert, ses terrasses anciennes et une frontière partagée avec Jérusalem en font une situation idéale pour les colons israéliens en Cisjordanie.

Pendant des décennies, les résidents de Battir ont réussi à garder leurs terres sans colonies. Beaucoup de locaux attribuent ce succès à leurs patients efforts pour que Battir soit reconnu comme un site patrimonial mondial de l’UNESCO, ce qu’ils ont réussi à obtenir en 2014.

Le village de Battir se trouve à l’avant-plan, avec les colonies israéliennes et la ville de Jérusalem dans le fond. (Photo: Yumna Patel)

« Se voir accorder ce statut a été un énorme accomplissement pour nous », a dit à Mondoweiss Hassan Muamer, 35 ans, un militant local du village, qui a fait un intense lobbying pour la distinction de l’UNESCO. « Nous pensions d’une certaine façon qu’être un site de l’UNESCO nous protégerait de l’occupation israélienne. »

Depuis les deux dernières années, le statut de Battir comme village sans colonie a été contesté de front quand un groupe de plus de cent colons israéliens a d’abord essayé de s’emparer du sommet d’une montagne à l’est du village pendant la nuit de Noël 2018 et d’y établir un nouvel avant-poste.

Muamer et ses amis villageois se sont arrangés à l’époque pour faire pression sur les colons afin qu’ils quittent les terres de Battir. Mais six mois plus tard, juste à deux kilomètres dans la vallée d’al-Makhrour, le même groupe de colons a installé un nouvel avant-poste illégal appelé Neve Ori sur les terres de Beit Jala.

Hassan Muamer montre la zone de Battir dont des colons ont essayé de s’emparer au cours des dernières semaines. (Photo: Yumna Patel)

Début juillet, les colons de Neve Ori ont été repérés dans la même partie de Battir dont ils avaient essayé de s’emparer il y a presque deux ans.

« Nous avons d’abord remarqué qu’ils venaient presque chaque jour, circulant alentour avec leurs VTT et amenant leurs moutons paître dans nos oliveraies », a dit Muamer, ajoutant que les colons avaient harcelé les fermiers locaux à plusieurs occasions.

Mais le 6 juillet, la présence des colons est devenue encore plus menaçante, quand les résidents de Battir ont remarqué que les colons avaient apporté une grande tente et des bidons d’eau avec eux.

« Ils ont dit qu’ils voulaient installer une tente agricole dans la région pour pouvoir venir de leur avant-poste à Makhrour et amener leur bétail pour paître ici », a expliqué Muamer, remarquant que les terres entre Beit Jala et Battir forment une vallée contigue avec des chemins pavés, ce qui facilite le trajet des colons entre les deux.

Muamer et ses amis villageois ont immédiatement appelé la police israélienne, leur indiquant qu’il y avait des « voleurs » sur leurs terres. Quand la police et l’armée sont arrivées, ils ont dit aux résidents de Battir que les colons feraient paître leur bétail là jusqu’à 17h seulement et partiraient à ce moment.

Les colons, et finalement les soldats, sont en effet partis. Mais le jour suivant, ils étaient de retour au même endroit et on a dit la même chose aux résidents.

« Presque chaque jour depuis, les colons sont venus sous la protection des soldats pour faire paître leurs moutons ici et provoquer les fermiers de la zone », a dit Muamer.

Vers la fin de juillet, a dit Muamer, les colons ont commencé à arriver de nuit. « Ils ont commencé à faire du feu, trainant dans la zone et allant nager dans un des réservoirs des fermiers ».

« Ils agissent comme si c’est normal, comme si c’est leur terre et qu’ils ont le droit d’être là », a dit Muamer.

Selon le témoignage de Muamer et les rapports dans les médias israéliens, les colons justifent leur prise de contrôle sur les terres de Battir par une ordonnance de 1982 qui déclarait qu’une portion substantielle des terres de la zone était « terre d’état ».

« Nous, les résidents de Battir, n’avons jamais été informés de cette décision de 1982. Nous n’avons pris connaissance de cette confiscation que quand les colons ont commencé à nous la jeter au visage, nous disant qu’ils avaient le droit d’être ici », a dit Muamer.

+972 Magazine a interviewé Lior Tal, le chef des colons qui ont établi Neve Ori, et celui qui mène les tentatives pour s’emparer des terres de Battir. Questionné sur les raisons d’une telle tentative de prise de contrôle, il a dit : « Les Palestiniens m’ont volé la terre ».

« Je veux que tout Battir aille en enfer … L’État d’Israël appartient au peuple juif », a dit Tal à +972, ajoutant « je n’ai pas de problème avec [le fait que les Palestiniens] restent s’ils acceptent les Sept Lois de Noah [un ensemble d’interdits que les juifs orthodoxes considèrent obligatoires pour tous] ou s’ils veulent se convertir. »

Muamer et les villageois disent qu’ils savent ce contre quoi ils résistent. « Ces colons ne sont pas seulement des religieux fanatiques et des nationalistes, ils sont le premier exemple de l’entreprise coloniale d’Israël », a-t-il déclaré.

« Ces colons sont armés, ils ont des organisations sionistes comme le Fond national juif (JNF) pour subventionner leurs efforts, et ils ont l’état les appuyant et les protégeant tout au long de l’entreprise », a t-il dit.

« Les personnes en dehors de la Palestine pourraient voir ces événements comme mineurs et sans importance », a dit Muamer. « Mais nous savons que c’est la manière dont cela commence. Les colons font connaître leur présence sur les terres, ensuite ils établissent un avant-poste, et inévitablement, ils déplacent davantage de Palestiniens. »

Asira al-Shamaliya – Les attaques des colons insufflent une nouvelle vie à la résistance du village

Le village d’Asira al-Shamaliya est un endroit tranquille au nord de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie occupée, connu dans toute la Palestine pour sa délicieuse huile d’olive, une des principales exportations du village.

Le village d’Asira al-Shamaliya dans le district de Naplouse au nord de la Cisjordanie occupée (Photo: Yumna Patel)

Dans un district où les attaques violentes des colons israéliens extrémistes sont fréquentes, Asira al-Shamaliya a réussi à rester à l’abri de la violence des colons pendant des décennies. La dernière tentative des colons d’attaquer le village ou de prendre le contrôle de terres dans la région a été repoussée pendant la Première Intifada.

Le 26 juin, juste quatre jours avant l’échéance pour l’annexion, les locaux ont noté qu’un groupe de colons israéliens armés avait installé une caravane et un abri pour animaux aux abords du village. Il y avait un groupe de soldats israéliens protégeant les colons, stationnés à un avant-poste militaire permanent juste quelques centaines de mètres plus loin.

Les habitants d’Asira al-Shamaliya ont été brusquement confrontés à un problème qu’ils n’avaient jamais eu à affronter auparavant.

« Nous savions que nous devions chasser les colons des terres », a dit à Mondoweiss Hazem Yassin, 45 ans, le maire d’Asira al-Shamaliya. « Ils ont immédiatement établi un cordon autour d’au moins deux dounams [2000 m2] de terres près du nouvel avant-poste, donc c’était seulement une question de temps avant qu’ils n’en prennent davantage. »

Hazem Yassin, le maire d’Asira al-Shamaliya. (photo: Yumna Patel)

Yassin savait qu’il ne pouvait risquer la confiscation des terres du village, particulièrement sur la montagne où les colons avaient établi leur camp. « La zone est remplie d’oliveraies et de propriétés privées », a-t-il dit, ajoutant que sa famille possédait des terres dans cette zone.

Le sommet de la montagne où les colons sont situés est le Mont Ebal de la Bible, ou « Jabal Aybal » en arabe. C’est la plus haute montagne de la Cisjordanie du nord, qui domine la ville de Naplouse et c’est un emplacement extrêmement stratégique.

« Ce n’est pas une surprise qu’ils aient choisi cet emplacement et qu’ils soient arrivés juste au moment du moment de l’annexion », a dit Yassin.

« Si nous devions perdre ces terres, cela dévasterait notre peuple et notre production d’olives », a-t-il dit.

Donc, Yassin et ses amis militants ont décidé d’organiser une manifestation contre la confiscation de la terre. Leur première manifestation a été accueillie par la force violente de dizaines de soldats israéliens, qui ont lancé des gaz lacrymogènes et tiré des balles d’acier enrobées de caoutchouc sur les manifestants, blessant au moins trois personnes.

Des manifestants dans le village d’Asira al-Shamaliya (Photo: Facebook

Le gaz lacrymogène a enflammé une large partie du sommet de la montagne, brûlant des récoltes et des oliviers vieux de plusieurs décennies.

Le 7 juillet, des bulldozers israéliens sont arrivés et ont bâti un large amas de débris sur le chemin principal connectant Asira al-Shamaliya au site de l’avant-poste, empêchant les fermiers locaux d’accéder au sommet de la montagne.

Le barrage routier mis en place par les forces israéliennes à Asira al-Shamaliya. (Photo: Yumna Patel)

Malgré leur échec, les villageois ont organisé une autre manifestation, qui a été encore accueilli par la violence. Les manifestants, qui comprenaient des centaines de locaux et des militants de toute la Cisjordanie agitant des drapeaux palestiniens, ont continué chaque vendredi depuis le 26 juin.

Yassin a même été blessé pendant une des manifestations quand une bombe de gaz lacrymogène l’a frappé au visage, le forçant à se faire hospitaliser.

Mais il s’est juré que les manifestations continueraient jusqu’à ce que les colons soient partis. « Peu importe qui a donné la permission aux colons, que ce soit Netanyahou ou Trump », a-t-il dit. « C’est notre terre, nous sommes ceux qui ont à décider. Et nous ne voulons pas de colons ici — ni maintenant, ni jamais ».

Traduction : CG. pour l’Agence Média Palestine

Source : Mondoweiss




L’illumination du drapeau à Tel Aviv ne peut pas camoufler le rôle d’Israël dans la crise du Liban

Un couple d’Israéliens regarde la mairie de Tel Aviv s’illuminer aux couleurs du drapeau libanais à la suite de l’explosion dévastatrice dans le port de Beyrouth le 5 août 2020.
(Orly Noy)

Par Orly Noy, le 6 août 2020

Après des décennies de guerre et d’occupation, les Israéliens ne devraient pas jouer la surprise quand Libanais et Palestiniens refusent de s’attendrir devant leurs gestes de solidarité.

Dans ce qui a été largement vendu comme un rare moment de compassion entre voisins en guerre, la Municipalité de Tel Aviv a illuminé mercredi soir la mairie aux couleurs du drapeau libanais à la suite d’une explosion dévastatrice à Beyrouth apparemment provoquée par un accident dans un entrepôt de produits chimiques dans le port de la ville. A la suite de l’explosion, qui a tué plus de 100 personnes et en a blessé des milliers d’autres, le gouvernement israélien a déclaré qu’il proposait d’envoyer de l’aide humanitaire pour aider au rétablissement.

Le geste de la municipalité a fait face à un tollé de la part de nombreux cercles de la droite israélienne. Ayelet Shaked, membre de la Knesett du parti Yamina et ancienne ministre de la Justice, a vilipendé ce geste en disant : « Dans un pays convenable, la couleur orange serait proposée ce soir sur la mairie de Tel Aviv pour rappeler le retrait de Gush Katif [en 2005] [les colonies juives de Gaza ; les supporters des colonies avaient choisi l’orange comme symbole de l’opposition au désengagement]. Au lieu de cela, nous avons le drapeau d’un pays ennemi. »

Mais Shaked et ses alliés d’extrême droite n’ont pas été les seuls à être dérangés par le geste de la municipalité. Beaucoup de Palestiniens – ainsi que de nombreux Libanais sur les réseaux sociaux – ont eux aussi été irrités par ce geste, le décrivant comme un acte cynique d’hypocrisie israélienne.

Certain Juifs israéliens de gauche n’ont pas pu comprendre ce qui était si révoltant : oui, disent-ils, Israël poursuit une politique agressive et hostile contre le monde arabe, mais il faut bien partir de quelque part, non ? Quel est le problème avec un petit bout d’empathie humaine envers nos voisins au nord ?

L’empathie est toujours bienvenue. Le problème, cependant, réside dans le fait que les Israéliens – et particulièrement un organe officiel comme la Municipalité de Tel Aviv – retirent la tragédie humaine de Beyrouth de son contexte politique plus large.

Suites des explosions du 4 août 2020 dans le port de Beyrouth.
(Anchal Vohra/VOA via Wikimedia)

L’aspect le plus problématique de ce geste est notre perte de responsabilité. En tant que population décente, pense-t-on généralement, il n’y a pas de raison de nous tenir pour responsables. Après tout, nous abreuvons nos voisins d’empathie.

Mais même si Israël n’a joué aucun rôle dans le désastre actuel à Beyrouth, il joue un rôle essentiel dans le désastre continu au Liban. En réalité, Israël – aux côtés d’Etats comme la Syrie et l’Iran – est depuis des décennies l’un des agents centraux du chaos sanglant qui a tourmenté son voisin du nord et qui a aidé à écraser le délicat tissu politique et social qui y existait depuis des décennies.

On y trouve, mais ce n’est certainement pas tout, le refus depuis 1948 de permettre aux réfugiés palestiniens du Liban de retourner chez eux ; une invasion à grande échelle du pays en 1982 ; la brutale occupation du Liban qui s’en est suivie et qui a duré jusqu’en 2000 ; et une guerre destructrice avec le Hezbollah en 2006, qui a fracassé un pays encore chancelant à la sortie d’une sanglante guerre civile de plusieurs années.

Si la Municipalité de Tel Aviv avait illuminé le drapeau libanais sur la mairie à chaque fois qu’Israël attaquait le Liban, le geste de mercredi soir aurait pris une toute autre signification. Si elle avait agité un drapeau noir chaque fois que les soldats israéliens commettaient un massacre à Gaza, sa solidarité avec Beyrouth ne semblerait pas aussi cynique.

Mais si vous avez soutenu et défendu chacun des actes guerriers d’Israël, ainsi que chaque catastrophe qu’il inflige aux populations qu’il occupe ou à ses voisins, alors ne jouez pas la surprise quand ces voisins ne s’attendrissent pas et ne vous remercient pas pour vos gestes de « solidarité ».

Des soldats israéliens se bouchent les oreilles alors qu’un tank effectue un tir sur le Liban depuis Kiryat Shmona le 20 juillet 2006. (Guy Assayag/Flash90)

Dans les circonstances actuelles, ces gestes apparaissent simplement comme des tentatives de « normalisation » de l’agression israélienne tout en se complaisant dans sa propre image de pays cultivé et démocratique. Ceux qui sont obligés de payer le prix de cette image de soi ont toujours été les Palestiniens dans les territoires occupés et dans les camps de réfugiés à travers le Moyen Orient, dont le Liban.

Le drapeau libanais sur les murs de la municipalité est un rappel de la façon dont Iyad al-Hallaq, jeune autiste palestinien qui a été abattu par la police israélienne en mai dernier à Jérusalem Est, est devenu l’un des symboles des manifestations anti-Netanyahou ces mois derniers à Jérusalem.

Ce meurtre d’un homme sans défense a légitimement choqué beaucoup de gens en Israël ; et étant donnée la déshumanisation incessante des Palestiniens par Israël, les expressions de choc et d »incrédulité devant le meurtre d’al Hallaq n’ont rien de risible. Mais si al-Hallaq n’a droit à notre solidarité qu’à cause de son autisme, alors, là encore, les Israéliens ont extrait sa mort du contexte d’occupation militaire violente et l’ont transformé en rien de plus qu’un cas « humanitaire ».

La décontextualisation se poursuit lorsque nous voyons le nom d’al-Hallaq sur les pancartes des manifestants à côté de celui de Solomon Tekah, adolescent éthiopien israélien qui a été abattu en juin 2019 par un policier qui n’était pas en service, ainsi que d’autres victimes de la violence policière.

Des manifestants portent une banderole réclamant justice pour les assassinats policiers du Palestinien Lyad al-Hallaq et de l’Ethipien israélien Solomon Tkah pendant une manifestationanti-Netanyahou le 1er août 2020 à Jérusalem. (Oren Ziv/ActiveStills)

Alors que la comparaison est amenée par un sentiment élémentaire d’injustice, elle est également trompeuse : al-Hallaq, résident palestinien sans droits en territoire occupé, a été tué par les forces occupantes dont la présence même à Jérusalem Est est destinée à rendre la vie des Palestiniens misérable. Al-Hallas a été assassiné en tant que Palestinien, non pas en tant que personne souffrant de quelque désordre du développement ou comme toute autre victime de violence policière.

Peut-être les manifestants anti-Netanyahou seraient-ils plus avisés s’ils mentionnaient Fadi Sarhan Samara, autre Palestinien qui a été abattu par des soldats près du village de Nabi Saleh en Cisjordanie la veille de l’assassinat d’al-Hallaq ; ou Ahmad Erekat, qui a été tué à un checkpoint par des membres de la Police des Frontières trois semaines avant le meurtre d’al-Hallaq.

A la différence de l’ancien membre de la Knesset Moshe Feiglin, qui a célébré mercredi l’explosion de Beyrouth sur sa page Facebook comme un « magnifique spectacle pyrotechnique », je pense que la plupart des Juifs israéliens ont été consternés devant les images qui arrivaient du Liban. Une grande partie d’entre eux, je présume, ne sont pas seulement émus par le geste symbolique de Tel Aviv, mais aussi par la proposition largement diffusée du gouvernement d’envoyer de l’aide au Liban.

Mais si ce geste de la Municipalité de Tel Aviv n’est rien de plus qu’une forme insipide d’auto-congratulation, alors la proposition du gouvernement israélien – dont les initiateurs ne savent que trop bien qu’elle a très peu de chance d’être acceptée – est tout aussi cynique. Combien de projets d’attaques militaires sur le sol libanais se trouvaient sur la table du gouvernement pendant qu’il offrait de l’aide ?

Cet article a d’abord été publié en hébreu sur Loca Call. A lire ici.

Orly Noy est rédactrice à Local Call, militante politique, et traductrice de poésie et de prose Farsi. Elle est membre du Bureau exécutif de B’Tselem et militante du parti politique Balad. Ses écrits traitent de lignes qui se croisent et définissent son identité en tant que Mizrahie, femme de gauche, femme, migrante temporaire vivant à l’intérieur d’une perpétuelle immigrante et en constant dialogue entre elles.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine




Rashida Tlaib gagne les primaires dans le Michigan

La députée Rashida Tlaib prononce un discours à Washington DC aux États-Unis, le 10 janvier 2019 [Safvan Allahverdi / Anadolu Agency]

Par l’Agence Média Palestine, le 7 août 2020

Mardi dernier, Rachida Tlaib, première démocrate d’origine Palestinienne à siéger au Congrès Américain, a été réélue lors des primaires dans la circonscription de Détroit aux États-Unis.

La députée américaine Rashida Tlaib, l’une des démocrates progressistes les plus visibles du Congrès, a remporté ce mardi les élections aux primaires démocrates contre Brenda Jones, la présidente du conseil municipal de Détroit. Selon les résultats officiels publiés par l’État du Michigan, Tlaib a obtenu 63 650 voix contre 32 582 pour Jones.

Les électeurs démocrates ont été sensibles au programme de la parlementaire, qui prévoit une hausse de salaire minimum de 18 dollars au lieu de 16 ou encore la création d’une assurance maladie universelle dans le 13 ème district de l’État du Michigan, une des régions les plus pauvres des États-Unis et à majorité noire.

Cette victoire écrasante lui assure quasiment une réélection à la chambre des représentants en novembre prochain dès lors que le Michigan est l’un des États les plus démocrates.

Rachida Tlaib est également membre de « Squad » [Équipe], un groupe de quatre femmes parlementaires démocrates comprenant Alexandria Ocasio-Cortez de New York, Ilhan Omar du Minnesota et Ayanna Pressley du Massachusetts, toutes élues en 2018.

Dans un récent tweet suivant sa victoire, la démocrate a déclaré :

Les médias avaient annoncé que j’étais la plus vulnérable du « Squad » [Équipe].

Ma communauté a répondu hier soir et a montré que notre « Squad » était grand. Cela inclut tous ceux qui croient que nous devons nous porter solidaires et donner la priorité aux gens plutôt qu’aux profits. Cette équipe est là pour durer et elle ne fait que s’agrandir.




Le PHROC condamne l’arrestation du défenseur des droits de l’homme Mahmoud Nawajaa

Par ADDAMEER, le 06 août 2020

Le Conseil des organisations palestiniennes des droits de l’homme (PHROC) condamne l’arrestation du défenseur des droits humains Mahmoud Nawajaa. Jeudi dernier, Nawajaa a été arrêté à son domicile par les forces d’occupation israéliennes (IOF). En violation du droit international humanitaire, il a été transféré au centre des interrogatoires d’Al-Jalama à l’intérieur du territoire de 1948. Le PHROC appelle la communauté internationale à intervenir concrètement pour la libération immédiate de Nawajaa et à faire en sorte que les autorités d’occupation israéliennes rendent compte des crimes commis envers les Palestiniens.

Le jeudi 30 juillet 2020 à l’aube, l’OIF a arrêté Mahmoud Nawajaa, un militant de 34 ans, coordinateur du Comité national palestinien du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), à son domicile près de la ville de Ramallah. L’IOF a emmené Nawajaa au centre des interrogatoires d’Al-Jalama[1] à l’intérieur du territoire de 1948.

Le 2 août 2020, à la demande du Shin Bet (service de renseignement intérieur israélien), un tribunal militaire israélien a prolongé la détention de Nawajaa pour une période de 15 jours d’interrogatoire. La demande du Shin Bet était basée sur la soi-disant « enquête sur un dossier secret » et l’association avec un parti illégal. Refusant cette accusation, Nawajaa a confirmé au juge militaire que son activité était purement pacifique et qu’il n’était membre d’aucun parti. Le lundi 4 août 2020, une cour d’appel militaire israélienne a admis un appel déposé par un avocat, désigné par l’Association Addameer de soutien aux prisonniers et des droits de l’homme pour défendre Nawajaa. Le tribunal a réduit la durée de sa détention de 15 à 8 jours. Comme Nawajaa n’a pas pu rencontrer son avocat depuis son arrestation, le juge a soutenu que le tribunal militaire devrait exercer un contrôle sur le processus d’interrogatoire. Notons que, en violation des procédures internationales de procès équitable et des droits consacrés par le droit international des droits de l’homme et le droit international humanitaire, Nawajaa n’a pas rencontré son avocat depuis le moment où il a été arrêté.

Condamnant fermement l’arrestation de Nawajaa, la PHROC :

— rappelle la décision de la Cour européenne des droits de l’homme, datée du 11 juin 2020, qui considère que la condamnation pénale des militants pour leur participation à la campagne BDS viole leur droit à la liberté d’expression, consacré par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme [2].

— souligne que Nawajaa bénéficie d’une protection en raison de son activité BDS et de son opposition aux politiques de discrimination raciale mises en œuvre par l’État colonial israélien à l’encontre des citoyens palestiniens. Cette protection est assurée par la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme, publiée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1998 [3]. — Appelle la communauté internationale à prendre rapidement des mesures pour que la puissance occupante rende compte des crimes commis dans le territoire palestinien occupé, en particulier des atteintes systématiques aux défenseurs des droits de l’homme, et pour assurer la libération immédiate de Nawajaa.

— Affirme que les autorités d’occupation israéliennes n’ont pas le pouvoir de juger les Palestiniens en raison de leur activité politique. Les Palestiniens sont sous juridiction palestinienne, ce qui permet l’action politique, y compris les appels au boycott et l’imposition de sanctions à Israël. Ceci est conforme au droit à la liberté d’expression inscrit dans l’article 19 de la loi fondamentale palestinienne et dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

[1] Selon l’association Addameer Prisoner Support and Human Rights, ce centre d’interrogatoire est situé au carrefour d’Al-Jalama le long de la route principale Haïfa-Nazareth. Réouvert pendant l’Intifada Al-Aqsa, le centre Al-Jalama est un centre de détention de sécurité maximale, où les prisonniers sont détenus jusqu’à la fin de l’interrogatoire. Il est situé dans un bâtiment construit pendant le mandat britannique (www.addameer.org).

[2] http://hudoc.echr.coe.int/eng-press?i=003-6718555-8953654.

[3] Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales universellement reconnus, 1998, https://www.ohchr.org/Documents/Issues/Defenders/Declaration/declaration.pdf.

Traduction : GD pour l’Agence Média Palestine

Source : Addameer




Un cri de ralliement pour la libération queer palestinienne

Par Haneen Maikey, le 30 juillet 2020

Des Palestiniens d’Al Qaws et d’autres organisations queer ou féministes dans une manifestation LGBTQ à Haifa le 29 juillet 2020. (Photo: Angelique Abboud/Al Qaws/Facebook)

Note de la rédaction de Mondoweiss : Haneen Maikey, directrice d’alQaws, a prononcé ce discours devant les manifestants du 29 juillet 2020 à Haïfa.

Tant de choses sont arrivées depuis notre réunion ici l’an dernier, et il y a tant de choses à discuter. Nous sommes ici aujourd’hui parce que la question du genre et de la diversité sexuelle n’a pas quitté les gros titres en Palestine depuis plus de 12 mois. Elle est réapparue encore et encore, dans des discussions politiques et dans des débats sociaux, exposant chaque fois les divergences, les doubles standards et la violence odieuse. Malgré cela, nous avons aussi été témoins de la force et du courage des gays, lesbiennes, bisexuels et trans palestiniens. Nous avons vu nos amis, nos familles et nos alliés élever finalement leurs voix pour soutenir notre lutte.

Nous sommes ici parce que la majorité d’entre nous sommes blessés et épuisés par nos confrontations quotidiennes avec la violence homophobe et transphobe. Mais nous sommes aussi ici parce que nous sommes motivés par l’amour et la rage à continuer cette lutte.

Nous combattrons toutes les tentatives de nous soumettre, que ce soit au nom de traditions sociétales fatiguées ou de fausses moralités. Nous sommes ici aujourd’hui pour rejeter catégoriquement tout ce qui vise à semer la peur, des menaces publiques au chantage physique et émotionnel. Nous ne serons ni effacés ni réduits au silence !

Nous sommes ici pour rejeter la cooptation de notre lutte pour des gains sociaux, politiques et économiques étroits. Les gays, lesbiennes, transgenres et queers palestiniens ne peuvent plus être réduits à un tabou étouffé. Nous ne pouvons plus être muselés par nos hypocrites dirigeants. Les questions LGBT et queer sont des questions qui concerneront toujous notre société dans son ensemble. Il est temps que les autres réalisent que nous sommes ici pour rester et lutter !

« Nous sommes en colère contre la violence patriarcale exercée sur nos corps dans nos rues et nos maisons. Nous sommes en colère contre les structures de contrôle familial sur nos désirs et notre expression de genre. Nous sommes en colère contre les normes oppressives qui dictent notre honte collective à propos de genre et de sexualité.

— alQaws (@alQaws) 28 juillet 2020 »

Nous nous rassemblons ici pour protester contre le silence trompeur des thérapeutes et des communautés médicales qui trahissent leur devoir éthique envers leurs patients en rendant possible la pratique de la thérapie de conversion. Le moins qu’ils puissent faire est de l’appeler par son nom : torture ! Nous demandons que ces professionnels s’expriment sur des questions si centrales pour leur travail ! Les médias ne peuvent plus nous réduire à un sujet brûlant en temps de crise pour obtenir simplement de meilleures évaluations et plus de likes ! Nous demandons un journalisme engagé pour faciliter une discussion publique féconde et saine.

Nous sommes ici pour appeler nos familles à appuyer notre lutte. Si nous comprenons les difficultés que vous pouvez rencontrer, nous vous exhortons à abandonner vos rôles de gardiens des coutumes, des traditions, des réputations et des ouï-dire. Soutenir vos enfants et leur bien-être mental et émoitionnel devrait être votre priorité, pas ce que les gens peuvent dire sur vous ou nous !

Nous sommes venus à Haïfa, de toute la Palestine, pour protester contre la suppression de nos activités et de nos événements — de Jaffa à Naplouse à Ramallah ! Votre persécution ne fait que nous alimenter pour créer des espaces plus vastes, plus puissants, pour la vie queer en Palestine.

Nous sommes venus mettre fin aux tentatives de l’occupation israélienne pour exploiter notre peine et « rosir1 » notre combat. Dans les deux dernières décennies, la propagande coloniale du pinkwashing, bien qu’elle ait été persistante et bien financée, n’a pas été capable de nous effacer ! Les échecs du pinkwashing ont au contraire seulement souligné que la libération queer requiert la libération de la Palestine et de tous les Palestiniens !

