Comment un cordonnier palestinien a lancé la seule fabrique de masques de Cisjordanie du jour au lendemain

Ce qui a commencé comme une expérience quelques jours après que le coronavirus se soit déclaré en Cisjordanie, est désormais une usine qui produit des milliers de masques par jour.

Par Suha Arraf, 23 mars 2020

Légende de la première photo impossible à coller : Amjad Zaghir, le seul fabricant de masques de Cisjordanie, à son usine de Hebron.
(Courtesy of Amjad Zaghir)

Deux jours après l’éruption du nouveau coronavirus à Bethléem, Amjad Zaghir, propriétaire d’une usine de chaussures de la ville palestinienne de Hebron, a réalisé que la Cisjordanie allait bientôt manquer de masques pour le visage. Moins de trois semaines plus tard, ici il est maintenant le seul fabricant de masques.

L’usine de Zaghir, qu’il a lancée du jour au lendemain, produit maintenant des milliers de masques par jour et a fait de lui un héros national qui aide les Palestiniens à se protéger du virus.

Zaghir s’est mis au travail dès l’apparition des nouvelles des premiers cas
diagnostiqués de COVID-19 à Bethléem. Il a acheté un masque et a commencé à l’étudier en l’inclinant à gauche et à droite.

Il a d’abord pensé qu’il pouvait en refaire avec certains des matériaux qu’il utilise pour la fabrication des chaussures. « Je me suis rapproché de mon ami pharmacien et lui ai demandé quels matériaux sont utilisés pour faire des masques » se rappelle Zaghir. « Il m’a expliqué que ce que nous utilisons pour faire des chaussures ne convient pas et m’a orienté dans la bonne direction ».

Zaghir s’est alors mis à chercher le tissu adéquat autour de Hebron. Il a rencontré un commerçant qui avait acheté du tissu en Turquie un an plus tôt mais n’en avait rien fait, parce que l’importation de masques de Chine revenait moins cher que d’en produire à Hebron.

Zaghir a acheté le tissu et son ami pharmacien a confirmé qu’il convenait.

« Au début, j’ai essayé de coudre le masque avec la même machine que celle que nous utilisons pour confectionner des chaussures. Mais cet essai n’a pas été un succès parce que le tissu pour les masques était trop fin et se déchirait facilement » a dit Zaghir. « J’ai essayé de repasser le tissu pour créer les plis, mais j’ai fini par le brûler ».

Zaghir a alors essayé le repassage dans un pressing. Cela a échoué aussi, a-t-il dit – le tissu délicat ne pouvait supporter la forte chaleur.

Mais Zaghir n’a pas renoncé – notamment lorsqu’il a été informé que la Cisjordanie était à court de masques et que cela pouvait représenter une chance en or. Descendant d’une famille de commerçants et ayant hérité de l’activité de cordonnerie de son arrière grand père, ce trentenaire avait un bon sens des affaires.

Mais ce n’est pas seulement le profit qui l’a motivé. « Il s’agit d’aider mon peuple, et c’est une façon de procurer du travail » a-t-il dit. « Il y a une crise à Hebron et beaucoup sont sans emploi ».

Zaghir a parcouru la ville en consultant des ateliers de couture et des pharmaciens. Il a fini par découvrir qu’il y avait dans la ville une machine capable de plier les masques en les repassant. Pour obtenir une température modérée de l’ordre de 400 degrés, il a isolé des couches de masques entre des feuilles de papier.

L’expérience a marché.

« Le premier jour, je n’ai réussi qu’à fabriquer 500 masques » a-t-il dit. « Le
lendemain, j’en ai fait 1 000 de plus. Puis j’ai fait venir 20 travailleurs pour augmenter la production
».

Des travailleurs désinfectent un centre commercial de la ville de Hebron en Cisjordanie, le 15 mars 2020, dans le cadre des mesures de prévention de la diffusion du coronavirus.
(Wisam Hashlamoun/Flash90)

L’usine porte le nom de Zaghir, qui veut dire « petit » en arabe. Et alors que l’usine elle-même est certes petite, elle est devenue la première et seule activité de cette sorte en Palestine, qui fabrique de 7 000 à 9 000 masques par jour.

Zaghir n’est cependant pas satisfait de cette quantité. La semaine prochaine, il a le projet de commencer à accroître encore plus la production pour être à la hauteur de la demande. Il a déjà trouvé un atelier vide qu’il va bientôt pourvoir en personnel, a-t-il ajouté.

Les masques se sont vendus plus vite que des petits pains, a dit Zaghir. Il les vend aux employés du gouvernement, aux hôpitaux, même à la police palestinienne ; rien que samedi il a fourni 5 000 masques à la police de Naplouse. À ces institutions officielles, il vend les masques à un prix symbolique de 1,50 shekels (38 centimes d’euro) – un prix qui a été déterminé par le gouverneur de Hebron. Pour les pharmacies et autres commerces, le taux est différent.

« J’ai commencé à recevoir des demandes de Jordanie, du Koweit, des pays du Golfe et du Canada », a-t-il dit. « Même des commerçants israéliens sont venus me demander mes masques, mais je n’ai pas assez de travailleurs. J’aimerais pouvoir répondre à toute la demande ». Zaghir va cependant être bientôt à court du tissu qu’il a utilisé. Il en a déjà commandé d’autre, mais les pays ont fermé les frontières pour contenir la diffusion du coronavirus. La pandémie a aussi atteint la Turquie d’où le tissu est prêt à être exporté.

Mais Zaghir n’est pas perturbé. « J’ai confiance, je vais pouvoir avoir le tissu. J’ai contacté la Chambre de Commerce Palestinienne qui, à son tour, a appelé la Chambre de Commerce Israélienne, qui a elle-même contacté le service des douanes et d’autres autorités à ce sujet » a-t-il dit. « Il y a une crise sanitaire, une pandémie mondiale, un état d’urgence. On n’est pas dans une situation ordinaire, c’est pourquoi je suis assez confiant : ils vont me laisser importer la marchandise ».

Zaghir croit que d’ici une semaine il sera en mesure de produire 100 000 masques par jour. « Aujourd’hui, j’ai essayé une nouvelle technique de couture qui s’est avérée efficace et nous avons fait 15 000 masques. C’est la plus grosse quantité depuis que j’ai lancé la production » dit-il. « Mon masque est unique, semblable à aucun autre au monde. Qui que ce soit qui voie ce masque saura immédiatement qu’il est fait à al-Khalil (Hebron) », a-t-il ajouté.

Suha Arraf est metteure en scène, scénariste et productrice. Elle écrit sur la société arabe, la culture palestinienne et le féminisme.

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine




« Ils l’ont jeté comme un déchet » : un Palestinien ayant les symptômes du COVID-19 expulsé d’Israël

Un homme a été abandonné près d’un check-point avec des difficultés respiratoires et une forte fièvre, faisant redouter une absence de coordination entre autorités israéliennes et palestiniennes pour la gestion des travailleurs palestiniens malades en Israël

L’homme au sol est un ouvrier palestinien qui travaille en Israël (Facebook/capture d’écran)

Par Akram Al-Waara, 24 mars 2020

C’était comme une scène tout droit sortie d’un film d’horreur. 

C’est ainsi qu’Ibrahim Abu Safiya, 25 ans, décrit le moment où il a vu quelqu’un allongé sur le sol près d’un check-point israélien à la périphérie du village de Beit Sira, à l’ouest de Ramallah. 

« Nous nous sommes approchés de l’homme allongé au sol, il avait l’air terriblement malade », raconte Abu Safiya à Middle East Eye. 

« Il avait une très forte fièvre. Il pouvait à peine bouger et il avait du mal à respirer. » 

L’homme au sol était un ouvrier palestinien travaillant en Israël. Il a dit à Abu Safiya qu’il présentait des signes du COVID-19 depuis quatre jours et qu’il avait récemment été testé pour le coronavirus. 

