L’Allemagne va-t-elle bombarder l’Afghanistan à l’aide de drones israéliens ?

Un soldat israélien transporte un drone près de la frontière entre Israël et Gaza le jeudi 13 mars 2014. Crédit: AP

Par Jonathan Hampel, le 18 juin 2020

Dans quelques semaines, le parlement allemand votera pour savoir s’il faut armer les véhicules aériens télécommandés Heron TP fabriqués en Israël, que l’armée allemande utilise en Afghanistan et au Mali. Ces drones israéliens ont été fournis à l’armée allemande en 2018 dans un marché d’un milliard d’euros, malgré d’énormes manifestations publiques en Allemagne. Ce marché a été approuvé parce que les drones n’étaient pas armés et ne pouvaient donc pas servir à des attaques. Les soldats allemands sont entraînés en Israël pour manoeuvrer ces nouveaux drones.

Les marchés sécuritaires et militaires avec Allemagne nous sont familiers, principalement à cause de l’acquisition de sous-marins allemands et des prétendues violations qui y ont été associées (Cas 3000). Ces transactions ont été très largement critiquées en Israël et en Allemagne, mais on a peu parlé ou écrit au-delà sur l’exportation d’armes vers l’Allemagne. Pourtant, depuis le début des années 2000, il y a eu beaucoup de ventes d’armes avec l’Allemagne, y compris l’exportation de 3.000 missiles antiaériens Spike et de 20 systèmes de navigation pour avions de chasse fabriqués par Rafael. Cette information provient de l’Institut International de Recherche de la Paix de Stockholm.

Le marché de drones d’Israël avec l’Allemagne a débuté en 2009, quand il a pour la première fois loué des drones à l’armée allemande pour qu’elle les utilise en Afghanistan. Sept ans plus tard a eu lieu une transaction similaire, cette fois-ci pour faire marcher les drones au Mali. A ce moment là, l’armée allemande a décidé que la toute dernière technologie israélienne pour les drones l’intéressait, le Heron TP, connu en hébreu comme l’Eitan. C’est un drone spécialement grand, qui peut attaquer depuis les airs et transporter une charge de plusieurs tonnes. Le marché a été retardé d’environ cinq ans à cause de l’opposition politique et publique en Allemagne, où perdure une opposition à l’utilisation de drones d’attaque à cause du risque de blesser des civils.

On s’est beaucoup exprimé sur les problèmes dus à l’utilisation des drones d’attaque et des risques qu’ils comportent pour les civils. Nous pouvons rappeler l’assassinat de quatre garçons en 2014 à Gaza, ou celui de trois jeunes hommes en 2009 à l’école Asma, pour comprendre les dangers inhérents.

En 2009, Human Rights Watch a déterminé que les attaques réalisées par les drones israéliens pendant l’Opération Plomb Durci et les nombreux décès dans la population civile de Gaza étaient des violations du droit international. L’Eitan a été utilisé en 2009 par l’armée de l’air israélienne pendant cette opération.

Que va faire le drone d’attaque israélien en Afghanistan ? L’armée allemande est depuis 2001 en Afghanistan dans le cadre des activités américaines là-bas. D’après un rapport de l’association des Médecins Internationaux pour la Prévention de la Guerre Nucléaire, plus de 100.000 non-combattants ont été tués en Afghanistan depuis lors. On ne sait pas combien d’entre eux ont été tués par l’armée allemande, même si, en 2009, plus de 120 personnes ont été tuées par le bombardement allemand sur la ville de Kondoz. Cet événement a été largement rapporté et a eu un grand écho en Allemagne. Dix ans plus tard, d’après le journal allemand Die Welt, il y avait plus de civils tués en Afghanistan par les armées étrangères, dont l’armée allemande, que par les Talibans. L’utilisation de drones d’attaque, dont la preuve a été faite qu’elle augmentait le nombre de morts chez les civils, provoquerait de terribles dommages dans un pays comme l’Afghanistan.

L’année 2020 sera une année où les décisions allemandes impacteront directement les citoyens afghans. En mars, le gouvernement a prolongé sa présence militaire en Afghanistan d’une année supplémentaire. Maintenant, il cherche l’autorisation d’armer les drones israéliens qui y seront déployés. Jusqu’à maintenant, les dommages causés aux civils afghans par les forces allemandes étaient de la seule responsabilité de l’Allemagne, mais, si ce projet se concrétise, il sera aussi de notre responsabilité en tant qu’Israéliens. C’est pourquoi nous devons nous opposer à cette démarche maintenant, et dire clairement qu’en tant qu’Israéliens qui se soucient des droits de l’être humain, nous exigeons du parlement allemand qu’il empêche ce désastre prévisible et n’autorise pas l’armement des drones.

Jonathan Hampel est chercheur pour une association internationale de droits de l’homme.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Haaretz