The New Arab a rencontré Tiara Wehbe pour évoquer l’expression de soi, la narration visuelle et les ambiances cinématographiques qui définissent son identité artistique en constante évolution.
Par Zainab Mehdi, le 24 avril 2026

Au début de l’année, l’artiste libanaise de 24 ans Tiara Wehbe s’apprêtait à sortir un nouveau single intitulé Shatara. Mais alors que la récente guerre d’Israël contre le Liban faisait rage — suivie d’un fragile cessez-le-feu après une période de violence dévastatrice qui a coûté la vie à plus de 2 000 personnes —, elle a décidé de reporter sa sortie.
« J’ai sans cesse repoussé la sortie de cette nouvelle chanson à cause de tout ce qui se passe dans mon pays », confie-t-elle à The New Arab. « Quand le Liban souffre, cette douleur nous habite tous, nous les Libanais. »
Elle ajoute que son père, sa demi-sœur et une grande partie de sa famille élargie vivent toujours au Liban, expliquant que ce qui s’y passe n’est pas quelque chose qu’elle peut observer de loin ou dont elle peut se détacher émotionnellement.
Dans ce contexte, son approche de la musique est naturellement façonnée par les réalités actuelles. Pour Tiara, continuer à créer ne signifie pas ignorer ce qui se passe, mais trouver un moyen de coexister avec cela — en utilisant la musique pour gérer des émotions difficiles tout en offrant des moments de répit.
« J’ai l’impression que nous sommes tous profondément liés, et qu’il existe un amour commun qui nous unit, où que nous soyons », dit-elle, avant d’expliquer comment la musique s’inscrit dans cette idée. « C’est l’un des seuls moyens dont nous disposons pour nous évader — une façon de nous sentir bien dans notre peau, de nous déconnecter de ce poids et de renouer avec quelque chose de plus léger en nous. »

Tiara est une chanteuse et compositrice libanaise
Dans cette optique, les thèmes de sa musique se précisent davantage, une grande partie de son œuvre étant axée sur la confiance en soi et l’assurance, notamment sur la façon dont les femmes se perçoivent.
« Les femmes devraient se sentir vraiment bien dans leur peau — confiantes, un peu sexy, et parfaitement à l’aise avec qui elles sont », dit-elle, décrivant un sentiment d’aisance dans son propre corps et la liberté de s’amuser sans trop y réfléchir.
Cette idée est au cœur de ses morceaux les plus entraînants ; cependant, sa musique ne se limite pas à un seul espace émotionnel, et c’est là que l’étendue de son registre devient la plus évidente.
Par exemple, sur Weili, le chagrin d’amour est recadré comme quelque chose de maîtrisé et d’assuré plutôt que de purement vulnérable. Ana Beirut, sortie en 2021, met l’accent sur sa ville natale, rendant hommage à sa résilience. À l’inverse, Ahla Fatra adopte une approche plus douce, mettant l’accent sur l’intimité et l’expérience d’être profondément immergée dans une relation.
Cette diversité thématique se reflète également dans sa musique. Tiara oscille entre la pop arabe, le R&B et des influences pop plus sombres, adaptant son style à l’ambiance de chaque morceau plutôt que de s’en tenir à un seul genre, ces changements semblant étroitement liés aux émotions qu’elle exprime plutôt que distincts de celles-ci.
Dans l’ensemble, cette polyvalence reflète la manière dont son approche de la musique a été façonnée par un intérêt précoce et de longue date pour la scène.
« Je chante depuis aussi longtemps que je me souvienne », dit-elle, se rappelant comment elle et ses amis recréaient chez eux des émissions comme The Voice et The X Factor.
Elle cite également le fait d’avoir regardé à plusieurs reprises Burlesque comme une influence importante, en particulier les performances de Christina Aguilera et de Cher, qui ont contribué à façonner sa compréhension de la présence scénique et son engagement envers la scène.
Le chemin vers la liberté créative
Grâce au soutien de sa mère, cette passion de jeunesse s’est peu à peu transformée en une activité plus structurée, alors qu’elle faisait la navette entre Orlando, New York et Los Angeles pour participer à des concours et à des ateliers qui lui ont permis de découvrir les différentes facettes du monde du spectacle, du chant au théâtre en passant par le mannequinat.
Parallèlement, elle se produisait déjà sur scène à travers tout le Liban alors qu’elle était encore à l’université.
Cependant, malgré ces débuts prometteurs, son entrée dans l’industrie a ensuite été freinée par des obstacles qui ont brisé son élan créatif à un moment crucial.
« Je n’étais tout simplement pas entourée des bonnes personnes… J’avais un contrat vraiment mauvais où je travaillais avec la mauvaise personne », confie-t-elle. « Je n’ai donc pas pu aller en studio comme il fallait et faire la musique que j’aime. »
Pour une artiste qui s’identifie avant tout comme une créatrice, perdre ce sentiment de contrôle a été particulièrement difficile, comme elle l’explique : « Je suis une créatrice, n’est-ce pas ? Je crée ma propre musique… alors le fait de ne pas pouvoir le faire était très frustrant. »

