Textes de Murad Amro, militant palestinien à Youth Against Settlements

Par Murad Amro, militant du mouvement Youth Against Settlements, qui regroupe la jeunesse palestinienne d’Hébron, en Cisjordanie occupée. Cette association lutte contre les restrictions imposées aux Palestiniens dans la ville d’Hébron.

La vie en Palestine : des détails que l’on ignore quand on la croit facile Vivre en Palestine, c’est mener une vie à double face : une vie qui semble normale à l’extérieur, mais qui, en réalité, est lourde de défis et de restrictions. 

 Une journée en Palestine… Tu te réveilles à l’aube. Mais tu n’entends pas seulement l’appel à la prière qui emplit le ciel, tu perçois aussi au loin des bruits d’explosions ou de tirs. Tu comprends alors que ta journée ne sera pas ordinaire. Tu ouvres ta fenêtre et tu contemples un soleil qui se lève sur des maisons fatiguées mais toujours debout, sur des visages qui connaissent la patience plus que le repos. Tu décides de partir au travail ou à l’université, ton sac sur l’épaule comme n’importe quel être humain dans le monde. Mais tu sais que le chemin peut engloutir des heures de ta vie à cause d’un checkpoint militaire. Tu fais la queue, on fouille ta carte d’identité, et un soldat étranger décide, selon son humeur, si tu passes ou non. À côté de toi, un ouvrier inquiet craint de perdre sa journée de salaire, une femme porte un enfant qui pleure de soif, et un étudiant serre ses livres contre lui comme s’ils étaient son unique rêve. Sur la route, tu vois des maisons détruites, des oliviers déracinés. Mais ce ne sont pas seulement des pierres ou des arbres : ce sont des vies, des souvenirs, des familles entières. Et malgré tout, tu vois le propriétaire du champ debout, replantant, souriant comme pour dire au monde : je ne plierai pas. Chez toi, l’électricité s’éteint soudain. Tu allumes une bougie et continues ta journée, comme si c’était devenu normal. L’eau arrive quelques heures par semaine seulement, et tu l’utilises avec précaution comme un trésor. Tes enfants te demandent pourquoi tout cela, et tu t’efforces de semer dans leurs cœurs l’espoir plutôt que la peur. Le soir, quand la famille se réunit, les histoires se partagent : un cousin en prison, un voisin tombé martyr, un ami bloqué au passage et qui n’a pas pu venir. La joie est toujours incomplète, mais elle ne disparaît jamais. Tu entends les rires des enfants qui défient tout, et ceux des adultes qui cachent des larmes derrière leurs sourires. Et malgré la fatigue, tu t’assois devant la porte de ta maison et lèves les yeux vers le ciel. Il y a toujours une étoile qui brille plus que les autres, pour te rappeler que l’espoir ne meurt jamais. En Palestine, tu apprends que la vie n’est pas facile, mais qu’elle est pleine de sens. Se lever chaque matin malgré tout, c’est déjà une victoire. Vivre en Palestine, c’est porter en soi un cœur qui ne connaît pas la défaite et une âme qui insiste à vivre, peu importe la violence des tempêtes.

1. Les checkpoints et la mobilité Dans la plupart des pays du monde, le trajet entre la maison et le travail ou l’université est une routine ordinaire. En Palestine, chaque déplacement peut se transformer en une aventure incertaine. Les checkpoints militaires fragmentent villes et villages, imposant de longues heures d’attente. L’étudiant peut rater son examen, l’ouvrier perdre sa journée, et le malade parfois sa vie, bloqué à un poste de contrôle en attendant une autorisation qui n’arrive pas.

2. L’économie et le chômage L’économie ici ne ressemble à aucune autre. Le chômage chez les jeunes est très élevé, et les prix dépassent souvent les capacités du citoyen moyen. Les usines sont limitées par les restrictions, et l’agriculture – pourtant l’âme du peuple palestinien – est continuellement visée par les confiscations et les déracinements. Malgré tout, les Palestiniens innovent, créent de nouvelles sources de revenus et transforment leurs difficultés en opportunités.

3. L’eau et l’électricité Ce qui est considéré comme acquis ailleurs est un défi quotidien en Palestine. L’électricité peut être coupée de longues heures, et l’eau n’arrive pas régulièrement dans les foyers. Dans certaines régions, les familles organisent des tours pour l’usage de l’eau comme si c’était une denrée rare. Et malgré tout, les gens trouvent des moyens ingénieux de s’adapter et de poursuivre leur vie avec détermination.

4. L’éducation L’éducation en Palestine n’est pas seulement un droit, mais une arme existentielle. Malgré le manque de moyens et les fermetures ou incursions dans les écoles, le taux d’instruction reste très élevé. On voit des étudiants parcourir de longues distances et franchir de nombreux checkpoints pour atteindre leurs universités, convaincus que la connaissance est la forme la plus puissante de résistance.

