
Yuval Raphael, représentante d’Israël au Concours Eurovision de la chanson 2025 à Bâle, en Suisse, interprétant « New Day Will Rise » lors de la grande finale en mai dernier. Crédit. Denis Balibouse/Reuters.
Les tentatives d’Israël pour peser sur le vote de l’Eurovision se révèlent plus étendues et plus anciennes qu’on ne le pensait jusqu’à présent.
Par Mara Hvistendahl and Alex Marshall, le 11 mai 2026.
L’automne et l’hiver derniers, de hauts diplomates israélien·nes ont contacté en urgence des responsables et des chaînes de télévision à travers l’Europe pour aborder un sujet délicat, bien qu’inattendu : le très médiatisé concours Eurovision de la chanson.
Plusieurs diffuseurs souhaitaient exclure Israël de l’Eurovision et menaçaient de boycotter le concours en raison de la guerre à Gaza. Certain·es ont même accusé le gouvernement israélien d’influencer injustement les résultats par le biais d’une campagne de vote massive.
Israël avait sans doute des préoccupations diplomatiques plus importantes qu’un concours de musique pop, même s’il touche 166 millions de téléspectateur·ices à travers le monde. Une commission des Nations unies venait récemment d’accuser Israël de génocide, ce qu’il a vigoureusement nié. Dans le même temps, plusieurs dirigeant·es mondiaux reconnaissaient l’État palestinien, une reconnaissance à laquele Israël s’oppose depuis longtemps.
« Je suis un peu surpris que l’ambassade se penche sur cette question », a écrit Stefan Eiriksson, directeur de la chaîne nationale islandaise, à un diplomate israélien qui souhaitait discuter de l’Eurovision en décembre dernier.
Cette initiative diplomatique, jusqu’alors inconnue, visant à maintenir Israël dans l’Eurovision n’était qu’un aspect d’un drame qui s’est déroulé au cours de l’année écoulée autour de l’événement culturel le plus regardé au monde. Pour le gouvernement israélien, l’Eurovision est devenue bien plus qu’une simple célébration de tenues scintillantes, de fierté gay et de mises en scène pyrotechniques. Elle est devenue une occasion, grâce aux performances remarquables de ses chanteur·euses, de redorer le blason du pays et de rallier le soutien international.
Le concours de cette année débute mardi, au lendemain de la plus grave crise de ses 70 ans d’histoire. L’Islande et quatre autres pays boycottent l’événement pour protester contre la participation d’Israël. L’Union européenne de radio-télévision, organisation à but non lucratif qui gère le concours, fait quant à elle face à des difficultés financières.
Une enquête du New York Times a révélé une campagne bien organisée menée par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a fait de l’Eurovision un outil de soft power, ainsi qu’un organisateur du concours secret et mal équipé pour y répondre.
Alors que ce concours habituellement léger s’est transformé en une bataille par procuration sur les affaires du Moyen-Orient et les droits de l’homme, l’Eurovision a eu du mal à défendre un principe fondamental : la politique ne joue aucun rôle dans l’événement.

Manifestants devant la grande finale du concours de 2025, à Bâle, en Suisse. Crédit. Sébastien Bozon/Agence France-Presse — Getty Images
Les efforts déployés par Israël pour influencer le vote de l’Eurovision étaient plus étendus et avaient débuté plusieurs années plus tôt qu’on ne le pensait. Avant même que la polémique sur le vote n’éclate au grand jour, des documents financiers montrent qu’Israël avait dépensé au moins 1 million de dollars en marketing pour l’Eurovision. Une partie de ces fonds provenait du bureau de « hasbara » de M. Netanyahu – un euphémisme désignant la propagande à l’étranger – afin de promouvoir la chanteuse israélienne.
Les gouvernements ne sont pas censés intervenir dans le vote. L’Eurovision est un concours destiné aux chaînes publiques et aux chanteur·euses, pas aux gouvernements.
Le ministère israélien des Affaires étrangères n’a pas répondu aux demandes détaillées de commentaires. Un porte-parole du bureau de M. Netanyahu a déclaré qu’il examinerait les questions et envisagerait d’y répondre. Il n’a finalement pas donné suite.
Le directeur de l’Eurovision, Martin Green, a déclaré dans une interview que les actions d’Israël l’année dernière étaient excessives, mais qu’elles n’avaient pas contribué à la deuxième place inattendue d’Israël.
Une enquête du Times, fondée sur des données de vote jusqu’alors non divulguées, des documents de l’Eurovision et des entretiens avec plus de 50 personnes, a toutefois révélé que cette campagne aurait facilement pu changer l’issue du concours.
La chanteuse d’Israël a remporté le vote du public dans des pays où les sondages montrent qu’Israël est très impopulaire. Une analyse des votes révèle que, dans certains pays, il aurait suffi de quelques centaines de personnes pour faire basculer le vote du public, ce qui, en raison du système de vote du concours, peut influencer le résultat final.
Rien ne prouve qu’Israël, comme l’ont supposé certain·es fans de l’Eurovision, ait eu recours à des robots ou à d’autres tactiques dissimulées pour manipuler le vote.

