La tempête Byron frappe Gaza, une fillette meurt gelée

La tempête Byron a atteint la bande de Gaza cette nuit. Des pluies diluviennes se sont abattues sur le territoire dévasté par les bombardements israéliens. Une fillette est morte de froid au petit matin, à la merci des conditions météorologiques dans les camps de fortune de l’enclave palestinienne.

Par RM pour l’Agence Média Palestine, le 11 décembre 2025.

Par Doaa Albaz, pour Activestills.

Rahaf est morte dans la nuit à Al-Mawasi. Elle avait seulement neuf mois, et le froid a finalement eu raison de son corps gelé, trempé par les inondations dûes à la tempête Byron.

Elle a frappé les côtés de la bande de Gaza cette nuit, après la Grèce et Chypre. La différence, c’est que dans  l’enclave palestinienne tout est dévasté, et des centaines de milliers de Palestiniens s’entassent dans des tentes de fortune. 

Cette dernière raconte à Al Jazeera : “Il pleuvait, il faisait très froid, et je n’avais presque rien pour la réchauffer. Je l’ai nourrie et mise au lit. Je l’ai emmitouflée du mieux que j’ai pu, mais cela n’a pas suffi.” Elle a tout fait pour préserver son bébé du froid de la tempête, mais rien n’y a fait : “soudainement, j’ai trouvé mon petit bébé immobile, mort”.

L’apogée d’un cycle d’intempéries 

La mort de Rahaf intervient après plusieurs épisodes d’intempéries puissantes dans la bande de Gaza où s’entassent des centaines de milliers de Palestiniens déplacés dans des camps inadaptés à la merci des phénomènes météorologiques. La tempête Byron, si elle frappe par son ampleur, n’est pas le premier épisode d’inondations dans l’enclave palestinienne depuis le début de l’automne.

Pour autant, cet épisode est un nouveau coup de massue pour des Gazaouis déjà à bout de forces, mentalement et physiquement. Basma témoigne : “En été, nous fuyions la tente pour trouver de l’ombre sous un mur ou un bâtiment voisin, mais la pluie et ses averses ? Comment y faire face ? Où aller ? Comment supporter à la fois le froid glacial et la pluie ?”

Même colère chez Arafat Al-Ghandour, qui vit avec sa famille dans un camp à Deir El Balah. Il dénonce des conditions de vie inhumaines, dans le silence et l’inaction de la communauté internationale : “Toute la nuit, j’ai bouché les trous avec des chiffons et des sacs en plastique, je n’ai pas encore dormi. Et ils disent que la tempête n’a pas encore vraiment commencé.” 

Sa femme Nour renchérit : “Tous nos vêtements étaient trempés. Nous n’avons rien d’autre. Même nos couvertures et les vêtements des enfants étaient détrempés. J’ai immédiatement emmené les enfants dehors pour qu’ils puissent sécher un peu. Ce n’est pas une vie”. 

Nour est aussi remontée contre les médias, qui viennent pour filmer leurs conditions de vie inhumaines sans que rien ne change : “Qui accepterait de vivre dans cet endroit ? D’affronter un hiver comme celui-ci “, s’emporte-t-elle en pointant du doigt sa tente trempée par les pluies diluviennes de la nuit. 

Et le pire reste à venir, car la tempête Byron n’est pas terminée. D’après les prévisions météorologiques, 15cm de précipitations sont attendues dans les prochaines 48 heures, ce qui devrait porter le bilan des chutes de pluies à l’équivalent de deux mois en à peine une semaine. 

Une aide humanitaire insuffisante 

Si la situation est à ce point dramatique, c’est aussi en raison du manque d’approvisionnement d’aide humanitaire causé par la persistance du blocus israélien dans l’enclave palestinienne. 

D’après l’ONG B’Tselem, 6000 camions avec du matériel pour les camps sont bloqués à l’entrée de la bande de Gaza par Israël. 

Alors que l’accord de cessez-le-feu prévoyait l’acheminement d’environ 600 camions d’aide humanitaire par jour, seulement 234 y entrent en moyenne quotidiennement d’après les chiffres du Bureau des médias gazaoui. 

La situation était déjà alarmante avant que la météo ne se dégrade, et c’est encore pire désormais. D’après Ismail Al-Thawabta, 1,5 millions de Palestinien-nes vivent dans des camps “dans des conditions humanitaires difficiles”. Il affirme que “des centaines de milliers de familles vivent dans des tentes délabrées, endommagées par la guerre d’extermination et les tempêtes. Le secteur a besoin de toute urgence de 300 000 nouvelles tentes, alors que seules 20 000 tentes ont été livrées.” 

Du côté du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le temps presse également : “L’analyse des risques d’inondation réalisée par l’OCHA et les organismes internationaux affiliés présents sur le terrain à Gaza a montré que 761 sites d’accueil hébergeant environ 850 000 personnes sont “les plus exposés au risque d’inondation.””

D’après la Défense civile gazaouie, plus de 2500 signaux de détresse émis par des Gazaouis dont les tentes sont inondés ont été relevés, alors que des équipes sur place témoignent de l’urgence de la situation : “Les citoyens déplacés, leurs enfants et leurs femmes sont en train de se noyer, et la pluie emporte leurs tentes malgré les nombreux appels et appels humanitaires que nous avons lancés pour les sauver.”

La situation pourrait se détériorer dans les prochaines heures avec l’arrivée de nouvelles précipitations encore plus fortes. L’UNICEF aussi est en alerte face au danger évident pour les enfants. Jonathan Crickx, le responsable de la communication de l’antenne palestinienne de l’organisation, a déclaré : “L’eau s’infiltre partout car ces tentes sont pour la plupart de fortune et ne protègent pas les enfants. […] L’ampleur de la catastrophe est énorme. Ce qui nous fait peur, c’est le manque d’hygiène et le fait que toutes ces pluies torrentielles pourraient favoriser l’apparition de maladies hydriques telles que la diarrhée aiguë.” 

Malgré la situation désastreuse, les Etats-Unis corroborent la propagande israélienne qui affirme que 600 camions entrent bien dans l’enclave palestinienne chaque jour, d’après une déclaration de l’ambassadeur américain Mike Waltz. Des propos condamnés par le Bureau des médias gazaoui qui dénonce “une tentative flagrante d’exonérer l’occupation israélienne du crime de blocus et de provocation délibérée d’une situation de famine de la population civile”. 

Pendant ce temps, tous les organismes humanitaires continuent désespérément d’alerter sur l’ampleur du drame à venir, alors que près de 22 000 tentes ont déjà été complètement détruites par les intempéries. Résultat, l’eau des inondations se mélange aux débris des bâtiments et des abris d’urgence qui se sont effondrés, aggravant les risques de catastrophe sanitaire.  

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Retour en haut