« Chaque retard coûte des vies » : la crainte d’une nouvelle famine imposée par Israël à Gaza

Alors que les craintes de voir une nouvelle vague de famine aggraver encore les conditions de vie précaires des Palestinien-nes de Gaza, les défenseur-euses des droits humains dénoncent une situation sciemment orchestrée et constitutive du crime de génocide.

Par l’Agence Média Palestine, le 26 octobre 2026

« L’interdiction d’affamer des civils est absolue », rappelle le groupe palestinien de défense des droits humains Al-Haq, qui ajoute qu’« affamer une population dans l’intention de détruire un groupe protégé équivaut à un génocide. » 

Les signaux d’alerte sur la situation à Gaza se multiplient, alors qu’Israël a annoncé il y a plus de 10 jours avoir bloqué les livraisons commerciales et que le Programme alimentaire mondial (PAM) a prononcé une coupe drastique dans son aide apportée à Gaza, faisant craindre un retour de la famine dans l’enclave palestinienne assiégée.

« La population de Gaza ne peut pas survivre à un autre hiver dans des abris précaires, soumise aux attaques incessantes d’Israël en attendant des avancées diplomatiques », ajoute Al Haq. « Chaque retard coûte des vies, aggravant un génocide dont les conséquences perdureront pendant des générations. »

Restrictions israéliennes illégales

Le 15 octobre dernier, Israël annonçait suspendre les autorisations d’entrée concernant les marchandises commerciales, alimentaires ou non, invoquant une taxe qui serait imposée aux commerçant-es par le Hamas, une information non-vérifiée et que le Hamas dément. Israël a déclaré que les envois commerciaux reprendraient progressivement cinq jours plus tard, mais les Palestinien-nes affirment que des restrictions de grande ampleur sur l’approvisionnement alimentaire restent en vigueur. Les livraisons de farine commerciale seraient totalement interrompues depuis 10 jours, donnant lieu à des pénuries qui inquiètent autant les habitant-es, les commerçant-es et les humanitaires. 

Vendredi, 10 boulangeries sur les 17 en activité à Gaza avaient fermé leurs portes. Dans les boulangeries restantes, des files d’attentes de plusieurs heures se sont formées, tandis que le Ministère du développement social de Gaza alertait sur une « catastrophe humanitaire imminente » touchant des centaines de milliers de Palestinien-nes. De nombreuses familles ont réduit leurs repas quotidiens au strict minimum et se tournent vers des aliments de substitution dépourvus de nutriments essentiels. 

S’ajoute à ces restrictions l’inquiétude causée par l’annonce, la semaine dernière, du Programme alimentaire mondial (PAM) de la suspension d’au moins un tiers de son aide apportée à Gaza, pour des raisons financières, annonce suite à laquelle l’équipe de terrain d’Euro-Med Monitor rapporte observer « une panique généralisée dans toute la bande de Gaza et une résurgence de traumatismes graves liés aux précédentes vagues de famine. » 

L’aide alimentaire mensuelle du PAM à Gaza passera donc de 1,6 million à 1,1 million de personnes soutenues, privant ainsi environ 500 000 Palestinien-nes de Gaza de cette aide essentielle. Le PAM a également annoncé diviser par deux les rations alimentaires, réduire la distribution de repas chauds de 250 000 à 150 000 par jour et diminuer l’aide en espèces destinée aux familles vulnérables.

Cette annonce a renforcé les craintes concernant l’insécurité alimentaire des Palestinien-nes de Gaza, et vient souligner la dépendance des habitant-es à l’aide humanitaire.« Les restrictions à l’entrée des marchandises doivent être considérées dans un contexte plus large », analyse Al Haq, qui dénonce « les conséquences humanitaires de la privation prolongée et des sanctions collectives imposées dans le cadre de l’apartheid israélien, de l’occupation illégale et du siège et du bouclage de Gaza depuis dix-neuf ans, de son refus systématique de laisser entrer dans la bande de Gaza des biens dits “à double usage”, ainsi que de son blocage et de sa subordination de la fourniture de matériaux de reconstruction essentiels à l’exigence d’un “démantèlement” du Hamas. » 

 «  Les livraisons humanitaires ne peuvent à elles seules se substituer au flux soutenu de marchandises commerciales nécessaire pour assurer la vie des civils et le bon fonctionnement des marchés à Gaza. », dénonce Al-Haq, qui rappelle qu’outre les livraisons commerciales, les livraisons humanitaires continuent d’être largement entravées par Israël, qui s’était pourtant engagé en vertu de l’accord de « paix » ratifié il y a un an à laisser entrer 600 camions par jour dans Gaza. Or, seule une moyenne de 200 camions quotidiens approvisionnent actuellement les 2,1 million de Palestinien-nes vivant dans l’enclave.

Famine préméditée

Ces développements dangereux surviennent alors que les effets des précédentes périodes de famine restent clairement visibles. Le 16 octobre, le ministère de la Santé de Gaza a annoncé qu’au moins 466 Palestiniens, dont 157 enfants, étaient décédés des suites de la malnutrition et de la famine depuis 2024. En août 2026, plus de 158 000 cas de malnutrition aiguë avaient été recensés chez les enfants de moins de cinq ans, et on estime que 74 200 enfants auront besoin d’un traitement d’ici avril 2027. L’anémie chez les femmes enceintes a atteint 61 % en 2026, contre 41 % avant la guerre. Près de 4 000 fausses couches ont été enregistrées au cours du premier semestre, soit plus du triple du nombre enregistré au cours des six mois précédents.

Environ 1,4 million de personnes à Gaza restent confrontées à une insécurité alimentaire aiguë atteignant des niveaux de crise, voire pire, et qu’environ 200 000 Palestinien-nes se trouvent dans une situation d’urgence, vivant dans des tentes de fortune, sous le siège et les bombardements incessants d’Israël. Les données recueillies sur le terrain d’Euro-Med et l’analyse du trafic aux points de passage confirment qu’Israël continue de limiter la quantité et la gamme des marchandises entrant à Gaza, les approvisionnements totaux ne couvrant, au mieux, qu’environ 37 % des besoins réels de la bande de Gaza. 

Et l’approvisionnement n’est pas seulement insuffisant, il est aussi inadapté, estiment les humanitaires : les autorités israéliennes contrôlent sciemment la composition des cargaisons commerciales, autorisant des quantités limitées de produits non essentiels tels que les snacks et les boissons gazeuses, tout en restreignant l’accès aux denrées alimentaires de base et aux fournitures sanitaires. 

Pour Euro-Med, « cette tendance suggère une politique délibérée visant à appauvrir nutritionnellement la population et à la maintenir dans un état de besoin et d’incertitude permanents, plutôt qu’une réponse à des préoccupations temporaires en matière de sécurité ou de logistique. »  

L’organisation ajoute que « le maintien de ces conditions mortelles, alors que leurs conséquences fatales se sont déjà concrétisées, sont connues et ont fait l’objet d’avertissements répétés, lorsqu’il est considéré conjointement avec la destruction systématique des moyens de subsistance, l’entrave à leur rétablissement et les déclarations de responsables israéliens indiquant une intention de détruire les Palestiniens de la bande de Gaza, constitue un ensemble de preuves convergentes de l’intention spécifique requise pour établir l’existence d’un génocide », et appelle la communauté internationale à mettre en oeuvre toutes les mesures coercitives concrètes et à sa portée pour y mettre fin.

« Les dispositifs d’aide d’urgence et de reconstruction ne doivent pas servir à perpétuer l’occupation ni à maintenir la vie des Palestiniens sous la dépendance des décisions israéliennes. Les États doivent prendre des mesures concrètes pour mettre fin à cette présence illégale et s’abstenir de reconnaître la situation qu’elle engendre ou de fournir toute aide ou assistance contribuant à son maintien. » 

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