Les responsables de la sécurité du Hamas ont déclaré à Mondoweiss que la lutte contre les milices armées par Israël à Gaza ne représentait qu’une part des efforts plus larges visant à contrer la campagne menée par Israël pour semer le chaos dans la bande de Gaza.
Par Tareq S. Hajjaj, le 1er mai 2026.

Le rassemblement national des tribus, clans et familles Palestinien·nes a organisé une manifestation à Gaza pour dénoncer les attaques répétées de l’armée israélienne contre des policiers palestiniens, à Gaza, le 19 avril 2026. (Photo : Anas Nour/apa images)
Le lundi 20 avril, un convoi de véhicules a traversé Khan Younis, dans le sud de Gaza, en transportant des hommes armés et masqués. Ces derniers appartenaient à une milice soutenue par Israël, qui opère habituellement dans la partie de Gaza placée sous contrôle militaire israélien, à l’est de la « ligne jaune » qui divise Gaza en deux. Leur apparition dans la partie de Khan Younis contrôlée par le Hamas a représenté une provocation directe.
Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, l’un des hommes armés est sorti du convoi et s’est adressé à la foule : « Le Hamas, c’est fini. Nous sommes le peuple, et le peuple, c’est nous ; nous vous protégerons du terrorisme du Hamas. »
Cette incursion n’est pas restée sans réponse. Les forces de sécurité du Hamas sont intervenues et ont tiré des obus et des rafales d’armes lourdes sur les véhicules alors que des affrontements intenses éclataient, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Une chaîne Telegram affiliée au Hamas, appelée Radea et qui a vu le jour en 2025 pour traquer et poursuivre les collaborateur·rices, a qualifié la riposte à cette incursion d’embuscade.
Ces groupes s’inscrivent dans une stratégie israélienne plus large, à laquelle les responsables de la sécurité de Gaza affirment être confrontés depuis le début de la guerre : le ciblage systématique des forces de police et de sécurité afin de créer un vide que les milices peuvent combler.
« Lorsque le moment propice s’est présenté, les combattants de Radea ont ouvert le feu sur les véhicules des collaborateur·rices, touchant directement le premier véhicule avant de viser le deuxième et le troisième, faisant des morts et des blessé·es, tandis que les autres prenaient la fuite sous la couverture des avions ennemis », a déclaré la chaîne. « Israël ne vous protégera pas. Nos combattants vous attendent de pied ferme. »
Cette incursion est survenue un jour après que Ghassan al-Duheini, chef du groupe « Forces populaires » armé par Israël, a annoncé sur sa page Facebook le lancement de ce qu’il a appelé l’opération « Dissuader les agresseurs ». Les Forces populaires étaient dirigées par le chef de gang et collaborateur israélien Yasser Abu Shabab, avant que celui-ci ne soit apparemment tué par ses propres associés en décembre dernier. Des responsables du gouvernement du Hamas avaient précédemment déclaré à Mondoweiss que ce groupe était la milice la plus importante, la mieux équipée et la plus dangereuse opérant à Gaza.
Aujourd’hui, la plupart de ces groupes opèrent dans les secteurs orientaux de Gaza, qui relèvent du contrôle militaire israélien. Il s’agit notamment des Forces populaires d’al-Duheini à Rafah et à Khan Younis, de la « Force de frappe antiterroriste » de Hussam al-Astal et des soi-disant « Forces de défense populaires » dirigées par Rami Hilles dans le quartier de Shuja’iyya, à Gaza. Hilles et Astal seraient tous deux d’anciens employés des forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne.
L’existence de ces groupes s’inscrit dans une stratégie israélienne plus large, à laquelle les responsables de la sécurité à Gaza affirment être confrontés depuis le début de la guerre : le ciblage systématique des forces de police et du personnel de sécurité afin de créer un vide que les milices peuvent combler.
Mondoweiss s’est entretenu avec plusieurs responsables de la sécurité du Hamas et des officiers de police à Gaza sur la manière dont ils font face à cette nouvelle phase de la campagne israélienne visant à cibler leurs effectifs, à semer le chaos et à renforcer la position des milices.
« Cela ne vise pas le Hamas »
Depuis des mois, les forces de sécurité du Hamas s’efforcent de contrôler les mouvements le long de la « ligne jaune » qui sépare la partie de la bande de Gaza contrôlée par Israël du reste du territoire encore sous l’emprise du Hamas. Leur objectif était de surveiller et de restreindre les points d’entrée par lesquels des collaborateur·rices d’Israël pourraient s’infiltrer dans les camps de déplacé.es, mais Israël a frappé à plusieurs reprises les positions de la police du Hamas dès qu’elles apparaissaient.
Abu Abdullah (nom d’emprunt), un responsable du gouvernement du Hamas à Khan Younis, qui s’est entretenu avec Mondoweiss sous couvert d’anonymat, a déclaré que le fait de prendre pour cible le personnel en uniforme a contraint une grande partie des forces de police à travailler sous couverture. Mais cela n’est pas toujours possible. « Lorsque nous sommes dans les hôpitaux et les camps de déplacés, nous enfilons nos uniformes pour donner aux gens un sentiment de sécurité et pour leur faire comprendre que nous sommes là pour les protéger », a-t-il expliqué. « Mais l’occupant nous prend pour cible à tout moment et en tout lieu, sans se soucier du contexte ni des dommages collatéraux. »
Lors de l’une de ces attaques, le vendredi 24 avril, une frappe aérienne israélienne a visé un poste de police à Khan Younis, tuant quatre policiers et quatre civils qui se trouvaient à proximité.

Les Palestinien·nes font leurs adieux aux corps de huit Palestinien·nes tués lors d’une frappe israélienne visant un véhicule de police dans la région de Mawasi, à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 25 avril 2026. (photo : Tariq Mohammad/apa images)
Le lendemain, les factions islamiques et nationalites de Gaza ont tenu une conférence de presse conjointe à Khan Younis pour rejeter officiellement les attaques visant les forces de police, qualifiant ces frappes de tentative visant à semer le chaos et à déstabiliser la sécurité intérieure.
« Israël veut que les Palestinien·nes s’entretuent et se volent les un·es les autres. Il veut détruire la sécurité dans notre société afin de pouvoir nous contrôler », a déclaré Jehad al-Qatatti, membre du Comité supérieur des factions nationales et islamiques, à Mondoweiss. « Prendre la police pour cible vise à fracturer la société et à céder le contrôle aux milices. Nous ne le permettrons pas. »
Abu Abdallah a fait écho à ce sentiment. « Ces attaques ne visent pas le Hamas — elles visent toute initiative visant à protéger les civils à Gaza », a-t-il déclaré. « Elles cherchent à empêcher toute entité palestinienne d’établir son autorité sur la bande de Gaza. »
Abu Hamza, capitaine de police à Gaza, a déclaré que les frappes israéliennes visaient systématiquement le personnel récemment nommé — ceux qui sont nouveaux, moins expérimentés et plus visibles. Il a expliqué que les effectifs des forces de police de Gaza avaient été réduits en raison de l’offensive israélienne, mais que des milliers de nouveaux policiers avaient continué d’être recrutés tout au long de la guerre. « Certains d’entre eux sont inexpérimentés et occupent temporairement ces postes pour compenser les pertes », a déclaré Abu Hamza. Pour ces postes, a-t-il ajouté, la priorité est donnée aux jeunes hommes sans casier judiciaire et n’ayant pas d’antécédents connus de surveillance par Israël.
Malgré les pertes, le Hamas affirme que sa structure de commandement ne s’est pas effondrée. « Nous avons mis en place des procédures qui sont appliquées chaque fois qu’un·e dirigeant·e, un·e policier·ère ou un·e administrateur·rice est tué·e : des personnes qualifiées assument immédiatement les responsabilités. Chaque poste dispose de plusieurs adjoint·es, et les fonctions sont transférées successivement », a déclaré Abu Hamza. « Il s’agit d’un dispositif d’urgence imposé par les conditions de la guerre afin d’empêcher l’effondrement du système de sécurité et de maintien de l’ordre. »

Le rassemblement national des tribus, clans et familles Palestiniennes a organisé une manifestation à Gaza pour dénoncer les attaques répétées de l’armée israélienne contre des policiers Palestiniens, à Gaza, le 19 avril 2026. (Photo : Anas Nour/apa images).
La guerre contre la police de Gaza
Les origines de l’affrontement actuel entre le Hamas et les milices remontent aux premières phases du génocide à Gaza. En juin 2025, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a confirmé qu’il avait « activé » à Gaza des clans opposés au régime du Hamas. Ces groupes ont été utilisés par l’armée israélienne pour mener des opérations d’enlèvement et d’assassinat, ainsi que pour piller les convois d’aide humanitaire pendant la guerre et la famine qui a suivi.
En réponse, le ministère de l’Intérieur de Gaza a formé début 2024 une unité spéciale en civil appelée la Force Arrow, chargée de traquer les pillards et les collaborateur·rices opérant sous protection israélienne. Dans une enquête de Mondoweiss de juin 2025 sur ces opérations, un membre de la Force Arrow a raconté s’être rendu avec son unité dans un entrepôt alimentaire de la ville de Gaza où des voleurs armés tentaient de voler de l’aide, pour se faire bombarder par un drone israélien à leur arrivée. « Lorsque les Arrow Forces sont arrivées, les voleurs se sont retirés et la Force a été prise pour cible », a-t-il déclaré. « Ensuite, une autre unité a été dépêchée sur place pour soutenir la Force, mais elle a également été bombardée par les forces d’occupation. »

