Une famille palestinienne de Gaza accuse l’armée israélienne d’avoir torturé un bébé sous les yeux de son père

Un enfant de 18 mois vivant à Gaza a été rendu à sa famille par l’armée israélienne avec des traces de brûlures et des blessures perforantes aux jambes. Selon les médecins, ces blessures résultent clairement des tortures subies par l’enfant pendant sa détention aux côtés de son père.

Par Tareq S. Hajjaj, le 26 mars 2026



Les marques sur les jambes de l’enfant semblent indéniables. Des brûlures circulaires, comme causées par des mégots de cigarette, ainsi que des blessures par perforation. Son pantalon présente les deux mêmes trous et est taché de sang. C’est dans cet état que Jawad Abu Nasser, âgé de 18 mois, a été rendu à sa famille à Gaza par l’armée israélienne.

Dans un témoignage vidéo pour Mondoweiss, Waad al-Shafi, 19 ans, originaire de la région de Maghazi au centre de Gaza, tient son fils dans ses bras et montre ses jambes et ses pieds à la caméra. Selon la famille, le petit garçon a été soumis à de graves tortures par l’armée israélienne. Ils affirment que les Israéliens ont écrasé des cigarettes sur ses jambes et les ont perforées avec des objets pointus.

« Voici où son pied a été transpercé, et voici où on a écrasé des cigarettes sur lui », explique la mère de Jawad, en tenant ses pieds et en montrant chaque blessure. « Et voici une autre blessure. Et encore une autre. »

La famille soupçonne que les tortures infligées à Jawad visaient à faire pression sur son père pour qu’il fournisse des informations, et elle pense qu’il était probablement présent lorsque les soldats ont maltraité son fils.

« Ils ont tous les deux été torturés ensemble »

Waad al-Shafi raconte qu’Osama Abu Nassar, son mari et le père de Jawad, est parti de la maison avec leur fils dans les bras pour lui acheter des bonbons dans une boutique voisine. Au lieu de cela, il s’est dirigé par erreur vers l’est, en direction de la « ligne jaune », cette frontière invisible qui coupe la bande de Gaza à peu près en deux dans le cadre du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. La famille a perdu contact avec lui vers 10 heures du matin et n’a plus eu de nouvelles jusqu’à 20 heures le même jour, le 19 mars.

Elle ajoute que son mari souffrait d’une grave détresse psychologique depuis quelques semaines et que son état n’était pas stable.

D’après les témoignages de riverains qui ont aperçu Oussama de loin, des soldats israéliens ont ouvert le feu dans sa direction lorsqu’il est entré dans la zone. Un drone quadricoptère lui a ordonné de poser son fils, qui était assis sur ses épaules, et de se déshabiller ainsi que son fils, malgré le froid. Des témoins qui ont assisté à la scène ont raconté à la famille qu’après qu’il ait obéi, quatre soldats se sont approchés et l’ont immobilisé, tandis qu’un cinquième emmenait l’enfant.

Vers 20 heures, des membres du Comité international de la Croix-Rouge ont contacté al-Shafi et lui ont dit qu’ils avaient son fils. Accompagnée de son père et de son beau-père, al-Shafi s’est rendue au marché d’al-Maghazi, où elle a récupéré son enfant enveloppé dans une couverture de survie.

Quand elle l’a vu pour la première fois, raconte-t-elle, son visage était pâle et jaunâtre, et il avait l’air épuisé. « J’ai pensé que c’était simplement dû à la longue journée qu’il venait de passer », se souvient-elle. « Je n’aurais jamais imaginé que des soldats israéliens puissent torturer un enfant à peine âgé d’un an et demi. »

À ce moment-là, la famille ignorait encore l’ampleur de ce que Jawad avait enduré. Sa mère l’a serré très fort dans ses bras dès qu’elle l’a vu, mais il s’est immédiatement mis à hurler de douleur. « Quelque chose n’allait pas », se souvient al-Shafi. Elle a commencé à examiner son corps, en commençant par la tête, puis en descendant vers la poitrine, les épaules, l’abdomen, avant de passer au dos et aux mains. Finalement, elle est arrivée aux pieds et a vu les brûlures.

La famille n’a pas pu emmener l’enfant à l’hôpital cette nuit-là en raison des difficultés de déplacement à une heure aussi tardive ; la majeure partie de Gaza n’a pas accès à l’électricité, plongeant la bande de Gaza dans l’obscurité et rendant les déplacements nocturnes dangereux.

Le lendemain matin, ils l’ont emmené à l’hôpital. C’était le premier jour de l’Aïd, le 20 mars. « Après examens, les médecins ont conclu que les marques sur ses jambes étaient clairement le résultat de tortures », raconte le grand-père de Jawad, Muhammad Abu Nassar, à Mondoweiss.

Al-Shafi précise que les médecins ont immédiatement identifié les blessures comme correspondant à l’insertion et au retrait d’un objet tranchant dans les pieds de l’enfant.

Tenant l’enfant dans ses bras, le grand-père de Jawad montre le petit pantalon du bambin, taché de sang et criblé de trous.

« L’équipe de la Croix-Rouge nous a expliqué que le sang sur son pantalon provenait de son père, qui avait reçu une balle dans l’épaule sous ses yeux », raconte Muhammad Abu Nassar, le grand-père de Jawad, âgé de 18 mois, le 24 mars 2026. (Photo : Ramzi Abu Amer/APA Images)



« L’équipe de la Croix-Rouge nous a dit que le sang sur son pantalon provenait de son père, qui avait reçu une balle dans l’épaule sous ses yeux », explique-t-il.

Muhammad Abu Nasser explique que la famille ignore comment le sang d’Osama s’est retrouvé sur les vêtements de son fils, mais qu’elle soupçonne que l’enfant a été torturé alors qu’il se trouvait avec son père.

« Cela signifierait qu’Osama saignait manifestement à côté de son fils, et qu’ils ont tous deux été torturés ensemble », a ajouté Muhammad.

Mondoweiss a contacté le personnel hospitalier qui a soigné Jawad, mais n’a pas pu obtenir de commentaires dans l’immédiat.

Le grand-père explique que son fils Osama souffrait depuis peu d’une grave détresse psychologique et de crises de colère incontrôlables. Le jour des faits, il a demandé à sortir avec un ami. Son père l’a encouragé, espérant que cela l’aiderait à se remonter le moral, mais moins d’une demi-heure plus tard, des voisins ont informé la famille qu’au lieu de se diriger vers l’ouest pour se rendre à l’épicerie afin d’acheter des bonbons pour son enfant, Osama s’était dirigé vers l’est, en direction de la Ligne Jaune, située à seulement cinq minutes à pied.

C’est alors que les soldats ont ouvert le feu sur lui et son enfant avant de les placer en détention. Les voisins qui ont été témoins de l’incident ont raconté à la famille que le drone quadricoptère présent sur les lieux avait ordonné à Osama et à Jawad d’avancer de 100 mètres avant de leur demander de se déshabiller. C’est la dernière chose qu’ils ont vue avant que les deux ne soient placés en détention.

Lorsque Osama leur a été rendu dans un tel état, la famille a été choquée. Le grand-père de l’enfant décrit cela comme un crime bien pire que les bombardements et les tirs de missiles habituels auxquels les Palestiniens de Gaza continuent d’être soumis. « Les bombardements sont aléatoires », dit-il. « Ils tuent aussi bien les hommes que les femmes et les enfants. Mais là, c’était délibéré. »


Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss

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