Un rapport des Nations Unies donne à Israël carte blanche pour diffamer le mouvement BDS

Ali Abunimah – 1 octobre 2019

Ahmed Shaheed, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion, pense qu’Israël devrait avoir carte blanche pour diffamer comme antisémites les militants des droits humains. (UK Foreign and Commonwealth Office)

Un
nouveau rapport de l’expert des Nations Unies donne à Israël et à
son lobby carte blanche pour diffamer comme antisémite les
mouvements pour les droits palestiniens.

Ahmed
Shaheed
,
le rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion
ou de croyance, a
publié le rapport
,
officiellement consacré à l’antisémitisme, fin septembre.

Il
adopte une définition controversée de l’antisémitisme dont
Israël et ses groupes de pression font la
promotion.

Les
défenseurs des droits humains ont alerté depuis longtemps sur le
fait que la prétendue définition
de l’IHRA

assimile la critique d’Israël et de son idéologie d’état, le
sionisme, d’un côté,
avec
le sectarisme anti-juif de l’autre.

Le
rapport de Shaheed reconnait que les critiques de la définition sont
inquiets de ce « qu’elle puisse être appliquée de manière à
pouvoir effectivement restreindre l’expression politique
légitime », en particulier la critique des violations des
droits palestiniens par Israël.

Il
conseille donc d’utiliser la définition « en tant qu’outil
éducatif non-juridique » afin de minimiser de tels « perturbants
effets ».

Shaheed
avertit aussi les organismes gouvernementaux qui utilisent la
définition « dans un contexte régulatoire » d’exercer la «
diligence requise » pour s’assurer que la liberté d’expression
soit protégée.

Il
repousse en douceur les tentatives pour mettre hors-la-loi BDS — le
mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions en faveur des
droits palestiniens.

Sans
nécessairement les approuver, Shaheed offre une place aux
affirmations du lobby israélien selon lesquelles les objectifs du
mouvement BDS — liberté, égalité et justice pour les
Palestiniens — sont « fondamentalement antisémites ».

Il
admet finalement que « le droit international reconnait les boycotts
comme des formes légitimes d’expression politique, et que les
expressions non violentes de soutien à des boycotts sont, de manière
générale, des discours légitimes qui devraient être protégés ».

Violant
ses propres avertissements

Mais
dans son rapport, Shaheed ignore ses propres avertissements, en
offrant une large crédibilité aux tentatives d’Israël pour
redéfinir comme de l’antisémitisme la défense de l’égalité
palestinienne.

Par
exemple, en discutant le mouvement BDS, il affirme que l’expression
qui « rejette le droit d’Israël à exister ou promeut la
discrimination contre des individus juifs à cause de leur religion
devrait être condamnée ».

Le
mouvement BDS condamne
déjà explicitement

la discrimination contre les Juifs en tant qu’ils seraient juifs,
comme il rejette toutes les formes de racisme.

Mais
regrouper le sectarisme antijuif avec la remise en question de
l’affirmation politique d’Israël selon laquelle il a « le droit
d’exister », fait partie de l’objectif plus large du rapport de
Shaheed, brouiller les cartes.

C’est
clair là où il attaque ce qu’il labelle « antisémitisme de
gauche ».

Shaheed
affirme que dans certains cas les prétendus antisémites de gauche «
ont assimilé le sionisme, le mouvement d’auto-détermination du
peuple juif, avec du racisme ; ont affirmé qu’Israël n’a pas le
droit d’exister ; et ont accusé de mauvaise foi ceux qui
exprimaient leur inquiétude vis-à-vis de l’antisémitisme
».

Shaheed
lance ces affirmations comme si elles n’étaient pas controversées,
mais chacune d’elles contient une déclaration politique
fréquemment faite par Israël et son lobby, et hautement contestée.

Etouffer
le débat

D’abord,
comme l’a expliqué
l’universitaire Joseph
Massad,
de l’université Columbia,
l’affirmation selon laquelle le sionisme serait le mouvement
d’auto-détermination du peuple juif est une invention récente
remontant aux années 1960 et 1970.

Massad
note qu’historiquement, le sionisme se définissait toujours comme
un mouvement de colonisation. Ce n’est que dans la période
post-coloniale qu’il s’est donné une nouvelle image comme
mouvement pour la « libération nationale » et
l’auto-détermination.

Ensuite,
la notion qu’Israël en tant qu’état a
un « droit à l’existence » abstrait va à l’encontre des
préceptes de base de la démocratie et du droit international.
Israël n’a pas plus « le droit d’exister » que, disons,
l’Allemagne de l’Est ou le Royaume-Uni.

L’Allemagne
de l’Est a cessé d’exister en 1990, avec la réunification
allemande. Personne n’argue que l’Allemagne de l’Est a un
certain droit abstrait de ressusciter, que le peuple allemand le
veuille ou non.

De
même, le Royaume-Uni a existé pendant des siècles, mais même les
dirigeants de l’état britannique n’argumentent pas qu’il a un
droit abstrait à continuer d’exister pour toujours, contre les
souhaits des personnes qui le constituent.

C’est
pourquoi l’Ecosse a pu avoir un référendum
sur son indépendence en 2014 et en aura probablement
un
autre

dans l’avenir.

C’est
aussi pourquoi l’état britannique reconnait que les habitants
d’Irlande du Nord, qui fait actuellement partie du Royaume-Uni, ont
le droit
de voter dans un référendum

pour rejoindre une Irlande unifiée.

Ceci
parce que l’auto-détermination
appartient aux résidents légitimes

d’un territoire : les états n’ont pas « un droit d’exister ».

Ce
qui est vrai, plutôt, c’est qu’un peuple vivant légitimement
dans un territoire a le droit de constituer l’entité qui le
gouverne.

Les
colons qui envahissent et occupent ce territoire, expulsant ou
soumettant ses résidents légitimes, ne peuvent légitimer leur
propre présence simplement en renommant leur invasion
« autodétermination » des colons, comme Israël essaie de le
faire.

Une
affirmation israélienne plus spécifique est qu’Israël a « le
droit d’exister comme
état juif

» — de fait, qu’il a le droit de maintenir une majorité
démographique juive.

Cette
majorité a été violemment fabriquée par des moyens
intrinsèquement illégitimes : le nettoyage ethnique de 800 000
Palestiniens par les milices sionistes en 1948.

Comme
j’ai expliqué
en 2014 dans mon livre
,
The
Battle for Justice in Palestine

(La
lutte pour la justice en Palestine
),
l’affirmation d’Israël selon laquelle il a le « droit » de
maintenir une majorité juive veut dire qu’il a un droit perpétuel
à promulguer des politiques intrinsèquement racistes contre le
peuple palestinien autochtone, de manière à contrôler
sa taille
.

Il
va aussi de soi qu’une politique sioniste basique, niant le droit
au retour des réfugiés palestiniens,
est
de fait raciste
:
Israël ne permet pas aux Palestiniens et à leurs
descendants
expulsés de leur pays natal par les sionistes de revenir dans leurs
foyers, uniquement parce qu’ils ne sont pas juifs.

Présumé
coupable

Troisièmement,
l’affirmation de Shaheed selon laquelle mettre en question
n’importe
quelle

accusation d’antisémitisme est en soi une preuve d’antisémitisme
rend impossible aux militants de se défendre.

En
fait
les
allégations fabriquées

d’antisémitisme ont été au coeur des tentatives d’Israël pour
stopper le mouvement de solidarité avec la Palestine sur les campus
américains.

Des
accusations
fausses
sont aussi utilisées pour diffamer le Parti travailliste
britannique, dirigé par
Jeremy
Corbyn, comme institutionallement antisémite.

Il
est compréhensible que les propagandistes d’Israël ne veuillent
pas
que
leurs mensonges et leurs calomnies soient exposés
.

Mais
il semblerait que Shaheed croit lui aussi que ceux faussement accusés
d’antisémitisme doivent être automatiquement considérés comme
coupables et n’aient jamais l’occasion de se défendre.

Il
donne donc à Israël et à son lobby carte blanche pour diffamer et
calomnier qui ils veulent.

Avec
des affirmations vagues, de mauvaise foi et malhonnêtes, le rapport
de Shaheed tente de mettre hors limite les questions basiques de
libre expression et de droits palestiniens en affirmant que le simple
fait de les discuter est antisémite.

La
raison pour cela est claire : les affirmations sionistes ne résistent
pas à un examen argumenté et fondé sur les faits. La meilleure
stratégie d’Israël est donc d’étouffer toute discussion.

En
août, Shaheed a
été sévèrement critiqué

par les défenseurs des droits humains pour sa relation étroite aux
groupes de pression en faveur d’Israël et parce qu’il ne se
soucie pas des violations par Israël des droits palestiniens et de
la liberté religieuse.

Après
la publication de son rapport, il est clair
que ces critiques étaient bien justifiées.

ALI
ABUNIMAH

Co-fondateur
de The
Electronic Intifada

et auteur de The
Battle for Justice in Palestine
,
publié chez Haymarket Books. A
aussi écritOne
Country: A Bold-Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse
.
Les opinions exprimées sont les siennes seules.

Traduction : CG pour l’Agence Media Palestine
Source : The Electronic Intifada




Un accord secret sur le gaz entre Israël et Jordanie révélé

Tamara Nassar – 2 octobre 2019

Des Jordaniens manifestent contre l’accord sur le gaz avec Israël, Amman, septembre 2016. (Muhammad Hamed / Reuters)

Le texte
complet du marché Israël-Jordanie sur le gaz a été révélé pour
la première fois depuis sa signature en septembre 2016.

Le
gouvernement jordanien a classifié le document, mais le député
jordanien Saleh al-Armouti l’a fait fuiter dans les médias au
cours de l’été.

Al-Armouti
avait précédemment dévoilé une partie de son contenu au cours
d’une conférence de presse.

Le
document fourni par al-Armouti semble être une traduction en arabe
d’un original en anglais qui n’a pas été publié.

Le
contenu confirme les soupçons sur le fait que le gouvernement
jordanien a trompé le public sur son implication dans cet accord,
ainsi que sur les conditions de son annulation et ses implications
sur l’économie jordanienne.

De
gouvernement à gouvernement

Pris
dans une critique intense, les responsables jordaniens ont essayé de
mettre le gouvernement à distance du marché, occultant l’étendue
de l’implication de l’État d’un côté comme de l’autre.

Mohammad
Momani, alors porte-parole du gouvernement, a affirmé peu après la
signature du marché qu’elle s’était faite entre deux sociétés,
américaine et jordanienne, et pas entre deux gouvernements.

L’ancien
premier ministre Abdullah Ensour a fait une déclaration semblable,
affirmant que le vendeur était une société privée.

Il a
déclaré que La Chambre des Représentants n’a donc aucun rôle
dans la ratification du marché.

La
Campagne Jordanienne pour Mettre Fin à l’Accord Sioniste sur le
Gaz a publié une liste de responsables du gouvernement dont elle dit
qu’ils ont été responsables de l’accord et de la tromperie du
public à son sujet.

Le
marché sur le gaz a été signé entre NBL Jordan Marketing Limited
et la société nationale d’électricité, propriété du
gouvernement jordanien, NEPCO.