La police palestinienne a mis en place un poste de contrôle sur la rue Al-Rashid, qui sépare le sud de Gaza du nord, le 25 janvier 2025. (photo : Omar Ashtawy/apa images)
L’Unité Arrow a été réactivée après la reprise de l’offensive israélienne en mars 2025 et la réapparition des milices sous la protection d’Israël, mais la lutte contre ces milices armées par Israël s’est véritablement intensifiée après que le Hamas a lancé une vaste campagne de sécurité pour les traquer, lorsque le cessez-le-feu avec Israël est entré en vigueur en octobre dernier.
Mais les groupes armés ont continué à bénéficier du soutien israélien, tandis que les forces du Hamas restent la cible de frappes israéliennes, malgré le « cessez-le-feu ». Depuis lors, l’armée israélienne a systématiquement tenté d’intervenir chaque fois que les forces de sécurité du Hamas se trouvaient exposées sur le terrain, envoyant des drones pour les frapper. Et les milices se montrent de plus en plus agressives face à la présence du Hamas, comme en témoigne récemment l’opération « Dissuader les agresseurs » menée par Ghassan al-Duheini.
« Nous disons au revoir à nos familles tous les jours »
Aujourd’hui, la situation sécuritaire est « au bord du gouffre », comme l’a déclaré Abu Ahmad, un responsable du ministère de l’Intérieur. Il a décrit à quoi ressemble désormais le quotidien : les policiers patrouillent dans les rues en civil, un pistolet dissimulé à la ceinture. Les membres des Brigades Qassam, la branche armée du Hamas, font de même. « Le plan prévoit des rondes de surveillance le matin et le soir. Tout le monde se déplace armé dans les rues de Gaza par mesure de précaution », a-t-il déclaré.
Abu Ahmad a raconté une tentative d’enlèvement contre l’un de ses collègues des Brigades Qassam au début de la semaine. Des membres de la milice ont tenté de l’enlever dans un quartier densément peuplé du centre de la ville de Gaza. Il a survécu parce qu’il était armé et que ses collègues se trouvaient à proximité.
Les enjeux ne sont pas abstraits. « Nous disons au revoir à nos familles chaque jour lorsque nous partons travailler », a déclaré Abu Ahmad. « Nous savons que si nous partons, nous risquons de ne pas revenir. Nous nous considérons comme des martyrs en attente. »

Les Palestinien·nes font leurs adieux aux corps de huit Palestinien·nes tués lors d’une frappe israélienne visant un véhicule de police dans la région de Mawasi, à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 25 avril 2026. (Photo : Tariq Mohammad/apa images)
Les services de renseignement israéliens, a-t-il déclaré, leur envoient régulièrement des menaces par SMS et par le biais d’appels provenant de numéros inconnus, les avertissant qu’eux-mêmes et leurs familles sont pris pour cibles. « Mais nous refusons de céder à ces pressions et continuons à remplir notre devoir national et humanitaire. »
Ces attaques ont affaibli la sécurité et le contrôle policier sur les zones vertes et ont parfois contraint les forces de l’ordre à se replier. Elles ont également réduit la capacité de la police à poursuivre les éléments criminels, à faire respecter la loi et à exécuter les mandats d’arrêt, une réalité avec laquelle elle vit depuis le début de la guerre. Mais toutes les personnes avec lesquelles Mondoweiss s’est entretenu ont insisté pour continuer sans reculer.
Depuis octobre 2023, au moins 770 policiers ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions à travers la bande de Gaza, selon les chiffres du gouvernement du Hamas. Parmi les morts figurent des agents tués aux postes de contrôle, dans des positions de police et dans les rues alors qu’ils travaillaient en civil. Dans presque tous les cas, affirme le Hamas, les frappes ont eu lieu alors que les agents poursuivaient activement les milices ou se positionnaient contre elles.
« Le message est clair : notre présence en tant que forces de sécurité et police est une cible pour Israël », a déclaré Abu Ahmad. Ces attaques sont des signaux, a-t-il ajouté, visant à empêcher les forces de sécurité d’affirmer leur contrôle et de maintenir l’ordre. Il s’agit d’une nouvelle étape dans la tentative d’Israël de mettre fin, plus largement, au régime du Hamas, et de forcer son désarmement.
« Nous recevons de nombreux appels et menaces de mort visant nos familles, mais nous refusons de céder à ces pressions », a déclaré Abu Ahmad. « Notre devoir est d’assurer la sécurité, et dans chaque guerre, de nombreux membres de la police et des forces de sécurité sont tués. C’est notre travail, et nous ne renoncerons pas à l’accomplir. L’occupation ne parviendra pas à imposer son contrôle ni à briser notre volonté. »
Source : Mondoweiss
Traduit par DM pour l’Agence Média Palestine.



