Lyd, un film à la croisée du documentaire et de la science fiction

À la croisée du documentaire et de la science-fiction, le film Lyd se présente comme un récit alternatif au récit dominant, comme une résistance à l’effacement des voix palestiniennes de l’histoire officielle.

L’Agence Média Palestine s’est entretenue avec Sam Leter, coordinateur-ice de programmation du Decolonial Film Festival (DFF), qui présentera au public en février prochain le film Lyd, co-réalisé par Rami Younis et Sarah Ema Friedland.

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 26 janvier 2026

Lyd est un film qui traite de la mémoire de la Nakba, et essaie d’imaginer une réalité parallèle, une réalité dans laquelle la Nakba n’aurait pas eu lieu”, explique Sam Leter. “En plus d’images documentaires tournées à Lyd et d’images d’archives, le film comporte des images animées qui présentent une réalité alternative, qui rendent hommage à ce que la ville de Lyd aurait pu devenir.”

La ville de Lyd, fondée vers 5 600 avant JC, était l’une des plus grandes et anciennes villes de Palestine avant l’occupation israélienne. En 1948, la plupart de ses habitant·es palestinien·nes en ont été chassé·es, donnant lieu à des massacres dont l’histoire reste très peu racontée. 

La ville, rebaptisée Lod par l’occupation israélienne, compte aujourd’hui plus de 70 000 habitant·es, dont seulement 27% de citoyen·nes arabes, en grande majorité cantonné·es dans des quartiers défavorisés.

“Le massacre et l’expulsion qui ont eu lieu à Lyd en 1948 ont été délibérément omis des récits dominants”, explique le réalisateur et journaliste palestinien Rami Younis. Originaire de Lyd et désormais basé à Haifa, Rami Younis questionne dans tous ces travaux l’outil du reportage comme une possibilité de contre-discours aux récits dominants, et contre l’effacement des voix palestiniennes.

Sarah Ema Friedland, elle, est une réalisatrice, artiste et universitaire étasunienne, juive et antisioniste. “Cette voix juive diasporique”, explique Sam Leter, “essaie elle-aussi d’apporter à sa propre communauté un récit différent. C’est une collaboration intéressante car elle permet un film qui peut s’adresser à plusieurs communautés.”

Les deux réalisateur-ices seront présent·es fin-février pour accompagner la sortie en France du film, et participeront à des débats et discussions organisées par le DFF à l’issue des séances.

À la croisée du documentaire et de la science-fiction

“C’est un film très touchant dans sa créativité. En tant que festival décolonial, nous voulons porter des films qui présentent une alternative qui se situerait en dehors des carcans du regard colonial. Ici, l’hybridité dans la forme du film entre la réalité et un monde de fantaisie permet ce regard.”

Cette réflexion sur la possibilité de ce regard est au cœur du projet de Lyd, nous explique Sam Leter : “quand les cinéastes Rami Younis et Sarah Ema Friedland ont commencé à tourner le documentaire, iels se sont aperçu·es qu’iels avaient déjà vu ce film. Iels ont souhaité sortir de l’approche factuelle de l’histoire, d’avoir une démarche plus créative, et c’est de là qu’est venue l’idée des images animées qui apportent une lecture alternative.”

“D’une certaine manière, passer par la fiction permet d’être plus juste. Le sionisme a toujours tenu un discours erroné sur la société palestinienne, un discours qui porte une invisibilisation et une éradication de toute une histoire, de tout un mode de vie et d’une culture palestinienne qui est propre à ce territoire-là. En quelque sorte, ces images animées sont un regard plus fidèle sur ce que devrait être la vie des Palestinien·nes, elles font partie d’un contre-discours qui rétablit une forme de vérité.”

“Dans cette même quête de justice, le film présente la ville de Lyd mais également la vie de personnes exilées qui ne vivent plus dans cette ville. En présentant ainsi tous ces lieux qui sont en lien avec Lyd, le film pose très clairement la question du droit au retour des réfugié·es palestinien·nes chassé·es en 1948.”

Des séances uniques

Le film Lyd a été une première fois programmé en France en janvier 2025 par le collectif juif décolonial Tsedek!, lors d’un cycle de son ciné-club consacré aux films censurés en Israël. “Le point de vue artistique nous a paru unique, et nous l’avons ensuite programmé dans l’édition toulousaine du DFF en octobre 2025. Rami Younis est venu à cette occasion, et l’enthousiasme qu’a rencontré cette projection nous a convaincu·es de porter ce film davantage, en acquérant les droits de distribution.”

“Outre le festival en lui-même, qui se concentre sur deux semaines en mai chaque année, le DFF a aussi pour mission d’accompagner au cinéma des films qui nous semblent importants dans leurs perspectives décoloniales, au-delà de la simple diffusion”, explique Sam Leter, “nous voulons encourager les gens à militer, à s’engager.”

“Lyd sera accompagné, pour chaque présentation, d’intervenant·es ou de représentant-es des collectifs partenaires du film, tels que la campagne BDS, Thousand Madleens for Gaza, Tsedek!, les Digitales, Cinémétèque et l’Agence Média Palestine.”

Le film sera présenté en avant-première le 17 février au cinéma Luminor à Paris, puis à Montpellier avant de partir en tournée en Bretagne dans plusieurs cinémas d’art et essai, puis d’être présenté à Saint-Étienne et dans plusieurs salles en région parisienne (programmation à suivre ici).

Repolitiser le cinéma

“Dans notre approche de la distribution de film, chaque séance est unique et accompagnée d’un débat ou d’une rencontre, avec des acteur-ices du film mais surtout avec des militant-es locales-aux. Certains films que nous portons sont durs, ou abordent des faits traumatiques. On peut ressentir de l’impuissance lorsqu’on se confronte à ce qu’est la colonisation.”

“Nous voulons sortir de l’immobilisme, de la sidération. Nous voulons que chaque personne du public puisse repartir avec des outils pour s’organiser, que ce soit des éléments de contexte, des analyses, des contacts et des perspectives d’action concrète.”

“Notre ambition dans la distribution, au-delà de la diffusion, est de rendre accessible l’approche et la réflexion décoloniale. Ce qui nous permet de décentraliser nos projections de la région parisienne et des grandes villes, c’est ce réseau collectif et militant à l’échelle nationale, comme avec Urgence Palestine qui a accompagné notre première sortie en salles, Occupations. Mais nous voulons aussi porter nos films au-delà de ce cercle militant.”

“Le cinéma doit redevenir un lieu politique. Bien sûr, c’est une industrie capitaliste et on ne le nie pas, mais on a envie que ces films-là puissent provoquer des bouleversements politiques, puissent être une porte d’entrée vers une réflexion et une action décoloniale.”

“C’est pour cela que nous promouvons aussi des films dont la portée pédagogique nous semble puissante. Il n’y a pas besoin de connaissances sur l’histoire de la Nakba pour venir voir Lyd. Si vous aimez la science-fiction, la fantaisie, l’histoire, les points de vue différents, il faut venir le voir.”

L’Agence Média Palestine, partenaire de la sortie nationale du film, sera présente à la séance du 27 février au cinéma le Luxy à Ivry-sur-Seine, pour une projection suivie d’un débat avec Imen Habib.

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