À nos amis et à nos soutiens présents à cette manifesation : merci pour votre visibilité. Le changement ne commencera pas sans vous. Ne nous faisons pas utiliser par un discours polarisant. Faisons de la place pour tous les Palestiniens, une place pour la curiosité et les questions. Changeons ensemble. Et que ce changement soit vaste et inclusif !

Nous sommes ici pour affirmer que le changement transformateur vient par le travail infatigable de la communauté LGBTQ palestinienne, tant par son activisme que par l’existence quotidienne en tant que personnes queers. Chaque jour nous combattons la violence contre nous, qu’elle soit à l’intérieur de la maison ou dans les rues.

À nos communautés LGBT et queer dans toute la Palestine : souvenons-nous que notre lutte est profondément enracinée et positionnée contre tous les systèmes d’oppression. Notre lutte doit nous faire avancer vers une libération globale, vers un monde plus juste ! Prenons la responsabilité de notre lutte et de notre peine. Que la faim de mettre en pièces ce monde cruel et d’en construire un nouveau nous alimente.

Et finalement, aux personnes qui n’ont pu être ici avec nous aujourd’hui à cause de la pandémie, ou d’inquiétudes à l’idée d’apparaître en public, ou des barrières coloniales nous fragmentant dans toute la Palestine : nous vous serrons dans nos bras ! Merci aux nombreuses personnes derrière la scène qui ont travaillé sans relâche pour que cette manifestation ait lieu. Nous savons que vous êtes avec nous. Nous savons que vous êtes présents. Nous espérons avoir rendu justice à vos espoirs et à vos rêves, ainsi qu’à votre peine. Nous attendons le temps où nous pourrons tous nous rassembler dans une Palestine libre et libérée !

Ce discours a été originellement publié par Al Qaws le 29 juillet 2020 et reproduit sur Mondoweiss avec leur permission.

Haneen Maikey est la directrice d’alQaws pour la diversité sexuelle et de genre dans la société palestinienne, une organisation de masse qui mobilise toute la Palestine pour construire une communauté parmi les Palestiniens LBGTQ+ et pour promouvoir la justice sexuelle et de genre. Haneen est aussi une voix majeure dans les mouvements transnationaux grandissants qui contestent le colonialisme et le racisme.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : Mondoweiss




La sympathisante de BDS Cori Bush gagne la primaire dans l’élection pour le Missouri

Par Michael F. Brown, le 5 août 2020

Cori Bush, ici tenant un mégaphone, a choqué l’establishment démocrate avec sa victoire lors de la primaire pour le Missouri ce mardi. Lawrence Bryant Reuters

Au cours de l’une des plus remarquables et des plus inspirantes élections primaires dans l’histoire récente, Cori Bush a renversé l’actuel représentant au Congrès, William Lacy Clay Jr., titulaire de longue date.

Lacy Clay et son père ont représenté le premier district du Missouri au Congrès des États-Unis pendant plus d’un demi-siècle.

Bush est une militante de Ferguson, infirmière, pasteure et leader progressiste.

« Cori Bush, une des dirigeantes du mouvement croissant de protestation pour la justice raciale, a renversé le titulaire depuis vingt ans lors de la primaire démocrate à St. Louis. Si elle est élue en novembre, elle sera la première femme noire à représenter le Missouri au Congrès.

— The New York Times (@nytimes) 5 août 2020 »

Son site de campagne souligne son engagement à « combattre bec et ongles pour éradiquer la discrimination ciblée et haineuse et pour rendre possibles des politiques fédérales qui protègent et élèvent TOUS les gens ».

Elle note aussi là : « Je lutte parce que je sais ce que c’est que de vivre de salaire après salaire, d’être accablée par une dette étudiante et médicale et de vivre au jour le jour à St. Louis où la pauvreté est synonyme de violence, où la criminalité est endémique et où notre communauté de sans-abris croît chaque jour.

Attaquée par Lacy Clay d’une manière profondément inquiétante à cause de son soutien au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions, Bush a vivement défendu le BDS et ne l’a pas simplement soutenu en tant que droit à la libre expression comme le fait la plateforme démocrate.

« Cori Bush a toujours été une sympathisante du mouvement BDS et elle exprime sa solidarité avec le peuple palestinien, exactement comme elle l’a été avec les Noirs américains luttant pour leurs propres vies ».

Son équipe de campagne a aussi réagi au poste de Lacy Clay qui « altérait numériquement la couleur de peau de Cori » et l’accusait « à tort et grossièrement » d’antisémitisme parce qu’elle était apparue sur une photo aux côtés de la militante américano-palestinienne Linda Sarsour lors d’un événement interconfessionnel pour protester contre la mise en cage d’enfants migrants par le gouvernement des États-Unis.

Dans sa réponse, sa campagne a accusé Lacy Clay d’utiliser la photo « pour attiser des peurs d’antisémitisme et pour promouvoir l’islamophobie, deux choses inacceptables »

« La déclaration de notre campagne sur le dernier post de @LacyClayMO1 :

— Cori Bush (@CoriBush) 1er août 2020 »

L’excitation de la communauté de défense des droits de Palestine face à sa victoire est palpable.

« Parler vrai au pouvoir, combattre pour le peuple & défendre la justice pour tous. Voilà comment vous GAGNEZ ! Merci @CoriBush pour exprimer résolument votre solidarité avec le peuple palestinien. Félicitations! #BDS

— Huwaida Arraf (@huwaidaarraf) 5 août 2020 »

« Et maintenant aussi l’incroyable organisatrice de #BLM [Black Lives Matter, Les Vies noires comptent] @coribush ! Son adversaire a essayé de la calomnier à propos de #BDS et a échoué, ce qui rend sa victoire encore plus douce

— Rebecca Vilkomerson (@RVilkomerson) 5 août 2020 »

« Cori Bush défend BDS et gagne

— Remi Kanazi (@Remroum) 5 août 2020 »

La solidarité entre les Noirs et les Palestiniens, qui émerge du mouvement de Ferguson Black Lives Matter [Les Vies noires comptent] devrait s’intensifier, puisque Bush devrait gagner en novembre et rejoindre ses collègues Rashida Tlaib et Ilhan Omar, sympathisantes du BDS, à Washington.

Mardi, Tlaib a habilement battu son adversaire des primaires, garantissant de manière presque certaine qu’elle retournera au Congrès après l’élection générale de novembre.

Omar affrontera la primaire la semaine prochaine. Des groupes pro-Israël acheminent d’énormes sommes d’argent à son adversaire.

Les démocrates de l’establishment devraient se préparer à un changement attendu depuis longtemps. Les victoires aux primaires de Jamaal Bowman et de Bush envoient un message très fortement progressiste.

Michael F. Brown est un journaliste indépendant. Son travail et ses opinions sont parus dans The International Herald Tribune, TheNation.com, The San Diego Union-Tribune, The News & Observer, The Atlanta Journal-Constitution, The Washington Post et ailleurs.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




L’UE doit obtenir la libération du défenseur palestinien des droits de l’homme et militant BDS, Mahmoud Nawajaa

Par la Coordination européenne des comités et associations pour la Palestine (ECCP), le 6 août 2020

À l’attention :

du haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères, Mr Josep Borell,

du chef de la délégation de l’Union en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, Mr Tomas Niklasson

Le 30 juin, des dizaines de soldats armés de l’occupation israélienne ont arrêté le défenseur palestinien des droits de l’homme Mahmoud Nawajaa, en pleine nuit, à son domicile près de Ramallah, ils l’ont menotté et lui ont bandé les yeux devant sa famille, et ils l’ont conduit à la prison de Jalameh, un centre d’interrogatoire haute sécurité à l’intérieur de l’État d’Israël. Mr Nawajaa est un dirigeant communautaire respecté et il est le coordinateur général du Comité national palestinien du BDS (1). 

Depuis son arrestation, les autorités israéliennes détiennent Mr Nawajaa sans inculpation et elles lui refusent le droit de rencontrer ses avocats. En outre, sa détention dans la prison de Jalameh, qui se trouve à l’intérieur de l’État d’Israël, constitue un acte de déportation illégale, une violation grave de la Quatrième Convention de Genève (articles 49 et 147), et un crime de guerre en vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (article 8²) (2).

L’arrestation du militant palestinien Mahmoud Nawajaa par les soldats israéliens est une tentative de plus pour réprimer les défenseurs palestiniens des droits de l’homme et les dirigeants communautaires,  et, en particulier, de le persécuter en tant que responsable du mouvement non violent, dirigé par les Palestiniens, de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) qui conduit une résistance civile mondiale au régime d’apartheid qu’Israël impose au peuple palestinien.

Cependant, cette arrestation n’est pas un incident isolé ; récemment, de nombreux dirigeants de la communauté palestinienne et étudiants palestiniens ont été incarcérés dans des prisons et centres de détention israéliens. Aujourd’hui, quelque 4700 prisonniers politiques sont détenus dans les prisons israéliennes, dont 160 enfants et 365 personnes internées sans inculpation ni procès dans le cadre de la détention administrative.

Il est important de noter que la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid définit la « persécution d’organisations et de personnes par la privation des droits et libertés fondamentaux au motif qu’elles s’opposent à un apartheid » comme étant l’un des actes inhumains commis pour maintenir un système d’apartheid. Nous sommes fermement convaincus que ces arrestations, y compris celle de Mr Nawajaa, s’inscrivent dans un tel mode de persécution.

Mahmoud Nawajaa est l’un des principaux défenseurs palestinien des droits de l’homme, il est très estimé en Palestine et dans le monde pour son plaidoyer inlassable et fervent en faveur des droits de son peuple, les indigènes palestiniens, et du BDS en tant que moyen pour aider à la réalisation de ces droits. Front Line Defenders, l’un des groupes de défense des droits de l’homme les plus respectés au monde, spécialisé dans la protection des défenseurs des droits de l’homme, a demandé sa libération immédiate.

