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Récit d’un exode

« Alors prenez votre lot de notre sang et partez »
Mahmoud Darwich

8h:30 le 22 juillet c’était l’heure où je suis sorti de chez moi, de ma maison, de mon quartier, de ma ville Beit Hanoun dans le nord de Gaza. Nous avons passé une nuit noire, je pense que les forces sionistes israéliennes ont utilisé tous les types des bombes disponibles, par les avions, les canons et même les balles.

Une zone industrielle à Beit Hanoun a disparu, on ne peut pas reconnaitre les usines, la zone est complètement par terre, des tonnes des bombes sont tombées sur ma ville. Ma chambre me manque, mes livres me manquent, un ancien cahier caché sous les livres me manque, un roman que j’ai commencé lors des premiers jours de la guerre que j’ai laissé ouvert pour le continuer à mon retour, me manque.

J’ai laissé tous mes rêves, mes souvenirs, mes moments de joie derrière moi et nous avons quitté Beit Hanoun, on a dû marcher 3 kilomètres à pieds pour trouver une voiture, sur le chemin ils ont nous ciblés avec 3 missile sonores – un missile qui fait un bruit très fort avec un nuage de gaz (s’il tombe directement sur une personne il la tue) à distance de 3 à 7 mètres. Je portais mon petit frère, nous avons commencé à courir moi mes parents, ma sœur, mon oncle, sa femme et leurs 4 enfants dont un enfant de 10 mois.

Dès le premier missile, le deuxième était très proche presque de 5 mètres et le troisième à 3 mètres environ de moi, je me suis suis mis par terre à cause du missile pour protéger mon petit frère que j’ai mis sous moi pour le protéger. J’ai eu un éclat au genou, ma mère à 50 mètres derrière moi à pensé que nous étions morts à cause du nuage causé par le missile. Elle a couru vers nous et elle m’a aidé à me relever avec mon père, et lorsqu’ils ont vu que nous allions bien moi et mon petit frère nous avons dû continuer à courir parce qu’il n’y avait pas d’autre choix, il fallait quitter la ville rapidement derrière nous et avant nous il y avait des dizaines de personnes courant pour échapper aux bombes et à la mort.

Après 2 kilomètres, une vieille femme suppliait un chauffeur de voiture de la mettre dans le coffre de la voiture, la voiture de 4 passagers avait déjà 9 personnes, il a refusé, ce n’est pas parce qu’il ne voulait pas mais c’était une question de respect pour lui.

Le chauffeur: « vous êtes comme ma mère et je n’accepterai jamais de mettre ma mère dans le coffre de la voiture ». Il a appelé un autre chauffeur pour la prendre. Pendant ce temps-là, mon père a pris les mains des enfants qui peuvent courir pour qu’ils ne s’arrêtent pas et mon oncle derrière les enfants pour ne pas perdre quelqu’un, ma mère a pris la main de ma tante pour l’aider à marcher parce qu’elle n’avait pas la force de marcher après avoir vu le troisième missile tomber à côté de moi et mon frère, croyant que nous étions morts.

A la droite il y avait un parc pour les enfants, ici je dis, il y avait, au passé, un parc mais maintenant c’est une ruine. Il ne reste qu’un palmier, la voiture nous a pris finalement, 11 personnes échappent de la mort dans une seule voiture et nous avons la chance de la trouver.

Sur les deux côtés de la rue il y a des maisons, des tours, des immeubles et des mosquées complètement ou partiellement bombardés.

Maintenant je suis au centre de Gaza, j’ai trois heures d’électricité par jour au maximum, de l’eau une fois tous les deux jours si on a de la chance. Hier le 25 juillet les canons ont fait un massacre à Beit Hanoun dans une école de l’Unrwa, la Croix Rouge a demandé aux civils qui essayaient de se protéger dans l’école de se regrouper à la cour de l’école parce que l’école n’est plus un lieu sûr selon la croix rouge et pour les déplacer, au moment ou tout le monde s’est regroupé, les canons ont commencé à bombarder l’école et les gens qui étaient déjà dans la cour de l’école.

Il y a eu 16 martyrs et 200 blessés parmi lesquels j’ai un oncle qui a été blessé très gravement. L’armée israélienne essaye d’expulser tous les habitants de Beit Hanoun, hier soir ils ont ciblés par plusieurs bombes l’hôpital de Beit Hanoun aussi.

Une trêve, un choc. Le vendredi soir ils ont annoncés qu’il y aura une trêve humanitaire le lendemain samedi 26 juillet, alors mes parents ont décidé d’aller à Beit Hanoun pour se recueillir sur la maison et la ville, mon père y est allé en premier pour vérifier qu’il était possible que ma mère s’y rende et que c’est n’est pas risqué pour amener des affaires de la maison, comme des vêtements car depuis trois jours, on est sorti et nous n’avions rien amener avec nous et pour amener les papiers importants.

Mes parents ont eu un choc dès qu’ils sont entrés Beit Hanoun.

Beaucoup de maisons ont été complètement détruites, pas seulement des maisons mais des quartiers complets, des rues avec ses maisons. Alors mes parents ont eu une vision de ce qu’ils allaient voir à notre quartier et dans notre maison.

A la maison: La maison à été ciblée par plusieurs boulets de canon et un missile qui a ciblé premièrement les escaliers parce que les israéliens savent que sous les escaliers c’est l’endroit où les habitants se cachent pour les tuer, et le toit a été ciblé aussi qui a eu un grand trou, et on ne peut pas parler des fenêtres ni de portes parce qu’il ne reste rien, mais en tout cas il nous reste une chambre où il y a un toit et nous pouvons habiter.

Ma mère est restée pour amener les affaires dont la majorité est hors d’usage à cause des bombes et des balles qui ont déchiré tout et mon père y est allé pour entourer mon cousin qu’on a trouvé sous une maison bombardée par les avions F16, lui avec deux personnes.

Moi je restais à la maison où nous habitions lorsqu’on est sortis de la maison pour garder mon frère et ma sœur mais dès que ma mère est rentrée, je voulais aller à Beit Hanoun pour voir ce qui c’est passé mais ma mère, comme mon père ne m’ont pas permis d’aller avec eux.

J’ai passé plus d’une demi-heure à essayer de les convaincre d’y aller, difficilement ils ont accepté. Sur le chemin je n’avais plus de patience, j’ai senti que la voiture ne marchait pas ou comme une tortue, depuis que j’ai posé mon pied dans ma ville j’aurais souhaité que mes parents ne m’aient pas permis d’y aller, ou bien ne pas être né pour voir le jour où je suis devant les ruines de ma ville.

Malgré le fait que je connais ma ville maison par maison et rue par rue, je n’arrivai pas à reconnaitre les maisons de mes amis même de mes proches parce que les maisons, le reste de l’une à l’intérieur de l’autre tout un quartier par terre comme ça n’existait pas déjà.

Mais sûrement on va reconstruire tout, on va vivre malgré toutes les attaques, on va rire malgré tous les chagrins, parce que c’est nous les palestiniens qui ont inventé l’art de rester, l’art de résister.

Montasser Mohammed