Gaza : le Maroc franchit un cap sensible en envoyant des officiers en Israël

Par Meriem Laribi pour l’Agence Média Palestine, le 24 juin 2026

Quatre officiers marocains ont discrètement rejoint Israël dans le cadre de la mise en place de la future Force internationale, voulue par Donald Trump, chargée de « stabiliser Gaza ». Un déploiement limité sur le plan militaire mais lourd de symboles. Alors que le génocide se poursuit à Gaza, cette présence marocaine sur le sol israélien risque de raviver les débats sur la normalisation.

Des membres de l’armée marocaine sont arrivés en Israël pour rejoindre une force internationale pour Gaza, en cours de formation, selon un message publié sur X le 23 juin par le « Conseil de Paix » de Donald Trump. Un responsable de cette organisation a indiqué à l’AFP sous couvert d’anonymat que le contingent marocain était arrivé le 18 juin au quartier général de la Force internationale de stabilisation (ISF), dans le sud d’Israël.

Le contingent marocain devrait ainsi participer à l’élaboration de l’architecture générale de la future force internationale et mettre à disposition son expertise dans plusieurs secteurs, notamment en matière de sécurité et de police. La même source a confirmé la présence de quatre officiers marocains au sein du dispositif, sans préciser l’effectif total déployé.

Une présence militaire limitée mais symboliquement forte

À ce stade, il ne s’agit pas d’un déploiement massif de troupes marocaines. Les officiers envoyés par Rabat sont intégrés à une structure de commandement chargée de préparer le fonctionnement de la future force internationale. Dès le mois de février, Rabat avait annoncé son intention de contribuer à cette mission en envoyant des policiers et des militaires dans la bande de Gaza, devenant ainsi le premier État arabe à afficher publiquement son engagement. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la deuxième phase du plan proposé par l’administration Trump. Annoncée par Washington à la mi-janvier et approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU, cette feuille de route a permis la mise en place d’un « cessez-le-feu », officiellement en vigueur en octobre mais violé chaque jour par Israël.

Si les autorités marocaines tentent de présenter cette participation comme une simple contribution à la stabilisation de Gaza et à la reconstruction du territoire palestinien, ses détracteurs y voient une nouvelle étape dans le rapprochement stratégique entre Rabat et Israël.

Le symbole est puissant. Pour la première fois depuis le lancement du projet de Trump, des militaires marocains sont officiellement présents au sein d’une structure installée en Israël dans le cadre du dossier gazaoui. Une nuance qui échappe rarement aux opinions publiques arabes, particulièrement sensibles à tout ce qui touche aux relations avec « l’entité sioniste », tel qu’Israël est qualifié dans le monde arabe.

Pour sa part, le gouvernement marocain défend officiellement l’idée selon laquelle la présence de cadres militaires arabes dans la future administration sécuritaire de Gaza permettrait d’éviter que la gestion du territoire palestinien ne soit exclusivement israélienne ou occidentale. Face à son opinion publique pro-palestinienne, Rabat présente ainsi son engagement comme une contribution à la stabilité régionale et à la protection des populations civiles palestiniennes.

Dans les faits, les relations entre le Maroc et Israël n’ont cessé de se renforcer ces dernières années, en dépit du génocide commis par Israël à Gaza et de la quasi annexion de la Cisjordanie occupée. Les deux gouvernements ont officiellement établi leurs relations diplomatiques en décembre 2020 dans le cadre des Accords d’Abraham initiés par Donald Trump lors de son premier mandat. Ils sont représentés par des bureaux de liaison à Rabat et à Tel-Aviv, chargés des relations diplomatiques et consulaires. Sur le plan militaire, la coopération s’est fortement développée depuis 2021. Elle couvre les achats d’armement, la formation, les exercices conjoints et les échanges en matière de défense et de renseignement. Un accord-cadre militaire a été signé dès 2021, tandis que Rabat et Tel-Aviv ont adopté plusieurs plans d’action communs, dont un nouveau programme de coopération pour 2026. Israël est aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs d’équipements militaires du royaume. 

Cette coopération s’inscrit dans un partenariat stratégique plus large, encouragé par la reconnaissance par Israël de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2023 et la volonté du royaume marocain d’évoluer dans le giron de Washington.

Une opinion publique marocaine critique

Depuis le début du génocide à Gaza, le Maroc a connu de nombreuses manifestations de soutien aux Palestiniens. Les mouvements anti-normalisation, particulièrement actifs dans les grandes villes, continuent de réclamer la suspension ou l’annulation des accords conclus avec Israël. Les critiques émanent principalement d’organisations marocaines engagées contre la normalisation avec Israël, notamment le Groupe d’action nationale pour la Palestine, le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation ou encore le Groupe national de travail pour la Palestine. Ces organisations dénoncent depuis plusieurs mois la participation du Maroc aux mécanismes internationaux envisagés pour Gaza, qu’elles considèrent comme susceptibles de légitimer un ordre sécuritaire conçu avec l’appui d’Israël et des États-Unis. 

Pour ces organisations, l’envoi d’officiers marocains dans une structure coordonnée depuis Israël risque d’être interprété comme une forme de caution politique à l’ordre sécuritaire imposé aux Palestiniens de Gaza.

À Gaza, le volet suivant du plan Trump prévoit notamment un retrait progressif des forces israéliennes, le désarmement du Hamas ainsi que le déploiement de la force internationale de stabilisation. Fin février, le Hamas, qui refuse l’idée de son propre désarmement, s’était dit ouvert à la présence d’une telle force internationale dans la bande de Gaza mais sans ingérence dans les affaires intérieures du territoire. 

Sur le terrain, Israël ne cesse de violer les termes de l’accord et ne s’en cache pas. L’État colonial revendique exercer son contrôle sur près de 70 % du territoire gazaoui, contre un peu plus de la moitié aumoment de l’entrée en vigueur officielle de la trêve. 

Selon le ministère de la Santé de Gaza 1 029 Palestinien.nes ont été tué.es et 3 294 ont été blessé.es à ce jour depuis l’instauration de la trêve. 

Lire aussi : Un rapport de l’ONU démontre le ciblage délibéré des enfants de Gaza par Israël

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