Après deux ans de génocide dans la bande de Gaza, le Hamas et Israël sont arrivés à un accord de cessez-le-feu cette nuit. L’accord pourrait être signé en Egypte dès aujourd’hui, mais sa durabilité pose question.
Par l’Agence Média Palestine, le 9 octobre 2025.

Libération des otages israéliens en échange de prisonniers palestiniens, entrée de l’aide humanitaire… L’accord de cessez-le-feu trouvé cette nuit entre Israël et le Hamas va permettre à la population de Gaza, au moins pour un temps, de respirer un peu. Salué et vanté par le président Donald Trump, ce cessez-le-feu n’est pas le premier à avoir été annoncé depuis le début du génocide dans la bande de Gaza. La question de sa durabilité se pose donc, et la vie des Palestiniens reste toujours suspendue à un fil, soumise au bon vouloir d’Israël.
Arrêt des combats et libération des prisonniers palestiniens
C’est sur son réseau Truth social que s’est félicité Donald Trump, soutien complice et actif de la politique génocidaire israélienne depuis deux ans, de cet accord de cessez-le-feu : “Israël et le Hamas ont tous deux accepté la première phase […] Cela veut dire que TOUS les otages seront libérés très prochainement et qu’Israël retirera ses troupes (de Gaza) jusqu’à la ligne convenue, les premières étapes en vue d’une paix solide et durable. »
D’après une source du Hamas qui s’est confiée à l’AFP, les otages israéliens encore vivants, au moins 20 personnes, seront relâchés d’une seule traite par le Hamas, en échange de la libération de 2000 prisonniers palestiniens. La libération des derniers otages israéliens devrait ouvrir la voie à l’entrée tant attendue de l’aide humanitaire dans l’enclave palestinienne. De son côté, le Hamas a annoncé être parvenu à un accord “prévoyant la fin de la guerre à Gaza”.
Ce plan américain présenté pour la première fois le 29 septembre dernier a servi de base dans les négociations tenues à Charm-el-Cheikh en Egypte, sous la médiation du Qatar, de la Turquie et de l’Egypte, et qui ont fini par aboutir cette nuit. Netanyahu a déclaré ce matin réunir son cabinet de sécurité dans la journée pour examiner les moyens concrets de mise en place de ce cessez-le-feu, et consulter par la même les listes de prisonniers palestiniens à libérer communiquées par le Hamas.
Dans le même temps l’armée d’occupation a déclaré : ”Conformément aux instructions de la hiérarchie politique et compte tenu de l’évaluation de la situation, [l’armée] a commencé les préparatifs opérationnels en vue de la mise en œuvre de l’accord.”
Messages de soulagement des organisations internationales et scènes de joie des Gazaouis…
Peu après l’annonce officielle de cet accord de cessez-le-feu, des scènes de joie ont eu lieu dans la bande de Gaza. Sur Instagram, une vidéo circule d’un journaliste palestinien, Saleh Al-Jafarawi, informant des habitants du nord de la bande de Gaza (toujours sous black-out de communications) qu’un accord de cessez-le-feu vient d’être trouvé, en déambulant dans les rues désertes le sourire au visage.
Dans toute la bande de Gaza, du nord au sud, des scènes de joie ont éclaté, ouvrant la voie au soulagement et à l’espoir de voir le bout du tunnel pour les habitants de l’enclave assiégée. A Khan Younès dans le sud, Khaled Shaat témoigne : “Ce sont des moments historiques, attendus depuis longtemps par les citoyens palestiniens […] La joie que nous avons vue il y a peu dans les rues est un soulagement après les massacres, les tueries et le génocide.”
L’accord a été salué par les institutions internationales à l’image du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres : “Je salue l’annonce d’un accord visant à garantir un cessez-le-feu et la libération des otages à Gaza, sur la base de la proposition présentée par Donald Trump. Je salue les efforts diplomatiques déployés par les États-Unis, le Qatar, l’Égypte et la Turquie pour négocier cette avancée indispensable.”
