La polio et la destruction de l’infrastructure sanitaire aggravent encore la situation à Gaza

Le 19 juillet, le poliovirus a été détecté dans des échantillons d’eaux usées dans la bande de Gaza. Une nouvelle inquiétante, car la maladie se propage très vite et représente un vrai danger pour les camps surpeuplés.

Par l’Agence Média Palestine, le 22 juillet 2024

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la poliomyélite est une « maladie hautement infectieuse » qui « envahit le système nerveux et peut provoquer une paralysie totale en quelques heures ». La polio « touche principalement les enfants de moins de 5 ans » mais peut infecter « toute personne de tout âge qui n’est pas vaccinée ». En outre, « une infection sur 200 entraîne une paralysie irréversible (généralement au niveau des jambes). Parmi les personnes paralysées, 5 à 10 % meurent lorsque leurs muscles respiratoires sont immobilisés ».

Si on ignore comment le virus, qui avait totalement disparu de la bande de Gaza, a pu réapparaitre, il est certain que l’aggravation dramatique des conditions sanitaires des gazaouis est la cause de sa propagation. Depuis octobre, les bombardements de l’armée d’Israël ont systématiquement détruit les infrastructures sanitaires, de traitement de l’eau et d’électricité de la bande de Gaza, entraînant l’effondrement de systèmes qui étaient déjà précaires. L’eau contaminée, les eaux usées non traitées et les ordures non collectées représentent des conditions idéales pour la propagation de la maladie.

« La pollution issue du conflit » risque « d’aggraver la crise sanitaire », alertait déjà l’ONG néerlandaise PAX for the Peace, dans une note publiée le 18 juillet. « Comme il fait plus chaud, il y a plus de problèmes. Au-delà de la puanteur, il y a le risque des maladies et la prolifération de rongeurs ou de moustiques qui favorisent d’autant plus la propagation des maladies », déplorait également Louise Wateridge, porte-parole de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

La poliomyélite se contracte notamment par l’ingestion d’eau contaminée, or la quantité d’eau disponible à Gaza s’est effondrée de « 94 % » depuis le début du conflit selon un rapport d’Oxfam publié en juillet. L’ONG accuse Israël d’utiliser l’eau comme une arme de guerre à Gaza, avec des coupures d’approvisionnement, du pompage et de la destruction des usines de retraitement, provoquant « une catastrophe sanitaire mortelle ». La quantité d’eau disponible pour un Gazaoui n’est plus que de 4,74 litres par jour, soit « moins du tiers de la quantité minimum recommandée dans les situations d’urgence. »

Aucun cas de poliomyélite n’a encore été détecté dans la bande de Gaza, a déclaré ce vendredi l’OMS. Mais cette découverte est jugée « extrêmement préoccupante » par Christian Lindmeier, porte-parole de l’OMS. L’agence onusienne, d’autres agences de l’ONU et le ministère de la Santé de Gaza contrôlé par le Hamas, sont en train d’essayer de déterminer l’ampleur de la propagation du poliovirus, a souligné Christian Lindmeier. « Une réponse rapide est essentielle pour empêcher la propagation du virus », insiste t-il, soulignant les conditions très difficiles sur le terrain.

Qualifiée de « menace silencieuse » par l’ONU, la crise de l’eau et des déchets pourrait contribuer à la projection de 186 000 morts anticipée le mois dernier par The Lancet. Cette étude évoque les « victimes indirectes de la guerre », provoquées par « la malnutrition, le manque de médicaments et les conditions de vie insalubres ». Le ministère de la Santé de Gaza faisait état ce lundi 22 juillet d’un bilan de 39 006 morts et 89 818 blessés.

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