Dans le contexte du génocide à Gaza, les relations déjà tendues entre les Nations Unies et Israël atteignent un point critique.
Par Daniel Tester, le 28 août 2026

Les forces israéliennes ont pris le contrôle mardi de la dernière installation encore gérée par l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, à Jérusalem-Est occupée.
Ce n’est là que la dernière conséquence en date des relations tendues entre Israël et l’organisation internationale, que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et d’autres responsables politiques estiment partiale à l’encontre de leur pays.
Ces dernières années, Israël s’est retiré de certaines des dizaines d’organes, bureaux, départements et agences spécialisées de l’ONU.
Il n’a pas agi seul, coordonnant souvent ces initiatives avec les États-Unis sous les premier et deuxième mandats du président Donald Trump.
Si vous recherchez les termes « Israël » et « ONU » sur Google, vous trouverez parmi les premiers résultats une page sponsorisée, financée par le gouvernement israélien et intitulée « Le biais de l’ONU contre Israël ».
Il existe même une organisation liée à Israël, appelée «UN Watch», fondée pour surveiller de près les cas présumés d’antisémitisme au sein des différentes instances de l’ONU.
Les retraits israéliens et américains ont porté un coup dur aux agences de l’ONU, qui dépendent des fonds versés par les États membres pour venir en aide aux personnes dans le besoin sur le terrain.
Ci-dessous, Middle East Eye explique comment ces relations se sont détériorées et de quelles agences Israël s’est retiré.
Quelles sont les relations entre l’ONU et Israël ?
Israël siège à l’Assemblée générale des Nations unies depuis qu’il est devenu membre à part entière en vertu de la résolution 273 de l’ONU en 1949, un an après la création de l’État. Mais il n’a jamais été élu membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, bien qu’il ait sollicité un siège.
Les relations sont tendues depuis longtemps : l’expression « Um-Shmum », popularisée par le Premier ministre fondateur d’Israël, David Ben Gourion, dans les années 1950, est une marque de mépris en hébreu à l’égard de l’ONU.
L’ONU a joué un rôle de médiateur dans plusieurs conflits israélo-arabes, notamment lors de la guerre israélo-arabe de 1967 par le biais de la résolution 242 du Conseil de sécurité, et lors de la guerre de 1973 par le biais des résolutions 338 à 340.
Et en 1975, l’Assemblée générale a adopté la résolution 3379, qui stipulait que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». Cette résolution a suscité la fureur d’Israël et des États-Unis, et a été abrogée en 1991 pour inciter Israël à participer aux pourparlers de la Conférence de Madrid.
En 1978, l’ONU a mis en place la mission de maintien de la paix de la FINUL au Liban à la suite de l’invasion par Israël de son voisin du nord.
La Palestine a obtenu le statut d’observateur à l’ONU en 2012 après une campagne menée pendant plusieurs décennies, mais les États-Unis et Israël ont empêché son adhésion à part entière.
La résolution 2334, adoptée par le Conseil de sécurité en 2016, a déclaré illégales toutes les colonies israéliennes situées dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, une décision renforcée par un arrêt de la Cour internationale de justice en 2024. Israël a qualifié cette résolution de «honteuse» et a riposté en supprimant son aide au Sénégal, qui avait soutenu la résolution en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité.
Comment Israël a quitté l’Unesco
Les mesures prises par Israël à l’encontre des agences des Nations unies se sont multipliées au cours des deux dernières décennies et n’ont fait que s’accélérer dans le contexte du génocide qu’il perpétue à Gaza.
L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) promeut et protège la science et la culture. Elle est en conflit avec Israël depuis qu’elle a admis la Palestine en 2011, ce qui a conduit Israël et les États-Unis à retirer leur financement.
Israël s’est encore davantage indigné en 2017 lorsque l’Unesco a classé la mosquée d’Ibrahim, située en Cisjordanie occupée, au patrimoine mondial en péril appartenant à l’État de Palestine.
Israël s’en est officiellement retiré en 2019, affirmant que l’Unesco était « manipulée par les ennemis d’Israël et ne cessait de pointer du doigt l’État juif pour le condamner ».