Même son de cloche à Amnesty International, qui insiste cependant sur un accord qui ne constitue qu’une première étape dans la fin de l’occupation israélienne à Gaza et pour une paix durable en Palestine, à travers la voix de sa secrétaire générale Agnès Callamard : ”Pour qu’un accord de cessez-le-feu durable soit couronné de succès, il doit être fermement ancré dans le respect des droits humains et du droit international et doit inclure l’arrêt immédiat du génocide perpétré par Israël contre les Palestiniens à Gaza, ainsi que des mesures concrètes visant à mettre fin à son occupation illégale de l’ensemble du territoire palestinien occupé et à démanteler le système d’apartheid.”
… mais l’incertitude demeure sur l’avenir des Palestiniens
En écho à cette déclaration d’Amnesty International, de nombreux acteurs locaux et internationaux s’interrogent sur la durabilité de cet accord de cessez-le-feu. Ce n’est pas le premier à avoir été trouvé depuis le 7 octobre 2023, et ça n’a pas empêché Israël de recommencer à bombarder sans relâche la population palestinienne assiégée dans l’enclave.
Pour preuve, Israël avait brisé unilatéralement le dernier cessez-le-feu le 18 mars 2025, deux mois à peine après son entrée en vigueur. Depuis cette date, le bilan officiel des Gazaouis tués par l’armée israélienne s’élève à 13 598 morts. Les frappes israéliennes se poursuivent d’ailleurs sans relâche depuis l’annonce de cet accord dans la nuit, d’après la défense civile gazaouie : “Depuis l’annonce hier soir d’un accord sur un projet de cadre de cessez-le-feu à Gaza, plusieurs explosions ont été signalées, en particulier dans le nord de Gaza.”.
La chercheuse américano-palestinienne Noura Erakat a aussi rappelé que les termes de la première phase de l’accord étaient le strict minimum : “Le plus gros risque est qu’on voit la fin des bombardements et que toute protestation supplémentaire contre la politique d’Israël soit vue comme une menace pour la paix. Cet accord marque l’arrêt des bombardements mais rien d’autre, ce n’est que le début”.
Alors que les frappes israéliennes se poursuivent, des doutes demeurent sur le futur de l’administration politique de la bande de Gaza. Israël a aussi affirmé son intention de rester déployée dans l’enclave palestinienne. C’est cette phase de retrait progressif d’Israël et les conditions autour de ce retrait qui seront déterminantes d’après Hellyer, chercheur au Royal united services institute interrogé par Al Jazeera : “Les Israéliens ont clairement indiqué qu’ils n’avaient aucune intention de se retirer de la bande de Gaza […] Ils ont l’intention de ‘maintenir le contrôle global de la sécurité depuis le fleuve jusqu’à la mer’ ”.
Même chose pour le rôle du Hamas dans l’avenir politique de l’enclave palestinienne, une question pour le moment éludée dans la première phase de l’accord de cessez-le-feu. La question de son désarmement potentiel reste aussi sans réponse à l’heure actuelle. Assed Baig, journaliste pour Al Jazeera à Doha au Qatar explique : “Nous comprenons qu’Israël se retirera jusqu’à une ligne convenue à l’intérieur de Gaza et que cela s’inscrit dans le cadre d’un retrait plus large. Il règne ici au Qatar et dans le reste du Moyen-Orient un optimisme prudent. Quelles garanties y a-t-il qu’Israël ne reprendra pas la guerre, ne reprendra pas le génocide à Gaza une fois les otages libérés ? Qu’est-ce qui empêche Israël ?”.
De nombreuses inconnues demeurent donc autour de la mise en place concrète de cet accord de cessez-le-feu, alors même qu’il n’a pas encore été signé. Les Palestiniens devront également faire face au défi énorme de la reconstruction de la bande de Gaza, pilonnée par l’armée israélienne en permanence. Exemple frappant de cette démolition méthodique des lieux de vie dans la bande de Gaza, de nouvelles données publiées hier par le Centre satellitaire des Nations Unies montrent que 83% des structures de la ville de Gaza ont été endommagées par les attaques des forces d’occupation israéliennes, et ce à la date du 23 septembre.
Le dernier bilan humain du génocide dans la bande de Gaza publié ce matin fait état de 67194 morts depuis le 7 octobre 2023, d’après des sources médicales.