5. La famille et la société La famille palestinienne est exceptionnellement soudée. Souvent, trois générations vivent sous le même toit, partageant nourriture, joies et peines. Dans les mariages, tout le monde contribue, même avec peu de ressources. Dans les crises, les voisins se comportent comme une seule et même famille. Cette solidarité communautaire est le secret de la résilience face à l’oppression.

6. La sécurité et la peur La peur ici n’est pas un sentiment passager, mais une réalité quotidienne : peur d’une incursion en pleine nuit, d’une confrontation à un checkpoint, ou d’un bombardement soudain. Pourtant, les gens continuent à vivre normalement autant que possible : ils étudient, travaillent, rient et célèbrent des mariages sous le bruit des avions militaires.

7. L’espoir et la résilience Malgré toute cette souffrance, le Palestinien sourit. Il replante ses oliviers même après leur déracinement, reconstruit sa maison même si elle est démolie, et enseigne à ses enfants que la liberté n’est pas un rêve mais un droit inaliénable. Ici, l’espoir n’est pas un luxe, mais une nécessité pour survivre.

La vie en Palestine n’est jamais facile, mais elle est pleine de dignité et de sens. Ici, on apprend à vivre malgré toutes les entraves, à transformer la douleur en force et les chaînes en ailes. Vivre en Palestine, c’est être partie prenante d’une histoire éternelle dont le titre est : résilience et liberté.

La situation de l’éducation en Palestine

1. Vue d’ensemble En dépit des conditions politiques et économiques extrêmement difficiles, la Palestine reste l’un des pays arabes où le taux d’instruction est le plus élevé. L’éducation est considérée comme une arme existentielle face à l’occupation, et les familles palestiniennes la placent au cœur de leurs priorités, malgré la pauvreté et le siège.

2. La réalité de l’éducation à Gaza La situation à Gaza est dramatique :

1. Destruction des infrastructures éducatives
• Des dizaines d’écoles et d’universités ont été détruites partiellement ou totalement par les bombardements.
• Beaucoup d’écoles se sont transformées en refuges pour déplacés, les rendant inutilisables pour l’enseignement.

2. Manque d’établissements scolaires
• Les salles de classe accueillent parfois 70 à 80 élèves dans un espace minuscule.
• Les conditions d’apprentissage deviennent insupportables.

3. Pénurie de matériel éducatif
• Coupures d’électricité et d’internet permanentes.
• Difficulté d’accès aux manuels, fournitures scolaires et outils modernes.

4. Impact psychologique
• Les enfants vivent sous un traumatisme constant à cause de la guerre et de la perte de proches.
• Aller à l’école devient une épreuve de survie plus qu’un acte d’apprentissage.

La réalité de l’éducation en Cisjordanie En Cisjordanie, les difficultés sont d’une autre nature :

1. Grèves récurrentes des enseignants
• Les enseignants réclament leurs droits financiers, entraînant des interruptions fréquentes.
• L’an dernier, les élèves n’ont eu que deux ou trois jours de cours par semaine.

2. Recours aux écoles privées
• Certaines familles se sont tournées vers les écoles privées, mais celles-ci sont très coûteuses.
• Cela a créé une fracture sociale : les enfants des familles aisées suivent une scolarité régulière, alors que les autres accumulent du retard.

3. Souffrance des familles
• Les parents vivent dans une grande inquiétude quant à l’avenir de leurs enfants.
• Les élèves, démotivés, perdent confiance dans leur parcours éducatif.

4. Défis communs à Gaza et en Cisjordanie
• Occupation et restrictions : barrages militaires, retard des enseignants et des élèves, obstacles à l’entrée des livres.
• Crise économique : chômage élevé qui limite les perspectives d’avenir des diplômés.
• Instabilité chronique : l’élève palestinien vit dans une réalité de “scolarité d’urgence”.

5. Dimension humaine et souffrance L’éducation en Palestine n’est plus un simple accès à l’école, mais un combat :
• Un combat quotidien pour préserver le droit d’apprendre.
• Un fardeau économique entre nourrir la famille et payer les frais scolaires.
• Une angoisse permanente quant à l’avenir des enfants. L’élève palestinien se réveille parfois au son des bombes à Gaza, ou face à une grève scolaire en Cisjordanie, mais on attend malgré tout de lui qu’il soit brillant et créatif dans un environnement qui décourage tout apprentissage.

Même si la Palestine affiche le taux d’instruction le plus élevé du monde arabe, son système éducatif est aujourd’hui gravement menacé :
• À Gaza : absence d’écoles sûres et de conditions d’apprentissage.
• En Cisjordanie : enseignement irrégulier, réduit à deux jours par semaine, ou accessible uniquement à travers des écoles privées coûteuses. Et pourtant, malgré toutes ces épreuves, l’élève palestinien reste un symbole de résilience. Les familles continuent de sacrifier tout ce qu’elles possèdent pour l’éducation de leurs enfants, convaincues que le savoir est la plus grande bataille pour l’existence et la liberté.

Traduction : ST pour Agence Media Palestine

Source :

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