Mais avant que l’homme, qui serait un habitant de Naplouse, ne puisse recevoir ses résultats d’examen, son employeur israélien aurait appelé les autorités israéliennes, qui seraient venues le chercher et l’auraient largué de l’autre côté du poste de contrôle de Beit Sira, qui relie le centre d’Israël à la Cisjordanie occupée. 

« Il nous a dit qu’ils l’avaient jeté par terre et l’avaient laissé là », raconte Abu Safiya.

« Comment ont-ils pu faire ça à quelqu’un ? », demande-t-il. « Peu importe qu’il soit Palestinien, Israélien ou autre. Il s’agit d’un être humain ! »

Abandonnés à la frontière

Quand Abu Safiya et son ami sont tombés sur l’homme, dont l’identité reste inconnue, ils ont commencé à filmer et la vidéo est maintenant devenue virale sur les réseaux sociaux palestiniens.

Abu Safiya redoute qu’ils aient été témoins d’une répétition des événements de la veille. 

Il allègue en effet qu’au cours du week-end, un autre ouvrier palestinien, lui-même soupçonné d’avoir contracté le virus, s’est rendu seul au poste de contrôle de Beit Sira afin de rentrer en Cisjordanie. 

Lorsque l’homme est arrivé, il a informé les habitants de son état. Ces derniers ont appelé les services d’urgence palestiniens qui étaient censés envoyer une ambulance pour le chercher.

Quelques jours plus tôt, Israël avait approuvé l’entrée de milliers d’ouvriers palestiniens dans le pays, à condition qu’ils restent en Israël pendant au moins un mois pour empêcher la propagation du virus en Cisjordanie. 

Dans le cadre de l’accord avec l’AP, à leur retour – censé être coordonné avec les autorités israéliennes –, tous les travailleurs devraient être immédiatement placés en quarantaine pendant quatorze jours.

« Mais le fait que deux travailleurs soient revenus, ou aient été largués ici au check-point le plus proche, sans préavis, et clairement sans coordination, est très inquiétant », estime Abu Safiya. 

Tandis que le porte-parole de l’Autorité palestinienne (AP), Ibrahim Melhem, a annoncé que le travailleur malade avait été « remis » aux responsables palestiniens au poste de contrôle lundi, Abu Safiya rétorque que ce n’était absolument pas le cas. 

« Ni l’homme d’aujourd’hui ni celui d’hier n’ont été déposés [par les forces israéliennes] dans une ambulance [palestinienne] », souligne-t-il, ajoutant que dans les deux cas, les médecins palestiniens avaient mis près de trois heures à arriver de Ramallah à Beit Sira.

« Le gouvernement palestinien doit se coordonner correctement avec Israël pour éviter que cela ne se reproduise », affirme-t-il. « Ils ne peuvent pas continuer à déposer des gens ici sans aucune aide. »

« Le vrai visage de l’occupation israélienne »

Malgré le choc de voir un homme malade être « abandonné à sa mort » à un check-point, Abu Safiya dit ne pas avoir été surpris par l’incident. 

« C’est le vrai visage de l’occupation israélienne », affirme-t-il à MEE. « Ils nous tuent tous les jours, donc ce n’est pas différent pour eux. »

Sur les réseaux sociaux, les Palestiniens ont exprimé leur indignation face au traitement de cet ouvrier. 

Pour Abu Safiya, si cela a autant frappé ses concitoyens, c’est parce que cela « met en évidence la façon dont Israël traite les travailleurs palestiniens et le peu de valeur qu’il accorde à nos vies ».

« Le gouvernement israélien leur a donné la permission d’aller travailler, connaissant les risques », indique-t-il. Et pour cette raison, le gouvernement devrait également fournir aux travailleurs des protections appropriées.

Abu Safiya dit comprendre pourquoi tant de Palestiniens ont choisi de risquer leur santé et leur sécurité afin d’aller travailler en Israël malgré la pandémie.

« Ils ont dû faire le choix impossible de rester en bonne santé ou de laisser leur famille mourir de faim », selon lui. « Tant de gens ont choisi de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Et nous ne pouvons pas les en blâmer. »

« Mais Israël veut également qu’ils travaillent, alors il doit s’occuper d’eux. Si [les autorités israéliennes] ne peuvent pas les soigner en Israël, au moins, qu’elles ne s’en débarrassent pas en les laissant mourir comme des animaux », déclare-t-il, une frustration évidente dans la voix. 

« C’est comme si nous étions leurs esclaves », poursuit-il. « Ils nous utilisent quand ils ont besoin de nous, et quand ils ont fini, ils se débarrassent de nous comme des ordures. »

Source : Middle East Eye




Mises à jour concernant la rapide détérioration des conditions de vie des prisonniers et détenus palestiniens du fait de la diffusion continue de la maladie (COVID-19)

Par Addameer, 23 mars 2020

Selon les informations reçues par Addameer du Service israélien des prisons (IPS), trois détenus actuellement sous interrogatoire qu’Addameer représente légalement ont été transférés à la clinique de la prison d’al-Ramleh. Ces prisonniers sont Ahmad Nassar, Qais Daraghmeh et Ibrahim Awad. L’information reçue ne contenait que la localisation des détenus, sans aucun détail sur leurs conditions de détention et leur état de santé.

Le 18 mars 2020, Addameer a été informé qu’un détenu palestinien sous interrogatoire aurait été exposé au COVID-19, transmis par contact avec un interrogateur de l’Agence de sécurité israélienne, qui a été testé positif au coronavirus à Petah Tikva. Addameer a ensuite été informé que les trois détenus mentionnés ci-dessus étaient transférés au centre d’interrogatoire d’Asqalan, puis à celui d’al-Jalameh, et finalement à la clinique de la prison d’al-Ramleh, mais sans recevoir d’information sur leur état de santé. Le détenu et plusieurs autres personnes ont maintenant été placés en quarantaine. L’IPS n’a pas informé les détenus ou leurs représentants légaux s’ils seraient testés pour le COVID-19, ni quelles précautions seraient prises pour assurer leur sécurité et leur santé. Addameer a envoyé plusieurs lettres à l’IPS pour obtenir des informations, sans réponse.

Au début de mars 2020, l’IPS a interrompu toutes les visites des familles et des avocats aux prisonniers palestiniens, invoquant une mesure de précaution contre le COVID-19. De plus, les détenus ne sont plus amenés au tribunal pour les audiences, ce qui signifie que leurs représentants légaux sont privés de communication directe avec eux, et sont seulement autorisés à leur téléphoner. Il y a actuellement un certain nombre de détenus palestiniens sous interrogatoire qui sont ainsi privés des visites de leur famille ou de leur avocat ; seules les communications téléphoniques ou par vidéo durant les audiences au tribunal sont autorisées. Ces mesures s’inscrivent en continuité avec le refus persistant de l’IPS d’installer des lignes fixes dans les prisons, empêchant ainsi les prisonniers de contacter leurs familles. Dans cette situation, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est la seule entité autorisée à communiquer directement avec les prisonniers palestiniens et à leur rendre visite. 

Conditions actuelles de détention dans les prisons des forces israéliennes d’occupation :

Malgré le manque d’accès à l’information sur les conditions de détention dans toutes les prisons des forces d’occupation israéliennes, ce qui parvient aux organisations montre cependant le manque de soins dont pâtissent les prisonniers palestiniens. Leurs besoins les plus essentiels en matière d’hygiène ne sont pas respectés. De plus, ce n’est que récemment, et seulement dans certaines prisons – dont Rimon, Ofer et al-Naqab – que les prisonniers ont pu recevoir, mais en nombres bien insuffisants par rapport à la surpopulation de ces prisons, des articles d’hygiène et de santé. De plus, les prisons ne sont pas désinfectées régulièrement ; en fait, elles ne l’ont été qu’une ou deux fois. D’autre part, les prisonniers et leurs familles ont rapporté qu’ils ne parvenaient pas à déposer de l’argent sur leurs comptes de cantine. L’IPS n’a pas proposé d’alternative à la cantine, qui est le seul moyen pour les prisonniers d’acheter des produits de première nécessité et de la nourriture. Enfin, les agents de l’IPS ne prennent aucune précaution et continuent d’effectuer les fouilles quotidiennes et le comptage quotidien des prisonniers, cinq fois par jour, sans porter de tenues de protection, de gants ou de masques médicaux. Ils mettent ainsi les prisonniers en danger et les exposent au virus, d’autant plus que jusqu’à aujourd’hui, aucun des prisonniers palestiniens n’a été testé, et leur température n’a pas même été prise.