Les États-Unis, qui finançaient 20 % du budget de l’Unesco, s’en sont retirés sous le premier mandat de Trump en 2017, invoquant son « parti pris anti-israélien ».
Washington a réintégré l’organisation en octobre 2023 sous la présidence de Joe Biden, avant de se retirer à nouveau en juillet 2025, lors du second mandat de Trump.
Israël démantèle l’UNRWA
L’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) est la plus grande organisation d’aide humanitaire à Gaza et en Cisjordanie.
Gérant des infrastructures telles que des écoles, des abris et des cuisines d’urgence, elle a été fondée en 1949 pour venir en aide aux quelque 700 000 réfugiés palestiniens déplacés par la Nakba de 1948.
Israël s’oppose à l’UNRWA car l’agence considère les Palestiniens comme des réfugiés, leur reconnaissant ainsi le droit de retourner sur leurs terres saisies par Israël.
Il a rompu ses liens avec l’agence en janvier 2025 après l’avoir déclarée groupe terroriste et l’avoir bannie d’Israël et de la Palestine occupée. David Mencer, porte-parole du gouvernement israélien, a déclaré que « l’UNRWA est infiltrée par des agents du Hamas » et que « si un État finance l’UNRWA, cet État finance des terroristes ».
Cette décision fait suite à l’annonce par Israël, en janvier 2024, selon laquelle certains des 11 000 employés de l’UNRWA à Gaza avaient été impliqués dans les attaques perpétrées contre le sud d’Israël le 7 octobre 2023, au cours desquelles plus de 1 100 Israéliens ont été tués.
En avril 2024, le rapport indépendant Colonna a conclu que l’UNRWA avait veillé à préserver sa neutralité politique. L’UNRWA a licencié neuf membres de son personnel en août 2024 après qu’une enquête de l’ONU eut mis en évidence des preuves possibles d’implication.
Sans l’UNRWA, Israël a rétabli son blocus sur l’aide humanitaire à destination de Gaza en mars 2025, entraînant notamment la déclaration d’une situation de famine à Gaza en août 2025. Israël a tué 391 membres du personnel de l’UNRWA au cours de son génocide à Gaza.
L’interdiction de l’UNRWA par Israël a été condamnée et jugée illégale dans un avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice en octobre 2025, qui a également constaté que les allégations d’Israël n’étaient pas étayées de preuves.
En janvier, Israël a rasé le siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est occupée, quelques semaines après avoir adopté une loi visant à couper l’approvisionnement en eau et en électricité de l’agence. La démolition a été dirigée par le ministre israélien de la Sécurité nationale d’extrême droite Itamar Ben Gvir.
Philippe Lazzarini, commissaire général sortant de l’UNRWA, a déclaré en avril au podcast de David Hearst de Middle East Eye que « le démantèlement de l’agence est devenu un objectif [israélien] » et que « la campagne menée contre l’agence est motivée par des considérations politiques », sous le « prétexte d’une infiltration totale du Hamas au sein de l’organisation ».
Israël quitte le CDHNU
Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies (CDHNU), basé à Genève, est chargé de protéger les droits de l’homme, aux côtés du Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Israël n’a jamais été élu membre de cet organe.
En février 2025, Israël a rompu ses liens avec le CDHNU, accusant celui-ci de « partialité institutionnelle persistante et incessante à l’encontre d’Israël ». Les États-Unis avaient quitté l’organisation la veille.
Le CDHNU avait critiqué le génocide perpétré par Israël à Gaza, en adoptant en avril 2024 une résolution exigeant qu’il mette fin à son blocus et à « toutes les autres formes de punition collective ».
Meirav Eilon Shahar, alors représentante d’Israël auprès de l’ONU, a quitté la salle en signe de protestation contre cette résolution, dont le gouvernement israélien a déclaré qu’elle « confère une légitimité à la “résistance” palestinienne face à l’“occupation” ».
Israël, les États-Unis et de nombreux pays occidentaux s’opposaient depuis longtemps au point 7 de l’ordre du jour du Conseil, introduit en 2006, qui garantissait un débat annuel sur la « situation des droits de l’homme en Palestine et dans les autres territoires arabes occupés » : le seul point permanent de l’ordre du jour du CDHNU consacré à un pays spécifique.
Les États-Unis s’étaient retirés en 2018, invoquant un parti pris anti-israélien, avant de réintégrer le Conseil en 2021 sous la présidence de Joe Biden.
Israël et d’autres agences des Nations unies
Les États-Unis ont annoncé en janvier 2026 qu’ils rompraient leurs relations avec 66 organisations internationales, dont 31 entités des Nations unies. Israël a emboîté le pas quelques jours plus tard, annonçant officiellement avoir rompu ses relations avec les six organisations suivantes :
- ONU Femmes : L’Entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes est l’agence des Nations unies qui défend les femmes, les filles et les personnes LGBT. Israël a déclaré qu’elle avait « délibérément ignoré tous les cas de violences sexuelles commises à l’encontre de femmes israéliennes le 7 octobre 2023 ». Or, l’agence avait publié plusieurs communiqués condamnant les attaques menées par le Hamas.
- La CNUCED : Faisant partie du Secrétariat de l’ONU et spécialisée dans les questions économiques, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement a publié des rapports sur le coût économique de l’occupation de la Palestine, que Israël a qualifiés de « rapports virulemment anti-israéliens ».
- L’Alliance des civilisations des Nations unies : Fondée en 2005 par Kofi Annan, alors secrétaire général de l’ONU, cette initiative vise à favoriser « le dialogue interculturel, la compréhension et la coopération ». Israël a déclaré avoir « rompu ses liens » avec cette alliance, avant de préciser par la suite qu’il n’avait pas été invité à y adhérer, ajoutant que l’Alliance « a au contraire été utilisée pendant des années comme une tribune pour lancer des attaques contre Israël ».
- UN Energy : Ce groupe coordonne la politique énergétique conformément aux objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Le ministère israélien des Affaires étrangères l’a qualifié d’« organisation inutile » qui « reflète la bureaucratie excessive et inefficace de l’ONU ».
- Le Forum mondial sur la migration et le développement : Il s’agit d’un forum intergouvernemental annuel auquel participaient auparavant tous les États membres de l’ONU, fondé par Kofi Annan. Israël a déclaré qu’il « sape la capacité des nations souveraines à faire respecter leurs propres lois en matière d’immigration ». Le forum n’a pas le pouvoir de prendre des décisions contraignantes.
- Le Bureau du Représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants dans les conflits armés : Il s’agit d’un expert nommé par l’ONU chargé de rendre compte de la situation des droits des enfants touchés par la guerre ; ce poste est actuellement occupé par la diplomate maltaise Vanessa Frazier. En juin 2024, sa prédécesseure, la diplomate argentine Virginia Gamba, a ajouté Israël à la liste noire de l’ONU des parties belligérantes commettant des violations des droits des enfants. Israël s’est plaint d’être « le seul pays démocratique à figurer sur cette liste, aux côtés de Daech et de Boko Haram ».
- Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale : Israël n’a jamais rejoint le bloc régional MENA, composé de 21 États membres à majorité musulmane, et a préféré rejoindre son homologue d’Europe occidentale. Le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré avoir « rompu ses liens avec » la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale, dont il était « détaché depuis des années », ajoutant : « L’organisation publie chaque année des rapports virulemment anti-israéliens, qui servent de base à de nouvelles résolutions anti-israéliennes. »
Israël pourrait-il se retirer d’autres agences ?
Israël ne s’est pas retiré de toutes les agences de l’ONU, mais certaines sont dans sa ligne de mire.
Les détracteurs israéliens de l’ONU l’ont encouragé à rompre ses liens avec l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies), qui supervise l’aide humanitaire de l’ONU dans les zones touchées par des catastrophes naturelles et les zones de conflit telles que Gaza. Ses rapports de situation sont cités par des journalistes, des ONG et des universitaires du monde entier. En juillet 2025, Israël a refusé de renouveler le visa de Jonathan Whittall, haut responsable de l’OCHA en Palestine occupée, invoquant un « comportement partial et hostile ».
D’autres en Israël souhaitent que le pays quitte l’OMS (Organisation mondiale de la santé), que les États-Unis, principal donateur de l’organisation, ont quittée en janvier. Israël en est toujours membre.
Limor Son Har Melech, la députée israélienne d’extrême droite qui préside la commission de la santé de la Knesset, a déclaré en janvier : « L’Organisation mondiale de la santé a depuis longtemps cessé de fonctionner comme une organisation professionnelle et objective. »
De hauts responsables israéliens affirment également que le pays devrait ignorer les décisions de la CIJ (Cour internationale de justice), la principale juridiction des Nations unies, à laquelle tous les États membres sont automatiquement parties.
En janvier 2024, la CIJ a statué qu’Israël devait prendre « toutes les mesures en son pouvoir » pour empêcher un génocide. Ben Gvir a déclaré : « La décision de ce tribunal antisémite de La Haye confirme ce que l’on savait déjà : cette cour ne recherche pas la justice, mais la persécution du peuple juif. »
Israël et le secrétaire général de l’ONU
Israël a rompu ses relations avec le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, le 28 mai, après que son bureau eut officiellement désigné Israël, dans un rapport annuel, comme un État sérieusement soupçonné de violences sexuelles.
Cette déclaration faisait suite à de nombreux rapports d’organisations de défense des droits de l’homme et de médias, dont Middle East Eye, documentant des allégations de viols et d’autres violences sexuelles commis par les forces israéliennes à l’encontre de Palestiniens.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué du 28 mai que cette décision était « honteuse et absurde » et constituait « une preuve supplémentaire de la véritable nature de l’ONU : une organisation politisée et corrompue qui a abandonné ses principes fondateurs et s’et donné pour mission principale la persécution systématique d’Israël ».
Stéphane Dujarric, porte-parole de Guterres, a déclaré que l’annonce d’Israël était « avant tout symbolique » et que l’ONU continuerait à collaborer avec la mission israélienne. Le mandat de dix ans de Guterres prend fin en décembre.
Israël avait déjà déclaré Guterres « persona non grata » en octobre 2024, lui interdisant l’accès à Israël et aux territoires palestiniens occupés.
Israël Katz, alors ministre israélien des Affaires étrangères, avait déclaré que M. Guterres était un « secrétaire général anti-israélien » et avait affirmé qu’il n’avait pas condamné les attaques de l’Iran contre Israël en octobre 2024 (M. Guterres avait pourtant condamné ce conflit ainsi que les attaques précédentes contre Israël, et a confirmé qu’il condamnait les attaques de l’Iran après l’annonce israélienne).
Pour n’importe quel pays, rompre ses relations avec le secrétaire général de l’ONU est une mesure tout à fait inhabituelle. Le dernier cas de ce type remonte aux années 1950, lorsque l’URSS et la Chine avaient mis sur liste noire Trygve Lie, le premier secrétaire général de l’ONU.
En 2016, Netanyahou a accusé le prédécesseur de Guterres, Ban Ki-moon, d’« encourager le terrorisme » après que celui-ci eut déclaré que les attaques palestiniennes étaient le résultat de décennies d’occupation israélienne.
Israël rejette la rapporteuse spéciale
La rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés est nommée par le CDHNU afin de rendre compte en toute indépendance des violations des droits de l’homme en Palestine occupée.
La titulaire actuelle, la juriste italienne Francesca Albanese, critique Israël depuis sa nomination en 2022 et est interdite de séjour dans le pays, ainsi qu’à Gaza et en Cisjordanie, depuis décembre 2024.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré que cette décision était motivée par les déclarations qu’Albanese observant que « les victimes du massacre du 7 octobre n’avaient pas été assassinées en raison de leur identité juive, mais en réponse à l’oppression israélienne ».
Israël rejette le travail des rapporteurs spéciaux. Les prédécesseurs d’Albanese, notamment l’universitaire canadien Michael Lynk et le juriste américain Richard Falk, avaient également été empêchés d’exercer leurs fonctions et avaient dû travailler depuis la Jordanie voisine.
Fait historique, Mme Albanese a été sanctionnée par les États-Unis en juillet 2025 après avoir exhorté la CPI à poursuivre les dirigeants de plus de 60 entreprises, dont certaines américaines, pour leur complicité présumée dans les crimes israéliens à Gaza.
Ces sanctions ont été levées par un juge américain le 21 mai avant d’être réinstaurées six jours plus tard.
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Middle East Eye