La musique de Tiara aborde des thèmes tels que l’émancipation, la confiance en soi et l’amour moderne [Instagram @tiara]
Cette période de contraintes a toutefois fini par marquer un nouveau départ.
Après avoir tourné la page et trouvé les bons collaborateurs, elle a commencé à retrouver son indépendance créative, endossant pleinement le rôle d’une artiste qui écrit, façonne et dirige son propre travail.
« Je compose ma propre musique depuis environ un an et demi à deux ans », explique-t-elle, précisant qu’elle a officiellement commencé à sortir ses morceaux l’été dernier.
À mesure que Tiara définissait son univers musical, ses influences sont devenues plus évidentes — non seulement en termes de genre, mais aussi de tonalité, d’ambiance et d’identité visuelle.
« The Weeknd et Lana Del Rey ont eu une très grande influence sur moi », dit-elle.
Son lien avec Lana, en particulier, reflète une affinité émotionnelle plus profonde qu’une simple admiration, comme elle l’explique : « J’étais tellement obsédée par elle… J’avais une page de fan sur Instagram pour elle quand j’étais plus jeune, et j’enregistrais des reprises que je publiais anonymement. »
Ce qui l’attire chez ces artistes, explique-t-elle, c’est leur capacité à construire des univers entiers autour de leur musique, ajoutant : « J’adore leur vision artistique, tant sur le plan visuel que sonore… Lana a une qualité très cinématographique. »
La dualité qui se cache derrière le son
Cette influence cinématographique et atmosphérique se reflète directement dans son œuvre, où la sensualité et l’ambiance occupent une place centrale sans jamais être unidimensionnelles.
« Ma musique est très sexy. Mes rythmes et mes mélodies sont très sensuelles », explique-t-elle. « Mais j’ai aussi un côté très émotionnel. »
C’est dans cette dimension émotionnelle que sa musique commence à prendre de la profondeur. Dépassant la confiance de surface pour aller vers quelque chose de plus personnel, ses dernières sorties s’appuient sur une énergie espiègle et séductrice, tandis qu’elle s’intéresse de plus en plus à l’exploration des expériences qui ont façonné son identité au fil des ans.
« Je n’ai jamais dit cela dans aucune interview, mais je pense que le fait de venir d’un foyer brisé vous fait prendre conscience de beaucoup de choses sur votre personnalité, sur la vie », confie-t-elle. « Je veux mettre davantage de mes émotions dans ma musique. »
Cette dualité — entre confiance extérieure et complexité intérieure — est présente même dans ses morceaux les plus entraînants, avec des chansons comme Nawi Aaleih qui se présentent comme légères et coquettes, construites autour d’échanges romantiques taquins.
« Ça parle d’un va-et-vient avec un garçon… où je lui dis, en quelque sorte : “Dis-moi ce que tu veux.” C’est une chanson très affectueuse, drôle et espiègle », explique-t-elle.
Pourtant, même ici, il y a une couche plus profonde sous la surface.
« Parfois, je ne sais pas vraiment ce que je veux… ou je veux juste ce qui n’est pas facile à obtenir », dit-elle. « Ce sont des choses qui nous font réaliser que nous sommes attachés à la validation extérieure. »

« Nawi Aaleih » est un morceau de dance-pop arabe plein de charme et de bonne humeur
De Pinterest à la réalité :
Ce contraste est encore plus flagrant dans son titre Shatara, où des moments de vulnérabilité viennent percer un son par ailleurs assuré et affirmé.
Comme elle l’explique : « Je chante en espagnol, et même si certaines personnes ne comprennent pas les paroles ou ne cherchent pas la traduction, si elles le font, elles verront que je suis en réalité très sensible à l’intérieur — j’ai simplement peur d’être blessée. »
Pour Tiara, la langue devient un moyen délibéré d’exprimer sa vulnérabilité, lui permettant de passer d’une langue à l’autre pour révéler différentes facettes d’elle-même et transmettre une profondeur émotionnelle qui va au-delà de ce qui est immédiatement visible.
Ce même sens de l’expression personnelle s’étend naturellement à son univers visuel, où ses choix esthétiques reflètent les émotions qui sont au cœur de sa musique.
À propos de son titre Ahla Fatra, elle déclare : « Le clip me ressemble beaucoup. J’adore l’océan, et je suis attirée par les couleurs oniriques et euphoriques comme le violet, le lilas et le bleu ciel — ces images douces et atmosphériques m’ont toujours inspirée. J’étais en couple à l’époque, donc ce sentiment d’amour, d’affection et cette phase de lune de miel transparaissent à la fois dans la chanson et dans les images.»
« Nous avons même ajouté une grande lune en arrière-plan pendant le pont en français, ce que j’ai adoré. La plupart des scènes se déroulent au bord de la mer, avec de la voile, des bateaux, la nature et des pique-niques au milieu des fleurs », ajoute-t-elle.
« Tout cela vient de mes tableaux Pinterest : des images de l’océan, l’esthétique des sirènes, la nature, de belles robes, la lune et l’observation des étoiles. Ça correspond vraiment à qui je suis. »
Lien vers son morceau Ahla Fatra I تيارا – أحلى فترة
Le chapitre suivant :
Pour l’avenir, Tiara souhaite élargir à la fois son univers musical et sa narration, en laissant ses expériences personnelles influencer davantage sa musique tout en continuant à explorer les possibilités offertes par la langue et les genres musicaux.
« Aborder des sujets plus personnels… proposer davantage de titres en français et en anglais » explique-t-elle. « Je suis en train d’explorer et de trouver ma propre voie. »
Parmi ses prochaines sorties figure un titre personnel dédié à sa mère, inspiré d’un souvenir d’enfance, intitulé Je te regarde, je t’admire.
« C’était en fait une berceuse qu’elle me chantait… maintenant, je lui chante ces paroles en retour », confie-t-elle.
Malgré l’évolution de son style musical et de ses thèmes, le message central de la musique de Tiara reste inchangé : il est axé sur l’estime de soi, la confiance en soi et la liberté émotionnelle.
« Être soi-même sans complexe et en toute authenticité… ne pas vouloir changer ni se comparer», conclut-elle.
Source : The New Arab
Traduit par D.M. pour l’Agence Média Palestine