Traduction : MUV pour l’Agence Média Palestine

Source : Addameer.org




Nouveaux visuels contre le blocus de Gaza

Sources visuels: The Imeu/ Jewish Voice for Peace

Traduction: Agence Média Palestine




Avec la pandémie de COVID-19, Israël doit libérer tous les enfants palestiniens détenus

On voit les forces israéliennes arrêter un enfant palestinien, décembre 2019.
Taimoor Ul Haq / Facebook

Ramallah, 19 mars 2020—Defense for Children International – Palestine (Défense des enfants International – Palestine, DCIP) appelle les autorités israéliennes à prendre sans délai des mesures pour libérer tous les enfants palestiniens détenus dans des prisons israéliennes, à cause de la rapide expansion internationale du virus COVID-19.

Les enfants palestiniens emprisonnés par les autorités israéliennes vivent en proximité étroite les uns des autres, souvent dans de mauvaises conditions sanitaires, avec un accès limité aux ressources permettant de maintenir des routines d’hygiène minima, selon la documentation recueillie par DCIP. L’impact du COVID-19 est exacerbé par ces conditions de vie, ce qui rend les enfants palestiniens dans les prisons et centres de détention israéliens de plus en plus vulnérables.

A la date du 19 mars, 573 Israéliens ont été testés positifs au virus COVID-19, selon Ha’aretz. Quatre prisonniers palestiniens détenus à la prison Meggido d’Israël, située en Israël au nord-ouest de la cité de Jénine en Cisjordanie occupée, ont été placés en isolation après avoir été en contact avec un agent israélien positif au COVID-19, selon Ha’aretz. La prison Megiddo est l’un des établissements de détention situé en Israël où sont détenus les enfants palestiniens « prisonniers placés en régime de sécurité »

« Nous savons que la meilleure façon d’empêcher l’expansion du COVID-19 est d’éviter que les personnes soient en proximité étroite les unes des autres », a dit Ayed Abu Eqtaish, directeur du programme de responsabilisation à DCIP. « Il n’y aucun moyen que les autorités des prisons israéliennes puissent assurer la santé et le bien-être des enfants palestiniens détenus tant qu’ils continuent à se trouver dans un milieu carcéral. »

Une enquête de DCIP a déjà montré que les enfants palestiniens détenus dans la prison Damon d’Israël étaient emprisonnés dans de mauvaises conditions, en particulier dans de petites chambres sans accès à des équipements sanitaires propres et privés. De telles conditions augmentent les risques et l’exposition à des conditions non hygiéniques dans lesquelles le virus COVID-19 prospère

Selon un dénombrement de la fin de décembre 2019, basé sur les derniers chiffres publiés par le Service des prisons israélien, 186 enfants palestiniens étaient détenus dans des prisons israéliennes. Alors que le droit international exige que les enfants ne soient emprisonnés que comme une mesure de dernier recours, la détention carcérale avant procès est la norme pour les enfants palestiniens détenus par les forces israéliennes de Cisjordanie occupée.

Israël a la distinction douteuse d’être le seul pays au monde à détenir et à poursuivre automatiquement et systématiquement les enfants dans des tribunaux militaires, où manquent les droits et les protections pour un procès équitable. Israël détient et poursuit entre 500 et 700 enfants palestiniens dans les tribunaux militaires chaque année. Près de trois sur quatre des enfants palestiniens détenus par les forces israéliennes font l’expérience d’une forme ou une autre de violence physique, selon la documentation rassemblée par DCIP.

Depuis 1967, Israël a mis en oeuvre deux systèmes judiciaires séparés sur le même territoire. En Cisjordanie occupée, les colons israéliens sont soumis au système judiciaire civil et pénal, alors que les Palestiniens vivent sous le droit militaire. Aucun enfant israélien ne s’est trouvé en contact avec les tribunaux militaires.

Israël a ratifié le Convention des droits de l’enfant des Nations Unies (CDE) en 1991, ce qui l’oblige à mettre en oeuvre la totalité des droits et des protections incluses dans le traité, dont le fait que les intérêts de l’enfant doivent être la première considération dans toutes les décisions affectant les enfants. La CDE exige que les enfants ne puissent être détenus que comme une mesure de dernier recours et oblige les états à garantir et à protéger leur droit à la vie, à la survie et au développement, ainsi que leur droit à la santé.

Au 18 mars, il y a dans le monde 191 127 cas de COVID-19, et 7807 morts, selon l’Organisation Mondiale de la Santé.

Le Bureau de la Coordination des affaires humanitaires (OCHA) aux Nations Unies a indiqué qu’il y avait au 19 mars 47 cas confirmés en Cisjordanie, principalement à Bethléem et dans deux villes voisines. Il n’y avait pas de cas dans la Bande de Gaza, a rapporté l’OCHA. Le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a déclaré l’état d’urgence dans tout le Territoire palestinien occupé le 5 mars afin d’essayer de contenir l’expansion du COVID-19.

Michael Lynk, rapporteur spécial des Nations Unies pour la situation des droits humains dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, a exhorté, dans une déclaration publiée le 19 mars, Israël, l’Autorité palestinienne et le Hamas à être à la hauteur de leurs responsabilités juridiques internationales en garantissant que le droit à la santé soit offert pleinement aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, pendant la pandémie de COVID-19.

« Le devoir légal, ancré dans l’article 56 de la Quatrième Convention de Genève, exige qu’Israël, la puissance occupante, garantisse que tous les moyens préventifs nécessaires disponibles soient utilisés pour ‘combatte l’expansion des maladies contagieuses et des épidémies’ », a dit Lynk.

Les autorités israéliennes doivent prendre des mesures immédiates pour libérer tous les enfants palestiniens emprisonnés dans les prisons et les centres de détention israéliens à cause de la vulnérabilité croissante crée par la rapide expansion mondiale du virus COVID-19 et pour sauvegarder leur droit à la vie, à la survie, au développement et à la santé en accord avec le droit international.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : DCI Palestine




La cour suprême d’Israël limite la surveillance de patients du coronavirus

Par Tamara Nassar, 20 mars 2020

Des travailleurs palestiniens désinfectent les marchés de la ville de Gaza le 19 mars, à titre de prévention par crainte d’une diffusion du nouveau coronavirus qui entraîne une pandémie mondiale. Ashraf Amra APA images
 

Tandis que le nombre de cas confirmés de coronavirus continue à s’élever, Israël et la Cisjordanie occupée s’acheminent vers un confinement total.

Au moment où cet article est écrit, plus de 700 Israéliens sont dits porteurs du COVID-19, la maladie causée par le nouveau coronavirus, plus 48 cas confirmés en Cisjordanie occupée.

Dans la bande de Gaza, pas encore de cas confirmé, celle-ci ayant été fortement isolée du monde depuis plus de dix ans sous l’effet d’un blocus de la part d’Israël.

Le 18 mars, l’Organisation Mondiale de la Santé dit que le risque d’une flambée du COVID-19 en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza, ainsi que dans la région plus largement, est très élevé.

Le premier ministre intérimaire Benjamin Netanyahou a annoncé jeudi que des mesures de confinement deviendront obligatoires vendredi, tandis qu’Israël se bat pour contenir le nouveau coronavirus.

La police israélienne, avec l’aide de l’armée, aura autorité pour arrêter ou pénaliser ceux qui désobéissent aux ordres du gouvernement de rester chez eux, à l’exception de ceux qui apportent de la nourriture, des remèdes ou de ceux qui se déplacent pour un traitement médical.

