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Par Anne Joseph

Ce qui constitue un film palestinien fait l’objet d’un vaste débat. Certains prétendent que ce qui le détermine, c’est l’identité du réalisateur, ou ce que raconte le film. D’autres suggèrent qu’il est porté par la production et qu’il dépend donc des institutions ou des individus financiers qui le soutiennent.

Le cinéma national palestinien est un cinéma relativement jeune, et il est unique en ce qu’il existe en l’absence d’État. Cette question a abouti à une controverse, comme le démontre la sélection du film « Intervention Divine » (voir ci-dessous) pour les Oscars. Voici 9 films palestiniens qui peuvent vous aider à vous précipiter sur ce qu’il y a de meilleur dans cette tradition encore jeune.

1. Mariage en Galilée (Michel Khleifi, 1987)

Ce fut le premier long métrage palestinien important réalisé par un « initié de l’intérieur », et qui a aidé à démontrer qu’un cinéma national palestinien était possible.

Bien que sous couvre-feu, un maire palestinien veut célébrer le mariage de son fils avec une cérémonie traditionnelle. Le gouverneur militaire israélien qui dirige le village palestinien commence par refuser, par crainte d’une manifestation politique. Et il finit par autoriser la célébration à condition de pouvoir y assister.

2. Intervention Divine (Elia Suleiman, 2002)

Cette comédie noire, surréaliste, a engendré un intérêt international en 2002 autour de la controverse pour savoir s’il pourrait se qualifier pour un Oscar du Meilleur Film Etranger, étant donné le débat sur le statut de la Palestine. Et pourtant, il a été envisagé pour un Oscar l’année suivante. John Pavlik, porte-parole des Oscars, a dit que le comité avait décidé de traiter la Palestine de la même façon que Hong Kong.

Suleiman joue E.S., qui s’occupe de son père malade à Jérusalem tout en ayant une liaison avec une femme de Ramallah. Comme l’un et l’autre n’ont pas le droit d’aller d’une ville à l’autre, leur relation se passe à un checkpoint de l’armée israélienne.

3. Le Paradis Maintenant (Paradise Now) (Hany Abu Assad, 2005)

Ce film aux multiples récompenses s’attaque frontalement à la question des attentats suicide et raconte l’histoire de deux Palestiniens qui préparent une attaque en Israël. Tout en remportant de nombreux prix lors de festivals cinématographiques dans le monde entier, il a gagné le Golden Globe (pour la première sélection d’un film palestinien) et a été présenté pour un Oscar en 2006.

A nouveau, cette nomination aux Oscars (en 2006) a été l’objet de débats et de controverse. Les responsables israéliens ont contesté sa représentation et on a fait référence à l’Autorité Palestinienne comme pays du film, pour parler ensuite de Territoires Palestiniens. La question du financement a elle aussi été soulevée. Bien que le film ait été catalogué comme palestinien, il avait été produit avec des fonds européens par un réalisateur arabe-israélien.

4. Chronique d’une Disparition (Elia Suleiman, 1996)

Ce fut le premier long métrage d’Elia Suleimen, dans lequel il a par ailleurs tenu le premier rôle auprès de membres de sa famille. Il joue un personnage dénommé E.S., revenu en Israël et en Cisjordanie après une longue absence. Suleiman a dit que ce film représente son parcours personnel dans ce que cela signifie être un Palestinien. Il le montre dans une série de scènes le plus souvent déconnectées avec une approche documentaire. Le film se divise en deux parties : la première fait une chronique de la vie domestique dans le secteur arabe de Nazareth et la deuxième observe une vision plus politique de la ville.

5. Jénine, Jénine (Mohammed Bakri, 2002)

Initialement interdit par le Comité du Cinéma Israélien sur l’idée qu’il était diffamatoire et qu’il pouvait blesser le public, « Jénine, Jénine » est un documentaire qui étudie ce à quoi Bakri fait référence comme étant la « vérité palestinienne » sur le choc violent entre l’armée israélienne et les résidents du camp de réfugiés de Jénine, en avril 2002, au cours de l’Opération Bouclier de Défense

6. Le Sel de Cette Mer (Annemarie Jacir, 2008)

C’est le premier long métrage réalisé par une réalisatrice palestinienne. Il se concentre sur l’histoire de Soraya, Palestinienne née à Brooklyn, qui va à Ramallah pour aller récupérer la maison et l’argent de son grand-père qui lui avaient été pris avant son expulsion en 1948. Elle rencontre Emad, qui veut quitter la Palestine et, fatigués de tout ce qui contraint leur vie, ils décident de prendre les choses en main, même si cela signifie enfreindre la loi.

7. L’Anniversaire de Laila (Rashid Masharawi, 2008)

Cette comédie douce-amère raconte l’histoire de la vie quotidienne à Ramallah, en se concentrant sur l’ancien juge devenu chauffeur de taxi, Abu Laila (Mohammed Bakri). Le jour de l’anniversaire de sa fille de 10 ans, sa femme lui demande de rentrer plus tôt à la maison et de lui apporter un cadeau et un gâteau. Ce qui apparaît comme une tâche très simple se transforme en aventure absurde de la vie sous occupation.

8. Les Enfants d’Arna (Juliano Mer-Khamis, 2003)

Ce documentaire à vif parle de l’association de théâtre pour enfants de Jénine, créée par la mère du réalisateur, Arna Mer-Khamis, militante juive israélienne des droits de l’Homme. Se déplaçant dans le temps, il juxtapose la vie des enfants dans le théâtre, avec les martyrs et les combattants qu’ils deviennent. Des combattants ont assassiné le directeur à Jénine en 2011.

9. Omar (Hany Abu-Assad, 2013)

Ce thriller qui a remporté plusieurs Oscars raconte l’histoire d’un jeune adulte palestinien mis sous pression pour qu’il collabore avec les autorités israéliennes.

Omar est le premier film palestinien entièrement financé par des Palestiniens.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Schmooze