Parmi les étudiant•es palestinien•nes enlevé•es par Israël, une athlète chrétienne et un citoyenne américaine sont détenues sans inculpation depuis les raids de juin sur l’université de Birzeit

Par l’Agence Média Palestine, le 30 juillet 2026

Une étudiante chrétienne palestinienne et joueuse de football national restera emprisonnée au moins jusqu’au 23 septembre, après une audience du tribunal militaire israélien la semaine dernière, suscitant une nouvelle condamnation de son Église alors que sa famille dit « perdre espoir ». Elle fait partie des femmes arrêtées lors d’un raid mené avant l’aube près de l’université de Birzeit il y a près de deux mois, et détenues depuis sans inculpation formelle.

Natalie Abudayyeh, 21 ans, étudiante en journalisme à l’université de Birzeit et membre de l’équipe nationale féminine de football palestinienne, passera au moins deux mois supplémentaires en détention israélienne à la suite d’une décision du tribunal militaire rendue le 22 juillet, selon un communiqué de son Église.

L’évêque Imad Haddad, de l’Église évangélique luthérienne en Jordanie et en Terre Sainte, dont Abudayyeh est responsable de la jeunesse, a qualifié cette prolongation d’« incompréhensible ». Il a indiqué que les autorités israéliennes ont rejeté toutes les demandes de mise en liberté sous caution et ont refusé à sa famille toute visite ou tout contact avec elle depuis son arrestation.

Arrêtée sous la menace d’une arme

Abudayyeh a été appréhendée avant l’aube, le 2 juin, dans son appartement d’étudiante près de l’université de Birzeit, au nord de Ramallah, lors d’un raid qui a également emmené trois autres jeunes Palestiniennes : Sama Safi, Jolan Abu Awwad et Laila Nael Khalil. La Fédération palestinienne de football a déclaré que ces arrestations s’inscrivaient « dans un schéma bien documenté de ciblage systématique des athlètes palestiniens, qui se poursuit en toute impunité ».

L’armée israélienne a indiqué que les quatre femmes avaient été détenues pour soupçon de « promotion d’activités terroristes ». Abudayyeh, diplômée de l’école luthérienne Talitha Kumi et joueuse du club Diyar Women, qui a représenté la Palestine au niveau junior comme senior, est désormais détenue depuis près de deux mois à la prison de Damon, près de Haïfa, où des organisations de défense des droits humains ont documenté des conditions incluant « des agressions, une négligence médicale, la privation de nourriture, la mise à l’isolement, des fouilles humiliantes et la surpopulation » parmi les quelque 9 400 Palestiniens actuellement détenus dans les prisons israéliennes.

L’évêque Haddad a déclaré que la famille « perd espoir » alors que l’affaire s’éternise sans qu’aucune inculpation formelle n’ait été prononcée.

Une citoyenne américaine également détenue sans inculpation

Parmi les femmes arrêtées aux côtés de Nathalie Abudayyeh figure Sama Safi, 20 ans, étudiante en psychologie à l’université de Birzeit, qui possède la citoyenneté américaine et a grandi en partie en Floride. Safi a été arrêtée lors d’un raid de l’armée israélienne dans la maison familiale de Ramallah le 2 juin, et, plusieurs semaines plus tard, n’avait toujours fait l’objet d’aucune inculpation.

Même rengaine du côté du porte-parole de l’armée israélienne qui a déclaré que Sama Safi et les autres étudiantes avaient été arrêtées pour « promotion d’activités terroristes hostiles et autres activités liées au terrorisme ». Son avocate israélienne spécialiste des droits humains, Lea Tsemel — une avocate chevronnée qui défend des détenus palestiniens devant les tribunaux israéliens depuis cinq décennies — a vivement contesté ce fondement. Tsemel a expliqué que le nom de Safi provenait d’informations fournies par deux étudiantes précédemment détenues, prétendument liées à un groupe étudiant appelé Qutub, que les autorités israéliennes affirment être lié au Front populaire de libération de la Palestine. Tsemel a déclaré aux journalistes qu’elle pensait que ces informations avaient été extorquées par la force, qualifiant le fondement des arrestations de « n’importe quoi ». Sama Safi nie toute implication dans ce groupe.

Sa famille affirme qu’elle souffre d’une maladie chronique — la fièvre méditerranéenne familiale, qui peut provoquer des pics de fièvre allant jusqu’à 40,5 °C et nécessite une injection trimestrielle administrée à l’étranger — et que son accès aux soins est menacé depuis sa détention. Tsemel a indiqué que Safi continuait de recevoir ses médicaments en détention, mais qu’elle pourrait manquer un prochain rendez-vous médical en Italie, une question qui devrait être soumise au juge. Elle reste détenue à la prison d’Ofer, en Cisjordanie, en tant que « détenue de sécurité ».

L’affaire de Safi a suscité l’attention à Washington. Plusieurs élus américains, dont les sénateurs Peter Welch, Jeff Merkley et Chris Van Hollen, ainsi que la représentante Ayanna Pressley, ont publiquement appelé à sa libération, tandis que le département d’État s’est contenté de dire qu’il « suivait la situation de près », refusant de commenter davantage.

Un phénomène plus large

Le raid qui a conduit à l’arrestation d’Abudayyeh et de Safi ne constitue pas un épisode isolé. Les quatre étudiantes faisaient partie des 35 Palestiniens arrêtés lors d’opérations militaires israéliennes menées ce jour-là à Ramallah, dans le cadre de ce qu’une porte-parole du Club des prisonniers palestiniens a décrit comme une campagne d’arrestations s’intensifiant depuis le début du génocide à Gaza en octobre 2023, ciblant particulièrement les étudiants universitaires. Selon elle, le changement le plus marquant ces derniers mois ne tient pas au nombre d’arrestations, mais à la gravité des traitements que rapportent les détenus.

Le mois dernier, Israël détenait plus de 3 300 Palestiniens en détention administrative — c’est-à-dire emprisonnés sans inculpation ni procès — parmi environ 9 400 Palestiniens classés au total comme prisonniers de sécurité, selon les organisations de défense des droits des prisonniers palestiniens. Pour rappel, selon le droit international, la détention par Israël de n’importe quel palestinien•ne des territoires occupés est illégale. Comme l’a indiqué la coteur en droit international, Insaf Rezagui, à l’Agence Média Palestine, « la Cour internationale de Justice, dans son avis consultatif du 19 juillet 2024, a qualifié l’occupation militaire israélienne du territoire palestinien d’illicite. Ainsi, les ordres militaires visant à poursuivre les Palestiniens et les condamnations prononcées à leur encontre dans le cadre de tribunaux militaires sont illicites au regard du droit international ».

Des défenseurs des droits humains ont également souligné un schéma plus large de mesures israéliennes visant spécifiquement l’université de Birzeit. La direction de l’établissement a dénoncé les raids de juin comme relevant des « politiques systématiques d’Israël ciblant l’éducation palestinienne et le droit des étudiants à poursuivre leur parcours universitaire », tandis qu’un militant des droits humains palestinien a rappelé qu’une autre étudiante chrétienne de Birzeit, Layan Naser, avait déjà été arrêtée à trois reprises ces dernières années en lien avec son engagement étudiant.

Pour l’heure, les deux femmes demeurent en détention sans inculpation formelle — l’affaire d’Abudayyeh ne devant pas revenir devant le tribunal militaire avant le 23 septembre au plus tôt, tandis que celle de Safi continue de faire l’objet d’audiences préliminaires alors que son avocate et sa famille continuent de réclamer sa libération.

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