Arrêt de la surveillance

Pendant ce temps, la cour suprême d’Israël a publié une injonction temporaire au Shin Bet, l’agence d’espionnage intérieur d’Israël pour qu’il arrête la géolocalisation par téléphones mobiles et autres technologies de surveillance pour pister les téléphones portables de patients et patients potentiels du coronavirus.

Netanyahou avait pris cette mesure mercredi par une déclaration destinée à empêcher la diffusion du virus, en passant par dessus l’approbation nécessaire de la Knesset, le parlement d’Israël. La cour donne au gouvernement jusqu’à mardi pour former un comité parlementaire de surveillance de l’opération. S’il ne le fait pas, la cour interdira le programme.

La décision de la cour est intervenue après qu’elle ait pris connaissance de la demande d’Adalah, un groupe qui défend les droits des Palestiniens en Israël, et de la Liste Unie, une coalition de partis palestiniens en Israël, appelant le procureur général à geler la mesure.

Jeudi, le groupe a applaudi la décision de la cour suprême, mais a souligné que le danger réside plus dans la surveillance, quoiqu’en dise l’instance de surveillance.

« Même une surveillance parlementaire ne peut légitimer une telle violation des droits humains » a déclaré Adalah.

« Les urgences en santé publique ne doivent pas être exploitées pour accorder des pouvoirs supplémentaires aux services de sécurité du Shin Bet et à la police israélienne ».

Jeudi, des centaines d’Israéliens ont protesté contre les tentatives de Netanyahou d’instaurer une surveillance de masse et la fermeture des tribunaux.

De mauvais outils

Au même moment, le Mossad, l’agence d’espionnage israélienne bien connue, s’est débrouillée pour acheter 100 000 kits de test du coronavirus auxquels manquent des instruments clef pour les prélèvements, selon le ministère israélien de la santé.

On ne sait pas très bien d’où vient ce matériel, mais le journaliste israélien Barak Ravid a dit qu’il avait été acheté « dans deux pays qui n’ont pas de relations diplomatiques avec Israël ».

Pas de cas à Gaza

Aucun cas de COVID-19 n’a encore été rapporté dans la bande de Gaza, mais des préparatifs sont en cours en cas de déclenchement. Si le virus atteint le territoire, son impact « pourrait être catastrophique » selon Aide Médicale aux Palestiniens.

Israël impose un siège mortifère depuis 13 ans sur les deux millions de Palestiniens qui vivent dans la bande de Gaza, dont la moitié sont des enfants.

Israël renforce actuellement les restrictions des déplacements au checkpoint d’Erez, le seul passage que peuvent emprunter les gens entre Gaza et Israël. Les sorties de Gaza vers Israël sont pratiquement limitées aux cas médicaux.

Quelques autres cas ont été désignés, qui peuvent demander l’autorisation de sortie auprès des autorités israéliennes, a indiqué mercredi le groupe de défense des droits, Gisha.

Le mouvement par le passage d’Erez était déjà limité au début de ce mois à l’occasion de la fête juive de Pourim, mais a été encore restreint pour combattre la pandémie mondiale.

La passage par Rafah, le seul point d’entrée et sortie pour la grande majorité des habitants de Gaza vers le monde extérieur est aussi limité actuellement « au retour d’habitants vers la bande de Gaza et à la sortie de cas humanitaires urgents » a déclaré Gisha.

Le checkpoint de Kerem Shalom, le seul point par lequel Israël autorise l’entrée et la sortie de marchandises à Gaza, fonctionne toujours.

Depuis le 15 mars, toute personne entrant à Gaza est mise en quarantaine dans trois écoles du sud de Gaza, dont les conditions sont moins qu’optimales, selon le Centre Palestinien des Droits Humains (PCHR).

« Chaque classe contient un groupe de 10, sans lits ni couvertures » a dit le PCHR.

« Les toilettes sont utilisées comme d’habitude, sans hygiène, ni nettoyage ni matériel de stérilisation ; de plus, l’adduction d’eau est irrégulière, avec des heures de coupure ».

Le PCHR a ajouté que certaines personnes en quarantaine nécessitent un suivi médical.

Aide Médicale aux Palestiniens distribue des kits d’hygiène – suffisants pour 800 à 1200 personnes – à utiliser par les Palestiniens en quarantaine.

On attend des centaines d’autres arrivées du passage de Rafah dans les prochains jours, qui seront mises en quarantaine.

Au cours des deux dernières semaines, COGAT – le bras bureaucratique de l’occupation militaire israélienne – a déclaré avoir livré des centaines de kits de test en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza.

Travailleurs et prisonniers palestiniens

Les Palestiniens qui travaillent dans les colonies israéliennes bravent les ordres d’arrêter de travailler.

« Nous avons des loyers à payer, des dépenses, des tas de choses » a dit un ouvrier du bâtiment au journal israélien Haaretz.

Israël renouvelle automatiquement les permis de résidence des Palestiniens de Cisjordanie occupée et de Gaza qui travaillent en Israël mais on dit que ceux qui retourneront chez eux ne seront pas autorisés à revenir en Israël.

Israël manque aussi à fournir aux prisonniers palestiniens dans ses prisons des produits d’hygiène adéquats, selon le Club des Prisonniers Palestiniens.

Les autorités pénitentiaires israéliennes ont retiré 140 articles des cantines en prison, dont des produits nettoyants et désinfectants.

Parmi les articles retirés il y a aussi les légumes frais et surgelés, la viande, le poisson, l’huile et les herbes aromatiques qui sont souvent des substituts aux médicaments.

« L’administration de la prison essaie d’exploiter les circonstances présentes face à la diffusion du coronavirus, pour imposer plus de mesures punitives contre les prisonniers », a déclaré le club des prisonniers.

« Actuellement, pendant que le monde souffre de la pandémie de COVID-19, les prisonniers palestiniens souffrent encore de négligence médicale » a déclaré Addamir, le groupe de défense des droits des prisonniers.

Quatre détenus palestiniens de la prison de Megiddo dans le nord d’Israël sont dits avoir été mis à l’isolement après avoir été en contact avec un officier israélien infecté par le virus.

Israël a suspendu les visites familiales aux prisonniers palestiniens pour infléchir la diffusion du virus, selon le Comité International de la Croix Rouge.

Human Rights Watch a recommandé aux gouvernements de réduire la population des prisons autant que possible durant l’épidémie en pratiquent des libérations anticipées de détenus à faible risque.

« Des détenus risquant de souffrir gravement d’effets du virus, comme les plus âgés  et ceux qui ont une santé déjà atteinte, devraient aussi être pris en considération pour de semblables libérations anticipées en fonction de a façon dont les services de la détention ont la capacité de protéger leur santé » a déclaré Human Rights Watch.

Les enfants prisonniers

Défense des Enfants International – Palestine (DCIP) appelle Israël à libérer tous les enfants palestiniens emprisonnés, face à la pandémie mondiale.

« Les enfants palestiniens emprisonnés par les autorités israéliennes vivent dans une étroite proximité les uns avec les autres, souvent dans des conditions sanitaires insatisfaisantes, avec un accès limité à des ressources permettant un minimum de mesures d’hygiène » a dit DCIP.

Il y a actuellement 5 000 prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes dont 180 enfants.

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




La mise en cage de Gaza par Israël est une recette pour que le coronavirus crée un désastre

L’arrivée de la pandémie menace de rendre Gaza encore plus invivable sous le siège israélien. L’aide humanitaire ne suffit pas – les Palestiniens ont besoin de liberté

Par Jehad Abusalim, 22 mars 2020

Travailleurs de la santé palestiniens vaporisant du désinfectant par précaution contre le nouveau coronavirus dans la mosquée Al-Omari dans la ville de Gaza. 15 mars 2020.
(Ail Ahmed/Flash90)

Le ministère palestinien de la santé a fait état aujourd’hui des deux premiers cas du nouveau coronavirus dans la bande de Gaza. Depuis des semaines, l’autorité dirigée par le Hamas, qui gouverne le territoire sous blocus depuis 2007, a pris de sérieuses mesures pour prévenir l’arrivée du virus dans la bande de Gaza. Jusqu’à sa décision de fermer son côté du passage de Rafah vers l’Égypte et du checkpoint d’Erez vers Israël, des centaines de Palestiniens qui entraient dans le territoire étaient immédiatement mis en quarantaine pour s’assurer qu’il n n’avaient pas les symptômes de la maladie.