« L’UE », comme l’a exprimé dans une déclaration Madame Federica Mogherini, alors haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, « tient bon dans la protection de la liberté d’expression et de la liberté d’association, conformément à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, (…) y compris en ce qui concerne les actions du BDS ».

En plus, le 11 juin, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a décrété à l’unanimité que l’appel au boycott d’Israël est reconnu comme un droit civil.

L’UE s’est également engagée à soutenir et à protéger les défenseurs des droits de l’homme dans les pays non membres de l’UE, conformément à ses directives sur les défenseurs des droits de l’homme.

Nous, Coordination européenne des comités et associations pour la Palestine, coalition de 40 organisations de la société civile et ONG de 20 pays européens, nous nous joignons aux appels déjà nombreux pour la libération immédiate de Mahmoud Nawajaa.

Nous vous demandons, à vous représentants de l’UE, de préciser quel type d’actions l’UE va entreprendre pour assurer la libération immédiate de Mr Nawajaa et de tous les prisonniers palestiniens détenus sans inculpation ni procès.

En outre, nous estimons qu’il est grand temps pour l’UE d’aller au-delà de la critique des violations des droits de l’homme et du droit international commises par Israël, et de prendre des mesures concrètes.

Il est temps que des mesures concrètes soient mises en œuvre par l’UE et les gouvernements européens, et notamment la suspension de l’Accord d’association UE-Israël et l’exclusion de la participation aux Programmes-cadres de l’UE qui sont financés par l’argent des contribuables européens. L’UE a des outils à sa disposition qui peuvent changer les dynamiques dangereuses sur le terrain et renforcer l’efficacité d’une responsabilisation, et de la responsabilité internationale, telles qu’exposées dans les lois internationales et européennes.

(1)              Le Comité national palestinien du BDS (BNC) est une large coalition de plus de 200 organisations de la société civile palestinienne – ONG, syndicats, groupes confessionnels, organisations artistiques, communautaires et de réfugiés – et il dirige le mouvement mondial et pacifique de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) pour la liberté, la justice et l’égalité pour tous les Palestiniens. Le BDS est un mouvement antiraciste et anticolonial qui s’inspire largement du mouvement anti-apartheid sud-africain et de celui des droits civiques aux États-Unis.

(2)              Article 8², paragraphe 2, point a) vii) du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Articles 49 et 147 de la Quatrième Convention de Genève.   

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine

Source : ECCP




Israël, le destructeur du Liban, se pose en sauveur

Par Tamara Nassar, le 6 août 2020

Des jeunes filles israéliennes à Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël, écrivent des messages sur des obus d’artillerie lourde avant qu’ils ne soient tirés sur le Liban le 17 juillet 2006. L’attaque israélienne de cet été-là a visé les civils et les infrastructures, causant des morts et des destructions massives. Sebastian Scheiner AP Photo

Même au milieu de la catastrophe, l’hypocrisie d’Israël ne connaît pas de limites.

Une explosion massive a secoué Beyrouth mardi, tuant au moins 135 personnes, en blessant plus de 5 000 et déplaçant des centaines de milliers d’autres.

Le nombre de morts va probablement augmenter, les sauveteurs fouillent la capitale libanaise dévastée.

L’explosion n’a guère épargné la ville, les citoyens ont publié des photos et des vidéos de maisons détruites, de voitures endommagées et d’immeubles effondrés dans toute la ville.

Les causes de l’explosion font toujours l’objet d’une enquête. Les autorités libanaises l’ont reliée à 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées depuis six ans dans des entrepôts du port sans précautions de sécurité.

Aujourd’hui, Israël exploite cette tragédie pour effacer ses propres crimes contre le Liban, détourner l’attention de l’occupation militaire et polir son image – une stratégie de propagande appelée « bluewashing » [lavage bleu].

Bluewashing

Israël a annoncé par la voie diplomatique, qu’il offrait au Liban une aide humanitaire.

J’adresse mes plus sincères condoléances aux habitants de Beyrouth en ces temps difficiles et je souhaite un prompt rétablissement à tous les blessés.

– Yair Lapid (@yairlapid) 4 août 2020

Nous partageons la douleur du peuple libanais et tendons sincèrement la main pour offrir notre aide en ces temps difficiles.

– Reuven Rivlin (@PresidentRuvi) 4 août 2020

Sous la direction du @Israel_MOD et du @IsraelMFA, Israël a proposé d’envoyer une aide humanitaire et médicale au Liban par des canaux sécuritaires et internationaux. Il est temps de transcender le conflit.

– Forces de défense israéliennes (@IDF) 4 août 2020

« C’est le moment de transcender le conflit », a tweeté le compte-rendu officiel de l’armée israélienne.

Mercredi soir, Tel-Aviv a même illuminé son hôtel de ville avec le drapeau libanais.

Le bâtiment de l’hôtel de ville est éclairé ce soir avec le drapeau libanais. Nos cœurs et nos pensées sont avec le peuple libanais et tous ceux qui sont touchés par la terrible catastrophe de #Beyrouth.

– Tel Aviv (@TelAviv) 5 août 2020

Cette hypocrisie à couper le souffle n’a pas échappé aux utilisateurs de Twitter qui ont posté des images notoires prises lors de l’invasion israélienne de 2006 montrant des enfants israéliens en train d’écrire des messages sur des obus d’artillerie avant que l’armée ne les tire sur le Liban.

Vos paniers cadeaux seront-ils signés tout comme vos missiles ?

– فادي XCX (@apoIlon) 4 août 2020

« Vos paniers cadeaux seront-ils signés comme vos missiles ? » a écrit un utilisateur de médias sociaux.

Les offres d’aide « humanitaire » proviennent du même pays qui a tué et blessé des dizaines de milliers de civils palestiniens et libanais et qui menace régulièrement de détruire les infrastructures civiles du Liban, comme il l’a fait à maintes reprises.

Lors de l’invasion de 2006, Israël a tiré plus d’un million de bombes à sous-munitions sur le pays.

« Ce que nous avons fait était fou et monstrueux, nous avons couvert des villes entières de bombes à fragmentation », a déclaré un officier de l’armée israélienne au journal Haaretz de Tel Aviv.

Au cours de cette guerre, Israël a largué quelque 7 000 bombes et missiles, et a bombardé toutes les régions du Liban avec de l’artillerie terrestre et également navale.

Plus de 1 100 personnes ont été tuées et quelque 4 400 blessées, la grande majorité étant des civils.

Une enquête menée par Human Rights Watch a complètement démenti les affirmations d’Israël selon lesquelles le bilan effroyable était le résultat de « dommages collatéraux » parce que les combattants du Hezbollah se cachaient parmi les civils ou les utilisaient comme « boucliers humains ».

Human Rights Watch a conclu qu’Israël ciblait sans discrimination des zones civiles – une stratégie connue sous le nom de « Doctrine Dahiya« , d’après le nom de la banlieue sud de Beyrouth qu’Israël a délibérément aplatie.

Et les dirigeants israéliens menacent fréquemment de recommencer.

En 2018, par exemple, Yisrael Katz, un membre éminent du gouvernement du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, a menacé de bombarder le Liban jusqu’à « l’âge de pierre » et « l’âge des hommes des cavernes ».

Et il y a quelques jours à peine, après avoir affirmé que les combattants du Hezbollah avaient tenté d’attaquer l’armée israélienne de l’autre côté de la frontière, Nétanyahou a fait allusion à la guerre de 2006.

Le 27 juillet, le leader israélien a déclaré qu’en 2006, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, « a commis une grave erreur en mettant à l’épreuve la détermination d’Israël à se défendre et l’État libanais a payé un lourd tribut pour cela ».

« Je suggère qu’il ne répète pas cette erreur », a ajouté M. Netanyahou – une menace à peine voilée de répéter la même destruction massive.

Nétanyahou a répété ses menaces quelques heures seulement avant l’explosion de Beyrouth.

Nous avons frappé un groupe et maintenant nous frapperons ceux qui l’ont envoyé. Nous ferons tout ce qui doit être fait pour nous défendre. Je conseille à tout le monde, y compris au Hezbollah, d’en tenir compte.

Ce ne sont pas des déclarations vaines, mais plutôt des déclarations de haut calibre de l’État d’Israël et des FDI, et il vaut la peine de les traiter sérieusement.

– Benjamin Netanyahu (@Israelipm_ar) 4 août 2020

Répandre des rumeurs

Pour une efficacité maximale de propagande, Israël insisterait pour garder des inscriptions en hébreu sur tout envoi d’aide qui pourrait atteindre le Liban – bien que le Liban soit presque certain de rejeter une telle aide.

Mon reportage exclusif sur @kann_news : Israël est à un stade avancé du transfert d’une aide spécifique au Liban par l’intermédiaire des Nations unies. Israël a commencé à préparer la logistique de ce transfert et souhaite conserver le texte en hébreu sur l’équipement lui-même, afin de savoir clairement qui a envoyé l’aide

– Gili Cohen (@gilicohen10) 5 août 2020

Parallèlement, Israël s’est empressé de répandre des rumeurs infondées accusant le Hezbollah d’être à l’origine de l’explosion.

Absolument aucune preuve de ce genre n’a été émise.

