“Une guerre contre la vérité” : la campagne israélienne de désinformation contre Euro-Med

Après l’interdiction d’entrée par Israël faite à 40 membres du personnel d’Euro-Med Human Rights Monitor, l’organisation dénonce une “guerre contre la vérité”.

Par l’Agence Média Palestine, le 2 juin 2026



Depuis la publication d’un nouveau rapport révélant l’étendue et la gravité des abus sexuels commis à l’encontre des prisonnier-es Palestinien-nes, l’ONG affirme être la cible d’une campagne de dénigrement, de désinformation et de menaces de la part d’Israël, campagne qui a contraint l’organisation à  la restructuration de ses opérations sur le terrain et de ses activités institutionnelles.

Ces mesures comprennent la réduction des effectifs et des activités dans l’ensemble du territoire palestinien occupé et dans la région au sens large, la suspension des opérations au siège de Genève, la fermeture des bureaux dans le territoire palestinien occupé et au Liban, ainsi que le passage à un travail virtuel et à des activités de terrain essentielles, selon les circonstances”, explique Euro-Med dans un communiqué, tout en affirmant sa volonté de poursuivre son travail.

Parmi les dernières mesures répressives figure une décision conjointe du ministère israélien des Affaires de la diaspora et de l’Autorité israélienne de la population et de l’immigration, visant à interdire l’entrée en Israël et dans les territoires palestiniens occupés à près de 40 membres du personnel et affilié-es d’Euro-Med, dont son fondateur et président Ramy Abdu, des hauts responsables, des membres du conseil d’administration et des employé-es.

Les responsable israélien-es accusent l’organisation d’utiliser “les droits de l’homme comme prétexte pour promouvoir le terrorisme”, sans fournir aucune preuves à l’appui de cette allégation, et reproche à Euro-Med de promouvoir des boycotts visant Israël, y compris des appels à la suspension de l’accord d’association UE-Israël. 

De la désinformation à l’appel eu meurtre

L’organisation dénonce également la “déformation et la manipulation de déclarations publiques, la fabrication de fausses allégations concernant des affiliations politiques ou organisationnelles, ainsi que des campagnes d’incitation généralisées accompagnées de menaces allant jusqu’à des appels à l’assassinat physique du président de l’organisation et de plusieurs membres du personnel.

Dans une lettre ouverte publiée au mois d’avril dernier, le président de l’observatoire des droits humains Euro-Med, Ramy Abdu, dénonçait déjà “une guerre organisée contre la documentation et contre tout effort indépendant et professionnel visant à faire connaître la vérité au monde entier.

Israël ne se contente donc plus de nier les faits. Il s’en prend à ceux qui les documentent, car discréditer le documentariste est, selon le calcul d’Israël, le moyen le plus rapide d’éviter de répondre des crimes dont il est accusé. Cela permet également à Israël de se présenter comme la victime d’une prétendue campagne, plutôt que comme un État impliqué dans de graves violations et tenu d’ouvrir ses archives et ses centres de détention à une enquête indépendante.

Si la diffamation et les menaces des autorités israéliennes à l’encontre des observateur-ices des droits de l’homme ne sont pas nouveaux, cette récente escalade d’attaques diffamatoires contre Euro-Med et ses dirigeants a été déclenchée par la publication, le 11 mai 2026, d’une tribune du New York Times, rédigée par Nicholas Kristof, s’appuyant explicitement sur le rapport d’Euro-Med sur les violences sexuelles, une publication vivement critiquée par Israël.

Richard Faulks, président du Conseil d’administration d’Euro-Med, déclare dans un lettre ouverte que “la référence de Kristof à la documentation d’Euro-Med sur les violences sexuelles contre les Palestiniens aurait dû renforcer la crédibilité et démontrer l’efficacité d’Euro-Med, au lieu de servir de tremplin à une campagne de dénigrement caractéristique du comportement israélien chaque fois qu’il est ainsi accusé, une pratique consistant à détourner la conversation vers la crédibilité du message afin de l’ignorer, surtout lorsque sa véracité ne fait aucun doute.

Ces accusations de violences sexuelles, aussi choquantes fussent-elles, n’ont pas surpris les observateurs attentifs du comportement d’Israël dans les territoires palestiniens occupés. La surprise venait du fait que le NYT avait enfin rompu son silence habituel sur les atrocités israéliennes, alors même que les preuves de violations systématiques et flagrantes des principes des droits de l’homme étaient irréfutables.

Cette escalade des attaques révèle l’importance de ces enquêtes indépendantes, et la menace qu’elles représentent pour Israël, de plus en plus isolé sur la scène internationale, malgré le soutien politique et militaire infaillible de nombreux États.

Notre travail et nos efforts de documentation n’ont pas commencé parce que les conditions étaient sûres ou faciles, et ils ne prendront pas fin parce qu’Israël a décidé d’en augmenter le coût”, conclut le communiqué. “Céder face à l’intimidation reviendrait à priver les victimes de toute voix, les crimes de toute trace et les auteurs de toute responsabilité. Dans le même temps, Euro-Med Monitor reste conscient que ces efforts se heurtent à un pouvoir qui exerce la force sans retenue, bénéficiant de l’impunité et de l’indifférence internationale.

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