Ces actions sont cependant de peu de consolation.

Il n’est pas exagéré de dire que la perspective de la diffusion du COVID-19 dans la bande de Gaza est terrifiante. 2020 est l’année à propos de laquelle les Nations Unies et d’autres agences internationales ont estimé que Gaza deviendrait « inhabitable ». Si le blocus israélien de 13 ans et l’isolement de la bande de Gaza continuaient, ont-ils averti, la plupart des services de base de Gaza et sa capacité à subvenir à ses besoins s’effondreraient.

Tandis que le spectre du coronavirus hante les deux millions d’habitants palestiniens de la bande de Gaza, dont la moitié sont des enfants, le monde doit faire face à une vérité urgente : Gaza, qui est depuis longtemps invivable dans les conditions actuelles, le sera encore plus maintenant que le virus a atteint sa population.

Depuis des années, des ONG internationales et même certains responsables
israéliens
, ont averti du fait que le système de santé de Gaza est au bord de
l’effondrement, rendu impuissant par des décennies de non-développement, d’appauvrissement systématiques et de siège. Tous les problèmes liés au blocus israélien s’enchevêtrent et augmentent dans le secteur de la santé à Gaza : une grave crise de l’eau, une fourniture d’énergie extrêmement réduite, des taux élevés de chômage et une infrastructure en miettes.

Travailleurs palestiniens porteurs de masques de protection, préparant la zone de quarantaine pour le test du coronavirus administré à des voyageurs de retour, au point de passage de Rafah, dans la bande de Gaza, 16 février 2020.
(Abed Rahim Khatib/Flash90)

Tel qu’il est, le système de santé n’est pas équipé pour une apparition de COVID-19. Le nombre total de lits d’hôpital est de 2 895, soit 1,3 lits pour mille personnes. Juste 50 à 60 respirateurs pour adultes. Selon le chef de l’antenne de l’OMS à Gaza, Abdelnasser Soboh, Gaza n’est préparée à prendre en charge que les cent premiers cas du virus ; « Après, il faudra un soutien supplémentaire ».

Le système de santé est, de plus, aggravé par l’émigration de nombreux
professionnels palestiniens de santé à cause de la crise économique à Gaza. Plus de 35 000 Palestiniens ont quitté la bande de Gaza rien que depuis 2018, dont des dizaines de docteurs et d’infirmières. Un responsable du ministère de la santé a déclaré qu’ils auraient besoin d’au moins 300 à 400 docteurs de plus, juste pour combler le fossé et répondre au minimum aux nécessités de la population.

Une autre caractéristique de l’existence de Gaza pourrait nourrir une diffusion massive du virus : c’est la densité de population. Selon des scientifiques, « les conditions de surpeuplement peuvent accroître la probabilité que des gens transmettent des maladies infectieuses » – et avec une moyenne de 6 028 personnes au km carré, Gaza a l’une de plus fortes densités de population au monde. Son surpeuplement n’et dépassé que par quelques lieux comme Hong Kong ; mais, alors qu’à Hong Kong les gens peuvent entrer et sortir librement, la majorité des Palestiniens de Gaza y sont en cage contre leur gré.

Les huit camps de réfugiés de Gaza ont même des densités de population plus élevées que la moyenne du territoire. Prenez Jabaliya, où plus de 140 000 réfugiés palestiniens vivent sur une superficie de 1,4 km2, soit 82 000 personnes au km2. Le camp ne dispose que de trois centres de santé et d’un hôpital public. Juste de l’autre côté de la barrière de séparation avec ce qui est aujourd’hui Israël – d’où viennent nombre de réfugiés palestiniens – la densité va de zéro à 500 personnes au km2.

Dans le sillage de la pandémie mondiale, les conditions à Gaza sont la recette d’un désastre. Elles ne sont pourtant pas le résultat de quelque accident malheureux ; elles sont le produit délibéré de décennies de la politique publique d’Israël, consciemment conçue et maintenue pour décomposer Gaza.

Vue générale de maisons et d’immeubles palestiniens de Rafah, au sud de la bande de Gaza, 9
février 2020. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

La plupart des 2 millions de Palestiniens vivant dans l’étroite bande aujourd’hui sont les descendants des 200 000 réfugiés qui ont fui ou ont été chassés pendant la guerre de 1948 qui a créé l’État d’Israël, s’ajoutant aux 80 à 100 000 Palestiniens qui résidaient alors dans cette zone.

Ces réfugiés croyaient que leur séjour à Gaza serait temporaire, mais Israël a rapidement construit des barrières militarisées pour confiner les Palestiniens et a promulgué des lois visant à pérenniser leur déplacement. Ce fut par exemple la Loi de Prévention de l’Infiltration qui rendit illégale toute tentative de la part de Palestiniens de retourner sur leurs terres, maisons et propriétés. Beaucoup de Palestiniens qui ont essayé ont été tués par les forces israéliennes.

Quand Israël a conquis la bande de Gaza en 1967, la possibilité a été donnée à des colons juifs de s’emparer de plus de 25% de ce territoire déjà petit, avec près de 40% de sa terre cultivable. Jusqu’au « désengagement » d’Israël en 2005, quatre décennies de colonisation juive ont aggravé le surpeuplement de Gaza et ont empêché les Palestiniens de construire et de se développer à l’intérieur de ce territoire. Depuis, les offensives militaires israéliennes répétées ont fait baisser le nombre de maisons et ont encore déplacé des dizaines de milliers de familles.

Pour le dire franchement, la situation actuelle de la bande de Gaza est due à la logique expansionniste d’Israël : la conduite sans répit de l’État pour maintenir une majorité juive aux dépens des Palestiniens. Deux millions de Palestiniens sont pris au piège à Gaza, non qu’ils aient choisi cette vie mais parce qu’ils y ont été forcés.

La menace du COVID-19 qui pèse sur Gaza est peut-être la dernière occasion de dire ce que beaucoup refusent d’entendre : le problème de Gaza n’est pas le manque d’aide humanitaire, aussi urgente qu’elle soit. Ce problème est territorial, démographique et politique. C’est au sujet de qui, entre le Jourdain et la Méditerranée est privilégié et qui ne l’est pas ; qui vit et se développe sur la terre et qui ne le peut pas.

Palestinian students walk past a UN distribution center in the Jabalia refugee camp in the northern Gaza Strip on April 6, 2013. (Wissam Nassar/FLASH90)

Actuellement, alors que les citoyens juifs d’Israël jouissent de la terre et de ses ressources, le même droit est refusé aux Palestiniens qui sont empêchés de retourner dans leur patrie. Et tandis que la communauté internationale se focalise largement sur la menace de « l’annexion » par Israël de ses colonies illégales de Cisjordanie, peu se soucient de la réalité contre nature vécue par les habitants de Gaza.

En ces temps de pandémie et de préoccupation pour la santé de communautés partout dans le monde, il est temps de regarder en face toutes les conséquences de la partition injuste de la Palestine historique – Gaza y compris.

Gaza est certes un résumé de nombre des problèmes de notre monde : la guerre, la pauvreté, les déplacements et le racisme. Mais elle offre aussi des lueurs d’espoir, par son humanité, sa résilience et sa résistance.

Au moment où les gens dans des pays plus privilégiés ne sont que légèrement atteints par le fait de vivre en confinement, séparés de ceux qu’ils aiment, ayant des doutes sur la satisfaction de leurs nécessités de base et soucieux de notre avenir collectif, il est impératif de penser à des lieux comme Gaza, où les gens ont bien plus souffert depuis des décennies et sont en danger d’un choc bien plus dévastateur maintenant que la pandémie a atteint leurs rivages.