NBL
Jordan Marketing est une filiale de la société américaine Noble
Energy.

Elle est
enregistrée aux Iles Caïman, paradis fiscal offshore notoire, et
son siège est à Herzliya, près de Tel Aviv.

NBL est
elle-même une société détenue par Noble Energy Mediterranean
Limited – autre filiale de Noble Energy – et trois sociétés
israéliennes : Delek Drilling, Avner Oil Exploration et Ratio
Oil Exploration.

Delek
Drilling et Avner Oil Exploration ont depuis fusionné.

Ces
partenaires assemblés exploitent le gisement de gaz dénommé
Leviathan en Méditerranée orientale dans le cadre d’une
concession du gouvernement israélien.

Les
sociétés qui extraient le gaz paient des royalties et des taxes au
gouvernement israélien dont Derek Drilling estime qu’elles
atteindront des dizaines ou des centaines de milliards de dollars.

Ceci
signifie que le gouvernement israélien profite directement de la
transaction et que, comme les critiques le dénoncent, les
contribuables et les consommateurs d’électricité jordaniens vont
directement subventionner le trésor israélien, ainsi que son armée
et l’occupation de la terre palestinienne.

La
Jordanie va payer au moins 10 milliards $ sur 15 ans pour un total de
45 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Le prix du gaz est
sujet à changements selon la valeur du marché. La Jordanie va aussi
supporter des frais supplémentaires pour la construction d’un
pipeline et autres infrastructures.

La
société jordano-égyptienne Fajr pour le Transport et la Fourniture
de Gaz Naturel sera responsable du transfert du gaz.

L’accord
confirme, par ailleurs, qu’une partie dans ce marché est
effectivement le gouvernement jordanien.

NEPCO ne
peut se retirer du marché que si une autre organisation
gouvernementale, ou une autre société entièrement détenue par le
gouvernement, prend la relève, stipule le marché.

Le
ministère de l’Energie et des Ressources Minérales de Jordanie
figure officiellement dans le marché en tant qu’intermédiaire
entre l’acheteur et le vendeur.

En plus,
ce marché dépend des accords signés par les gouvernements
jordanien et israélien qui traitent de plusieurs questions liées au
flux de gaz entre les deux pays.

Annulation

Les
conditions d’annulation diffèrent selon qu’il s’agit des côtés
jordanien ou israélien.

Si le
côté américano-israélien souhaite annuler le marché à cause de
manquements provenant du côté jordanien pendant les cinq premières
années, NEPCO devra payer 1.5 milliards $ à NBL Jordan Marketing.

Les
pénalités décroissent graduellement après cinq ans.

Cependant,
si NEPCO décide d’abandonner le marché à cause de manquements de
NBL Jordan Marketing, le côté américano-israélien aura moins à
payer en compensation – 1.2 milliards $ pendant les cinq premières
années.

Hala
Zawati, ministre jordanien de l’Energie, a dit l’année dernière
à Roya TV de Jordanie que les citoyens jordaniens seraient ceux qui
paieraient l’énorme coût de l’annulation du marché.

L’accord
exige des deux côtés le maintien d’une stricte discrétion sur
ses conditions jusqu’à cinq ans après l’expiration du marché.

Aucune
des parties ne peut même faire de déclarations publiques en
relation avec le marché sans en informer l’autre une semaine
avant.

Litige
constitutionnel

Les
législateurs jordaniens disent que la signature du marché sans
l’approbation du parlement est inconstitutionnelle.

Ils ont
porté l’affaire en mars devant la cour constitutionnelle.

La cour
a jugé le mois dernier que ce marché ne requiert pas l’approbation
du parlement.

La cour
a déclaré que c’est parce que l’accord est signé entre deux
sociétés plutôt que deux gouvernements.

La cour
a affirmé que NEPCO ne devrait pas être considérée comme une
institution publique officielle, même alors qu’elle est
entièrement propriété de l’État et que ses dirigeants sont
directement nommés par le cabinet jordanien.

Les
législateurs ont fait remarquer que la constitution jordanienne
établit que « Les traités et accords qui entraînent quelque
dépense que ce soit pour le Trésor Public ou qui affecte le public
ou les droits privés des Jordaniens ne seront valides que s’ils
sont approuvés par le parlement ».

Elle
stipule aussi que « en aucun cas les conditions secrètes d’un
traité ou d’un accord ne seront contraires aux conditions
connues ».

Les
conditions du marché, ainsi que les déclarations des ministres,
rendent évident le fait que l’accord oblige en fin de compte
l’État jordanien – et par conséquent les contribuables – à
payer la note.

Mais le
public jordanien et ses représentants n’ont pas eu droit à la
parole et n’ont bénéficié que de très peu de transparence.

Implications
négatives

Les
responsables du gouvernement ont souvent prétendu que ce marché
bénéficierait à l’économie de la Jordanie.

En 2014,
Mohammad Jamed, alors ministre jordanien de l’Energie, affirmait
qu’acheter du gaz naturel à Noble Energy ne faisait de l’économie
jordanienne l’otage d’aucun Etat, en référence à Israël.

Mais
l’importation de gaz fourni par Israël peut affecter le droit de
la Jordanie à produire son propre gaz naturel.

Le
marché stipule que, même si on découvre du gaz naturel en
Jordanie, le montant de gaz que la Jordanie doit importer depuis
Israël ne peut être réduit de manière significative.

La
Jordanie ne peut entamer des négociations avec les partenaires
Leviathan pour réduire la quantité de gaz fourni par Israël
qu’elle doit acheter qu’après avoir acquis 50 % du montant
total du contrat.

Et même
alors, la réduction ne peut dépasser 20 % du montant quotidien
décidé dans le contrat.

Noble
Energy est assurée par La Société d’Investissements Privés à
l’Etranger du gouvernement américain, qui affirme que ce marché
fera progresser l’emploi aux Etats Unis grâce à « d’importants
débouchés américains ».

Ceci
indique que les sociétés américaines, ainsi qu’Israël, seront
vraisemblablement les plus gros bénéficiaires.

La
Jordanie possède des sources d’énergie alternatives.
L’importation de gaz fourni par Israël, qui a été promue par
l’administration Obama, est largement perçue comme un accord
diplomatique qui profite à Israël plutôt que comme un accord fondé
sur une nécessité jordanienne.

Les
critiques ont fait remarquer que les milliards de dollars qui seront
transmis à Israël, l’aidant à renforcer son oppression sur les
Palestiniens, auraient pu à la place être investis dans le
développement du vaste potentiel de la Jordanie en faveur des
énergies renouvelables, éolienne et solaire.

Tamara
Nassar est rédactrice adjointe de The Electronic Intifada.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada




Un Palestinien torturé par Israël est dans un état critique

Tamara Nassar – 2 octobre 2019

Samer
Arbeed est dans un état critique après avoir été torturé par
l’agence de renseignements d’Israël le Shin Bet. (via Twitter)

Des
associations de défense des droits de l’Homme condamnent Israël
pour la torture de Samer Arbeed.

Arbeed
est dans un état critique à la suite de son interrogatoire par
l’agence intérieure de renseignements d’Israël, le Shin Bet.

Une
coalition d’associations palestiniennes de défense des droits de
l’Homme dit qu’Israël est responsable « d’avoir torturé
et gravement blessé » Arbeed au cours de son arrestation et de
son interrogatoire.

Une
unité des forces spéciales israéliennes s’est emparée d’Arbeed
le 25 septembre sur son lieu de travail dans la ville de Ramallah en
Cisjordanie occupée et l’ont battu avec leurs fusils en face de sa
femme et d’autres témoins, d’après Amnesty International.

Il a
alors été transféré à Jérusalem dans le Complexe Russe, centre
de détention israélien synonyme de torture des prisonniers
palestiniens, où il a été gravement maltraité tout en se voyant
refuser l’accès à un avocat.

Arbeed,
44 ans, a comparu devant le tribunal militaire d’Ofer le 26
septembre sans son avocat, avec des contusions visibles. Il a dit au
juge militaire qu’il était incapable de manger et qu’il
vomissait continuellement.

Mahmoud
Hassan, l’avocat d’Arbeed, membre de l’association de défense
des droits des prisonniers Addameer, a été informé de son
transfert à l’hôpital Hadassah de Jérusalem le 28 septembre.

« Il
y a été admis avec des côtes cassées et une insuffisance rénale
et il est actuellement dans un état critique sous respirateur »,
a déclaré Amnesty.

Addameer
dit qu’Arbeed a été en fait transféré le 27 septembre, mais que
sa famille et son avocat n’en ont été informés que le lendemain
et que Hassan n’a été autorisé à le voir que brièvement.

Torture
légale

On
dit que le Shin Bet a reçu l’autorisation d’une « instance
judiciaire » « d’utiliser des moyens exceptionnels pour
interroger » Arbeed – nom de code pour torture.

Alors
que la haute cour d’Israël a censément proscrit la torture en
1999, elle a décrété que l’agence nationale de renseignements
peut utiliser la torture dans des circonstances dites de « bombe
à retardement » pour interroger les prisonniers palestiniens.

« Depuis
lors, les investigateurs du Shin Bet ont torturé des centaines de
Palestiniens, alléguant le prétexte « bombe à retardement »,
et pas un seul d’entre eux n’a été poursuivi », a déclaré
Amnesty.

Le
créneau israélien de « bombe à retardement » a été
utilisé par l’agence américaine d’espionnage extérieur, la
CIA, pour justifier son régime de torture, a révélé une enquête
du Sénat américain en 2014.

Le Shin
Bet accuse Arbeed d’implication dans l’assassinat de
l’adolescente israélienne Rina Shnerb.

Shnerb
a été tuée le 23 août, par ce dont l’armée israélienne a dit
qu’il s’agissait d’un engin explosif improvisé, près de la
colonie de Dolev en Cisjordanie.

Son père
et son frère ont été blessés dans cette même explosion.

Les forces d’occupation israéliennes ont arrêté trois autres Palestiniens dont ils prétendent qu’ils sont impliqués dans l’attaque : Yazan Mghamas, Nizam Muhammad et Qassam al-Barghouti.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada




Liberté immédiate et sans condition pour Ramy Shaath!

Communiqué de presse d’Amnesty International, 3 septembre 2019

Les autorités égyptiennes doivent libérer immédiatement et sans condition le ressortissant égypto-palestinien Ramy Shaath, coordonnateur du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) en Égypte, a déclaré Amnesty International ce mardi 3 septembre 2019. 

Amnesty International considère Ramy Shaath comme un prisonnier d’opinion, car il est détenu uniquement pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression et à la participation aux affaires publiques. Dans l’attente de sa libération, il doit être autorisé à consulter ses avocats et traité dans le respect de l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus. Amnesty International appelle également les autorités égyptiennes à enquêter sur le refus d’assistance consulaire qui a été opposé à l’épouse de Ramy Shaath, Céline Lebrun Shaath, ressortissante française, ainsi que sur l’expulsion illégale d’Égypte dont celle-ci a ensuite fait l’objet, et à lui offrir des voies de recours efficaces.

Ramy Shaath est en détention provisoire depuis le 5 juillet 2019, dans l’attente des conclusions d’une enquête sur des charges, dénuées de fondement, d’« assistance à un groupe terroriste ». Sa détention a une nouvelle fois été prolongée de 15 jours le 27 août 2019. 

Le 21 août 2019, sa famille a lancé une campagne appelant à sa libération. 

Arrestation arbitraire et disparition forcée

Selon la famille de Ramy Shaath, le 5 juillet 2019, vers 0 h 45, au moins une douzaine de policiers lourdement armés ont pris d’assaut son domicile cairote, sans s’identifier ni présenter de mandat d’arrêt. Les policiers ont ensuite commencé à fouiller les lieux et ont saisi des ordinateurs, des disques durs et des téléphones portables. Ils ont arrêté Ramy Shaath et Céline Lebrun Shaath, professeure d’histoire et responsable associative, qui a par la suite fait l’objet d’une expulsion illégale, alors qu’elle résidait en Égypte depuis mars 2012.

Dans l’intervalle, les forces de sécurité ont transféré Ramy Shaath dans un lieu tenu secret, et ont caché son lieu de détention pendant environ 36 heures. Lorsque sa famille et ses avocats ont signalé sa « disparition » au poste de police de Qasr el Nil, dans le centre-ville du Caire, les policiers ont affirmé qu’il n’était pas entre leurs mains. Par la suite, un avocat a informé la famille que Ramy Shaath avait comparu devant un procureur du parquet de la Sûreté de l’État, au Nouveau Caire. Il n’a pas été autorisé à appeler sa famille ni son avocat, et a été représenté pendant son interrogatoire par un avocat qui se trouvait sur place. 

Selon la famille, le procureur a informé Ramy Shaath qu’il était accusé d’« assistance à un groupe terroriste ». Cependant, il l’a interrogé uniquement sur la nature de ses activités politiques en Égypte et n’a présenté aucune preuve à son encontre ; il s’est appuyé sur un dossier secret de l’Agence nationale d’investigation, malgré un arrêt rendu en 2015 par l’une des plus hautes juridictions égyptiennes, la Cour de cassation, qui a statué que les enquêtes de cette agence ne constituaient pas des preuves à elles seules. En outre, le procureur n’a autorisé ni Ramy Shaath ni ses avocats à examiner les éléments d’enquête de l’Agence. 

Ramy Shaath est actuellement détenu dans l’attente des conclusions d’une enquête menée dans le cadre de l’affaire dite du « Plan Espoir », qui concerne au moins 105 personnes, dont beaucoup sont également en détention. Selon les autorités, cette enquête porte sur un « complot orchestré par des militants de la société civile en collaboration avec les Frères musulmans pour porter atteinte à l’État ». L’affaire concerne des personnes d’horizons politiques extrêmement variés, qui n’ont pas de liens entre elles. Parmi elles figurent au moins 15 responsables politiques, étudiants, journalistes et un défenseur des droits des travailleurs, qui sont détenus arbitrairement sur la base de charges sans fondement, liées à leurs activités politiques légitimes, à leurs activités de défense des droits humains et à l’expression pacifique de leurs opinions. 

Le 6 juillet, le procureur a ordonné le placement en détention de Ramy Shaath pour 15 jours, dans l’attente des résultats de l’enquête ; depuis lors, il renouvelle sa détention tous les 15 jours lors d’audiences de renouvellement automatique. En vertu du Code de procédure pénale égyptien et de la Loi de 2015 relative à la lutte contre le terrorisme, les procureurs peuvent ordonner la détention provisoire de personnes poursuivies dans des affaires « liées au terrorisme » pour une période pouvant aller jusqu’à 150 jours, sans les déférer à un juge.

Des conditions de détention déplorables

Ramy Shaath est actuellement incarcéré dans la prison de Tora (sud du Caire). Selon sa famille, il a passé son premier mois de détention dans une cellule surpeuplée d’environ 30 mètres carrés, avec une trentaine de codétenus. Il n’avait pas assez d’espace pour s’allonger et n’était pas autorisé à sortir pour faire de l’exercice. Au cours de la première semaine d’août, il a été transféré dans une cellule moins surpeuplée ; depuis lors, il est autorisé à passer une heure par jour en plein air. Cependant, sa famille reste très inquiète car Ramy Shaath a un taux de cholestérol élevé, ce qui nécessite une activité physique régulière, une alimentation saine et des médicaments. 

Le 21 août, la famille de Ramy Shaath a publié un communiqué sur son arrestation et sa détention. Depuis lors, il fait l’objet d’une campagne de diffamation dans les médias publics et privés, qui affirment qu’il n’est pas égyptien et l’accusent à tort d’avoir détourné des fonds palestiniens pour soutenir les Frères musulmans, financer des violences et « prendre pour cible » l’armée et la police égyptiennes. 

MILITANTISME POLITIQUE PACIFIQUE ET DÉFENSE PACIFIQUE DES DROITS HUMAINS

Ramy Shaath est un militant politique, qui a contribué à la fondation de divers mouvements politiques laïques en Égypte, dont le parti El Dostour. Il a également cofondé le mouvement BDS en Égypte, et en est le coordonnateur en Égypte depuis 2015. Le mouvement BDS mène campagne pour amener Israël à rendre des comptes pour les violations des droits humains et autres violations du droit international, en prônant des moyens non violents pour y parvenir. Dans le cadre de ses activités, Ramy Shaath sensibilise le public aux droits des Palestiniens et dénonce dans les médias l’occupation israéliennes des territoires palestiniens. Avant son arrestation, il a participé à des événements publics et donné à la presse des interviews dans lesquelles il exprimait sa vive opposition au plan américain visant à résoudre le conflit israélo-palestinien, baptisé « deal du siècle » par le gouvernement américain, et à la participation de l’Égypte à la conférence de Manama les 25 et 26 juin, consacrée à des discussions sur ce plan. 

Les autorités égyptiennes harcèlent Ramy Shaath depuis de nombreuses années en raison de son militantisme politique. En avril 2012, le ministère de l’Intérieur a refusé de renouveler son passeport égyptien, tentant de le priver de la nationalité égyptienne. Bien que Ramy Shaath ait obtenu gain de cause en 2013 devant le tribunal administratif du Caire, le ministère de l’Intérieur a fait appel de la décision en 2018 ; l’appel est toujours pendant. 

Amnesty International estime que les charges qui pèsent sur Ramy Shaath sont sans fondement, uniquement liées à son exercice pacifique du droit à la liberté d’expression et à la participation aux affaires publiques, et contraires à la Constitution égyptienne et aux obligations que l’Égypte a contractées en vertu du droit international relatif aux droits humains. L’article 65 de la Constitution égyptienne garantit le droit à la liberté d’expression. De plus, les articles 19 et 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l’Égypte est partie, garantissent respectivement le droit à la liberté d’expression et le droit de prendre part à la direction des affaires publiques. 

Expulsion illégale de Céline Lebrun Shaath

Après l’irruption de la police au domicile du couple, Céline Lebrun Shaath a tenté d’appeler ses amis et le consulat français, mais un policier l’en a empêchée. Lorsqu’elle a demandé aux policiers pour quels motifs on la privait du droit de contacter le consulat, l’un d’eux a répliqué : « Eh bien, puisque vous insistez pour appeler le consulat, nous avons le droit en tant qu’État de vous expulser. »

Céline Lebrun Shaath a indiqué que les policiers lui avaient laissé 10 minutes pour rassembler quelques effets puis l’avaient emmenée au poste de police de Qasr el Nil, dans le centre-ville du Caire, avant de la transférer à l’aéroport en vue de son expulsion. Ils ont saisi son téléphone et son ordinateur portable et l’ont empêchée de communiquer avec qui que ce soit, y compris avec le consulat français, jusqu’à son expulsion. 

Céline Lebrun Shaath a été contrainte à acheter un billet d’avion pour la France et a été retenue dans une pièce entre 2 heures du matin et le départ de son vol pour Paris, à 9 heures. Aucun responsable ne lui a expliqué les motifs de son expulsion ni permis de contester la décision à son encontre.

Sur la base des informations dont elle dispose, Amnesty International estime que l’expulsion de Céline Lebrun Shaath était illégale. Les expulsions d’étrangers depuis l’Égypte doivent être conformes au droit interne et aux obligations qui incombent à cet État en vertu du droit international. En conséquence, les autorités étaient tenues d’expliquer à Céline Lebrun Shaath les motifs de son expulsion et de lui donner la possibilité de contester la décision à son encontre, au titre de l’article 13 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de l’article 12 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. De plus, en privant une ressortissante française de la possibilité de prendre contact avec le consulat français, les autorités égyptiennes ont commis une violation de ses droits au titre de l’article 36 de la Convention de Vienne sur les relations consulaires. 

Une prison à ciel ouvert pour les détracteurs du régime

L’arrestation de Ramy Shaath intervient dans le contexte d’une répression sans précédent contre les personnes critiques à l’égard du gouvernement égyptien, notamment les militants politiques, les journalistes, les fans de football, les artistes et les défenseurs des droits humains. Dans nombre de ces affaires, des personnes sont inculpées sur la base d’enquêtes secrètes de l’Agence nationale d’investigation auxquelles ni elles, ni leurs avocats ne peuvent accéder, et sont maintenues en détention provisoire pendant des mois avant d’être relâchées sans avoir été jugées.

Après leur libération, elles sont généralement soumises à des mesures strictes de mise à l’épreuve, qui les obligent à se présenter au poste de police toutes les semaines. Ces mesures facilitent d’autres violations des droits humains, comme des arrestations arbitraires, des mauvais traitements et des restrictions arbitraires des droits à la liberté de mouvement et d’expression. Elles interfèrent également avec la jouissance d’autres droits, notamment les droits au travail, à l’éducation et à un niveau de vie suffisant. 

Répression du mouvement BDS

Ces dernières années, plusieurs États dans le monde ont restreint les activités du mouvement BDS et s’en sont pris à ses militants, par le biais de diverses politiques et dispositions législatives, parce que le mouvement promeut la protection des droits des Palestiniens. Au premier rang de ces États, Israël a adopté plusieurs lois qui érigent en infraction les activités du BDS et interdisent l’entrée dans le pays ou dans les territoires palestiniens occupés de toute personne soutenant ou travaillant pour une organisation perçue comme favorable à un boycott d’Israël ou d’entités israéliennes, notamment celles qui tirent profit des colonies de peuplement israéliennes illégales, telles que définies dans la Loi «anti-boycott» de 2011. 

Plusieurs pays européens prennent également des mesures légales contre le mouvement BDS. Ainsi, l’Espagne a engagé des poursuites contre des municipalités qui soutenaient le boycott d’Israël, et la France a poursuivi au pénal des militants du mouvement BDS pour provocation à la haine et à la discrimination. Cette année, le Parlement allemand a adopté une motion non contraignante définissant le mouvement BDS comme antisémite et appelant le gouvernement allemand à ne soutenir ni ce mouvement, ni les groupes appelant au boycott d’Israël ou soutenant activement le mouvement BDS, par un appui financier comme par la mise à disposition de locaux pour la tenue d’événements.

Amnesty International ne prend pas position sur les boycotts, mais elle soutient le droit de préconiser un boycott ou de participer à un boycott en tant que forme d’action protégée par le droit à la liberté d’expression. Il revient aux individus et aux organisations de déterminer les stratégies à mettre en œuvre pour faire progresser les droits humains. L’organisation estime que les partisans du mouvement BDS doivent pouvoir exprimer leurs opinions et mener leurs campagnes sans faire l’objet d’actes de harcèlement ou d’intimidation, de menaces, de poursuites sans fondement ni d’autres mesures contraires au droit à la liberté d’expression.

Source: Amnesty




Comment le lobby israélien a mis en place le programme de l’UE sur l’antisémitisme

David Cronin, 30 septembre 2019

Katherina von Schnurbein, coordinatrice de l’UE contre l’antisémitisme, salit régulièrement le mouvement de solidarité avec la Palestine. (Lukasz Kobus / European Union)

Depuis presque quatre ans, Katharina von Schnurbein s’est fait passer pour une championne des Juifs d’Europe.

Pris au pied de la lettre, ses discours dans de nombreuses conférences suggèrent qu’elle est une consciencieuse fonctionnaire animée du désir de mettre fin à la persécution. Un examen plus détaillé révèle qu’elle a suivi un agenda mis en place par Israël et ses soutiens.

Le véritable objectif de cet agenda a été de museler le mouvement de solidarité avec la Palestine.

Von Schnurbein a été nommée en décembre 2015 première coordinatrice de l’Union Européenne contre l’antisémitisme.

L’idée de ce poste n’est pas née dans les bureaux de Bruxelles.

Au cours du mois de mai 2015, le gouvernement israélien a reçu à Jérusalem un « forum mondial pour combattre l’antisémitisme ».

Un « plan d’action » pour l’Europe a été dressé à cette occasion par les lobbyistes pro-israéliens de Grande Bretagne, de France et des Pays Bas.

L’une de ses recommandations était que l’UE nomme un coordinateur contre l’antisémitisme. Une autre était que l’Union « envisage » d’impliquer des forces de police ostensiblement dédiées à l’amélioration de la sécurité des Juifs.

Sinistre

Une proposition similaire a été faite le même mois à une conférence organisée à Bruxelles par le Comité Juif Américain, importante association pro-israélienne.

L’ « appel à agir » émis à cette occasion a déformé la réalité. Il prétendait que « les Juifs dans tout le continent [Europe] avaient subi l’été dernier une levée de violence antisémite et des menaces, au moment du conflit provoqué par le Hamas avec Israël ».

La réalité, c’est que l’attaque sur Gaza a été provoquée par Israël.

Son gouvernement s’est servi du tir de roquettes par quelques combattants de la résistance comme prétexte pour infliger la pire des violences sur les habitants de Gaza, qui vivaient déjà sous blocus.

Il est vrai que quelques incidents antisémites – tels que le bris de vitres d’une synagogue de Belfast – sont arrivés l’été dernier.

Cependant, Israël et ses soutiens ont également cherché à dénaturer les très importantes manifestations de solidarité avec Gaza à travers le monde comme étant conduites par de l’antisémitisme.

Il faudrait regarder dans ce contexte la recommandation faite par le Comité Juif Américain pour que les gouvernements de l’UE « engagent les autorités policières » à combattre l’antisémitisme.

Vera Jourova, commissaire européenne à la justice, a participé en 2015 à la conférence du Comité Juif Américain.

Travaillant en tandem avec von Schnurbein, elle a par conséquent pris des initiatives recherchées par le lobby pro-israélien.

En juin de cette année, par exemple, Jourova a mis en place un groupe de travail officiellement dédié à la rédaction de nouvelles stratégies contre l’antisémitisme.. Ce groupe comprend des représentants des forces de police des pays de l’UE.

C’est une sinistre démarche.

Le travail de l’Union Européenne dans ce domaine est maintenant conduit par une définition douteuse de l’antisémitisme approuvée en 2016 par un club de 33 Etats connu sous le nom d’Alliance Internationale pour le Souvenir de l’Holocauste (IHRA).

Cette définition est assortie d’exemples hautement contestables de commentaires condamnés pour être antisémites. On trouve parmi eux l’affirmation comme quoi la création d’Israël a été une « tentative raciste ».

Israël a été conçu comme un Etat où les colonisateurs juifs auraient plus de droits que les indigènes palestiniens. Les Palestiniens expulsés de force de leur terre natale à la création d’Israël, ainsi que leurs descendants, n’ont pas eu le droit de revenir chez eux pour la seule raison qu’ils n’étaient pas Juifs.

Rappeler ces faits historiques serait sans doute considéré comme antisémite selon cette définition.

A l’origine, la définition a été rédigée il y a plus de dix ans par des associations pro-israéliennes – comme faisant partie d’un exercice sponsorisé par l’UE.

Théoriquement, cette définition n’est pas juridiquement contraignante. Cependant, on ne peut voir l’implication des forces de police dans l’évaluation de commentaires sur Israël que comme une tentative pour criminaliser ceux qui disent la vérité sans fard sur les activités de l’État.

Pernicieux

Von Schnurbein n’a cessé de salir le mouvement de solidarité avec la Palestine.

En visite à Jérusalem au début de l’année, elle a déclaré qu’on peut percevoir deux nouvelles formes d’antisémitisme en Europe depuis la deuxième Guerre Mondiale.

La première a été la banalisation de l’Holocauste par la droite. La seconde a été « l’idée anti-sioniste de gauche que l’existence de l’État d’Israël en elle-même était une tentative raciste ».

Son allégation était pernicieuse. Elle suggérait qu’on pouvait comparer les apologues d’Adolf Hitler aux militants qui s’opposent à l’oppression d’Israël sur les Palestiniens précisément parce qu’ils sont indignés par le fanatisme sous toutes ses formes.

Et en plus, elle emmêlait – délibérément, comme on s’en rendrait compte – deux tendances politiques distinctes.

La haine des Juifs par l’extrême droite est issue de la simple haine des gens qui appartiennent à une ethnie ou une religion différentes. L’opposition de gauche au sionisme, d’autre part, est fondée sur une critique de l’idéologie de l’État d’Israël.

S’attaquer au sionisme est un devoir moral pour de véritables socialistes, comme ça l’est de lutter contre toute discrimination envers les Juifs, fondée sur leur identité religieuse ou ethnique.

La semaine dernière, von Schnurbein a participé au lancement d’un rapport du gouvernement israélien qui accusait d’antisémitisme la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions menée par les Palestiniens.

De façon absurde, le rapport suggérait que mon collègue Ali Abunimah avait une arrière-pensée en faisant remarquer la conduite criminelle d’Israël.

Dans son discours lors du lancement, von Schnurbein a relevé un incident de 2015 au cours duquel des militants BDS ont demandé au chanteur Matisyahu de démasquer Israël pendant une visite en Espagne.

Elle a prétendu que mettre Matisyahu sur le grill à propos des activités d’Israël était antisémite.

Comme c’est un Juif de citoyenneté américaine, Matisyahu ne peut être tenu pour responsable de ce que fait Israël, a-t-elle argumenté.

Von Schnurbein a oublié d’expliquer que Matisyahu est apparu dans des vidéos de propagande israélienne et qu’il a fait partie de ceux qui ont levé des fonds pour l’armée israélienne.

Il a été questionné sur son amour déclaré pour Israël, pas parce qu’il est Juif.

Von Schnurbein a été acclamée comme une « infatigable héroïne » par un lobbyiste pro-israélien.

Elle a été également récompensée d’un « prix des droits de l’Homme » par une association qui soutient les colonies illégales d’Israël en Cisjordanie occupée et ses crimes de guerre à Gaza.

Il n’est pas difficile de découvrir pourquoi elle reçoit de telles accolades. Plutôt que de combattre la persécution, elle a soutenu un Etat d’apartheid malfaisant.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




Le Hamas emprisonne des femmes pour dettes impayées

Ola Mousa – 30 septembre 2019

Nawal Ahmad a passé les vacances en prison parce qu’elle n’a pas pu rembourser les dettes contractées pour les médicaments anti-douleur de son mari. (Mohammed Al-Hajjar)

Cette année, Nawal Ahmad n’a
pas pu passer les vacances de la fin du Ramadan avec ses cinq
enfants.

Ahmad, 42 ans, a passé deux
mois en prison au nord de Gaza parce qu’elle n’avait pas
remboursé les dettes contractées pour les médicaments anti-douleur
de son mari – il souffre d’une hernie discale – auprès d’une
pharmacie locale du quartier al-Salateen de Beit Lahiya où elle vit
avec sa famille.

Les dettes s’élevaient à
environ 420 $. Et n’ayant pas réussi à obtenir les médicaments
nécessaires par le ministère de la Santé, Ahmad comptait sur les
organismes caritatifs pour couvrir les frais.

Certains
de ces organismes avaient couvert les frais médicaux de son mari
dans le passé, mais cette fois-ci lorsqu’il a fallu agir, personne
n’est venu payer la pharmacie. Ce n’est qu’après deux mois de
prison qu’un bienfaiteur – qu’on n’a jamais identifié, mais
qui a payé les dettes d’un certain nombre de personnes pour la
zakat
– charité obligatoire, troisième pilier de l’Islam – a réglé
ses dettes, lui permettant de rentrer chez elle.

« Que
pouvais-je faire ? » a-t-elle demandé à The Electronic
Intifada. « Mon mari a 55 ans et est au chômage. Il ne peut
pas bouger à cause de la douleur, ni signer aucun papier. J’espérais
que les organismes caritatifs nous aideraient. »

Ahmad n’est pas la seule à
être allée dans ce qui est en fait la prison des débiteurs.

Ces dernières années ont été
cruelles pour la population de Gaza. Depuis 2008, trois offensives
militaires israéliennes ont laissé les infrastructures critiques de
Gaza – réseaux électriques, traitement des eaux usées et
logement – au bord de l’effondrement, rappelant les
avertissements des Nations Unies disant que le bande de terre côtière
pouvait devenir inhabitable d’ici 2020.

Un blocus de ce territoire
côtier appauvri, principalement mis en vigueur par Israël, mais
également observé par l’Egypte, a vu les efforts de
reconstruction être empêchés et les affaires et les industries
flancher.

Avec un taux de chômage qui
dépasse les 50 % et une pauvreté qui afflige presque la moitié
de la population de Gaza forte de deux millions, les gens glissent
inévitablement de plus en plus vers un endettement croissant.

Répression

Les autorités de Gaza n’ont
pas très bien su comment traiter le problème.

Jusqu’à l’année
dernière, le gouvernement dirigé par le Hamas n’hésitait pas à
jeter les gens en prison pour dettes impayées. Selon Ayman
al-Batniji, porte-parole de la police de Gaza, presque 100.000 ordres
de détention ont été émis en 2017 contre des propriétaires
d’usines, des citoyens et des entrepreneurs qui s’étaient
endettés ou avaient perdu leur travail.

D’après al-Batniji, environ
la moitié d’entre eux ont été réellement arrêtés, même si la
plupart ont été rapidement relâchés.

En
2018, les autorités de Gaza ont allégé la sanction pour arriérés
financiers à cause des rudes circonstances économiques à Gaza.
Mais les circonstances économiques ne se sont pas améliorées en
2019.

Al-Batniji n’a pas donné de
chiffres spécifiques sur le nombre de femmes en prison, mais il a
dit qu’auparavant, la police n’avait pas été trop sévère avec
les femmes. Cependant, a-t-il dit, cette année elle n’a pas eu le
choix.

« Nous
n’aimons pas emprisonner les femmes pour raisons financières.
Pourtant, cette année, nous n’avons pas pu l’éviter à cause du
grand nombre de plaintes [contre les femmes endettées]. »

Samah Nour est allée en prison parce qu’elle ne pouvait régler la dette de sa famille. (Mohammed Al-Hajjar)

Samah Nour, 40 ans, a été
emprisonnée pendant 10 jours en juin. Son mari avait lui même été
arrêté sept fois au cours de quatre mois pour une dette de 3.000 $.

Même
s’il reste employé de l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie
occupée – qui a ordonné à ses employés de rester chez eux après
que le Hamas a évincé de Gaza les forces du Fatah en 2007 –
l’ancien policier ne reçoit maintenant que la moitié de son
salaire et ne peut rembourser ses dettes.

La famille s’est débattue
et Nour a dû signer une reconnaissance de dette envers le
supermarché local qui, en six mois, s’est élevée à 2.300 $. Son
incapacité à régler cette dette l’a conduite derrière les
barreaux.

« Nous avons dû
emprunter de l’argent pour nourrir nos enfants. Mon mari et moi
avons passé de nombreuses nuits en ayant faim pour assurer de quoi
manger à nos enfants ; parfois, nous n’avions qu’un seul
repas », a dit Nour à The Electronic Intifada.

Nour
s’est désolée du déclin de la classe moyenne de Gaza qui,
dit-elle, a pour ainsi dire disparu. La seule raison pour laquelle
elle est finalement sortie de prison c’est que son frère a pu
grappiller une somme suffisante pour verser un acompte au
propriétaire du supermarché.

Um
Samir, 45 ans, du camp de réfugiés de Jabaliya au nord de la Bande
de Gaza, a passé un mois en prison pour défaut de paiement dans un
magasin de fournitures médicales où elle avait acheté un lit
médical spécialisé pour son mari qui souffre d’une hernie
discale.

Les
ressources médicales de Gaza étant sur-tendues et sous-financées,
le temps d’attente pour ce genre d’opérations, dont les patients
comme le mari d’Um Samir ont besoin pour une hernie discale, est
très long. Ce qui peut laisser les patients en souffrance et en
invalidité pendant de nombreux mois.

Incapable de régler sa dette,
Um Samir – qui ne voulait pas donner son vrai nom pour cet article
– a été arrêtée en mai.

Faire
campagne pour la libération des prisonniers

Selon Um Samir, les
arrestations ont tendance à nuire surtout à ceux qui sont privés
de leurs droits.

« Un
très grand nombre de fonctionnaires de l’autorité et du
gouvernement de Gaza sont endettés », a-t-elle dit à The
Electronic Intifada. « Mais c’est nous les pauvres qui sommes
le plus touchés. Les débiteurs ont besoin de garanties. Certaines
femmes sont obligées de donner leur nom en tant que garants.
Résultat, de nombreuses femmes se sont retrouvées en prison quand
l’échéance est arrivée et qu’elles ne pouvaient payer. »

Um Samir a été libérée
après qu’un don anonyme ait réglé la totalité de sa dette de
presque 560 $.

Ce
don a fait suite à un appel en ligne et une campagne de Fahmi
Shurrab, chargé de cours en Sciences Politiques à la Ummah Open
University.

Shurrab a lancé sa campagne
en avril, juste avant le Ramadan, exhortant tous ceux qui le
pouvaient à aider à « apporter un peu de bonheur aux
familles » des prisonniers.

« J’ai
trouvé des femmes qui étaient emprisonnées parce qu’elles
s’étaient retrouvées endettées pour avoir cherché de quoi
nourrir ou soigner leur famille », a dit Shurrab à The
Electronic Intifada. Ce n’est pas juste. C’est douloureux pour
les enfants de voir leur mère en prison. »

Il avait également été ému
personnellement lorsqu’on a retrouvé un voisin mort le lendemain
d’une nuit qu’il avait passée à s’inquiéter d’une dette
qu’il ne pouvait se permettre de rembourser.

Jusqu’ici, la campagne
semble avoir été un succès. Shurrab a dit qu’il avait levé
assez d’argent pour permettre la libération de quelque 100 femmes
et 1.000 hommes.

Shurrab
a dit que la plupart des dons provenaient de donateurs palestiniens,
qu’ils vivent en Palestine ou ailleurs.

« Je me suis arrangé en
coopération avec la police de Gaza pour faire sortir les prisonniers
les plus démunis, et surtout les femmes. »

Ola
Mousa est un artiste et écrivain de Gaza.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada




19 ans après l’avoir abattu, les assassins de Muhammad Al-Durrah sont toujours libres

30 septembre 2019

Le 30 septembre 2000, le jeune Muhammad Al-Durrah de 11 ans a été visé et abattu par des soldats israéliens dans la Bande de Gaza. Son père, Jamal, qui a essayé de protéger son fils d’une pluie de balles, a été blessé dans l’incident. Les assassins du garçon n’ont jamais été présentés devant la justice.

Deux jours plus tôt, le 28 septembre, le dirigeant d’alors de l’opposition israélienne, Ariel Sharon (1928-2014), avait pénétré dans le sanctuaire de la Mosquée Al-Aqsa accompagné de nombreux responsables israéliens de droite, protégés par 2.000 membres de la police militaire. Les musulmans palestiniens qui se trouvaient dans la Mosquée Al-Aqsa ont protesté contre cette visite provocante.

Les images de la réponse brutale de la police à cette manifestation a outragé les Palestiniens où qu’ils soient et a débouché sur l’Intifada Al-Aqsa. Ce soulèvement a duré jusqu’en février 2005, entraînant la mort de presque 5.000 Palestiniens, dont près de 1.000 enfants.

Le
jour où Mohammad Al-Durrah a été tué, un groupe de Palestiniens
en colère s’était approché de la colonie israélienne de
Netzarim au centre de la Bande de Gaza qui était encore occupée à
l’époque. Ils ont jeté des pierres sur les soldats de
l’occupation israélienne qui avaient dressé un checkpoint
militaire à sa porte orientale.

Alors que le garçon et son père cherchaient à s’abriter derrière une petite structure de béton, Jamal Al-Durrah a crié aux soldats israéliens d’arrêter de tirer sur l’enfant. Ses cris ont été ignorés et Muhammad a été frappé plusieurs fois et est mort sur les genoux de son père.

Les images de la fusillade se sont répandues dans le monde. Pourtant, pas une seule organisation internationale n’a demandé à ce que les assassins de l’enfant soient jugés pour son meurtre. Les militants qui font campagne pour demander justice pour le peuple de Palestine font remarquer que, 19 ans après l’assassinat de Muhammad Al-Durrah, Israël continue de tuer des Palestiniens, y compris des enfants, en toute impunité.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source: Middle East Monitor




Des votes travaillistes pour le droit palestinien au retour

https://electronicintifada.net/blogs/asa-winstanley/labour-votes-palestinian-right-return

Asa Winstanley – 23 Septembre 2019

Des délégués agitent des drapeaux palestiniens lors de la conférence annuelle des travaillistes en 2018. Asa Winstanley

Les
délégués travaillistes ont massivement voté ce lundi pour la
reconnaissance du droit des réfugiés palestiniens à retourner dans
leur pays natal, lors de la conférence annuelle du parti
d’opposition britannique.

Cette
résolution historique s’oppose à toute « solution » proposée
aux Palestiniens qui ne serait pas fondée sur le droit
international, qui inclut
leur
droit « à retourner dans leurs foyers ».

Elle
réaffirme aussi l’engagement relativement récent du parti à
mettre fin à toute vente d’armes à Israël.

Une
résolution votée
l’an dernier

appelle tout gouvernement travailliste potentiel à « geler » les
ventes d’armes à Israël. La résolution votée lundi appelle le
parti à mettre fin à « tout commerce d’armes avec Israël qui
serait utilisé en violation des droits humains des Palestiniens ».

La
Campagne
de solidarité avec la Palestine

a affirmé que la résolution engage le parti à mettre fin à la
complicité financière et militaire du Royaume-Uni avec l’oppression
israélienne.

«
Les membres du parti travailliste ont dit d’une voix unanime au
peuple palestinien — nous sommes à vos côtés dans votre combat
pour la justice », a déclaré Ben Jamal, directeur de la Campagne.

«
Ce qu’il faut maintenant, c’est que cette résolution cruciale,
votée à une écrasante majorité par les membres, se traduise dans
la politique officielle du parti, alors que nous avançons vers la
prochaine élection générale ».

Une
élection est attendue dans les mois qui viennent.

Un
gouvernement travailliste doit « adhérer à une politique étrangère
éthique » à propos du commerce avec Israël, en particulier mettre
fin à tout commerce d’armes utilisées pour violer les droits
humains des Palestiniens », affirme la résolution votée lundi.

Elle
affirme aussi que le parti travailliste «
a
une responsabilité particulière dans le redressement … de ces
injustices en cours », à cause du rôle de la Grande Bretagne
coloniale dans l’expulsion massive des Palestiniens de leur pays
natal.

Quelques
800000 Palestiniens ont été expulsés par les milices sionistes et
plus tard par l’armée israélienne. Les troupes britanniques se
sont retirées en 1948, laissant le champ libre aux milices, et même
dans certains cas leur apportant d’abord de l’aide.

«Augmenter
la pression »

La
fédération des syndicats de Grande-Bretagne a voté il y a deux
semaines la reconnaissance du droit au retour des réfugiés
palestiniens.

La
résolution du Congrès des syndicats appelle aussi les syndicats à
« augmenter la pression » sur les entreprises complices d’abus
des droits humains contre les Palestiniens, a rapporté
le Morning
Star.

La
résolution travailliste votée lundi est un renversement de la
position du parti en 1948, lorsqu’il était au gouvernement en
Grande-Bretagne.

Le
parti s’est présenté à l’élection de 1945 avec avec
une politique en place

arguant en faveur d’un nettoyage ethnique des Palestiniens. Il
affirmait que c’était une nécessité en Palestine « d’avoir un
transfert de population. Que les Arabes soient encouragés à partir,
alors que les Juifs arrivent ».

La
parti recommandait même à l’époque « la possibilité »
d’étendre les frontières du futur état juif en annexant des
parties de la Jordanie, de l’Egypte ou de la Syrie.

Le
biographe du chancelier travailliste Hugh Dalton, responsable pour
cette politique, a décrit sa vision comme celle d’un « sionisme
plus plus ».

Une
première version, atténuée ensuite en sous-comité, recommandait «
d’ouvrir
la Lybie ou l’Erithrée à l’implantation juive, comme satellites
ou colonies de la Palestine [juive] ».

———-

[Extrait
du texte voté]

Synthèse
12 — Politique étrangère éthique

Les
actions récentes des gouvernements américain et israélien
détruisent les perspectives de paix en Palestine — la
reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, l’arrêt
du financement à l’UNRWA [Office de secours et de travaux des
Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Moyen-Orient] pour
les réfugiés palestiniens, le siège durable de Gaza, l’expansion
des colonies illégales et l’annonce de plans pour annexer
illégalement de vastes zones de terres, occupées en 1967.

Les
propositions du « marché du siècle » de Trump sont une tentative
unilatérale d’imposer une issue injuste détruisant les droits
palestiniens.

La
conférence [travailliste] pense que :

Une
politique étrangère éthique du parti travailliste doit rendre
prioritaires les droits des Palestiniens à la liberté, à la
justice et à l’égalité, en particulier en appliquant les
principes basés sur le droit international à tout le commerce
britannique avec Israël. Un parti travailliste internationaliste a
une responsabilité particulière à redresser les injustices
durables contre le peuple palestinien, dont le droit à
l’auto-détermination a été renié pendant le Mandat britannique,
à cause du rôle joué par la Grande-Bretagne en tant que puissance
coloniale pendant la Nakba de 1948 lorsque les Palestiniens ont été
déplacés sous la contrainte hors de leurs foyers.

La
conférence prend la résolution :

1
de s’opposer à toute solution proposée aux Palestiniens, comme le
« marché » de Trump, qui ne serait pas basée sur le droit
international et les résolutions des Nations-Unies reconnaissant
leurs droits collectifs à l’auto-déterminaition et au retour dans
leurs foyers.

2
d’adhérer à une politique éthique pour tout ce qui concerne le
commerce britannique avec Israël, en particulier en appliquant le
droit international à propos des colonies dans les territoires
palestiniens occupés et en arrêtant tout commerce d’armes avec
Israël qui est utilisé pour violer les droits humains des
Palestiniens.

3.
de travailler globalement à une alliance avec les
associations-soeurs progressistes rejetant les accords de commerce
avec Israël qui ne reconnaissent pas les droits des Palestiniens.

Parti
travailliste de la circonscription de Hove & Portslade

Parti
travailliste de la circonscription de Birkenhead

———————-

Asa
Winstanley

Asa Winstanley est journaliste d’investigation et rédacteur adjoint à The Electronic Intifada. Il vit à Londres. Sa biographie se trouve ici.

Source : The Electronic Intifada
Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine




L’entrepreneure palestinienne qui apporte l’énergie électrique à Gaza

Saeed
Kamali Dehghan – 27 septembre 2019

Les
coupures d’électricité ont été le quotidien, aussi longtemps
que Majd Mashharawi puisse s’en souvenir. Puis, un voyage au Japon
a tout changé.

Une jeune Palestinienne lit à la lumière d’une bougie après une coupure d’électricité au camp de Jabaliya de la ville de Gaza. Photo: Anadolu Agency/Getty Images

Lorsque
l’entrepreneure palestinienne Majd Mashharawi a quitté Gaza pour
la première fois en 2017, elle s’est comptée avec chance parmi
une petite minorité ayant la possibilité de s’éloigner d’un
lieu décrit par ses habitants comme la plus grande prison à ciel
ouvert du monde.

Mais au
cours de son voyage au Japon, ce qui a le plus retenu son regard, ce
fut l’éclairage des rues. L’enclave palestinienne d’où elle
vient est connue pour ses coupures d’électricité. Mashharawi,
âgée de 25 ans, a décidé de faire quelque chose sur ce problème
lorsqu’elle retournerait à Gaza.

Sa
solution a été de lancer SunBox (boîte solaire), une société
visant à donner accès à l’énergie en fournissant, entre autres,
des kits solaires hors réseau à des familles.

Pour un
coût de 350 $ (321 €), le kit solaire est souvent partagé par
deux familles et il génère de l’électricité pour une série
d’appareils tels que des lampes, des téléphones, des télés, et
même de petits réfrigérateurs, de même que des connexions
internet.

« J’ai
passé tout mon (temps de) collège assise à côté d’une bougie »
dit Mashharawi. « Les hôpitaux ont la priorité, ils ont huit
à dix heures d’électricité – les gens en ont de trois à
quatre heures ».

Lorsque
les coupures de courant ont commencé, Mashharawi avait 12 ans.
« C’est devenu une partie de ma vie. C’est ennuyeux… mais
vous ne savez pas ce que c’est jusqu’à ce que vous le voyiez
dans la vraie vie » a-t-elle dit. «  Lorsque j’étais à
Gaza, j’acceptais cela mais quand je suis allée au Japon et que
j’ai vu toutes ces lumières qu’ils ont dans les rues, comme
c’est facile… on va simplement à la salle de bains, on prend
(une) douche chaude, c’est tellement facile ».

L’électricité de Gaza vient de sa centrale électrique au diesel, ainsi que d’Israël et d’Égypte, mais elle reçoit moins de la moitié de ses besoins pour une fourniture de 24 heures. La capacité de la centrale électrique à générer de l’électricité a été affectée par les bombardements israéliens de même que par l’accès limité qu’a Gaza au fuel.

 Majd Mashharawi (troisième à droite) sur le site de production de sa société GreenCake (GâteauVert), dans la ville de Gaza. Photo: Ali Jadallah/Anadolu Agency/Getty Images

L’électricité,
dit Mashharawi, est essentielle, notamment pour les malades. « Pour
les gens qui ont besoin d’électricité pour leurs équipements
médicaux, pour eux, c’est vital. Certaines personnes passent des
heures à l’hôpital parce qu’elles ont besoin de certains
équipements qui ne peuvent fonctionner avec de petites batteries et
qu’elles n’ont pas d’argent pour acheter une génératrice ».

Mashharawi,
qui est ingénieure civile, s’est déjà fait un nom comme
entrepreneure après avoir mis au point une brique alternative pour
réparer des maisons endommagées par les frappes aériennes
israéliennes sur Gaza. Ouverte en 2016, sa société GreenCake
fabrique des blocs de béton faits en grande partie de débris de
maisons mélangés à de la cendre et à une petite quantité de
ciment importé.

Les kits
SunBox consistent en un ou deux panneaux, un capteur solaire et une
batterie ; les composants viennent de Chine, du Canada, des
États Unis et même d’Israël. Le kit de base peut être amélioré.
Il existe un système par répartition, par lequel les gens peuvent
répartir le coût sur une année.

Lancé l’an dernier, SunBox est déjà un succès. Ses projets comportent l’installation d’un système de 250 Kw pour une usine de dessalement d’eau de mer. Le personnel est désormais de 10 membres et le chiffre d’affaires de juillet a été de 500 000 dollars (458 000 €).

Le but de Mashharawi est cependant  de faire plus que de fournir de l’électricité. « En Cisjordanie, ils ont de l’électricité, mais le problème, c’est la dépendance. Ils sont très dépendants d’Israël. Une de nos missions est de donner de l’indépendance aux Palestiniens. Si nous voulons créer un pays, nous devons être indépendants ».

Majd Mashharawi installe le système SunBox, avec (de gauche à droite) Ahmad Barzaq, Ammar Nada et Riham Abu Haiba. Photo: avec la permission de SunBox

En tant que jeune femme, Mashharawi  a défié le destin. Enfant, elle dit qu’elle ressentait que « Gaza était trop petit pour moi ». Elle a obtenu une bourse Erasmus pour étudier en Allemagne mais n’a pas pu participer au programme parce qu’il lui a fallu huit ans pour arriver à quitter Gaza. Elle a choisi de faire un séjour de vacances au Japon d’où est née l’idée de SunBox.

Participant
récemment à l’Expo Palestine à Londres, une rencontre destinée
à mettre en valeur les arts et la culture palestiniens, elle a dit
qu’elle avait dû passer par un processus interminable pour avoir
la permission de voyager et qu’on lui avait d’abord dit qu’elle
ne pouvait pas partir.

« Les
Israéliens m’ont interdit de quitter le pays pendant un an pour
raisons de sécurité. Ils disaient que c’était impossible, mais
mon dictionnaire n’a pas le mot impossible ». Une
intervention de l’ambassade de Suisse, qui lui a envoyé une
voiture diplomatique, l’emmena de la frontière Gaza/Israël en
Jordanie.

« C’est très dur. Au début c’était vraiment impossible, tout était contre nous, la communauté, la famille, les parents, les amis, mais si l’on croit à quelque chose, tout le monde va y croire, même l’ennemi » dit-elle.

Malgré
son succès et ses nombreux voyages à l’étranger, Mashharawi dit
qu’elle ne veut vivre nulle part ailleurs qu’à Gaza.

« À
Gaza, il y a une fin à tout. Regardez la mer, il y a des bateaux
d’Israël, regardez la terre, il y a un mur ou une barrière,
conduisez 40 minutes, c’est le bout. On ne peut pas aller plus
loin » dit-elle.

« Je
conduis tous les weekends simplement vers le nord de Gaza pour voir
le bout, pour me convaincre que cela devrait prendre fin. Le blocus
ne nous a pas juste bloqués physiquement, il a aussi bloqué nos
esprits.

Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine
Source : The Guardian




Vous ne pouvez pas libérer la terre sans libérer aussi les femmes »: des milliers de femmes et d’hommes palestiniens manifestent contre les violences faites aux femmes

Le centre-ville de Ramallah, 26 septembre 2019. Photo : Ahmad Al-Bazz / Activestills.org

Par Ahmad Al-Bazz – 27 septembre 2019

Jeudi
[26 septembre], des milliers de femmes et d’hommes palestiniens ont
manifesté pour les droits des femmes en douze lieux de
Palestine/Israël et de la diaspora, à la suite de cas récents et
très médiatisés de violences commises contre des femmes en raison
de leur sexe dans la société palestinienne. “

Des
manifestations ont notamment eu lieu à Ramallah, Jérusalem, Haïfa,
Jaffa, Gaza, Beyrouth et Berlin. Les manifestants, dont la grande
majorité étaient des femmes, scandaient des slogans contre les
crimes d’“honneur”, le patriarcat, la colonisation Israélienne,
et brandissaient des photos de victimes de violences et de femmes
incarcérées dans les prisons israéliennes.

Ces actions étaient organisées par une campagne féministe palestinienne appelée “Tal’at” (“sortir à l’extérieur” en arabe) et qui a pour slogan principal :  « Vous ne pouvez pas libérer la terre sans libérer aussi les femmes ».

Le centre-ville de Ramallah, 26 septembre 2019. Photo : Ahmad Al-Bazz / Activestills.org

Le centre-ville de Ramallah, 26 septembre 2019. Photo : Ahmad Al-Bazz / Activestills.org

“La
notion de liberté n’est pas divisible. Le combat pour les droits
des femmes relève des mêmes principes que le combat contre la
colonisation israélienne”, a dit à Mondoweiss
Lema Nazeeh, l’une des organisatrices à Ramallah. Le but de
l’action, affirme-t-elle, est “une patrie débarrassée de toutes
les formes d’oppression”.

Toutes les actions se sont déroulées pacifiquement du début à la fin, sauf à Jérusalem où une manifestation s’est heurtée à des forces armées israéliennes à la Porte de Damas, une des grandes entrées de la vieille ville, où des troupes israéliennes sont toujours présentes. Des policiers ont réprimé la manifestation et ont essayé de faire tomber un drapeau palestinien arboré par les manifestantes.

Ville de Jaffa, 26 septembre 2019. Sur la pancarte à gauche, on peut lire : “Révolution contre le patriarcat et la colonisation” Photo : Keren Manor/ Activestills.org

Anas
Hamdallah, un des hommes qui manifestaient à Ramallah, s’est
adressé à Mondoweiss
en ces termes : “Les membres de la société palestinienne
doivent se réconcilier afin d’accroître leur puissance en vue de
l’étape de libération du système colonial”.

De l’autre côté de la ligne verte, des manifestations ont eu lieu au cœur de certaines villes mixtes notamment Jaffa et Haïfa. Dans un communiqué de presse, les organisatrices ont fait connaître leurs positions politiques à l’égard des militantes féministes israéliennes en affirmant qu’elles refusaient que leur lutte soit “utilisée pour légitimer la violence du colonisateur”. Les organisatrices refusaient également de “nouer une interaction ou un dialogue avec des plates-formes ou entités israéliennes quelles qu’elles soient”, y compris les grands médias israéliens.

Jaffa, 26 septembre 2019. Photo : Keren Manor/ Activestills.org

Jaffa, 26 septembre 2019. Photo : Keren Manor/ Activestills.org

Une
des organisatrices de Jaffa a dit à Mondoweiss
que la campagne, commencée à Haïfa, projetait d’atteindre les
communautés palestiniennes dans tout le pays. Selon elle, deux
manifestations se sont déroulées le même jour à Beyrouth et à
Berlin.

“Nous
nous sommes rassemblées pour surmonter les contraintes de la
séparation et de l’isolement géographiques que nous impose le
colonialisme de peuplement sous ses multiples formes”, a déclaré
Maya Zebdawi, manifestante et réfugiée palestinienne à Beyrouth.

Selon elle, la participation de réfugié·e·s palestinien·ne·s à Beyrouth montre à quel point il est important de “reconstruire la conscience collective palestinienne malgré la fragmentation géographique”.

Ville d’Haïfa, 26 septembre 2019. Photo : Maria Zreik/ Activestills.org

La vague de manifestations fait suite à la mort d’Israa Ghrayeb, soupçonnée d’être due à un « crime d’honneur ». Le meurtre aurait été commis par des hommes de sa famille dans un village proche de Bethléem, au mois d’août. Selon certaines sources, Israa Ghrayeb, 21 ans, aurait été tuée après avoir posté sur les médias sociaux une vidéo où on la voyait en compagnie de l’homme qui devait devenir son fiancé. L’affaire a été très présente dans l’opinion publique palestinienne depuis un mois. Le Centre des femmes palestiniennes pour l’aide juridique (Palestinian Women’s Center for Legal Aid and Counselling, CLAC) a répertorié en 2018 au moins 23 cas de mort de femmes dues à des violences en lien avec le genre au sein de la société palestinienne.

Ahmad
Al-Bazz

Ahmad Al-Bazz, né en 1993, journaliste, photographe et réalisateur de films documentaires, plusieurs fois primé, vit en Cisjordanie, à Naplouse. Ahmad a obtenu à l’université d’East Anglia (Royaume-Uni) un master en études de la télévision, et il a eu un diplôme en médias et communications de masse à l’université nationale d’An-Najah, en Palestine. Depuis 2012, Ahmad fait partie du collectif de photographie documentaire Activestills, actif dans la région de Palestine/Israël.

Traduction : SM pour Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss




Le Droit au Boycott – lettre ouverte contre le retrait du prix Nelly Sachs à Kamila Shamsie

23
septembre 2019

Lettre ouverte

C’est
avec consternation que nous avons appris la décision de la Ville de
Dortmund de retirer le prix Nelly Sachs de Littérature à Kamila
Shamsie à cause de son engagement déclaré dans le mouvement
non-violent de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) pour
les droits des Palestiniens.

Comme le
dit une déclaration émanant de plus de quarante organisations
juives progressistes, « (confondre) dangereusement le racisme
anti-juif avec l’opposition à la politique et au système
d’occupation et d’apartheid d’Israël… revient à saboter à
la fois le combat palestinien pour la liberté, la justice et
l’égalité et la lutte mondiale contre l’antisémitisme. Cela
sert aussi de bouclier à Israël contre sa responsabilité vis-à-vis
des normes universelles des droits humains et du droit
international ».

En
Allemagne, les attaques contre BDS sont parmi les plus féroces. En
mai 2019, le Bundestag a voté une motion désignant le mouvement
comme antisémite. Le 13 septembre, cependant, le tribunal
administratif de Cologne a été le troisième du pays à statuer en
faveur du droit au boycott.

Dans sa
décision ce tribunal note : « Les motions du Conseil
municipal de Bonn … et du Bundestag d’Allemagne (17 mai
2019) ne constituent pas des actes législatifs mais des résolutions
politiques ou l’expression d’une volonté politique. Ces motions
ne peuvent justifier à elle seules, de quelque point de vue
juridique que ce soit, de restrictions d’un droit existant
légalement ».

Mais
quelques jours plus tard, la Ville de Dortmund a choisi de punir une
autrice pour sa défense des droits humains, tout en refusant de
rendre publique la déclaration qu’elle a écrite en apprenant
cette décision.

Aussi
publions-nous ici la déclaration de Kamila Shamsie :

Lors des
élections israéliennes qui viennent d’avoir lieu, Benjamin
Netanyahou a annoncé des projets d’annexer jusqu’à un tiers de
la Cisjordanie, en contravention avec le droit international, et ce
qu’a objecté son opposant politique Benny Ganz était que
Netanyahou lui avait volé l’idée ; cela a suivi de peu le
meurtre de deux adolescents palestiniens par les forces israéliennes
– qui a été condamné comme  « effroyable » par
le coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au
Moyen Orient. Dans ce contexte politique, le jury du prix Nelly Sachs
a choisi de m’en retirer l’attribution, sur la base de mon
soutien à une campagne non-violente visant à faire pression sur le
gouvernement israélien. C’est une grande tristesse pour moi qu’un
jury puisse s’incliner devant la pression et retirer un prix à une
écrivaine qui exerce sa liberté de conscience et sa liberté
d’expression ; et il y a de la colère à voir que le
mouvement BDS (qui a pour modèle le boycott sud-africain) qui fait
campagne contre le gouvernement d’Israël pour ses actes de
discrimination  et de brutalité conte les Palestiniens
puisse être tenu pour quelque chose de honteux et d’injuste.

Quel
sens a un prix littéraire  qui sape le droit de défendre
les droits humains, les principes de liberté de conscience et
d’expression et la liberté de critiquer ? Sans cela, l’art
et la culture ne sont que luxe vide de sens.

Khalid
Abdalla, Alaa Abd el-Fattah, Sharif Abdel Kouddous, Nadia Abu el-Haj,
Diana Abu-Jaber, Susan Abulhawa, Lila Abu-Lughod, Maan Abu Taleb,
Ammiel Alcalay, Kazim Ali, Monica Ali, Nir Alon, Hanan Al-Shaykh,
Carlos Manuel Álvarez, Suad Amiry, Tahmima Anam, Sinan Antoon, Lisa
Appignanesi, Nicole Aragi, Arnold Aronson, Elsa Auerbach, Zeina
Azzam, Kafah Bachari, Annie Baker, Sunandini Banerjee, Frank Barat,
Mourid Barghouti, Josh Begley, Joel Beinin, Linda Benedikt, Phyllis
Bennis, Susan Bernofsky, Omar Berrada, Dwayne Betts, Akeel Bilgrami,
Nicholas Blincoe, Leah Borromeo, Brian Boyd, Victoria Brittain,
Virginia Brown, Simone Browne, Jehan Bseiso, Victoria Adukwei Bulley,
John Burnside, Margaret Busby, Diana Buttu, Carmen Callil, Juan
Cárdenas, Zeynep Celik, Hayan Charara, Amit Chaudhuri, Anne Chisholm
(Vice President, Royal Society of Literature), Noam Chomsky, Susannah
Clapp, Jennifer Clement (President, PEN International), J.M. Coetzee,
Teju Cole, Michael Collier, Irene Cooper, Cindy Corrie, Craig Corrie,
Molly Crabapple, Selma Dabbagh, William Dalrymple, Najwan Darwish,
Angela Davis, Natalie Zemon Davis, Katy Derbyshire, Kiran Desai,
Natalie Diaz, Laurence Dreyfus, Marlene Dumas, Hilda Dunn, Geoff
Dyer, Barbara Ehrenreich, Ben Ehrenreich, Deborah Eisenberg, Inua
Ellams, Annie Ernaux, Brian Eno, Nick Estes, Richard Falk, Rose
Fenton, Sylvia Finzi, Erica Fischer, Richard Ford, Adam Foulds,
Maureen Freely (Chair, English PEN), Duranya Freeman, John Freeman,
Ru Freeman, Bella Freud, Esther Freud, Ruth Fruchtman, Tess
Gallagher, Cristina Garcia, Tomer Gardi, Suzanne Gardinier, Apoorva
Gautam, Ashish George, Ralph Ghoche, Noelle Ghoussaini, Eileen
Gillooly, Georgina Godwin, David Gorin, Oscar Guardiola-Rivera,
Abdulrazak Gurnah, Subhi Hadidi, Rawi Hage, Omar Robert Hamilton,
Yasmeen Hanoosh, Jeremy Harding, Githa Hariharan, Joseph Harris,
Rodrigo Hasbún, Iris Hefets, Jehan Helou, Mischa Hiller, Marianne
Hirsch, Jane Hirschmann, Elizabeth Hodges, Rachel Holmes, Amy
Horowitz, Jennifer Ruth Hosek, Jean Howard, Aamer Hussein, Kim
Jensen, Ruth-Ellen B. Joeres, Lucy Jones, Fady Joudah, Louis Kampf,
Remi Kanazi, Ghada Karmi, Brigid Keenan, A.L. Kennedy, Omar el
Khairy, Mona Khalidi, Rashid Khalidi, Hannah Khalil, Shamus Khan,
Elias Khoury, Naveen Kishore, Naomi Klein, Alexander Kluge, Nancy
Kricorian, Hari Kunzru, Rachel Kushner, Olivia Laing, Nick Laird,
Laila Lalami, Léopold Lambert, Patrick Langley, Rickey Laurentiis,
Paul Lauter, Paul Laverty, Kiese Laymon, Mason Leaver-Yap, Marie
Myung-Ok Lee, Ben Lerner, Alan Levine, Richard A. Levy, Ken Loach,
Zachary Lockman, Claudia Castro Luna, Ruth Luschnat, Sabrina Mahfouz,
Jamal Mahjoub, Javier Marías (Nelly Sachs Award Laureate), Lori
Marso, Yann Martel, Dave Mason, Ahmed Masoud, Zeinab Masud, Diana
Matar, Hisham Matar, Khaled Mattawa, Farid Matuk, Nyla Matuk, Colum
McCann, John McCarthy, Tom McCarthy, Fiona McCrae, Sarah McNally,
Askold Melnyczuk, Helaine Meisler, Maaza Mengiste, Ritu Menon,
Christopher Merrill, Lina Meruane, Brinkley Messick, Claire Messud,
China Miéville, Gail Miller, Pankaj Mishra, W.J.T. Mitchell, Nadifa
Mohamed, Aja Monet, Jenny Morgan, Benjamin Moser, Michel Moushabek,
David Mura, Nancy Murray, Eileen Myles, Karma Nabulsi, Karthika Naïr,
Mary Jane Nealon, Marilyn Kleinberg Neimark, Marcy Newman, Donna
Nevel, Viet Thanh Nguyen, Lulu Norman, Naomi Shihab Nye, John Oakes,
Andrew O’Hagan, Richard Ohmann, Ben Okri, Michael Ondaatje (Nelly
Sachs Award Laureate), Susie Orbach, Ursula Owen, David Palumbo-Liu,
Nii Ayikwei Parkes, William Parry, Shailja Patel, Ian Patterson, Ed
Pavlic, Jeremy Pikser, Shahina Piyarali, Sheldon Pollock, Vijay
Prashad, Paul B. Preciado, Alexandra Pringle, Pary El-Qalqili, Omar
al-Qattan, Rania Qawasmah, Shazea Quraishi, Charles Rice-Gonzalez,
Cynthia Rimsky, Bruce Robbins, Howard A. Rodman, Sally Rooney,
Constancia Dinky Romilly, Jacqueline Rose, Andrew Ross, Alice
Rothchild, Pru Rowlandson, Bee Rowlatt, Arundhati Roy, Joe Sacco,
Nayantara Sahgal, Mariam C. Said, Rebecca Saletan, Mohamed Salmawi,
Preeta Samarasan, Sapphire, Shuchi Saraswat, George Saunders, James
Schamus, Sarah Schulman, Felicity Scott, Stephen Sedley, Karen
Seeley, Gamini Seneviratne, Rebecca Servadio, Rachel Shabi, Elhum
Shakerifar, Anton Shammas, Solmaz Sharif, Adam Shatz, Raja Shehadeh,
Farhana Sheikh, Jack Shenker, Adania Shibli, Ahmad Shirazi, Ann
Shirazi, Avi Shlaim, Marc Siegel, Rick Simonson, Tom Sleigh, Gillian
Slovo, Ali Smith, Nirit Sommerfeld, Ahdaf Soueif, Linda Spalding,
Gloria Steinem, Amy Kepple Strawser, William Sutcliffe, Billie Swift,
Janne Teller, Kate Tempest, Jacques Testard, Madeleine Thien, Colm
Tóibín, T.C. Tolbert, Carles Torner (Executive Director, PEN
International), Salil Tripathi, (Chair of the Writers in Prison
Committee for PEN International), Monique Truong, Jennifer Tseng,
Chika Unigwe, Tanya Ury, Karen Van Dyck, Juan Gabriel Vásquez,
Lawrence Venuti, Margo Viscusi, Gauri Viswanathan, Ocean Vinh Vuong,
Dirk Wanrooij, Roger Waters, Marina Warner, Terry Weber, Eliot
Weinberger, Irvine Welsh, Ben White, Mabel Wilson, Jeanette
Winterson, Jacqueline Woodson, Jay G. Ying, Mona Younis, Dorothy M.
Zellner, Alia Trabucco Zerán

Traduction : SF pour l’AURDIP et l’Agence Média Palestine
Source : LRB




Enseigner Edward Said à Gaza

par Haidar Eid, le 27 septembre 2019 

Edward Said 

Cette semaine marque l’anniversaire de la mort d’Edward Said. Je suis tenté d’écrire sur sa vie en tant qu’intellectuel en opposition, une figure organique de la contestation, comme l’aurait formulé Antonio Gramsci. Il est important en cette période de crise, non seulement en Palestine, mais internationalement, de nous souvenir de Said comme il aurait voulu que nous le fassions : déplacé. 

Personnellement, je n’ai communiqué avec lui que deux fois, par courrier électronique : pour l’inviter en Afrique du Sud alors que j’y étudiais et y travaillais pour une manifestation organisée par des groupes de solidarité, et avant la Conférence internationale de 2001 à Durban, contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance associée, pour savoir s’il y participait. Hélas, il répondit qu’il était en train de suivre un traitement contre la leucémie. 

A peu près à la même époque, j’ai été mis au défi par un sympathique universitaire sud-africain blanc à un congrès où nous avions une passionnante discussion sur l’analogie entre apartheid et sionisme et celle entre les luttes palestiniennes et les luttes sud-africaines contre l’apartheid. La discussion se déplaça vers le niveau des réalisations impressionnantes du peuple sud-africain, 4 prix Nobel, prix international Man-Booker … etc. Il n’avait jamais entendu parler de Ghassan Kanafani, de Fadwa Touqan, de Toufiq Zayyad, de Samih El-Qasim ou de Mouin Bseiso—pour ne citer que quelques géants palestiniens. Il finit par lancer une bombe en disant : « Nous avons Nelson Mandela, qui avez-vous ? » Et moi, sans aucune hésitation, j’ai répliqué : Edward Said ! Cela a clos la discussion. 

Et en février de la même année, j’ai été volontaire pour travailler avec notre université à Gaza à organiser ce qu’on pense être la première Conférence à la mémoire d’Edward Said en Palestine, avec une salle remplie d’universitaires, de figures de la culture et d’étudiants écoutant une conférence fougueuse et bien structurée de l’un des étudiants de Said, Dr. Samah Idriss, rédacteur du très réputé journal libanais Al-Adab. 

Ce que moi, Palestinien et « autre oriental », j’ai appris de Said est sans pareil : la complicité de la culture avec l’impérialisme européen, en particulier le narratif sioniste ; « la lecture contrapuntique » comme « contre-narratif » ; la corrélation entre « affiliation » and « mondanité », et la « critique séculière » comme stratégie d’interférence intellectuelle. Une chose que je fais dans ma classe, où il se trouve que mes étudiants sont palestiniens, c’est une subversion du rôle de l’esthétique dans le colonialisme comme un de ses traits les plus frappants. Dans notre discussion, nous regardons la dialectique de la connaissance et du pouvoir telle que Said l’a utilisée dans son oeuvre fondamentale Orientalism, pour rejeter la « pureté » et le « désintéressement » de l’érudition orientaliste. Notre conclusion est qu’il n’y a aucun champ discursif européen « innocent » qui soit pertinent pour l’Orient. La différence entre l’Occident et l’Orient est clarifiée dans ce passage stupéfiant d’Orientalism : 

« Avec des expériences comme celle de Napoléon, l’Orient en tant que corps de connaissances en Occident fut modernisé …Il y avait partout parmi les Orientalistes l’ambition de formuler leurs découvertes, leurs expériences et leurs visions de manière convenable en termes modernes, de mettre les idées sur l’Orient en contact étroit avec les réalités modernes. »

Dans un des cours que j’enseigne, nous étudions des textes qui traitent des positions européennes stéréotypées subordonnées à une opposition binaire où l’« Occident » incarne des traits comme les lumières, le progrès, la raison et la « civilisation » tandis que l’« Orient » est l’incarnation emblématique de l’inverse de ces traits, en négatif. Cela se base sur l’argument de Said selon lequel « toute représentation est déformée d’une façon ou d’une autre ».

Les textes que nous étudions dans mes classes vont du roman extrêmement raciste de V.S. Naipaul A Bend in the River au critique The Reluctant Fundamentalist de Mohsin Hamid, aux nouvelles anti-coloniales africaines de Njabulu Ndebele, Ousmane Sembene et Noureddin Farah, et à la « littérature de la résistance » de Ghassan Kanafani —Men in the Sun, Returning to Haifa, All That Is Left to You, « Land of Sad Oranges », et « Death of Bed 12 ». Notre choix de ces textes émane de l’insistance de Said sur l’existence de la résistance à l’orientalisme, et ceci même à l’intérieur de l’orientalisme. Notre lecture est une lecture « contrapuntique » qui manifeste ce que lui-même appelait « la grande culture de résistance qui émerge en réponse à l’impérialisme ». 

 D’où l’importance de ces références répétées à « la capacité individuelle d’agir » comme constituant substantiel de son entreprise critique. C’est là où entre en scène le rôle de l’intellectuel comme figure oppositionnelle, comme quelqu’un qui transgresse les lignes officielles du pouvoir, ainsi qu’il le discute dans Representations of the Intellectual. Le rôle de l’intellectuel « est un atout et il ne peut être joué sans un sens d’être quelqu’un dont la place est de poser publiquement des questions embarrassantes, d’affronter l’orthodoxie et le dogme (plutôt que de les produire), d’être quelqu’un qui ne peut facilement être co-opté par les gouvernements ou les entreprises, et dont la raison d’être est de représenter tous ces gens et tous ces problèmes qui sont ordinairement oubliés ou balayés sous le tapis ». 

 C’est la raison pour laquelle il utilise le mot « oppositionnel » de manière cohérente en même temps que critique. Et c’est pourquoi nous avons décidé d’enseigner les oeuvres littéraires de Ghassan Kanfani. Cependant, enseigner les oeuvres de Naipaul est dû au fait post-colonial que le projet impéraliste européen dans le monde non-occidental était consolidé par la haute culture européenne avec la collusion d’intellectuels éthérés rationalisant et cachant l’utilisation du pouvoir moral pour réussir ce que Said a appelé « la pacification idéologique ». Dans son livre Culture and Imperialism, il argumente avec beaucoup d’éloquence, dans un style à la Fanon, que ces intellectuels ont manqué de fidélité à leurs propres idées en s’engageant eux-mêmes à croire qu’il y avait une hiérarchie entre personnes, ce qui soulève de sérieuses questions idéologiques sur l’utilisation du terme « post-colonialité », qui, dans une certaine mesure, est la continuation de la soumission coloniale. 

Comme lui, et Vico avant lui, nous croyons fermement que la culture humaine, puisqu’elle est faite par l’homme, peut être modelée de manière positive par des efforts humains. C’est pourquoi, inspirés par ces idées, nous avons commencé nos campagnes BDS afin de « répliquer » au sionisme, au néo-colonialisme, afin de soulever les questions morales relatives à la Palestine, de révéler les injustices et — le plus important – de dire la vérité au pouvoir.

Ce sont des temps difficiles pour nous Palestiniens avec le déni de nos droits de base, avec les élections israéliennes où seuls des partis de droite sont en compétition, avec un « marché du siècle » où on nous demande de signer notre propre extinction… etc. Qu’est-ce qu’Edward Said aurait dit, écrit, et fait ?

Haidar Eid

Haidar Eid est maître de conférence en littérature postcoloniale et postmoderne à l’université al-Aqsa de Gaza. Il a beaucoup écrit sur le conflit arabo-israélien, dont des articles publiés dans Znet, Electronic Intifada, Palestine Chronicle, et Open Democracy. Il a publié des articles sur les études culturelles et la littérature dans de nombreuses revues, dont Nebula, Journal of American Studies in Turkey, Cultural Logic, et le Journal of Comparative Literature.

Traduction CG pour l’Agence Média Palestine

Source: Mondoweiss