Des gangs palestiniens de pilleur-euses, armés et soutenus par Israël, semblent accélérer leur recrutement ces dernières semaines et espérer prendre le pouvoir à Gaza.
Par l’Agence Média Palestine, le 13 octobre 2025

En juin dernier, le premier ministre israélien admettait publiquement ce que beaucoup dénonçaient depuis plusieurs mois : Israël arme et soutient la milice palestinienne des ‘Forces Populaires’, aussi connue sous le nom de ‘gang Yasser Abu Shabab’, responsable de pillages de l’aide humanitaire à Gaza.
« Qu’y a-t-il de mal à cela ? », expliquait Netanyahu dans une courte vidéo publiée sur son compte Twitter. « Cela ne fait que sauver la vie de soldats israéliens. »
Selon un article du Guardian publié le 30 septembre dernier, l’armée et les services de sécurité israéliens arment et entraînent depuis plusieurs mois des groupes à Gaza en tant que forces auxiliaires locales et alternatives au Hamas, une stratégie qui semble s’être encore accélérée ces dernières semaines.
C’est l’une de ces milices qui est soupçonnée d’être à l’origine du meurtre du journaliste Saleh Aljafarawi ce week-end, dans le quartier de Sabra dans la ville de Gaza, où la situation sécuritaire reste critique malgré le cessez-le-feu entré en vigueur vendredi.
Le journaliste avait confié avoir reçu des menaces de mort d’Israël en raison de son travail. Alors que 252 journalistes ont été assassiné-es par Israël à Gaza depuis le 7 octobre 2025, il continuait de faire son travail et de documenter chaque jour les crimes israéliens. « Toutes les scènes et les situations que j’ai vécues pendant ces 467 jours ne s’effaceront pas de ma mémoire », affairement en janvier dernier. « Nous ne pourrons jamais oublier toutes les situations auxquelles nous avons été confrontés. »
« L’ordre public se détériore »
Malgré le cessez-le-feu, les autorités locales ont averti à plusieurs reprises au cours du week-end que la situation sécuritaire à Gaza restait difficile. Il est à craindre que ces milices profitent du flou qui entoure la transmission de pouvoir à venir, du Hamas à une « gouvernance technocrate palestinienne » chapeautée par un comité international, gouvernance dont on ignore encore bien des détails et qui hériterait d’une situation plus que catastrophique après deux ans de génocide.
« L’ordre public se détériore, le tissu social se désagrège, les gens sont vraiment désespérés et en mode survie, et chacun-e se débrouille pour sa propre subsistance », déclarait le responsable d’une importante agence humanitaire au Guardian la semaine passée. « Dans le nord, personne n’est aux commandes, dans la zone centrale, il y a quelques familles très puissantes et quelques petites milices informelles… et dans le sud, vous avez des clients officiels d’Israël qui obtiennent des armes et autres équipements de l’armée israélienne »
Ces milices, alimentées par « un mélange de colère, d’instinct de survie et de profond ressentiment envers le Hamas », pillent des aides humanitaires ou extorquent des paiements de protection à des organisations humanitaires ainsi qu’à d’autres Palestinien-nes vivant à Gaza.
Dans un rapport récent, l’observateur indépendant des conflits Acled a déclaré que depuis octobre 2023, 220 « incidents violents intra-palestiniens qui ont entraîné la mort d’environ 400 Palestinien-nes » ont été enregistrés. Parmi les victimes figuraient des policier-es, des chef-fes de clans et de gangs, des voleur-euses, des militant-es anti-Hamas, des personnes accusées de collaborer avec Israël et des commerçant-es accusés de profiter de la situation, a déclaré Acled.
« Le pillage de l’aide humanitaire, les vols et les actes de violence commis par des gangs, des clans et des groupes armés se sont généralisés », note le rapport, ajoutant que près de 70 % de ces incidents se sont produits après la rupture du cessez-le-feu de deux mois par Israël en mars 2025.
Un « visage palestinien » au nettoyage ethnique
Les miliciens d’Abu Shabab, le plus grand de ces groupes dont on estime les forces à plus de 100 membres, ont commencé à se faire connaître fin mai 2024, après l’invasion israélienne de Rafah, dans le sud de Gaza, lorsque l’aide humanitaire connaît une explosion de pillages.
Selon les statistiques des Nations unies, environ neuf camions sur dix entrant à Gaza pendant cette période ont été pillés. Israël a accusé le Hamas d’être responsable des pillages, mais les organisations humanitaires ont réfuté cette affirmation, et même l’armée israélienne n’a pas été en mesure de trouver la moindre preuve à l’appui de cette accusation.
Au contraire, les travailleurs humanitaires internationaux affirment que c’est Abu Shabab qui pillait systématiquement l’aide humanitaire. Une note interne de l’ONU obtenue par le Washington Post désigne spécifiquement Abu Shabab comme « l’acteur principal et le plus influent derrière le pillage systématique et massif » à Gaza.
Pendant les deux mois de cessez-le-feu au début de l’année 2025, Abu Shabad disparaît, pour réapparaître à la mi-mai lorsque Israël, sous l’immense pression internationale, a commencé à autoriser un faible afflux d’aide à Gaza. « Littéralement, ce jour-là, il réapparaît de nulle part », a déclaré Shehada.
« Il a été le visage de la campagne de famine menée par Israël, tout en permettant à Israël de nier toute implication et d’externaliser le problème », a déclaré Shehada. De nombreux analystes considèrent qu’Israël utilise ces milices pour donner « un visage palestinien » à son nettoyage ethnique.
Alors qu’un nouveau cessez-le-feu vient d’être instauré, le groupe d’Abu Sahab semble vouloir se présenter en une alternative au Hamas pour contrôler la bande de Gaza, une division qu’Israël semble encourager. « Ce sont des personnalités locales influentes qui peuvent prendre le contrôle de leur région, de leur famille ou de leur tribu et empêcher le Hamas d’y être présent. Nous pouvons alors les soutenir et, s’ils peuvent faire partie de la solution, c’est parfait… Si le pire devait arriver, ce serait comme en Somalie… Personne ne contrôlerait quoi que ce soit. Ce serait mauvais pour Israël, mais mieux que d’avoir le Hamas », explique Yaakov Amidror, ancien général israélien et conseiller à la sécurité nationale.