J’écris cela en pensant à ma famille à Gaza qui, comme beaucoup d’autres, peut bientôt être à la merci du COVID-19. Bien qu’il soit temps de penser à la survie, il est temps aussi de poser des questions importantes sur comment nous, humains, avons failli à nous préparer à ce moment. Si ce n’est pas le moment de mettre fin au blocus de Gaza et à l’occupation de la Palestine, et si ce n’est pas le moment de poser le problème des injustices qui ont réduit la vie des Palestiniens à la souffrance et à la douleur, alors quand ?

Jehad Abusalim est un intellectuel et politologue de Gaza. Il est associé au programme sur le militantisme palestinien du Comité de Service des Amis Américains ; il étudie actuellement à l’Université de New York.

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine




Ken Loach évincé d’un concours contre le racisme par une « campagne agressive et injurieuse » d’Israël

Middle East Monitor, 19 mars 2020

Le cinéaste britannique Ken Loach, le 4 février 2017 (Ruben Ortega/Wikipedia)

Le célèbre cinéaste britannique et militant antiraciste, Ken Loach, a été contraint de se retirer du jury d’un concours artistique pour enfants, suite à une « campagne agressive et injurieuse » conduite par certains des principaux défenseurs d’Israël au Royaume Uni.

Loach aurait dû co-juger un concours scolaire contre le racisme organisé par l’organisation caritative Show Racism the Red Card de 2020 (SRtRC), aux côtés d’un ancien lauréat des enfants, Michael Rosen, en dépit de la pression exercée sur l’organisation caritative par le Conseil des députés des juifs britanniques, pro-Israël.

Le Conseil, un groupe anti-palestinien bruyant, qui a été condamné par des membres de la communauté juive pour ce qu’ils ont présenté comme des tentatives de « justifier le massacre de la population palestinienne non armée par l’armée israélienne », a tenté de faire évincer Loach pour allégations d’antisémitisme.

Alors que la position de Loach en tant que juge était examinée, plus de 200 personnalités ont écrit à la SRtRC pour l’exhorter à ne pas céder aux pressions visant à chasser le cinéaste. Dans une déclaration commune, ils affirment qu’il était « regrettable » que Loach et Rosen aient fait l’ « objet de diffamations », et ils ont prévenu que cela « porterait préjudice à la lutte contre le racisme sous toutes ses formes si la SRtRC y succombait ». Parmi les signataires, Sir Alex Ferguson, le plus grand manager de football de Grande-Bretagne, et Éric Cantona. 

En début de mois, la SRtRC avait réussi à résister à la première vague de pressions des lobbys pro-Israël et l’organisation avait confirmé son invitation à Loach. Cependant, l’organisation caritative a succombé à ce qui semble avoir été une deuxième vague de pressions pour que Loach soit éjecté du concours scolaire, concours compte plus d’un demi-million d’élèves participants.

Dans une nouvelle déclaration hier, la SRtRC dit qu’avec Loach, ils ont « convenu, ensemble, que Ken n’agirait pas en tant que juge » pour le concours de cette année. L’organisation caritative a pris la décision de se séparer de Loach alors qu’elle avait reconnu qu’elle « ne croyait pas que Loach était un antisémite ou qu’il soutenait des opinions antisémites ».

La société de production de Loach, la Sixteen Films, a fait de la lumière sur la campagne malfaisante qui a visé à son exclusion. Ils affirment dans une déclaration que l’organisation caritative contre le racisme avait « fait l’objet d’une campagne agressive et injurieuse » et que « les menaces et l’intimidation avaient conduit au retrait de Ken Loach du poste de juge au concours ».

L’existence même de l’organisation caritative aurait été menacée par des pressions exercées en coulisse. Des syndicats, des services gouvernementaux, des clubs de football et des responsables politiques ont été mis sous pressions pour qu’ils cessent leur financement. Le statut d’organisation caritative de la SRtRC a même été mis en danger par les lobbys.

Les membres du personnel de l’organisation caritative ont été insultés et menacés, affirme la déclaration, tandis que Loach et des membres de sa famille ont été victimes de harcèlements personnels en ligne.  

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Monitor




Sans coronavirus pour le moment, Gaza se prépare pour le pire

Si aucun cas de COVID-19 n’a encore été signalé, les autorités s’inquiètent car le virus pourrait avoir un impact dévastateur sur l’enclave sous blocus.

Par Tareq Hajjaj, 17 mars 2020

Volontaires palestiniens stérilisant les rues du camp de réfugiés d’Al Shati dans la ville de Gaza, lundi 16 mars 2020.
Photo : Majdi Fathi

Jusqu’à maintenant, la Bande de Gaza assiégée est restée indemne du nouveau coronavirus qui se répand dans le monde entier.

Mais alors que les autorités de l’enclave palestinienne côtière se préparent à contenir toute épidémie potentielle, de sérieuses questions ont surgi sur les risques et les implications d’un tel scénario.

Comme la Bande de Gaza a été soumis à un sévère blocus de la part d’Israël depuis près de 13 ans, la propagation du coronavirus — connu officiellement sous le nom de COVID-19 — est devenue un sujet de discussion pour beaucoup de Palestiniens, avec quelques plaisanteries sur le fait que le blocus les empêche d’y être exposés.

Mais étant donné la situation humanitaire déjà difficile et la haute densité de la population, une épidémie dans la Bande de Gaza pourrait s’avérer catastrophique, ont averti les responsables de la santé.

« Si le virus entre dans Gaza et s’y répand, ce sera hors de contrôle », a dit à Middle East Eye (MEE) le porte-parole du ministère de la Santé de Gaza, Majdi Thuhair, qui a expliqué que la pénurie sévère en ressources et en personnel rendrait presque impossible la gestion d’une épidémie.

« Nous n’avons pas assez d’unités de soins intensifs, de personnel ou de zones de quarantaine », a-t-il ajouté.

Le ministère de la Santé a averti à maintes reprises de la pénurie de médicaments et de matériel médical (MEE/Waleed Mosleh).

Le ministère de la Santé de Gaza a mis en place plusieurs politiques nouvelles pour empêcher le virus d’entrer sur le territoire.

Par ailleurs, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Iyad al-Bozom, a déclaré que 51 personnes arrivés à Gaza dimanche sont maintenues en quarantaine pour des raisons de santé publique.

Quiconque retournant de l’étranger dans le territoire palestinien doit maintenant se mettre en auto-quarantaine ou, dans le cas d’un retour d’un pays à haut-risque, sera placé dans un centre de quarantaine à Rafah, près du poste frontière avec l’Egypte.

Avec l’aide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le ministère de la Santé a transformé une école de Rafah en centre de quarantaine, muni d’une unité de soins intensifs avec 36 lits pour des personnes infectées et 30 autres lits pour des patients présentant des symptômes légers, selon Thuhair.

Le ministère de la Santé a indiqué une pénurie de 45% des fournitures médicales à Gaza depuis le début du blocus israélien.

Thuhair a expliqué que même si l’OMS fournissait du matériel aux médecins de Gaza en anticipation des cas de coronavirus, ce n’était pas suffisant pour gérer une épidémie potentielle.

« [L’OMS] offre des appareils pour recueillir des prélèvements, mais pas pour les examiner », a-t-il dit. « Israël, par ailleurs, fournit à Gaza du matériel qui suffit seulement pour recueillir 200 prélèvements … Les prélèvements sont ensuite examinés à l’un des centres affiliés au ministère de la Santé, au Centre al-Remal à l’ouest de Gaza ».

La possibilité que le COVID-19 entre à Gaza serait devenu une source d’inquiétude même pour les forces israéliennes.

