« La Voix de Hind Rajab », de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania, nommé aux Oscars, a reçu le prix du « Film le plus précieux » lors du gala Cinema for Peace and Democracy, organisé à Berlin (Allemagne), le 16 février, en marge du Festival international du film de Berlin mais la réalisatrice a annoncé son refus d’accepter la distinction.
Voici son discours :
« Ce soir, je ressens plus de responsabilité que de gratitude. La Voix de Hind Rajab ne parle pas seulement d’une enfant. Elle parle du système qui a rendu son meurtre possible.
Ce qui est arrivé à Hind n’est pas une exception. Cela fait partie d’un génocide.
Et ce soir, à Berlin, certains ont donné une couverture politique à ce génocide. En requalifiant le massacre de civils en « légitime défense », en « circonstances complexes », en dénigrant ceux qui protestent.
Mais comme vous le savez peut-être, la paix n’est pas un parfum vaporisé sur la violence pour que le pouvoir se sente raffiné et à l’aise. Et le cinéma n’est pas un outil de blanchiment d’image.
Si nous parlons de paix, nous devons parler de justice.
La justice implique la responsabilité. Sans responsabilité, il n’y a pas de paix.
L’armée israélienne a tué Hind Rajab, sa famille et les deux ambulanciers venus la secourir, avec la complicité des gouvernements et des institutions les plus puissantes du monde. Je refuse que leur mort serve de toile de fond à un discours poli sur la paix. Pas tant que les structures qui l’ont permise restent telles quelles.
Alors ce soir, je ne ramènerai pas ce prix chez moi. Je le laisse ici en guise de rappel.
Et lorsque la paix sera poursuivie comme une obligation légale et morale, fondée sur la responsabilité pour le génocide, alors je reviendrai l’accepter avec joie. »