Suite à la tragédie de Beyrouth, Israël a officiellement offert une aide humanitaire au Liban. Et ce, bien qu’il soit prouvé que l’explosion provenait d’un dépôt de munitions du Hezbollah

Nos pensées vont vers le peuple libanais. 🇱🇧

Lire la suite : https://t.co/hJhVb76ZKh pic.twitter.com/mdYQP4gJTA

– 4IL (@4ILorg) 5 août 2020

L’ONU fait la promotion d’Israël

Israël viole régulièrement l’espace aérien et la souveraineté du Liban, en faisant voler des avions sans pilote et des avions de chasse au-dessus du sud du pays et même sur sa capitale.

Au lieu de condamner ces violations et de demander justice pour les victimes des crimes de guerre israéliens au Liban, Nickolay Mladenov, l’envoyé de l’ONU pour la paix au Moyen-Orient, a loué l’aide apportée par Israël :

Une tragédie insondable se déroule à Beyrouth. La région et le monde doivent s’unir pour aider le peuple libanais à traverser cette période d’angoisse. #Israël a déjà offert son aide par l’intermédiaire des Nations unies. #BeyrouthBlast

– Nickolay E. MLADENOV (@nmladenov) 4 août 2020

Mladenov semble utiliser cyniquement cette tragédie comme une opportunité pour faire avancer un programme politique de normalisation des liens régionaux avec Israël.

Le compte Twitter de propagande en langue arabe d’Israël a continué à diffuser des affirmations éhontées de « solidarité » avec le peuple libanais :

De nombreux Israéliens, à travers leurs comptes rendus sur les réseaux sociaux, ont exprimé leur solidarité avec le peuple libanais après la violente explosion qui a secoué Beyrouth, envoyant un prompt rétablissement aux blessés

– Israël en arabe (@IsraelArabic) 5 août 2020

D’Israël, notre cœur est avec le peuple libanais. Une lettre d’amour des Israéliens au peuple libanais #L’explosion du port #Beyrouth_Nos coeurs

– Israël en arabe (@IsraelArabic) 5 août 2020

Israël s’est rendu au Liban par le biais d’agences de sécurité médicale et politique internationales et le gouvernement libanais doit fournir une assistance médicale humanitaire.

– Israël en arabe (@IsraelArabic) 4 août 2020

Regardez : Les Israéliens partagent un message de soutien et de solidarité avec le peuple du #Liban, à la suite du #BeirutBlast.

Nous souhaitons un prompt rétablissement aux personnes touchées par l’explosion. 🇮🇱🇱🇧

– Israël ישראל (@Israël) 5 août 2020

Cependant, tout le monde n’était pas concerné par le message.

Moshe Feiglin, l’ancien vice-président de la Knesset en Israël, a célébré l’explosion à Beyrouth comme un « spectacle pyrotechnique spectaculaire » et une « merveilleuse célébration » coïncidant avec une date que les Juifs marquent comme une fête de l’amour.

C’est ce même Feiglin qui, lors de l’assaut israélien de 2014 sur Gaza, a proposé un plan visant à « concentrer » les Palestiniens dans des camps frontaliers et à « exterminer » tous ceux qui résisteraient, tout en détruisant tous les logements et infrastructures civils.

Mais la plupart des politiciens israéliens ont apparemment reçu le mémo que ce genre de déclarations ne sont pas l’image qu’Israël veut donner.

Même si Israël illumine l’hôtel de ville de Tel-Aviv dans une manifestation cynique de soutien, peu de Libanais oublieront qu’il y a presque 14 ans jour pour jour, Israël illuminait le ciel du Liban avec des missiles et des bombes.

Destruction israélienne de Beyrouth 2006

– Fouad (@fouadromieh) 5 août 2020

Ali Abunimah a contribué au reportage.

Traduction : GD pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




Les forces israéliennes saisissent un bulldozer et remettent des ordres d’arrêt de construction

Par Ali Salam, le 3 août 2020

Samedi, les forces israéliennes ont arrêté la construction d’une conduite d’eau dans le village palestinien d’Atouf, près de Tubas, au nord de la Cisjordanie occupée, ont dit des sources locales.

Le maire du village, Abdullah Besharat, a dit à l’Agence de Presse palestinienne WAFA que l’armée israélienne avait ordonné au conducteur d’un bulldozer d’arrêter de travailler sur le site.

Besharat a ajouté que le but du projet était de fournir de l’eau potable aux éleveurs de bétail d’Atouf et des villages environnants dans la Vallée du Jourdain.

Selon le Centre Palestinien d’Information, les soldats israéliens ont confisqué l’un des bulldozers possédés par les Palestiniens et en ont chassé un autre dans le village d’Atouf, dans la Vallée du Jourdain.

Pendant ce temps, les autorités israéliennes ont remis des ordres d’arrêt de construction contre une propriété appartenant à des Palestiniens dans le village d’al-Walaja près de la ville de Bethléem, au sud de la Cisjordanie.

D’après des sources locales, les soldats israéliens ont envahi la zone d’Ein Juwaiza dans le village d’al-Walaja, au nord-ouest de Bethléem, et ont distribué des avis ordonnant aux résidents locaux d’arrêter à l’avenir toute construction de maisons, de murs de soutènement et de puits pour l’eau.

L’article 17 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations unies déclare :

(1) Toute personne aussi bien seule qu’en collectivité a droit à la propriété.

(2) Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : IMEMC news




Les chrétiens de Palestine lancent un cri pour l’espoir, pour mettre fin « à l’exclusivité et à l’apartheid »

Dans un document décisif rendu public en juillet, les chrétiens palestiniens exhortent leurs soutiens à agir pour mettre fin à l’occupation d’Israël, y compris par des boycotts d’Israël.

Par Jeff Wright, le 30 juillet 2020

Des policiers israéliens montent la garde sur la Via Dolorosa devant des chrétiens orthodoxes en chemin vers l’Église du Saint Sépulcre, pendant les processions du Vendredi saint, qui retracent la route que les chrétiens croient être celle suivie par Jésus lors de sa crucifixion, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 10 avril 2015. (Photo: Saeb Awad/APA Images)

Dans un document décisif publié plus tôt en juillet, des chrétiens palestiniens exhortent les églises du monde entier à faire peser leur influence sur ce qui arrive dans le berceau de la chrétienté, en insistant que : « Nous ne pouvons pas servir Dieu tout en restant silencieux devant l’oppression des Palestiniens ».

Global Kairos for Justice, une communauté de défenseurs des droits humains — des chrétiens palestiniens, leurs amis et leurs soutiens du monde entier —, a rendu public « Un cri pour l’espoir : un appel décisif à agir », demandant à leurs soutiens chrétiens de signer cet engagement et d’agir pour mettre fin à l’occupation d’Israël, y compris par des boycotts d’Israël.

« En tant que disciples de Jésus, notre réponse aux idéologies d’exclusivité et d’apartheid est de soutenir une vision d’inclusivité et d’égalité pour tous les peuples du pays et de lutter constamment pour la réaliser », dit la proclamation.

Ce document suit la tradition de la déclaration du pasteur allemand Dietrich Bonfhoeffer — un status confessionis [une confession de foi]—quand il argua en 1933 que le déni par les Nazis des droits des juifs n’offrait à l’église allemande que le choix de se dresser pour résister au régime nazi ou de rester les bras croisés et perdre alors tout droit à prétendre suivre les enseignements de Jésus. Au cours de l’histoire, le terme de status confessionis a été utilisé par l’église pour décrire une crise morale et la réponse de l’église, qui détermine sa fidélité.

Se faisant l’écho du langage d’un status confessionis, « Un cri pour l’espoir » déclare : « L’être même de l’Église, l’intégrité de la foi chrétienne et la crédibilité de l’Évangile sont en jeu ».

Rifat Kassis, coordinateur général du groupe Global Kairos for Justice, à l’origine de l’appel, a expliqué : « Le Corps du Christ ne peut rester les bras croisés alors que les dirigeants du monde et la communauté internationale piétinent les droits des Palestiniens à la dignité, à la justice et à l’auto-détermination selon le droit international ».

Traduit en 13 langues, le document souligne que la situation se détériore pour les Palestiniens : l’adoption par Israël de la Loi de l’État-nation en 2018 ; les actes récents du gouvernement de Trump incluant le soutien aux colonies israéliennes en Cisjordanie ; le déplacement de l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem ; la déclaration du secrétaire d’État en 2019 selon laquelle, contrairement à la Convention de Genève, les États-Unis ne considèrent plus les colonies de Cisjordanie comme « incompatibles avec le droit international » : et le plan prétendu « De la paix à la prospérité » de la Maison blanche.

« Ces développements rendent d’autant plus clair que nous sommes arrivés à la fin de l’illusion selon laquelle Israël et les puissances mondiales auraient l’intention d’honorer et de défendre les droits du peuple palestinien à la dignité, à l’auto-détermination et les droits humains fondamentaux garantis par le droit international, y compris le droit au retour des réfugiés palestiniens », dit « Un cri pour l’espoir ».

La publication de « Un cri pour l’espoir » vient à un moment de crises mondiales, alors que l’attention du monde est dirigée vers les plus vulnérables. Global Kairos for Justice, une coalition de chrétiens engagés d’une large variété d’églises et d’organisations liées impliquées dans l’usage de moyens non-violents pour mettre fin à l’occupation israélienne, soutient les mouvements du monde entier qui cherchent à faire reculer les structures du racisme, du nettoyage ethnique, des violations des droits humains et de l’exploitation abusive de la terre et de ses ressources. Le 23 juin, le groupe a fait circuler sa « Déclaration de solidarité avec le mouvement Black Lives Matter [La Vie des Noirs compte]. »

Global Kairos for Justice etson « Cri pour l’espoir » se sont développés à partir d’un document publié par Kairos Palestine en 2009. Le document « Un moment de vérité —un mot de foi, d’espoir et d’amour du coeur de la souffrance palestinienne » était signé de toutes les organisations chrétiennes de Palestine historiquement reconnues et appuyé par les chefs des églises de Jérusalem. Basé dans la cité cisjordanienne de Bethléem, Kairos Palestine se décrit comme « le mouvement chrétien palestinien oecumémique non violent le plus étendu ». Une foule d’organisations de la société civile palestinienne travaillent étroitement avec Kairos Palestine, comme l’YMCA, l’YWCA, Wi’am: le Centre palestinien de transformation des conflits, et l’Institution éducative arabe (chapitre palestinien de Pax Christi).

