Ce lot de bombes de 2 000 livres, financé par les contribuables américains, intervient alors qu’Israël mène une guerre génocidaire contre Gaza et occupe le sud du Liban.

Des Palestiniens recherchent des victimes au milieu de cratères profonds remplis de béton brisé et de métal tordu, après les frappes aériennes israéliennes sur le camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 31 octobre 2023 [Anas al-Shareef/Reuters]
Par Yashraj Sharma, le 16 septembre.
L’administration du président américain Donald Trump s’apprête à vendre à Israël 60 000 bombes hautement destructrices de 2 000 livres (907 kg) dans le cadre d’un contrat de plusieurs milliards de dollars qui sera financé par les contribuables américains.
Les médias américains ont rapporté que l’administration Trump avait approuvé cette vente, qui porte sur certaines des munitions les plus destructrices des arsenaux occidentaux, et en avait informé le Congrès de manière informelle.
Il s’agit de l’un des plus importants envois de munitions américains à destination d’Israël, qui intervient après près de trois ans de guerre génocidaire contre Gaza, de pogroms incessants perpétrés par les colons israéliens en Cisjordanie occupée et d’une offensive de grande envergure contre le sud du Liban – événements qui, ensemble, ont fait des dizaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes dans la région.
Elle intervient également alors que les stocks de munitions des États-Unis se sont considérablement réduits en raison de leur guerre contre l’Iran, une crise aggravée par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
Alors, quelles bombes les États-Unis envoient-ils à Israël, et que peut faire Israël avec celles-ci ?

Un site militaire israélien est visible à l’arrière-plan, derrière des immeubles d’habitation détruits dans le quartier de Cheikh Radwan, à l’est de la ville de Gaza, dans la bande de Gaza, le 10 septembre 2026 [Mohammad Saber/EPA].
Quelles armes les États-Unis prévoient-ils de vendre à Israël ?
L’administration Trump n’a pas encore officiellement confirmé cette vente. Un haut responsable de l’administration a déclaré à l’agence de presse AFP que « toutes les ventes d’armes à l’étranger suivent la procédure appropriée », mais a refusé de commenter les transactions en cours.
Par ailleurs, un porte-parole du Département d’État a déclaré à l’AFP que « par principe, le Département ne confirme ni ne commente les projets de vente d’armes tant qu’ils n’ont pas été officiellement notifiés au Congrès ».
Toutefois, Washington serait en passe de livrer à Israël un lot de munitions qui comprendrait, selon certaines sources, 60 000 munitions, dont 20 000 MK-84, 20 000 BLU-117 et 20 000 I-2000 Penetrator.
Cette vente s’élève à 2,8 milliards de dollars, dont la majeure partie sera financée par le programme américain de financement militaire étranger (Foreign Military Financing), dans le cadre duquel Washington finance, sur fonds publics américains, l’achat par Israël d’armes et d’équipements militaires de fabrication américaine.
Les trois types de bombes sont les suivants :
- MK-84 : La plus grosse des bombes de la série Mark 80, cette bombe polyvalente non guidée de 2 000 livres (907 kg) est principalement conçue pour produire un effet de souffle et de fragmentation maximal contre des bâtiments et des cibles modérément protégées. Elle peut détruire des bâtiments et tuer ou blesser des personnes à des centaines de mètres du lieu d’impact.
- BLU-117 : Bombe polyvalente de 2 000 livres (907 kg) qui ressemble beaucoup à la MK-84, mais qui contient une charge explosive différente et peut également être équipée de kits de guidage de précision. Elle est également dotée d’un revêtement de protection thermique, conçu pour un stockage plus sûr, notamment par la Marine américaine.
- I-2000 Penetrator : Également appelée « bunker buster », cette bombe de pénétration de cibles durcies, d’un poids d’environ 2 000 livres, est conçue pour percer des structures renforcées avant de se déclencher ; son enveloppe est nettement plus épaisse et plus résistante que celle d’une MK-84.
En 2024, l’administration du président Joe Biden a suspendu la livraison de certaines bombes de la classe des 2 000 livres à Israël, face aux critiques internationales croissantes formulées par des organisations de défense des droits de l’homme concernant le nombre disproportionné de civils tués lors des attaques.
Trump a mis fin à cette suspension lorsqu’il est revenu à la présidence l’année suivante – et a contourné la procédure habituelle d’examen par le Congrès pour approuver une vente d’armes à Israël d’une valeur de près de 3 milliards de dollars, comprenant plus de 35 500 de ces bombes puissantes. En janvier de cette année, Washington a approuvé un nouveau programme de ventes d’armes à Israël d’une valeur de 6,67 milliards de dollars.

