Les élections n’auront aucune incidence sur la situation en Israël

Le changement politique ne peut pas venir de l’intérieur de la société israélienne. Il ne peut venir que de l’extérieur.

Par Diana Buttu, avocate et analyste politique palestino-canadienne, le 25 octobre 2026

Des Israélien·nes se rassemblent pour réclamer la mise en place d’une commission d’enquête nationale indépendante sur les attaques du 7 octobre 2023, à la veille des élections législatives israéliennes du 27 octobre, à Tel-Aviv, le 24 octobre 2026 [Ammar Awad/Reuters]

Tout au long de la campagne électorale israélienne, l’attention s’est concentrée sur deux « blocs » : l’un dirigé par le Premier ministre Benyamin Nétanyahou et l’autre qui s’oppose à lui. Pour l’observateur extérieur, les étiquettes « pro-Nétanyahou » et « anti-Nétanyahou » laissent entendre qu’il existe deux visions différentes pour le pays et que la politique du prochain gouvernement dépendra de celui qui remportera les élections.

Cette hypothèse n’a rien de surprenant. Partout dans le monde, les différent·es candidat·es présentent des programmes différents pour leur pays lors des campagnes électorales. Mais en Israël, et en particulier en ce qui concerne les Palestinien·nes, rien n’est plus éloigné de la vérité.

Les diplomates étrangers s’interrogent sur l’avenir de la mythique « solution à deux États » et évoquent les plans de reconstruction à Gaza. Ils partent du principe que Nétanyahou est la cause de l’absence de progrès. Sans lui, tout changerait. Ce n’est qu’espérer.

On pourrait penser que trois années de génocide, les inculpations pour crimes de guerre en cours, les décisions et les instructions en instance devant la Cour internationale de justice, ainsi que les dizaines de rapports documentant les atrocités commises par Israël, auraient une incidence sur les élections israéliennes. On pourrait supposer qu’en se rendant aux urnes, les Israélien·nes réfléchiraient à ce qu’ils et elles ont fait subir aux Palestinien·nes, aux conséquences que cela aura pour l’avenir et, même de manière égoïste, à ce que cela signifie pour elles et eux. Mais ce ne sera pas le cas.

Au contraire, la grande majorité de la population votera pour des candidat·es qui, comme elle, soutiennent le déni persistant de liberté pour les Palestinien·nes, la colonisation continue de la Cisjordanie, la destruction continue de Gaza, le génocide continu des Palestiniens et les bombardements incessants ainsi que le vol de terres au détriment des nations souveraines voisines.

Tout cela transparaît clairement dans les slogans et les déclarations des candidat·es : les soutiens de Nétanyahou appelent à raser Gaza, souhaitent que la Cisjordanie occupée soit transformée en une nouvelle Gaza et proclament qu’il n’y avait pas d’innocent·es parmi les Palestinien·nes.

Leurs publicités montrent des bulldozers démolissant des maisons palestiniennes, des Palestinien·nes affamé·es et des bombes israéliennes explosant dans des zones civiles, tandis que les candidat·es promettent d’aller encore plus loin. « Occuper. Expulser. Coloniser » : tel est l’un de ces slogans.

Qu’en est-il de l’opposition ? Ses positions ne diffèrent pas. Par exemple, Avigdor Liberman, un rival acharné de Nétanyahou, soutient lui aussi depuis longtemps qu’il n’y a « pas d’innocent·es à Gaza ». Lui et les membres de son parti se sont efforcés d’empêcher l’acheminement de denrées alimentaires vers Gaza et ont ouvertement appelé à la prise de contrôle du Liban.

Même des membres de l’opposition, considéré·es comme de gauche, comme Yair Golan, ont critiqué la reconnaissance internationale de la Palestine et soutiennent les colonies illégales d’Israël en Cisjordanie occupée.

Pas un·e seul·e candidat·e des partis d’opposition ne soutient la création d’un État palestinien.

Ainsi, le génocide et la « solution à deux États » ne feront pas l’objet du scrutin du 27 octobre. Pas plus que les « guerres sans fin » d’Israël. La bataille électorale portera plutôt sur des détails : les juif·ves haredim (ultra-orthodoxes) doivent-ils participer à ces guerres et dans quelle mesure le peuple palestinien doit-il être puni ?

En bref, ce que cette élection à venir pourrait changer en Israël, c’est la composition du gouvernement, et non sa politique.

La question qui se pose alors est la suivante : quel genre de société vote massivement pour des politicien·nes qui expriment ouvertement leur désir de commettre des crimes de guerre ? La réponse réside dans le fait que ces crimes sont devenus la norme en Israël, à tel point qu’il serait étrange de ne pas les défendre.

Depuis la création d’Israël sur les ruines des foyers palestiniens et à travers le nettoyage ethnique des Palestinien·nes, la société israélienne n’a jamais eu à répondre de ses actes, qu’il s’agisse de spoliation de terres, de meurtres, d’emprisonnements, de punitions collectives ou même de génocide.

Le message que le monde a adressé aux Israélien·nes est qu’ils et elles sont « dans leur droit » et qu’il suffit de recourir à encore plus de violence contre les Palestinien·nes pour atteindre précisément leur but : une Palestine sans Palestinien·nes.

Ainsi, même si les diplomates étrangers et leurs gouvernements considèrent peut-être le départ de Nétanyahou comme la solution, cela ne résoudrait pas le problème central : la conviction que les Israélien·nes jouissent de droits supérieurs, peuvent traiter les Palestinien·nes comme bon leur semble et que personne ne peut les en empêcher.

Depuis bien trop longtemps, on laisse entendre à Israël qu’il peut agir à sa guise sans subir aucune conséquence sur la scène internationale. Le changement ne viendra pas de l’intérieur du pays. Il ne peut venir que de l’extérieur, sous la forme de sanctions.

Des sanctions, par exemple, pourraient s’avérer efficaces. Des sanctions de grande envergure qui isoleraient Israël sur les plans économique et politique et feraient clairement comprendre aux Israélien·nes qu’ils et elles ne disposent pas d’un droit exceptionnel leur permettant de commettre des atrocités sans avoir à en répondre.

Quel que soit le bloc qui remporte les élections israéliennes, la communauté internationale doit mettre fin à sa politique de silence et de complaisance. Sinon, je crains que « Occuper. Expulser. Coloniser » cesse d’être un simple slogan de campagne. Ce sera une promesse que les deux « blocs » tiendront.

Source : Al Jazeera

Traduction : JC pour l’Agence Média Palestine

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