« Lancer une bouteille de gaz dans une pièce fermée »

Selon Haaretz, si la maladie devait frapper le territoire palestinien, la situation mettrait en avant la responsabilité d’Israël en tant que puissance occupante, comme cela est souligné dans le droit international, de soigner les Palestiniens, tant à Gaza qu’en Cisjordanie occupée.

Pour la deuxième semaine consécutive, toutes les écoles et toutes les université de Gaza ont arrêté les cours, le ministère de l’Education lançant à la place des programmes en ligne pour que les élèves et les étudiants poursuivent leurs études.

L’inquiétude publique est extrêmement élevée dans la mesure où les Palestiniens de Gaza sont déjà confrontés à une sérieuse crise de pollution, plus de 90% de l’eau dans l’enclave n’étant pas potable et les Nations Unies ayant prévenu que Gaza serait invivable dès 2020.

« Et si nous restons à la maison et sommes infectés par l’eau du robinet », dit à MEE Iman Hamed, une femme au foyer mère de six enfants. « Si le virus entre à Gaza, ce sera comme lancer une bouteille de gaz dans une pièce fermée — tout le monde à l’intérieur le respirera ».

Haned a ajouté que « si l’infection ne veut pas partout dire la mort, à Gaza ce serait le cas — les ressources médicales sont très faibles ».

Elle a peur et croit que la meilleure façon de protéger ses enfants est de les garder à la maison jusqu’à ce que la situation soit plus claire.

« Je perdrai foi en tout si l’un de mes enfants est infecté et que personne ne puisse les aider, simplement parce que nous sommes à Gaza, l’endroit assiégé », a-t-elle dit.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Eye




Israël va utiliser la géolocalisation et la surveillance « anti-terroriste » pour tracer les personnes atteintes par le coronavirus

Par Yumna Patel, 15 mars 2020

Des groupes de défense des droits expriment leur préoccupation quant à la dernière initiative prise par Benjamin Netanyahou, Premier Ministre israélien, pour affronter l’épidémie de coronavirus dans le pays : il s’agit d’utiliser la technologie de la surveillance et de la lutte « antiterroriste ».

Netanyahou a fait cette annonce samedi [14 mars] dans le contexte d’une série de mesures mises en œuvre par le gouvernement pour bloquer l’activité du pays, le nombre de cas confirmés de COVID-19 ayant dépassé la barre des 200.

Selon les médias israéliens, Netanyahou compte utiliser la « géolocalisation cellulaire », entre autres formes de surveillance, pour retracer les déplacements de patients dont le test s’est avéré positif pour le virus et veiller à ce qu’ils n’enfreignent pas les consignes de confinement.

Selon Haaretz, Netanyahou a décrit le coronavirus comme un « ennemi invisible », et promis d’utiliser « tous les moyens… technologiques, numériques, et autres que j’ai jusqu’à ce jour évité d’utiliser envers la population civile » pour mettre fin à la propagation du virus.

Si Netanyahou a reçu sans tarder le soutien du Procureur général, du ministère de la Justice et du Shin Bet (le service israélien de renseignement intérieur), des groupes de défense des droits ont souligné que cette décision soulève de graves inquiétudes en matière de vie privée et de violations des libertés individuelles.

« Surveiller et suivre à la trace les personnes 24 heures par jour, 7 jours par
semaine— leur localisation, leurs appels, leur caméra, leurs écouteurs — sous prétexte d’empêcher la transmission et la propagation de l’infection constitue une violation du droit des personnes à la vie privée
» a déclaré 7amleh, le Centre arabe pour le progrès des médias sociaux.

Cette organisation a averti qu’Israël commettait peut-être en ce moment « des violations massives des droits numériques », et a insisté pour que « toute surveillance soit effectuée de façon à ce que les droits des personnes soient protégés et qu’Israël respecte ses obligations d’assurer la protection des droits humains des personnes, notamment les droits numériques ».

Étant donné le caractère sensible des données numériques, 7amleh a exhorté les autorités compétentes à « s’en tenir strictement au fondement juridique de ces activités et veiller à ce que la vie privée soit respectée et à ce que la quantité d’information la plus faible possible soit collectée afin de réduire la divulgation de données ».

7amleh souligne qu’Israël viole depuis longtemps les droits des Palestiniens en Cisjordanie occupée, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza en recourant à la surveillance numérique, sous prétexte d’« anti-terrorisme » et de mesures de « sécurité ».

« Cela montre que des politiques et des pratiques oppressives élaborées et utilisées dans le contexte de l’occupation finissent par être utilisées par la puissance occupante contre ses propres citoyens », affirme l’organisation.

Depuis que le premier cas de coronavirus a été détecté en Israël il y a trois
semaines, le nombre de cas a atteint 213 [à la date de rédaction de l’article], deux patients au moins étant dans un état grave et 11 dans un état moyen, selon le ministère de la Santé.

Au cours de ces dernières semaines, le pays a fermé des écoles, des universités, interdit les réunions ou rassemblements publics de plus de 10 personnes, imposé à tous les cafés et restaurants de baisser leurs rideaux, et supprimé temporairement l’accès à des lieux saints comme l’esplanade de la Mosquée Al Aqsa.

La semaine dernière [le 9 mars], Israël a imposé une quarantaine de 14 jours à toutes les personnes entrant dans le pays, qu’il s’agisse d’étrangers ou d’Israéliens.

Israël a également empêché l’accès à Bethléem, où 37 cas de coronavirus ont été confirmés à ce jour.

Traduction : SM pour l’Agence Média Palestine

Source : Mondoweiss




Les colons d’Hébron organisent la parade de Pourim pendant que les Palestiniens sont enfermés pour cause de coronavirus

Faisant fi des craintes liées au virus, les soldats et la police israéliens ont accompagné 250 colons dans le centre ville d’Hébron tout en empêchant les spectateurs palestiniens de s’approcher.

Par Oren Ziv, 10 mars 2020

Un soldat israélien vu lors de la parade annuelle de Pourim dans le
centre ville d’Hébron, Cisjordanie, le 10 mars 2020. (Oren Ziv)

Dans l’ombre de la propagation du coronavirus à travers Israël-Palestine, plus de 250 colons israéliens ont pris part mardi à la parade annuelle pour célébrer la fête juive de Pourim dans le centre d’Hébron occupé.

Les colons, qui ont défilé du quartier de Tel Rumeida au Tombeau des Patriarches, étaient accompagnés de centaines de soldats et de policiers israéliens qui ont empêché les spectateurs palestiniens de s’approcher.

Les colons se sont vantés que leur festival de Pourim était le seul autorisé, après que les fêtes dans les villes du pays aient été annulées par crainte du virus ; cependant, la participation a été plus faible que les années précédentes.

Pendant ce temps, à seulement 22 kilomètres au nord, l’armée israélienne a mis Bethléem en quarantaine après que sept cas de COVID-19 aient été découverts dans la ville, empêchant les habitants d’entrer ou de sortir de la ville.

La parade de mardi a commencé à « Elor Junction », où le soldat israélien Elor Azaria a abattu un assaillant palestinien blessé alors qu’il gisait immobilisé sur le sol en mars 2016. Imad Abu Shamsiya, un Palestinien d’Hébron, se tenait à quelques mètres de là et filmait l’incident. Sa documentation a conduit à une enquête et à un éventuel procès d’Azaria.

Les colons israéliens dansent lors de la parade annuelle de Pourim à
Hébron en Cisjordanie. Les Palestiniens, à qui il a été interdit de quitter
leur maison pendant la marche, peuvent être vus observant depuis
leur balcon, le 10 mars 2020. (Oren Ziv)

Un peu avant 11 heures du matin, un groupe de jeunes colons apparemment ivres a frappé à la porte d’une famille palestinienne qui vit à côté de la famille Abu Shamsiya. Lorsqu’un soldat israélien a essayé de les
faire sortir, l’un des colons a répondu en disant : « Profitons un peu de Pourim ». Quand le colon a vu Abu Shamsiya dans la maison voisine, il a dit à son ami qu’ils avaient la mauvaise adresse.

« J’espère juste que l’événement se terminera paisiblement », a dit tranquillement Abu Shamsiya.

Depuis 1967, le centre ville d’Hébron est devenu le site de plusieurs colonies juives qu’Israël a établies au milieu de la population palestinienne locale. Pendant des années, les Palestiniens vivant dans la région ont été soumis à la fois à des restrictions extrêmes imposées par l’armée et à la violence habituelle de colons extrémistes. En conséquence, un grand nombre d’habitants ont déménagé et des centaines d’entreprises ont été fermées, laissant la région en ruine économique.

Des enfants palestiniens regardent la parade annuelle de Pourim dans
le centre de la ville d’Hébron occupée, en Cisjordanie, le 10 mars 2020.
Les Palestiniens se sont vus interdire l’accès à leurs maisons pendant
toute la durée de la fête. (Oren Ziv)

Environ 34 000 Palestiniens et 700 colons vivent actuellement dans le centre ville. Les Palestiniens qui y vivent sont soumis à des restrictions de mouvement, notamment la fermeture des rues principales, tandis que les colons sont libres de se déplacer où ils le souhaitent. En outre, l’armée israélienne a donné l’ordre de fermer des centaines de magasins et d’établissements commerciaux dans la région.

« Bien que nous ayons eu des touristes de toutes sortes d’endroits, le coronavirus n’est pas arrivé à Hébron« , a déclaré Baruch Marzel, un militant d’extrême droite bien connu et résident de la ville qui portait un chapeau « Make Hebron Great Again » lors du défilé. « Hébron est une ville forte et sainte pour les Juifs où nos ancêtres nous protègent, tandis qu’à Bethléem, qui est sainte pour le christianisme, le virus s’en donne à cœur joie« , a ajouté Marzel.

Les soldats israéliens regardent les colons d’Hébron tenir leur parade
annuelle de Pourim dans la ville, le 10 mars 2020. (Oren Ziv)

Les marcheurs, dont beaucoup d’adolescents portant des bouteilles de vin, sont passés devant des magasins palestiniens qui ont fermé il y a 25 ans à la suite du massacre du Caveau des patriarches, dans lequel le colon Baruch Goldstein a assassiné 29 fidèles palestiniens en février 1994. En réponse à ces meurtres, l’armée israélienne a commencé à restreindre la circulation des résidents palestiniens d’Hébron et à appliquer une politique de stricte ségrégation entre eux et les colons.

Deux décennies plus tard, les restrictions n’ont fait que s’aggraver. La rue Shuhada d’Hébron, où s’est déroulée une grande partie de la marche de mardi, a été le théâtre de la plus célèbre de ces restrictions. Autrefois un centre commercial très fréquenté, de nombreuses portes de magasins ont maintenant été soudées et fermées par ordre militaire, donnant à la zone l’apparence d’une ville fantôme. Aujourd’hui, de nombreuses boutiques fermées sont taguées avec des Étoiles de David.

Des colons israéliens dansent avec un commandant militaire lors de la
parade annuelle de Pourim à Hébron occupée, en Cisjordanie, le 10
mars 2020. (Oren Ziv)

Pendant Pourim, les restrictions existantes sur les Palestiniens deviennent encore plus extrêmes. Les Palestiniens vivant le long du parcours de la marche ne sont même pas autorisés à ouvrir les portes de leurs maisons, tandis que certains regardent la marche à travers les barres métalliques installées sur leurs balcons pour les protéger des pierres jetées par les colons.

On peut également voir des soldats israéliens danser avec les colons, et les quelques points de contrôle de fortune par lesquels les Palestiniens peuvent entrer dans la rue Shuhada avec une permission spéciale sont fermés. La musique, forte, la danse et les costumes colorés se détachent encore plus sur la toile de fond de la ville fantôme et des portes des magasins couvertes de graffitis en hébreu.

Oren Ziv est photojournaliste, membre fondateur du collectif de photographie Activestills, et rédacteur pour Local Call. Depuis 2003, il documente une série de questions sociales et politiques en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, en mettant l’accent sur les communautés d’activistes et leurs luttes. Ses reportages se sont concentrés sur les protestations populaires contre le mur et les colonies, les logements abordables et autres questions socio-économiques, les luttes contre le racisme et la discrimination, et la lutte pour la libération des animaux.

Traduction : JPB pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine




Gaza sous blocus regarde avec ironie alors que le monde s’isole

Par Nidal Al-Mughrabi, 18 mars 2020

GAZA (Reuters) – “Cher monde, c’est comment le confinement? Gaza.”

Une plongée à la sauvette dans la communauté internationale, ceci est juste un post parmi tant d’autres dans le torrent sur les réseaux sociaux, issu de la bande de Gaza sous blocus, dans le sillage de la pandémie de coronavirus.

La vue d’un monde s’enfermant lui-même semble avoir fait jaillir une source d’émotions à Gaza, depuis le commentaire politique sardonique jusqu’à la délectation, de la part d’habitants de la petite enclave côtière qui vit depuis des années dans un isolement et un confinement imposés.

« En avez-vous assez de votre mise en quarantaine, de la fermeture de vos
frontières, de vos aéroports et de votre commerce ? Nous, à Gaza, cela fait 14 ans qu’on vit ainsi
» a posté cette semaine un internaute.

« Oh, le monde, bienvenue dans notre réalité permanente » a-t-il ajouté.

Gaza, qui fait 375 km carrés et le lieu d’habitation de deux millions environ de Palestiniens, dont plus de la moitié sont des réfugiés.

Une Palestinienne passe devant une école des Nations Unies fermée par mesure de précaution contre le coronavirus à Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza, 9 mars 2020
REUTERS/Ibrahim Abu Mustafa

Le long de 90% de ses frontières terrestre et maritime, son accès au monde extérieur est contrôlé par Israël et par l’Égypte sur son étroite frontière sud.

Un blocus régi par Israël restreint les déplacements des gens et les mouvements de marchandises depuis des années, dans le cadre de préoccupations sécuritaires après la prise de pouvoir à Gaza en 2007 par le groupe islamiste militant Hamas et trois guerres qui ont suivi, tuant des milliers de Palestiniens et 100 Israéliens.

Les Gazaouis n’ont pas perdu leur ironie quand ils voient que les restrictions auxquelles ils sont confrontés peuvent aussi avoir contribué à ralentir l’arrivée du coronavirus, aucun cas n’ayant été rapporté à Gaza jusqu’à présent.

Mais la fermeture et l’isolement prolongés ont contribué à la paralysie de l’économie de Gaza qui connaît un taux de chômage de 52% et des niveaux de pauvreté de plus de 50%.

Dans son usine de métallurgie vide au nord de la ville de Gaza, l’industriel Youssef Sharaf se remémore les années pendant lesquelles il pouvait exporter des radiateurs électriques en Israël et en Cisjordanie.

« J’avais 70 personnes qui travaillaient ici, aujourd’hui je n’en ai qu’une » a dit Sharaf à Reuters. Bien que les causes sous-jacentes de sa fermeture fussent humaines, il est en empathie avec ceux qui sont confrontés à la fermeture pour cause de maladie.

« C’est dur » dit-il. « Puisse Dieu leur venir en aide »

Mais dans le secteur high-tech de Gaza, petit mais résilient, les obstacles qui
empêchent de voyager à l’étranger ont forcé à l’adoption précoce de téléconférences et autres pratiques dont le monde s’empare maintenant.

Au Sky Geeks de Gaza, un incubateur de jeunes entrepreneurs, des programmeurs et développeurs web travaillent à distance avec des firmes internationales.

« À cause du long blocus que nous vivons, les gens de Gaza comprennent mieux la situation actuelle dans les autres pays du monde » dit Angham Abou Abed, un ingénieur en informatique de 24 ans qui travaille avec une société de logiciels située en Grande Bretagne.

« Nous espérons que le blocus que nous vivons va prendre fin et nous espérons que le virus va disparaître de la terre ».

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : Reuters