« Un moment de vérité » est plus qu’une déclaration théologique. C’est un manifeste qui esquisse la base et la stratégie pour que les chrétiens de Palestine et d’autres dans le monde entier combattent

l’occupation d’Israël dans le contexte du droit international et selon le commandement de Jésus d’aimer même son ennemi. Soulignant que la « résistance à ce qui est mal est un droit et un devoir pour le chrétien », « Un moment de vérité » proclame qu’ « il a comme logique la résistance avec l’amour ». Selon ses auteurs, « seul l’amour a le pouvoir de libérer tant l’oppresseur que l’opprimé ».

Ces déclarations suivent la tradition de la théologie de la libération, en rapprochement avec la préférence de Dieu pour le pauvre et l’opprimé. Elle définit la mission de l’église en liant l’esclavage des Hébreux en Égypte et la vie et le ministère de Jésus sous occupation romaine avec les situations contemporaines de l’oppression favorisée par l’état. La théologie de la libération est née au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle des souffrances des marginalisés en Amérique latine. Des pasteurs catholiques romains autochtones ont interprété la mission de Jésus non comme un appel à la vie dans l’au-delà, mais comme un travail pour la justice et le souci de la création ici et maintenant.

Encouragée par « Un moment de vérité » de Kairos Palestine en 2009, la théologie de la libération a trouvé une place dans d’autres mouvements pour la justice. Un des appuis de « Un cri pour l’espoir » est John Dayal, une voix éminente en Inde sur les droits humains et la liberté religieuse, travaillant avec les Intouchables et les membres de tribus. Dans les configurations européennes et américaines (du Nord et du Sud), les défenseurs des droits palestiniens travaillent dans leurs propres contextes, insistant sur la dignité, l’humanité et les droits des immigrants et des minorités raciales ou ethniques. « Je lutte pour la Palestine parce que je lutte pour les sans-terre du Brésil, et, maintenant, pour les affamés d’Angola », a écrit Fernando Bortoletto Filho, directeur exécutif de l’Association des séminaires théologiques évangéliques.

En Corée du Sud, Yong-Bock Kim, chancelier du Centre d’Asie Pacifique pour l’Étude intégrale de la vie, a écrit à propos de son expérience d’être né et élevé dans « un territoire colonisé de l’Empire ». Dans son appui à « Un cri pour l’espoir », Kim écrit que Kairos Palestine expose « la Chrétienté d’aujourd’hui dans ses relations symbiotiques avec les pouvoirs — l’hégémonie géopolitique du pouvoir politique des États-Unis et son armée, son complexe médiatique, intellectuel et technocratique sont profondément enchevêtrés avec la Chrétienté […] Le mouvement Kairos Palestine a rendu beaucoup de gens conscients de cette réalité ».

« Un cri pour l’espoir » encourage les chrétiens et leurs partenaires à « se dresser contre la théologie de l’Empire, un ordre mondial de domination se manifestant dans l’oppression raciale, économique, culturelle et écologique qui menace l’humanité et toute la création ».

Des manifestants palestiniens tiennent des banderoles pendant une manifestation contre des actes de vandalisme sur les sites chrétiens d’Israël et de Cisjordanie occupée, à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem le 6 octobre 2013. (Photo: Saeed Qaq/APA Images)

Un avenir commun

« Un cri pour l’espoir » décrit sept actions pour mettre fin à l’oppression du peuple palestinien. Il y a dans le document une critique implicite des églises chrétiennes — des chrétiens progressistes ou évangéliques qui n’ont pas parlé clairement et fermement à propos du calvaire de leurs soeurs et de leurs frères palestiniens, et des communautés de foi plus progressistes qui hésitent à désigner la situation actuelle en Israël et en Palestine comme un apartheid et qui ne s’avancent pas jusqu’à recommander à leurs paroissiens et à leurs départements financiers de s’engager dans le boycott et le désinvestissement. Le document est critique des églises qui embrassent la théologie et l’idéologie politique du sionisme, que les auteurs considèrent comme « un mauvais usage de la Bible ».

Depuis sa publication plus tôt en juillet, près de 400 théologiens et militants séculiers de plus de quanrante pays ont appuyé le « Cri pour l’espoir » palestinien. Plus de 8000 personnes ont rejoint une campagne de signatures mondiale, s’engageant à accomplir au moins une des actions recommandées.

Jeremiah Wright, pasteur émérite de la Trinity United Church of Christ à Chicago, décrit « Un cri pour l’espoir » comme « une étape dans la bonne direction pour former la communauté aimée dont Martin Luther King, Jr. a parlé. Le ‘Cri pour l’espoir’ honore à la fois la cause palestinienne et les inquiétudes israéliennes ; et il appelle à un chemin vers la justice qui est non-violent et respecte tous les enfants de Dieu qui sont faits à l’image de Dieu. Il n’est pas partisan. Il n’est pas amer. Il n’est pas antisémite. Il est prophétique et profond et il a mon soutien entier. »

« Les Palestiniens ont été étranglés depuis des décennies. Nous ne pouvons pas les laisser suffoquer plus longtemps. Le silence est complice de la suffocation », a écrit Luke Pato, évêque anglican de

Namibie, dans son approbation au nom de l’Eglise anglicane d’Afrique méridionale. D’autres approbations d’Afrique méridionale viennent d’Allen Boesak, Professeur de théologie de la libération noire et d’éthique à l’université de Pretoria et de Moss Nthla, secrétaire général de l’Alliance évangélique d’Afrique du Sud.

« Un cri pour l’espoir » a reçu le soutien d’organisations et de dirigeants musulmans et juifs. « L’injustice faite à un seul est une injustice faite à tous », dit l’imam et khatib Mirza Yawar Baig en Inde. « C’est le principe de l’Islam, où l’assassinat d’une personne innocente (pas seulement si elle est musulmane) équivaut à l’assassinat de toute l’humanité et où le sauvetage d’une vie innocente est comparable au sauvetage de toute l’humanité ».

Le conseil rabinique de Jewish Voice for Peace a dit dans une déclaration approuvant le document : « Nous nous dressons solidairement contre le mauvais usage des Écritures pour promouvoir l’occupation et le déplacement du peuple palestinien et nous résistons conjointement aux politiques qui promeuvent et institutionalisent l’apartheid et le racisme ».

« Un cri pour l’espoir » a été approuvé par le Conseil des Eglises du Moyen Orient. La Secrétaire générale Dr. Souraya Bechealany a déclaré : « Un cri pour l’espoir est notre cri pour la justice. Nous signons par conviction en tant qu’institution représentant toutes les églises de la région ». « Notre lutte pour la justice et les droits », a-t-elle dit, « ne cessera jamais. Elle est notre raison d’être en tant que chrétiens. »

Le document se termine par un mot adressé à la fois aux Israéliens et aux Palestiniens. « Nous continuons à nous accrocher fermement à l’espoir […] que Palestiniens et Israéliens ont un avenir commun — que nous pouvons organiser notre vie politique, avec toute sa complexité, selon la logique de l’amour et de son pouvoir après avoir mis fin à l’occupation et établi la justice ».

Reste à voir comment l’Église — les chrétiens individuellement, leurs institutions et les défenseurs de la justice dans le monde — répondent au cri sincère et pressant des Palestiniens.

Jeff Wright

Jeff Wright est un pasteur à la retraite de l’Église chrétienne des Disciples du Christ et sert actuellement comme collaborateur en mission à Kairos Palestine.

Traduction : CG. pour l’Agence Média Palestine

Source : Mondoweiss




La Palestine en photos : Juillet 2020

Par The Electronic Intifada, le 2 août 2020

Des Palestiniens manifestent contre les projets d’Israël d’annexer officiellement la terre de Cisjordanie, Ramallah le 1er juillet. (Shadi Jarar’ah/ APA images)

Ibrahim Abu Yaqoub, 29 ans, a été tué d’une balle dans le cou par des soldats qui ont prétendu que l’homme qu’ils ont abattu et un camarade jetaient des cocktails Molotov contre un poste militaire. Le maire de Salfit, gouvernorat de Cisjordanie, où a eu lieu le tir, a dit qu’Abu Yaqoub a été tué sans justification.

Jusqu’ici cette année, vingt-six Palestiniens sont morts sous les tirs israéliens, 17 d’entre eux en Cisjordanie.

A Rafah, au sud de Gaza, Aseel Mahmoud Hamad Dheir, 34 ans, est mort de ses blessures subies lors d’une attaque aérienne d’Israël de l’été 2014 sur sa maison.

Environ 2.200 Palestiniens de Gaza ont été tués pendant les 25 jours de bombardements cet été là, dont environ 1.500 civils, dont un tiers étaient des enfants.

Egalement courant juillet, un prisonnier palestinien en longue peine est mort après une détention de 26 ans par Israël. Les associations palestiniennes de défense des droits de l’homme et les partis politiques ont accusé Israël de négligence médicale pour la mort de Saadi al-Gharabli, 75 ans.

Coronavirus

Israël a continué de refuser aux prisonniers palestiniens détenus dans des centres de détention surpeuplés les protections élémentaires contre la COVID-19. La plus haute juridiction de l’État a décrété en juillet que les prisonniers palestiniens n’avaient pas droit à la distanciation physique.

