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Isra Saleh el-Namey, The Electronic Intifada, 27 août 2020

La famille Abu Amra reçoit tous les quelques mois un colis de soutien de la part de l’agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine. (Abdallah al-Naamy / The Electronic Intifada)

Muhammad Abu Amra souffre de diabète et ne peut s’offrir de traitement.

Il a besoin de deux injections d’insuline par jour ; chacune coûte plus de 7 $. Il obtient le médicament à crédit.

La dette qu’il a dans deux pharmacies ne cesse de grimper.

Muhammad et sa famille vivent dans la région de Deir al-Balah au centre de Gaza. Leur maison est en mauvais état, avec des trous dans les murs et au plafond.

Durant l’été, la température est devenue insupportable. Ses cinq enfants ont souffert de quantités de piqûres de moustiques.

« Je me sens impuissant et désespéré », a dit Muhammad, 33 ans. « Mes responsabilités grandissent, mais à cause de ma santé, je ne peux y faire face. Et la situation économique qu’affronte ma famille est très mauvaise. »

Muhammad, qui est au chômage, et sa femme Mansoura ont très peu d‘argent pour les courses.

« Parfois je dois acquérir des choses très basiques – couches, mouchoirs, sel et sucre – à crédit », a dit Mansoura. Elle est interdite d’un supermarché jusqu’à ce qu’elle paie une note de 200 $.

« La plupart des repas que je prépare pour mes enfants reposent sur les légumes les moins chers que je peux trouver – comme les pommes de terre et les aubergines », a ajouté Mansoura.

« Nous ne mangeons de la viande rouge ou du poulet qu’une fois tous les six mois. Mes enfants ne boivent pas de lait – Je suis vraiment inquiète que cela nuise à leur santé sur la durée. »

Tous les trois ou quatre mois, la famille Abu Amra reçoit un colis de soutien de l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine. Il consiste en farine, riz et huile de cuisine.

D’après Mansoura, le contenu du colis est généralement épuisé en un mois.

La variété se réduit

La malnutrition est un grave problème à Gaza, a déclaré une récente étude du Programme alimentaire mondial.

Elle a mis en lumière le fait que 86% des enfants de moins de 5 ans qui vivent près de la frontière de Gaza avec Israël n’avaient pas un régime alimentaire minimal.

Le Programme alimentaire mondial rapportait aussi que 28% des femmes allaitantes de Gaza ont un taux de fer très bas.

Un rapport précédent du Programme alimentaire mondial et d’autres associations d’aide avait observé que la population de Gaza avait répondu à la dure situation économique en réduisant la variété de leur nourriture.

Plus de 68% des deux millions de personnes à Gaza sont considérés comme en insécurité alimentaire par les Nations Unies. L’insécurité alimentaire a été définie comme le fait de ne pas avoir accès ou de ne pas pouvoir s’offrir suffisamment d’aliments nutritifs pour mener une vie active et en bonne santé.

La malnutrition a été l’une des conséquences du blocus aggravé qu’Israël a imposé à Gaza. Des militants des droits de l’homme ont montré comment Israël a mis en place en 2008 un plan visant à réduire la quantité de nourriture disponible à Gaza.

Aziza al-Khalout, porte-parole du ministère des affaires sociales de Gaza, a dit que les problèmes environnants avaient empiré ces derniers mois. Les restrictions imposées pendant la pandémie de COVID-19avaient encore aggravé le chômage.

« Beaucoup de gens ont perdu leurs sources de revenus – comme les chauffeurs qui n’ont plus de passagers et les ouvriers des usines ou autres entreprises qui ont fermé », a dit al-Kahlout. « Tous ceux-là et leurs familles ont un urgent besoin d’aide en ces temps difficiles. »

Comme les autorités à Gaza sont sous des contraintes financières, on demande un soutien supplémentaire de la part des donateurs internationaux « pour arrêter la détérioration de la situation humanitaire », a dit al-Khalout.

Au moins 50 usines ont fermé à cause de la pandémie et approximativement 4.000 emplois ont été perdus à Gaza, d’après la Fédération Générale Palestinienne des Syndicats. 

Les pauvres deviennent plus pauvres

Mahmoud al-Lili gère un stand qui vend des snacks dans le camp de réfugiés de Maghazi. Avant la pandémie, il gagnait au moins 5 $ par jour.

Cet homme de 26 ans fait maintenant moins d’1 $. Les affaires se sont effondrées depuis que les autorités de Gaza ont imposé des restrictions plut tôt cette année pour répondre à la pandémie de COVID-19.

« Je vis avec mes parents, mes soeurs et mon frère marié dans une petite maison », a dit al-Lilli. « Je fais de mon mieux pour gagner quelque argent afin d’avoir quelque chose à manger au dîner. Nous sommes une famille pauvre, mais la crise nous a rendus encore plus pauvres. »

Samir al-Sayid a 56 ans et a quantité de problèmes de santé, dont de l’hypertension artérielle. Sa famille de neuf membres partage un logement de deux pièces dans le camp de réfugiés de Bureij.

« Je ne travaille pas et je ne peux pas faire face à mes responsabilités envers ma famille », a dit Samir. « Nous dépendons principalement de l’aide humanitaire pour survivre. »

Les colis de soutien de l’UNRWA sont essentiels pour la famille.

« « Lorsque nous recevons le colis, je calcule soigneusement la meilleure façon d’en tirer profit et comment le faire tenir sur la durée », a dit Siham, la femme de Samir. « Je ne peux pas acheter de nourriture pour préparer les plats que mes enfants me demandent de préparer. Cuisiner pour ma famille est un perpétuel cauchemar. »

Isra Saleh el-Namey est une journaliste de Gaza.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Media Palestine

Source : The Electronic Intifada