263 journalistes ont été assassiné-es à Gaza depuis 3 ans par l’armée israélienne, qui tente de justifier leur assassinat à postériori en les présentant comme des membres de groupes armés plutôt que comme des journalistes.
Par l’Agence Média Palestine, le 5 octobre 2026

On apprenait mercredi dernier, le 31 octobre, la mort du journaliste Muhammad Abdel Aziz al-Najjar, en même temps que 7 autres personnes assassinées dans une série de frappes israéliennes sur la bande de Gaza.
Son meurtre porte à 263 le nombre de journalistes tué-es par Israël à Gaza depuis le 7 octobre 2023, selon les chiffres du bureau des médias du gouvernement. Des meurtres ciblés et systématiques, selon de nombreux-ses enquêtes parues au cours des trois années écoulées, et qui constituent à ce titre des crimes de guerre et crimes contre l’humanité au regard du droit international.
L’armée israélienne, qui a systématiquement réfuté ces enquêtes, a publié la semaine dernière un communiqué identifiant 170 journalistes palestinien-nes assassiné-es à Gaza et les accusant d’avoir été liés à des factions de la résistance palestinienne, accompagné de documents et d’images présentés comme des preuves présumées de l’appartenance et du rôle de ces personnes.
Ces allégations sont catégoriquement rejetées par les organisations médiatiques palestiniennes, qui pointent l’absence de tiers indépendant et dénonce des allégations partiales et peu étayées, insuffisantes pour déterminer si le ou la journaliste décédé-e était impliqué ou non dans des activités militaires.
Pour les journalistes palestinien-nes, la publication de cette liste par Israël ajoute un niveau supplémentaire aux dangers liés au travail de reportage à Gaza : non seulement la possibilité d’être tué dans l’exercice de leurs fonctions, mais aussi la perspective de voir leur identité professionnelle remise en cause après leur mort.
« Ces allégations sans fondement s’inscrivent dans une campagne systématique visant à s’attaquer à la vérité, à ternir l’image des journalistes palestiniens et à porter atteinte à leur crédibilité professionnelle et nationale », martèle Tahseen al-Astal, vice-président du Syndicat des journalistes palestiniens (PJS) à Gaza.
« Les tuer une deuxième fois »
L’appartenance politique du ou de la journaliste ciblé-e ne justifie par ailleurs en aucun cas son assassinat. « Est-ce qu’on a le droit de tuer les journalistes israéliens proches de l’extrême droite israélienne aux propos et actions génocidaires ? Les médias français trouveraient-ils légitime de tuer de tels journalistes », soulignait le journaliste Jack Dion, en mars dernier, au micro de Meriem Laribi pour l’Agence Média Palestine, dénonçant un double-standard dans y compris dans la couverture médiatique de ces meurtres de journalistes palestiniens.
« Le carnage qui a eu lieu à Gaza et le manque de réaction de la presse française est inexplicable, injustifiable et extrêmement choquant. Nous n’avons pas vu le début d’une critique sur ces pratiques détestables. Les journalistes palestiniens et libanais ne sont pas des terroristes, ce sont des journalistes. Les affubler de cette affiliation est une manière de cracher sur leur tombe et de les tuer une deuxième fois. »
« On travaille sans savoir si on rentrera chez nous. »
Enfin, ces accusations viennent réveiller la douleur des familles des journalistes assassiné-es, qui accusent Israël de tenter de salir à postériori l’image de leur proche disparu-e. « Ces allégations sont d’autant plus douloureuses qu’Adam ne peut plus y répondre », confie un proche du journaliste Adam Abu Harbid, tué à Gaza le 25 juillet 2025, interviewé par Middle East Eye. « Adam est mort en tant que journaliste, et c’est ainsi que nous le connaissions. Nous ne voulons rien de plus que l’on se souvienne de lui tel qu’il était. »
Depuis trois ans à Gaza, les journalistes palestinien-nes, leurs locaux et leur outils de travail sont la cible d’attaques répétées de l’armée israélienne, et ils subissent également les conditions de vies imposées à l’ensemble de la population : déplacements forcés, famine, deuil et traumatisme. Les restrictions imposées par le siège israélien limitent aussi drastiquement leurs déplacements et leur accès à internet.
C’est pourtant grâce au travail de ces journalistes que la communauté internationale et les sociétés civiles du monde entier ont pu accéder à une grande partie des images, des témoignages et des reportages diffusés pendant la guerre, alors que l’accès des médias étrangers était restreint.
« Nous ne nous rendons pas sur les lieux parce que nous voulons prendre part à la guerre », déclare un journaliste gazaoui interviewé par The New Arab. « Nous y allons parce qu’il se passe quelque chose que le public doit savoir. Lorsqu’une bombe frappe une maison, notre mission est de documenter ce qui s’est passé et de communiquer les noms des victimes, pas de participer aux combats. Parfois, on travaille sans savoir si on rentrera chez nous. »
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