Les cas de coronavirus ont fait un bond en juillet en Israël et en Cisjordanie. L‘épicentre du démarrage de l’épidémie en Cisjordanie ce fut Hébron, suivie par Jérusalem Est, où Israël n’a pas mis en place de centres de dépistage dans un délai convenable et a retardé la livraison d’équipements essentiels par les hôpitaux.

Au 1er août, il y avait plus de 15.000 cas confirmés de COVID-19 en Cisjordanie et à Gaza, avec 85 décès depuis début mars.

On a détecté de nouveaux cas parmi les voyageurs de retour à Gaza, où il n’y a pas eu jusqu’ici de flambée de l’épidémie dans la communauté, et un décès.

La réponse d’Israël à la COVID-19 a dénié leurs droits fondamentaux aux Palestiniens des deux côtés de la Ligne Verte, a déclaré une association de défense des droits de l’homme dans un rapport soumis en juillet aux Nations Unies.

Annexion

Israël a fait marche arrière concernant l’annexion officielle de la Cisjordanie en dépit de la promesse de campagne électorale du Premier ministre Benjamin Netanyahou de la faire, tandis que l’annexion de facto se poursuivait sur le terrain.

En juillet, Israël a démoli et saisi en Cisjordanie des structures appartenant à des Palestiniens malgré la pandémie. Plus de 150 Palestiniens ont été déplacés de chez eux depuis début mars à cause des démolitions et des saisies par Israël.

Les attaques de colons sur les Palestiniens et leurs biens ont été en hausse, y compris l’incendie d’une mosquée et l’empoisonnement de bétail avant les vacances de l’Eid al-Adha.

Les forces israéliennes ont saisi en juillet quelque 100 colis alimentaires d’un centre de stockage de la Société Palestinienne du Croissant Rouge. Israël a dit qu’il confisquait les colis alimentaires, qui devaient être distribués aux familles isolées chez elles, parce que la distribution n’avait pas été coordonnée avec les autorités.

Deux institutions culturelles de Jérusalem Est ont subi en juillet une descente de la police israélienne, dont les associations palestiniennes ont dit qu’’il s’agissait d’une agression contre l’espace civique de la ville.

Les forces israéliennes ont entre temps arrêté Mahmoud Nawajaa, coordinateur du mouvement BDS – boycott, désinvestissement et sanctions – chez lui à Ramallah.

Les associations palestiniennes ont souligné l’augmentation des pressions et le rétrécissement de l’espace dans lequel agir alors qu’ils cherchent à construire une solidarité mondiale et à poursuivre les enquêtes pour crimes de guerre à la Cour Pénale Internationale.

Les Palestiniens de Gaza empruntent un slogan, fréquemment utilisé aux Etats Unis dans les manifestations de La Vie des Noirs Importe, pendant une manifestation le 1er juillet à Gaza contre l’annexion israélienne. (Ashraf Amra / APA images)

Le prisonnier palestinien tout juste libéré d’une prison israélienne Lyad al-Jirjawi, 34 ans, est fêté à son retour chez lui le 2 juillet à Khan Younis, au sud de la Bande de Gaza. Israël avait fait face à des appels à la libération d’al-Jirjawi, qui a passé 9 ans en prison, après qu’on lui ait diagnostiqué une tumeur au cerveau. (Ashral Amra / APA images)

Des femmes palestiniennes manifestent le 6 juillet contre l’annexion israélienne devant le checkpoint d’Erez au nord de la Bande de Gaza. (Ashraf Amra / APA images)

Un jeune Palestinien tient des shrapnels après une attaque aérienne israélienne le 6 juillet sur l’Est de la Bande de Gaza. Trois roquettes avaient été tirées vers Israël la veille au soir depuis le nord de la Bande de Gaza alors que des tensions s’avivaient autour des projets d’Israël d’annexer des parties de la Cisjordanie. (Ashraf Amra / APA images)

Des Palestiniens manifestent le 10 juillet contre un nouvel avant-poste colonial israélien dans la ville cisjordanienne d’Asira al-Shamaliya près de la ville de Naplouse, au nord de la Cisjordanie. Les soldats israéliens ont empêché les manifestants d’atteindre le site de l’avant-poste et ont dispersé la foule avec des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes. (Oren Ziv / ActiveStills)

Qamar Saad al-Ghalban se rend le 11 juillet sur la tombe de son père Rami après avoir reçu les résultats de son examen de fin d’études secondaires, à Khan Younis au sud de la Bande de Gaza. Pendant la période des examens, Rami Saad Al-Ghalban est mort des blessures provoquées par les tirs d’un sniper israélien au cours des manifestations de 2018. (Ashraf Amra / APA images)

Une lycéenne palestinienne fait la fête après avoir reçu les résultats de son examen de fin d’études secondaires le 11 juillet à Gaza Ville. (Mahmoud Al-Hindi / APA images)

Des Palestiniens participent aux funérailles de Jabr al-Qiq le 13 juillet à Rafah, au sud de la Bande de Gaza. Al-Qiq, général de brigade à la retraite de l’Autorité Palestinienne, a été assassiné, soi-disant par les fils d’un homme qu’il avait tué sous les ordres d’une faction de gauche au cours de la première intifada. Al-Qiq avait été emprisonné par Israël pendant 15 ans et libéré après que l’AP ait pris le pouvoir à Gaza. (Ashraf Amra / APA images)

Les meilleurs élèves du secondaire sont à l’honneur lors d’une cérémonie organisée le 14 juillet à Gaza Ville par le ministère de l’Education. (Mahmoud al-Hindi / APA images)

Des Palestiniens construisent un hôpital de campagne pour accueillir les patients de la COVID-19 à Deir al-Balah, au centre de la Gande de Gaza, le 15 juillet. (Ashraf Amra / APA images)

Un Palestinien cueille une figue de barbarie le 18 juillet à Khan Younis, au sud de la Bande de Gaza. (Ashraf Amra / APA images)

Un cycliste roule dans une rue de Jaffa le 19 juillet alors que la police disperse les Palestiniens qui manifestent contre le projet de la municipalité de Tel Aviv de construire un refuge pour les sans-abri et un espace commercial sur un cimetière musulman du 18ème siècle.
(Oren Ziv / ActiveStills)

Mohammad Shtayyeh, nommé Premier ministre de l’Autorité Palestinienne, rencontre Nicolay Mladenov, envoyé de l’ONU pour la paix au Proche Orient, le 21 juillet dans la ville de Ramallah en Cisjordanie. (Bureau du Premier ministre)

Des militants contre l’occupation portant une bannière qui dit « Démocratie pour tous » manifestent le 21 juillet devant la résidence officielle du Premier ministre Benjamin Netanyahou à Jérusalem Ouest. (Sharona Weiss / ActiveStills)

Un manifestant israélien porte un poster de Lyad al-Hallaq, Palestinien tué en mai par la police à Jérusalem Est, alors qu’il est arrosé par un canon à eau le 22 juillet devant la résidence officielle de Benjamin Netanyahou. (Oren Ziv / ActiveStills)

Des manifestants israéliens accrochent des pancartes sur les caméras de sécurité dans la Vieille Ville de Jérusalem où Lyad al-Hallaq a été tué en mai par la police. Les pancartes réclament qu’on livre l’enregistrement par les caméras de sécurité de l’assassinat de al-Hallaq ; la police prétend que les caméras sur le site ne fonctionnaient pas à ce moment là. (Sharona Weiss / ActiveStills)

Des Palestiniens manifestent contre les colonies israéliennes et l’annexion le 24 juillet dans le village de Haris, au sud de la ville de Naplouse en Cisjordanie. (Shadi Jarar’ah / APA images)

Une Palestinienne embellit un vêtement au point de croix traditionnel dans un atelier de la ville de Gaza le 25 juillet, Journée du Costume Palestinien Traditionnel.
(Mahmoud Ajjour / APA images)

Des Palestiniens font du patin le 25 juillet sur le port de Gaza Ville. (Mahmoud Ajjour / APA images)

Une professeure palestinienne de poids et haltères, Sherine al-Eila, dirige un entraînement le 26 juillet dans le gymnase de Gaza Ville. Al-Eilla est la première femme haltérophile de Gaza. (Mahmoud Ajjour / APA images)

es meilleurs élèves du secondaire assistent à une cérémonie le 27 juillet à Gaza Ville. A l’arrière-plan, des photos de feu le dirigeant de l’Organisation de Libération de la Palestine Yasser Arafat et de l’homme fort d’une faction du Fatah Muhammad Dahlan.
(Mahmoud Ajjour / APA images)

Un ouvrier palestinien prépare des gâteaux traditionnels fourrés aux dattes le 28 juillet, avant les vacances de l’Eid al-Adha, dans la ville de Naplouse en Cisjordanie.
(Shadi Jarar’ah / APA images)

Des Palestiniens se rassemblent sur un marché au bétail le 28 juillet à Deir al-Balah, au centre de la Bande de Gaza, avant les vacances de l’Eid al-Adha. (Ashraf Amra / APA images)

Des athlètes jouent la finale de la ligue de football des amputés le 29 juillet au stade Yarmouk de Gaza Ville. (Ashraf Amra / APA images)

Des Palestiniens se rassemblent le 29 juillet à Haïfa pour appeler à la sécurité et à la libération. Cette marche était organisée par al Qaws pour la Diversité Sexuelle et de Genre en Palestine avec d’autres organisations palestiniennes LGBTQ et féministes pour protester contre l’oppression patriarcale, coloniale et capitaliste. (Maria Zveik / ActiveStills)

Des fidèles palestiniens de la ville de Gaza célèbrent le premier jour de l’Eid al-Adha le 31 juillet (Mohammed Zaanoun / ActiveStills)

Traduction : J.Ch pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada