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Jack Khoury – Haaretz – 17 novembre 2019

Une parente des enfants décédés a déclaré lors de sa visite à leur école où leurs camarades de classe leur rendaient hommage : « Pourquoi devraient-ils se soucier de ce que l’armée a admis les avoir frappés par erreur ? ».

« Que disons-nous à ces enfants ? Pourquoi trois de leurs camarades ont-ils été tués ? » implorait samedi une membre de la tribu al-Sawarkah de Gaza, qui a perdu une famille de huit personnes dans une frappe aérienne israélienne, mercredi soir.

La parente prenait ainsi la parole lors d’une visite à l’école de Dir al-Blah qu’avaient fréquentée les trois enfants qui étaient morts dans l’attaque.

Les photos de Muath Mohammed al-Sawarkah, 7 ans, de son frère Wasim, 13 ans, et de son cousin Muhannad, 12 ans, étaient exposées à l’école pour que leurs camarades puissent leur rendre hommage.

« Comment l’expliquez-vous à des enfants de cet âge ? » se demandait la parente de la famille, qui s’exprimait auprès des médias. « Pourquoi devraient-ils se soucier de ce que l’armée a admis les avoir frappés par erreur ? » ajoute-t-elle.

La parente se référait ainsi à la déclaration de l’armée israélienne selon laquelle celle-ci avait eu l’impression, avant l’attaque qui a eu lieu au terme d’une série de combats de deux jours entre Israël et le Jihad islamique basé à Gaza, que la maison était vide.

Les affirmations d’Israël soutenant qu’une erreur avait été commise n’aident en rien la famille à faire face à ce qui est arrivé, dit Hamdan al-Sawarkah, cousin de Rasmi, 45 ans, qui lui aussi a perdu deux enfants, Muath et Wasim, dans l’attaque. Hamdan dit que la famille vivait depuis une quinzaine d’années dans l’enceinte qui a été touchée, réfutant certaines affirmations israéliennes qui prétendent qu’elle n’aurait pu y aménager que récemment et que, par conséquent, les services de renseignements israéliens ne savaient pas qu’il y aurait des civils ici. « Ils vivaient de la manière la plus simple possible, trois frères avec leurs épouses et enfants, entassés dans une enceinte qui s’étend sur moins de 500 m² (un demi-dunam) » dit al-Sawarkah. « Jeudi, tôt le matin, des explosions puissantes ont secoué l’enceinte, quatre roquettes l’ont frappée et ont tout anéanti. C’était un spectacle accablant ».

Rasmi, un vétéran des services de sécurité de l’Autorité palestinienne, était marié à trois femmes. L’une d’elles, Yousra, 39 ans, a été tuée avec lui dans l’attaque israélienne, avec leurs deux fils Muhannad Salem, deux ans, et Firas, un an, selon le ministère de la Santé de Gaza. Maryam, 45 ans, était mariée au frère de Rasmi, Mohammed, elle aussi a été tuée dans l’attaque. Mohammed a été blessé et sa famille dit craindre pour sa vie.

Rasmi et Mohammed étaient des bergers qui s’occupaient de leur troupeau, dit Hamdan. Il ajoute qu’ils gagnaient leur vie avec le commerce de leurs moutons et de leurs chèvres, qu’ils s’en tiraient à peine, et qu’ils vivaient dans des conditions extrêmement difficiles.

La mère des deux frères, Salima, 70 ans, se souvient des moments qui ont suivi l’attaque, dans une conversation avec l’agence d’information turque Anadolu, à l’hôpital de Gaza. « Une de mes petites-filles s’est précipitée vers moi, en pleurant, frissonnant et en criant ‘appelle les secours » dit-elle. « Je suis allée et la scène était horrible. Je n’ai plus en moi la force de survivre, je ne sais pas comment je vais élever les enfants qui ont survécu ».

L’attaque israélienne a pris pour cible un bâtiment qui figurait dans une base de données des cibles obsolètes, et elle a été réalisée sans une inspection préalable sur une éventuelle présence de civils sur le site, ont confirmé des responsables de la Défense vendredi à Haaretz.

De plus, après l’attaque, le porte-parole de langue arabe de l’armée israélienne a prétendu que le bâtiment était un poste de commandement d’une unité de lancement de roquette du Jihad islamique dans le centre de la bande de Gaza. Mais cette affirmation s’appuiyait sur une information peu fiable, basée sur des rumeurs dans les médias sociaux, et qui n’a pas été vérifiée.

Contrairement aux déclarations faites aux médias, des sources de la Défense ont confirmé que le site était un complexe de cabanes – une cible qui n’aurait pas eu beaucoup d’importance si le Jihad islamique l’avait utilisée. De hauts responsables de la Défense ont déclaré à Haaretz que la cible avait été approuvée dans le passé selon le protocole, mais qu’elle n’avait pas été réexaminée depuis.

L’assassinat de la famille a été abondamment critiqué par les dirigeants et citoyens palestiniens, provoquant aussi une condamnation de l’envoyé des Nations-Unies, Nickolay Mladenov, qui a tweeté : « Il n’y a aucune justification à des attaques contre des civils à Gaza, ou ailleurs ! Quelle tragédie ! Mes sincères condoléances à la famille d’Al-Sawarkah et je souhaite un prompt rétablissement aux blessés. Je demande à Israël de procéder rapidement à son enquête ».

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine

Source : Haaretz