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Par Amjad Ayman Yaghi, le 26 mai 2020

Des cultivateurs palestiniens ont subi des pertes sévères parce qu’Israël a répandu à plusieurs reprises des herbicides sur leurs cultures.
(Mohammed Al-Hajjar / The Electronic Intifada)

Ibrahim travaillait sur une terre agricole quand il a vu approcher un avion israélien. Au fur et à mesure que l’avion s’approchait, Ibrahim a remarqué qu’il vaporisait un liquide. Tout de suite, il a eu peur que les cultures qu’il avait plantées ne survivent pas.

« C’est la quatrième fois que cette terre est aspergée d’herbicides depuis que j’y travaille » ; a dit cet homme de 45 ans. « Après chaque épandage, les cultures ont dépéri et sont mortes. »

Les dommages causés par cet épandage – qui a eu lieu en avril – signifient qu’Ibrahim est maintenant sans travail et sans revenus.

Ces dommages risquent d’avoir des répercussions à long terme sur la ferme. Après chaque épandage d’herbicide, « nous devons arracher les cultures et tâcher de remplacer la terre en surface afin de faire revivre le terrain », a dit Ibrahim, qui a demandé qu’on n’utilise pas son nom en entier.

La ferme se situe à al-Shajaiheh, quartier à l’Est de Gaza ville. Il cultive des tomates, des courgettes, des aubergines et des laitues.

Le mois dernier, l’offensive israélienne avec herbicides a endommagé 60 hectares de terre agricole à l’Est et au Nord de Gaza. Résultat, plus de 90 cultivateurs ont subi des pertes financières.

« Destruction de notre avenir »

Nidal Hamad, 30 ans, était dans une ferme d’al-Bureij, une zone du centre de Gaza, quand l’épandage a eu lieu. Il évalue le passage de l’avion israélien a à peine 20 mètres du sol.

« L’armée israélienne ne sait pas à quel point nous souffrons après chaque épandage », a dit Hamad. « Nous voyons la destruction de notre avenir dans ce processus. Je ne sais pas pourquoi nous les effrayons. Ils savent parfaitement bien que nous sommes des paysans, que nous cultivons la terre afin de récolter nos cultures pour les vendre ensuite. Cela fait-il de nous des terroristes ? »

Les cultures dépérissent et puis meurent après avoir été aspergées avec des herbicides. (Mohammed AlHajjar / The Electronic Intifada)

Nabil Abu Rudeina, fermier à Johr al-Deek – zone au sud de Gaza ville – a subi des pertes de blé, orge, gombo, maïs et molokhia à la suite de l’épandage du mois d’avril.

« L’armée israélienne veut transformer la zone orientale en désert, dans laquelle il n’y aurait plus de vie pour les Palestiniens », a-t-il dit. « Ils nous assiègent et ils veulent contrôler la terre à l’intérieur de la Bande de Gaza sous de faux prétextes de sécurité. »

L’offensive d’épandage d’avril a eu lieu au moment où Gaza était sous confinement à cause de la pandémie du COVID-19. Ce fut la deuxième offensive de ce genre depuis le début de l’année.

En janvier, Israël a provoqué des dommages sur 200 hectares de terre agricole de Gaza en y répandant des herbicides. On a estimé la perte économique à 1.25 millions $.

Cause de cancer ?

Israël a reconnu – après les demandes d’accès à l’information faites par l’association de défense des droits de l’homme Gisha – qu’il avait entrepris pas loin de 30 opérations d’épandage contre les fermiers de Gaza entre 2014 et 2018. Près de 800 hectares de terre arable ont été endommagés au cours de cette période.

Détruire délibérément les cultures des fermiers de Gaza est une violation du droit international. (Mohammed Al-Hajjar / The Electronic Intifada)

Parmi les herbicides utilisés par Israël, on trouve le glyphosate, vendu sous le nom de Roundup.

Ce produit a été reconnu comme « probablement cancérigène » par l’Agence Internationale de Recherche sur le Cancer. Monsanto, le fabricant du Roundup, a été poursuivi plusieurs fois en justice aux Etats Unis par des fermiers qui accusaient cette substance de leur provoquer des cancers.

Monsanto est maintenant la propriété de la société allemande Bayer.

L’épandage de cet herbicide touche généralement une « zone tampon » près de la frontière de Gaza avec Israël. En 2015, l’armée israélienne a prétendu que l’épandage était entrepris pour « permettre des opérations de sécurité optimales et continues ».

On peut l’interpréter comme l’aveu qu’Israël poursuit une politique de la terre brûlée.

Le droit international interdit les attaques militaires qui ciblent des fermes et les cultures qui y poussent.

Adham al-Bassiouni, représentant du ministère de l’Agriculture de Gaza, a fait remarquer qu’Israël conduit des opérations d’épandage aux périodes les plus importantes de l’année pour les fermiers de Gaza – particulièrement au début du printemps et au début de l’hiver. On sait que les vents répandent les produits chimiques au-delà des zones directement aspergées.

D’après al-Bassiouni, les fermes affectées par l’épandage « sont la seule source de subsistance our des centaines de familles pauvres ».

« Cette terre est fertile et a un sol favorable à tous types de cultures », a-t-il dit. « Mais la poursuite de ce processus provoquera la mort de la terre dans les années qui viennent. »

Amjad Ayman Yaghi est un journaliste qui vit à Gaza.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada