
À Gaza, 2024
Cette année, à l’occasion des États généraux du film documentaire 2025 à Lussas, un témoignage cinématographique est dédié aux Palestiniens avec quatre films: « With Hasan in Gaza« , « From Ground Zero » , « À Gaza » et « Put your soul on your hand and walk »
Le village de Lussas est devenu en trois décennies la capitale mondiale du documentaire. Du 17 au 23 août 2025 se tiendra la nouvelle édition du festival, rendez-vous où se mêlent projections, débats et rencontres professionnelles, un espace de réflexion et de mémoire où le documentaire se pense autant qu’il se regarde.
Réservations ouvertes le 4 août :
With Hasan in Gaza, Kamal Aljafari : l’archive comme prisme du présent
En examinant d’anciennes cassettes MiniDV, Kamal Aljafari découvre trois bandes tournées par lui-même à Gaza en 2001, lors d’un pèlerinage silencieux à la recherche d’un ancien compagnon de prison, Hasan. Plutôt que de « diriger », Aljafari dit avoir conçu ce film, en assemblant des fragments retrouvés, sans manipuler leur ordre. Une manière de laisser la parole aux Palestiniens qu’ils rencontrent dans son périple, les préservant de toute sorte de manipulation cinématographique.
Le film fait sa première mondiale en compétition officielle au Festival de Locarno le 7 août 2025 où il est nommé pour le Léopard d’Or. Il s’agit d’un hommage poétique à Gaza et à son peuple, à tout ce qui a été effacé.
La critique relève une « temporalité étirée jusqu’à l’horreur tragique », exprimant la répétition des traumatismes subis par le peuple palestinien, évoquée à travers les scènes d’avant-guerre interrompues par les bombardements.
From Ground Zero, Rashid Masharawi : amplifier les voix de l’intérieur
En 2023, face à l’invisibilisation des récits gazaouis, Masharawi crée un fonds pour soutenir 22 cinéastes locaux, souvent débutants, afin de garder vivante la mémoire du quotidien en guerre.
L’anthologie inclut 22 courts-métrages (3 à 7 minutes), mêlant différents genres, documentaire, fiction, expérimental, animation, pour capturer la vie, la créativité et la résilience au-delà des destructions.
Tournage sous les bombardements, coupures d’électricité, pertes personnelles. Certains films interrompus brutalement, comme Taxi Waneesa, illustrent le génocide en cours sans montrer directement l’horreur des massacres.
Sélectionné au TIFF, présenté à Amman, Taormina, Toronto, il devient la représentation officielle de la Palestine aux Oscars 2025, figurant sur la shortlist du meilleur film international. À travers Michael Moore comme producteur exécutif, il touche un public plus large.
Masharawi explique : « je voulais que le monde voie ce qui se passe », non pas une dimension politique ou documentaire stricte, mais le quotidien et les rêves d’un peuple bombardé.
À Gaza, Catherine Libert : poésie et images citoyennes contre l’oubli
À la mort du poète Refaat Alareer le 6 décembre 2023, Libert a recueilli des centaines d’heures de vidéos tournées par des habitants de Gaza, témoins directs de la destruction et de la vie quotidienne.
Ce film de 102 minutes ouvre une chronique incarnée, tissée de voix, de gestes, de chaos, tout en s’appuyant sur la poésie d’Alareer pour offrir un contrepoint émotionnel profond.
Le film a été projeté en avant-première au Festival dei Popoli, puis en France au FIDMarseille 2025.
Au-delà de la fiction : cinéma comme témoignage, comme engagement
Ces films forment un triptyque : Filmer devient ici un devoir moral et artistique, un geste contre l’effacement, un rappel que Gaza existera toujours, dans les visages, les gestes, la parole et la mémoire.
À Lussas, ces œuvres ne sont pas seulement projetées : elles sont perçues comme des manifestations, la culture comme acte de survie et le cinéma comme acte politique. Les États généraux du film documentaire 2025 se tiendront du 17 au 23 août à Lussas et présenteront 130 films, parmi lesquels ces trois documentaires palestiniens, ainsi qu’un programme riche de rencontres, séminaires, ateliers et autres temps d’échanges.



