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22 août 2019, Stephen Farrell, Nidal al Mughrabi

JERUSALEM (Reuters) – La plupart des musiciens dans le monde renâcleraient à l’idée de deux jours de voyage pour des répétitions finales en passant des checkpoints en alerte de peur de passeurs d’armes, mais pour l’altiste de 19 ans Ibrahim Masri, il s’agit d’un risque professionnel.

Les membres de la section des instruments à vent de l’Orchestre des Jeunes de Palestine répètent au Conservatoire National de Musique Edward Saïd de Ramallah, en Cisjordanie occupée, le 24 juillet 2019. REUTERS/Mohamad Torakman

Il fait partie de l’Orchestre des Jeunes de Palestine (PYO), qui a fait une tournée de trois semaines en Europe, et dont les 76 membres – traversant les frontières et les clivages religieux – comprennent des Musulmans, des Druzes et des Chrétiens.

Ils disent qu’ils ne peuvent pas réunir l’orchestre tout entier chez eux parce que les restrictions imposées par Israël rendent trop difficile le rassemblement des membres de Gaza, de Cisjordanie et des réfugiés à l’étranger.

« Nous pouvons jouer, mais c’est difficile de voyager », a dit Ibrahim, qui a dû faire deux jours de voyage depuis Naplouse en Cisjordanie, en passant par la Jordanie voisine, pour atteindre Oslo où allait la tournée.

« Quand nous allons à Birzeit (en Cisjordanie) ou à Ramallah, nous passons par des checkpoints. Et surtout lorsque vous avez votre instrument de musique et qu’on vous fouille, on vous demande « qu’est-ce que c’est, pourquoi transportez-vous ceci ? », a-t- il dit à Reuters TV

Ce sont toujours des problèmes quand vous allez d’une ville à l’autre pour une rencontre. »

Israël dit que les mesures de sécurité qu’il prend en Cisjordanie sont là pour protéger ses citoyens contre les attaques de kamikazes et de tireurs, qui ont culminé lors des soulèvements palestiniens de la fin des années 1980 et du début des années 2000.

Israël a par ailleurs imposé un blocus à Gaza, dont les dirigeants islamistes du Hamas refusent de reconnaître Israël et se sont battus dans trois guerres avec lui au cours de la dernière décennie.

Avec un programme qui combine musique classique traditionnelle et musique arabe, l’orchestre a joué en Norvège, en Suède, au Danemark, en Allemagne et aux Pays Bas.

« Ce sont toujours les plus beaux voyages de ma vie. Nous devenons très proches les uns des autres et nous partageons des expériences inoubliables », a dit la violoncelliste Jude Qalawi alors qu’elle montait dans un bus à Jérusalem au départ de la tournée.

Elle et ses compatriotes ont été salués par des ovations debout au final dans le somptueux Concertgebouw d’Amsterdam, lieu attitré du chef d’orchestre du PYO Vincent de Kort.

Il s’est trouvé impliqué dans l’orchestre après un concert joué en Jordanie en 2017. « Je pense que la musique s’exprime d’elle même », a-t-il dit. « Le message, c’est la beauté… c’est la compréhension. Et la musique est le meilleur langage pour le dire parce que tout le monde partout aime la musique. »

Agés de 14 à 27 ans, les musiciens de cette tournée venaient de Jérusalem, de Cisjordanie occupée par les Israéliens et de l’intérieur d’Israël même. Il y avait aussi des musiciens palestiniens de Jordanie, de Syrie et du Liban, plus quelques non-Palestiniens.

MOHAMED AZAKIR (Reuters)

Cependant, à la différence des tournées précédentes, personne de Gaza n’a participé à ce voyage, a dit la directrice de l’orchestre Zeina Khoury.

Ce fut un voyage plus facile pour Mostafa Saad, le premier violon de 21 ans, dont deux frères et une sœur jouent aussi dans l’orchestre.

Aucun des frères Saad n’a fait son service militaire, bien qu’issus d’une communauté arabe druze d’Israël, dont les hommes servent généralement dans l’armée israélienne

« Une fois que vous jouez avec vos amis en Palestine, vous ne pouvez plus vous imaginer tenant un fusil à la place de votre instrument », a-t-il dit.

Ecrit par Stephen Farrell, édité par John Stonestreet

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Reuters