Quand Israël a-t-il déjà utilisé des bombes américaines de 2 000 livres ?
Israël utilisait des bombes de la classe des 2 000 livres, notamment dans les territoires palestiniens occupés et au Liban, depuis au moins quatre décennies avant l’attaque menée par le Hamas contre le sud d’Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre d’Israël contre Gaza.
En 1981, Israël a utilisé ce type de bombe lors du bombardement d’Osirak, connu sous le nom d’opération « Opera », au cours d’une frappe aérienne qui a détruit un réacteur nucléaire irakien inachevé près de Bagdad. L’année suivante, Israël a largué ces bombes au Liban et en Syrie, provoquant un lourd bilan parmi les civils lors de ces attaques.
Selon le Project on Defense Alternatives (PDA), qui mène des recherches et des analyses sur la politique de défense, l’explosion d’une bombe de 2 000 livres endommagera gravement, blessera ou tuera tout ce qui se trouve dans un rayon de 35 mètres (115 pieds).
En moyenne, sur différents types de surfaces, une bombe de 2 000 livres creuse un cratère de 50 pieds (15 mètres) de diamètre et de 16 pieds (5 mètres) de profondeur.
Depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza en octobre 2023, des recherches préliminaires suggèrent qu’Israël a eu recours plus fréquemment à ces bombes puissantes et destructrices.
Par exemple, le 31 octobre 2023, Israël a largué une bombe de 2 000 livres sur le camp de réfugiés de Jabalia, situé dans une zone densément peuplée de la ville de Gaza, laissant un cratère géant au milieu de bâtiments détruits par les bombardements et tuant des dizaines de civils. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a déclaré que cette attaque aérienne israélienne pourrait constituer un crime de guerre.
La Cour pénale internationale (CPI) de La Haye a émis un mandat d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés en novembre 2024. Washington a tourné en dérision la compétence de la Cour.

Une épaisse fumée s’élève à la suite d’une frappe aérienne israélienne sur une zone résidentielle du quartier d’al-Jalaa, malgré le cessez-le-feu en vigueur à Gaza, en Palestine, le 23 juillet 2026 [Saeed Jaras/Agence Anadolu]
Quelle est la puissance destructrice de ces bombes ?
Selon une enquête d’Al Jazeera, intitulée « The Rest of the Story », les équipes de la Défense civile à Gaza ont recensé 2 842 Palestiniens qui, selon des témoins, se seraient pour ainsi dire « évaporés » dans l’explosion des bombes depuis le début de la guerre en octobre 2023, ne laissant derrière eux aucun reste autre que des éclaboussures de sang ou de petits fragments de chair.
Des experts et des témoins ont attribué ce phénomène à l’utilisation systématique par Israël d’armes thermiques et thermobariques interdites au niveau international, souvent appelées « bombes à vide » ou « bombes aérosols », capables de générer des températures dépassant les 3 500 degrés Celsius (6 332 degrés Fahrenheit).
L’enquête a détaillé comment certaines compositions chimiques présentes dans les munitions israéliennes réduisent les corps humains en cendres en quelques secondes – et a identifié des munitions de fabrication américaine utilisées à Gaza et associées à ces disparitions, parmi lesquelles les MK-84 et les bombes anti-bunker de la série BLU.
Vasily Fatigarov, un expert militaire russe, a expliqué que ces armes ne se contentent pas de tuer ; elles anéantissent la matière. Contrairement aux explosifs conventionnels, ces armes dispersent un nuage de carburant qui s’enflamme pour créer une énorme boule de feu et un effet de vide.
« Pour prolonger la durée de combustion, des poudres d’aluminium, de magnésium et de titane sont ajoutées au mélange chimique », a déclaré M. Fatigarov. « Cela fait grimper la température de l’explosion entre 2 500 et 3 000 degrés Celsius [4 532 °F à 5 432 °F]. »
Quelle est l’ampleur de 60 000 bombes ?
Elle est considérable. Au total, 60 000 bombes d’environ 2 000 livres pèsent 54 400 tonnes.
Cela correspond à peu près au poids de l’ensemble de l’ossature en acier de l’Empire State Building à New York. Ou sept fois le poids de la structure en fer de la tour Eiffel.
Cette masse dépasse également de loin celle du raid aérien conventionnel le plus tristement célèbre du XXe siècle. Le bombardement incendiaire de Tokyo en mars 1945, qui a tué plus de 80 000 personnes en une nuit, a utilisé environ 1 600 tonnes de bombes.
À plus grande échelle, ces 54 400 tonnes correspondent presque au poids total des bombes larguées sur Berlin pendant toute la Seconde Guerre mondiale, et représentent également environ un tiers de toutes les bombes qui se sont abattues sur les îles principales du Japon.

