image_pdfimage_print
Faisant fi des craintes liées au virus, les soldats et la police israéliens ont accompagné 250 colons dans le centre ville d’Hébron tout en empêchant les spectateurs palestiniens de s’approcher.

Par Oren Ziv, 10 mars 2020

Un soldat israélien vu lors de la parade annuelle de Pourim dans le
centre ville d’Hébron, Cisjordanie, le 10 mars 2020. (Oren Ziv)

Dans l’ombre de la propagation du coronavirus à travers Israël-Palestine, plus de 250 colons israéliens ont pris part mardi à la parade annuelle pour célébrer la fête juive de Pourim dans le centre d’Hébron occupé.

Les colons, qui ont défilé du quartier de Tel Rumeida au Tombeau des Patriarches, étaient accompagnés de centaines de soldats et de policiers israéliens qui ont empêché les spectateurs palestiniens de s’approcher.

Les colons se sont vantés que leur festival de Pourim était le seul autorisé, après que les fêtes dans les villes du pays aient été annulées par crainte du virus ; cependant, la participation a été plus faible que les années précédentes.

Pendant ce temps, à seulement 22 kilomètres au nord, l’armée israélienne a mis Bethléem en quarantaine après que sept cas de COVID-19 aient été découverts dans la ville, empêchant les habitants d’entrer ou de sortir de la ville.

La parade de mardi a commencé à « Elor Junction », où le soldat israélien Elor Azaria a abattu un assaillant palestinien blessé alors qu’il gisait immobilisé sur le sol en mars 2016. Imad Abu Shamsiya, un Palestinien d’Hébron, se tenait à quelques mètres de là et filmait l’incident. Sa documentation a conduit à une enquête et à un éventuel procès d’Azaria.

Les colons israéliens dansent lors de la parade annuelle de Pourim à
Hébron en Cisjordanie. Les Palestiniens, à qui il a été interdit de quitter
leur maison pendant la marche, peuvent être vus observant depuis
leur balcon, le 10 mars 2020. (Oren Ziv)

Un peu avant 11 heures du matin, un groupe de jeunes colons apparemment ivres a frappé à la porte d’une famille palestinienne qui vit à côté de la famille Abu Shamsiya. Lorsqu’un soldat israélien a essayé de les
faire sortir, l’un des colons a répondu en disant : « Profitons un peu de Pourim ». Quand le colon a vu Abu Shamsiya dans la maison voisine, il a dit à son ami qu’ils avaient la mauvaise adresse.

« J’espère juste que l’événement se terminera paisiblement », a dit tranquillement Abu Shamsiya.

Depuis 1967, le centre ville d’Hébron est devenu le site de plusieurs colonies juives qu’Israël a établies au milieu de la population palestinienne locale. Pendant des années, les Palestiniens vivant dans la région ont été soumis à la fois à des restrictions extrêmes imposées par l’armée et à la violence habituelle de colons extrémistes. En conséquence, un grand nombre d’habitants ont déménagé et des centaines d’entreprises ont été fermées, laissant la région en ruine économique.

Des enfants palestiniens regardent la parade annuelle de Pourim dans
le centre de la ville d’Hébron occupée, en Cisjordanie, le 10 mars 2020.
Les Palestiniens se sont vus interdire l’accès à leurs maisons pendant
toute la durée de la fête. (Oren Ziv)

Environ 34 000 Palestiniens et 700 colons vivent actuellement dans le centre ville. Les Palestiniens qui y vivent sont soumis à des restrictions de mouvement, notamment la fermeture des rues principales, tandis que les colons sont libres de se déplacer où ils le souhaitent. En outre, l’armée israélienne a donné l’ordre de fermer des centaines de magasins et d’établissements commerciaux dans la région.

« Bien que nous ayons eu des touristes de toutes sortes d’endroits, le coronavirus n’est pas arrivé à Hébron« , a déclaré Baruch Marzel, un militant d’extrême droite bien connu et résident de la ville qui portait un chapeau « Make Hebron Great Again » lors du défilé. « Hébron est une ville forte et sainte pour les Juifs où nos ancêtres nous protègent, tandis qu’à Bethléem, qui est sainte pour le christianisme, le virus s’en donne à cœur joie« , a ajouté Marzel.

Les soldats israéliens regardent les colons d’Hébron tenir leur parade
annuelle de Pourim dans la ville, le 10 mars 2020. (Oren Ziv)

Les marcheurs, dont beaucoup d’adolescents portant des bouteilles de vin, sont passés devant des magasins palestiniens qui ont fermé il y a 25 ans à la suite du massacre du Caveau des patriarches, dans lequel le colon Baruch Goldstein a assassiné 29 fidèles palestiniens en février 1994. En réponse à ces meurtres, l’armée israélienne a commencé à restreindre la circulation des résidents palestiniens d’Hébron et à appliquer une politique de stricte ségrégation entre eux et les colons.

Deux décennies plus tard, les restrictions n’ont fait que s’aggraver. La rue Shuhada d’Hébron, où s’est déroulée une grande partie de la marche de mardi, a été le théâtre de la plus célèbre de ces restrictions. Autrefois un centre commercial très fréquenté, de nombreuses portes de magasins ont maintenant été soudées et fermées par ordre militaire, donnant à la zone l’apparence d’une ville fantôme. Aujourd’hui, de nombreuses boutiques fermées sont taguées avec des Étoiles de David.

Des colons israéliens dansent avec un commandant militaire lors de la
parade annuelle de Pourim à Hébron occupée, en Cisjordanie, le 10
mars 2020. (Oren Ziv)

Pendant Pourim, les restrictions existantes sur les Palestiniens deviennent encore plus extrêmes. Les Palestiniens vivant le long du parcours de la marche ne sont même pas autorisés à ouvrir les portes de leurs maisons, tandis que certains regardent la marche à travers les barres métalliques installées sur leurs balcons pour les protéger des pierres jetées par les colons.

On peut également voir des soldats israéliens danser avec les colons, et les quelques points de contrôle de fortune par lesquels les Palestiniens peuvent entrer dans la rue Shuhada avec une permission spéciale sont fermés. La musique, forte, la danse et les costumes colorés se détachent encore plus sur la toile de fond de la ville fantôme et des portes des magasins couvertes de graffitis en hébreu.

Oren Ziv est photojournaliste, membre fondateur du collectif de photographie Activestills, et rédacteur pour Local Call. Depuis 2003, il documente une série de questions sociales et politiques en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, en mettant l’accent sur les communautés d’activistes et leurs luttes. Ses reportages se sont concentrés sur les protestations populaires contre le mur et les colonies, les logements abordables et autres questions socio-économiques, les luttes contre le racisme et la discrimination, et la lutte pour la libération des animaux.

Traduction : JPB pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine