Les mouvements de soutien au peuple palestinien au Japon, par Kolin Kobayashi

Kolin Kobayashi, pour l’Agence Média Palestine – Janvier 2012

 

L’histoire des mouvements de soutien  à la Palestine au Japon remonte à la fin des années 60. Le premier courant de solidarité pour le peuple palestinien est né parallèlement avec qui soutenait le peuple vietnamien. D’abord, par les activistes du courant de la nouvelle gauche, suivi par des militants humanitaires et médicaux. La participation des historiens et penseurs universitaires aux débats et aux réflexions a pris sans aucun doute un rôle prépondérant dans ce courant.
L’attaque armée des militants d’une branche de l’extrême gauche japonaise à Tel- Aviv en 1972 a provoqué une grande sensation dans la presse japonaise, mais, au sein de l’ensemble des mouvements de soutiens, elle a été accueillie très négativement. Parce qu’en mars de la même année, l’union de l’armée rouge japonaise a été arrêtée par la police en ayant exercé la lutte armée dans la montagne et en tuant ses camarades. Ces événements ont été une occasion de déclin de la nouvelle gauche et un coup dur pour les militants pro-palestinien.

 

Malgré tout, la question du Proche-Orient a été et est toujours considérée auprès des militants, comme l’enjeu majeur pour la paix mondiale.
Un certain nombre de mouvements citoyens de soutien sont réactivés vers la fin des années 80 en dehors de tout les contacts avec le courant de l’extrême-gauche. Le photo-journaliste aujourd’hui très connu, Ryuichi HIROKAWA , directeur et fondateur de la Revue « Days Japan »,  auteur du documentaire « Nakba Palestine 1948 », après avoir été un des premiers témoins-journalistes du massacre de Sabra et Chatilla en 1982 dont il fit un reportage avec sa caméra de 8 mm, avait fondé l’Association de parrainage des enfants palestiniens, « Japanese Committee for the Children of Palestine / JCCP » en 1984.

 

Il continue à faire des reportages de la région Proche-Orient, qui  ont d’ailleurs inspirer d’autres photo-journalistes plus jeunes à suivre son chemin. Il y en a plusieurs qui ont fait des documentaires pertinents, comme Mizué FURUI, une vidéo/photo-journaliste, sur les femmes palestiniennes, et Toshikuni DOÏ sur les soldats israéliens du groupe « Breaking the silence » qui transgressent leur consensus militaire. D’autres activistes humanitaires ont créé une autre association similaire « Campagne pour les enfants de Palestine » en 1986, qui travaillent pour apporter les soutiens matériels auprès des enfants palestiniens. Par ailleurs, l’association des médecins pour la Palestine est fondée aussi dans la même période. Ils envoient des missions médicales sur place.

 

Le YWCA japonais et l’ONG humanitaire « Japan International Volunteer Center » (JVC) ont commencés à travailler très activement depuis 1991 et 1992, en envoyant des jeunes volontaires auprès des associations et des organismes agricoles palestiniens.
Par ailleurs, un certain nombre de chercheurs et enseignants universitaires, historiens de Proche-Orient,  spécialistes de la littérature arabe, philosophes, comme Yuzo ITAGAKI, Akira USUKI, ou Mari OKA et Satoshi UKAI, un des penseurs les plus pertinents d’aujourd’hui s’engagent pour informer et donner leurs analyses sur la situation de Proche-Orient en écrivant des ouvrages importants. Tandis que la revue de combat de gauche « Impaction » consacre régulièrement les numéros spéciaux dédiés à la Palestine depuis 30 ans. D’autres revues philosophiques comme « La Pensée d’aujourd’hui» ou « Situation, (Jokyo) » ont elles aussi consacré plusieurs numéros sur la Palestine.
Dans les années 2000, quelques coopératives de consommateurs japonaises essaient de soutenir les paysans palestiniens par le biais du commerce équitable en achetant leurs produits. C’est à travers les produits agricoles et la vie quotidienne des paysans palestiniens que les adhérents coopératifs japonais tentent de comprendre la véritable problèmatique du conflit israelo- palestinien. Ils envoient régulièrement des missions pour échanger avec eux et captent les souhaits de paysans. Par exemple, une des coopératives a collecté un fond pour financer la restauration des routes agricoles et elle l’a réalisée.
En même temps, une jeune génération d’activistes apparaît. Il y a un certain nombre de jeunes chercheurs(ses) qui se réunissent sous le nom de « Midan – place de dialogue ». Ils sont tous partisans de la non-violence et leur réflexions sont souvent pertinentes. Il ne s’agit pas simplement d’écrire des synthèses et de se situer d’un point de vue intellectuel, mais aussi d’organiser des manifestations, des conférences, des débats et des projections de films.

 

D’autres groupes ont été fondés, comme par exemple un centre d’information sur la Palestine qui travaille sur Internet, « l’Association de réflexion sur la paix de Palestine » qui diffuse des informations, « Palestine-Forum », un réseau rassemblant des activistes de différents horizons sur leur liste Internet et qui organise des actions concrètes, comme celles de BDS. Ils ont réussi notamment à coordonner des actions fortes avec d’autres collectifs contre « MUJI» qui a eu un projet commercial pour développer ses chaînes de boutiques en Israël, mais qui a fini par renoncer.

Il faut citer aussi des artistes qui ont formé un collectif « Artistes against Occupation », un mouvement international avec les artistes internationaux, sur l’initiative du sculpteur Mizuko YAKUWA. Ils font des expositions un peu partout, non seulement au Japon mais aussi au Proche-Orient et dans le monde entier. En ce moment, un collectif travaillant sur la population de la Vallée de Jordain est très actif en alertant et informant sur leur situation extrêmement précaire. Aujourd’hui, les nombreux activistes japonais se tournent de plus en plus vers le mouvement BDS, dans l’objectif de  construire une réelle pression internationale.