Les États-Unis ne sont-ils pas à court de stocks de munitions ?
Oui, un rapport d’un organisme de contrôle du Pentagone publié lundi a confirmé les informations parues précédemment dans les médias selon lesquelles la guerre contre l’Iran épuise les stocks de munitions de Washington – en particulier le coûteux système de défense antimissile sol-air Patriot – et crée des « goulots d’étranglement » dans les chaînes d’approvisionnement.
« Pour pallier ces contraintes », indique le rapport, le Pentagone « s’efforce de rationaliser les processus d’approvisionnement et les délais de production, ainsi que de constituer des stocks de matériaux, de composants et de munitions spécifiques essentiels afin de pouvoir réagir rapidement en cas d’urgence ».
Le président Trump a écrit sur Truth Social que les États-Unis « produisent plus d’armes d’exception et d’élite que jamais auparavant dans notre histoire. Elles sont livrées quotidiennement à nos forces au Moyen-Orient et au-delà ».
Quelles ont été les réactions face à cette vente d’armes ?
La nouvelle de cette vente a été condamnée par des personnalités de tous bords politiques aux États-Unis.
« Quelle que soit la définition que l’on en donne, ce que le gouvernement Netanyahu a fait à Gaza est un génocide », a écrit sur X le commentateur conservateur Tucker Carlson, qui s’est montré très critique à l’égard du soutien américain à la guerre menée par Israël contre la Palestine.
« Les 40 000 nouvelles bombes que l’administration Trump envoie serviront à faire la même chose au Liban, et probablement dans d’autres pays de la région. Si l’on voulait prolonger la guerre contre l’Iran indéfiniment, c’est exactement ce qu’il faudrait faire. »
Le sénateur américain Chris Van Hollen, démocrate, a déclaré qu’il s’efforcerait de bloquer cette vente et a accusé l’administration Trump d’« envoyer des bombes financées par les contribuables américains à un gouvernement dirigé par un criminel de guerre recherché ».
L’ancienne députée Marjorie Taylor Greene, qui était affiliée au Parti républicain lorsqu’elle siégeait à la Chambre des représentants, a écrit : « Nous n’avons pas voté pour cela. L’Amérique ne soutient pas cela. Nos impôts et nos armes ont servi à tuer des dizaines de milliers d’innocents. »
La guerre américano-israélienne contre l’Iran, qui a débuté fin février avec l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei, alors Guide suprême, est très impopulaire aux États-Unis, où la cote de popularité du président Trump est en baisse.
Un sondage réalisé en juin par l’université de Quinnipiac a révélé que 48 % des électeurs et 66 % des démocrates estiment que les États-Unis soutiennent trop Israël, contre respectivement 16 % et 20 % lorsque la question avait été posée pour la première fois en 2017.
Source : Al Jazeera
Traduit par DM pour l’Agence Média Palestine.