Projection de la retransmission du Concours Eurovision de la chanson 2025 à Bâle dans un centre communautaire de Tel-Aviv. Crédit. Maya Levin/Agence France-Presse — Getty Images.
Les organisateur·ices ont gardé les données complètes du vote sous le sceau du secret, même vis-à-vis de leurs propres diffuseurs. Confronté·es à une révolte interne et aux menaces des allié·es d’Israël de se retirer du concours, ils ont publiquement minimisé l’importance de la campagne de vote d’Israël et n’ont jamais mené d’enquête approfondie à ce sujet.
Les organisateur·ices du concours ont commandé une étude sur l’opinion des diffuseurs à l’égard d’Israël, mais ont gardé le rapport complet secret. Ils ont convoqué un vote sur le maintien d’Israël dans le concours, puis l’ont brusquement annulé. Ils ont également découragé les diffuseurs de s’adresser aux journalistes.
« Le gouvernement israélien s’est approprié l’Eurovision », a déclaré Stefan Jon Hafstein, président du conseil d’administration de la chaîne publique islandaise.
Acheter des publicités et coordonner la communication sur les réseaux sociaux n’est pas illégal. L’Eurovision n’est, après tout, qu’un concours de chant — même s’il s’agit du plus grand au monde. Mais si les gouvernements tentent souvent de tirer parti de la publicité que leur apportent leurs chanteur·euses, aucune campagne promotionnelle menée par un gouvernement n’a été aussi vaste et controversée que celle d’Israël.
« La voix d’Israël doit se faire entendre partout », a déclaré le président israélien, Isaac Herzog, dont le rôle est essentiellement honorifique, et qui a soulevé la question du boycott lors de réunions avec des dirigeant·es mondiaux l’année dernière. « Nous devons participer, nous devons hisser haut notre drapeau et nous devons envoyer les meilleurs artistes à l’Eurovision. »
L’Eurovision, qui a autrefois lancé les carrières internationales d’ABBA et de Céline Dion, fait face à un avenir incertain. Des projections financières examinées par le Times estimaient l’année dernière que les boycotts coûteraient au groupe de radiodiffusion à but non lucratif des centaines de milliers de dollars en frais de participation. M. Green a déclaré que les finances de l’Eurovision étaient solides, mais a reconnu avoir du mal à trouver des sponsors.
« C’est certainement l’un des plus grands défis auxquels nous ayons été confrontés », a déclaré M. Green à propos de la controverse sur Israël. Mais l’Eurovision, a-t-il ajouté, existe pour démontrer l’harmonie mondiale — « pour montrer au monde ce qu’il pourrait être ».
Voici les coulisses de la controverse qui a bien failli mettre fin à l’Eurovision.
L’Eurovision, un instrument de soft power
En mai 2024, les fans se sont rassemblé·es dans la ville côtière suédoise de Malmö pour le premier concours de l’Eurovision depuis le début de la guerre à Gaza.
Malgré son nom, l’Eurovision rassemble des chanteur·euses et des diffuseurs du monde entier. Israël a fait ses débuts en 1973. Les musicien·nes concourent sous les drapeaux nationaux, mais les prestations sont financées par les diffuseurs.
À l’époque, aucune règle claire n’interdisait la promotion par le gouvernement, mais l’indépendance est un principe fondamental de l’Eurovision.
Le gouvernement israélien, cependant, faisait discrètement la promotion des numéros de son diffuseur depuis au moins 2018, selon Doron Medalie, ancien compositeur pour l’Eurovision en Israël. Le gouvernement a dépensé plus de 100 000 dollars en promotion sur les réseaux sociaux cette année-là, a-t-il déclaré. Israël a remporté le concours.


Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président Isaac Herzog en compagnie d’ancien·nes participant·es à l’Eurovision, sur des photos publiées par le gouvernement israélien. Les dirigeant·es mondiaux souhaitent souvent bonne chance à leurs candidat·es à l’Eurovision, mais l’engagement d’Israël est allé plus loin. Crédit.Haim Zach/GPO
M. Medalie a déclaré que cette victoire avait convaincu les dirigeant·es israélien·nes que l’Eurovision, qui jouit d’une immense popularité en Israël, constituait un bon investissement.
Les archives montrent que le gouvernement Netanyahu a augmenté ses dépenses avant le concours de Malmö.
L’opinion publique européenne s’opposait à la guerre, et certains groupes de l’industrie musicale réclamaient déjà l’exclusion d’Israël de l’Eurovision. Selon des responsables israéliens, une bonne performance d’Israël montrerait que le pays était apprécié du public européen. Ces responsables, ainsi que certaines personnes proches de l’Eurovision, se sont exprimé·es sous couvert d’anonymat, soit parce qu’ils n’étaient pas autorisé·es à s’exprimer publiquement, soit parce qu’ils craignaient des représailles de la part des organisateur·ices du concours.
À Malmö, le gouvernement israélien a dépensé plus de 800 000 dollars en publicité liée à l’Eurovision, selon les données de l’Agence de publicité du gouvernement israélien. Ces données, obtenues par l’organisme de surveillance des médias israéliens The Seventh Eye et fournies au Times, révèlent que la majeure partie de ces fonds provenait du ministère des Affaires étrangères. Un poste budgétaire du bureau de la hasbara du Premier ministre indiquait qu’il avait également alloué des fonds à la « promotion du vote ».
La chaîne publique israélienne Kan a déclaré au Times qu’elle n’avait pas eu connaissance au préalable des campagnes publicitaires du gouvernement et que, à sa connaissance, « les règles du concours n’avaient pas été enfreintes ».
En 2024, la chanteuse israélienne Eden Golan est arrivée deuxième au vote populaire et a remporté le plus grand nombre de voix dans de nombreux pays où le sentiment pro-palestinien est fort. « Le monde, semble-t-il, n’est pas contre nous », a écrit le site d’information israélien Ynet.

La chanteuse Eden Golan et son équipe applaudissent lorsque les votes en faveur d’Israël ont été annoncés lors de la grande finale de 2024 à Malmö, en Suède. Crédit. Jessica Gow/EPA, via Shutterstock
Ynet a relevé que le ministère des Affaires étrangères avait diffusé des publicités sur YouTube pendant l’Eurovision. Mais cette information, tout comme les tendances inhabituelles du vote, n’a guère retenu l’attention.
Les diffuseurs de l’Eurovision avaient d’autres préoccupations. La militante Greta Thunberg et des milliers d’autres personnes se sont rassemblées à Malmö pour protester contre la participation d’Israël. Sur scène, plusieurs chanteur·euses arboraient des symboles palestiniens. Le rappeur néerlandais Joost Klein a été expulsé pour une altercation sans rapport avec l’événement avec une caméraman.
Mais un diffuseur, originaire de Slovénie, a relevé le résultat de vote singulier et a demandé à l’Eurovision de publier davantage de données. Les organisateur·ices n’ont jamais répondu, a déclaré le diffuseur.
L’Eurovision a déclaré la semaine dernière qu’elle n’avait jugé aucune promotion israélienne de 2024 excessive.
L’Eurovision pensait avoir tourné la page de Malmö, mais ses problèmes ne faisaient que commencer.
« Votez 20 fois ! »
Lors du concours Eurovision 2025, à Bâle, en Suisse, Israël a terminé deuxième au classement général et a remporté le vote du public— s’imposant une nouvelle fois dans des pays où la population s’est ouvertement opposée à la politique d’Israël.
Cette fois-ci, ces résultats inattendus ont été remarqués.
À l’aide de la bibliothèque publicitaire de Google, des journalistes de la chaîne finlandaise Yle ont révélé que le gouvernement israélien avait acheté des publicités en ligne en plusieurs langues, appelant les gens à voter pour le candidat israélien, Yuval Raphael, jusqu’à 20 fois, soit le maximum autorisé.
Les chiffres des dépenses pour ce concours ne sont pas disponibles, mais la campagne d’Israël était plus large et mieux coordonnée qu’à Malmö.
M. Netanyahu lui-même a publié un visuel sur les réseaux sociaux encourageant les gens à voter 20 fois pour Mme Raphael. Des groupes pro-israéliens à travers l’Europe ont publié le même visuel ainsi que d’autres contenus similaires. L’ambassadeur adjoint d’Israël en Autriche, Ilay Levi Judkovsky, a déclaré au Times qu’il avait contacté un groupe de la diaspora pour rallier des soutiens en faveur de Mme Raphael.

Dans une publication sur son compte Instagram, M. Netanyahu a appelé les gens à voter pour Mme Raphael.
M. Medalie, l’auteur-compositeur israélien, a défendu cette stratégie. Israël consacre tellement d’argent à la sécurité, a-t-il déclaré, qu’il était tout à fait normal que le gouvernement finance la promotion.
« Tout le monde est jaloux et irrité parce qu’Israël obtient d’excellents résultats », a-t-il déclaré.
Les efforts de promotion d’Israël auraient facilement pu influencer le vote du public, selon une analyse des données de vote. En effet, dans certains pays, les chiffres montrent que le nombre de votant·es est si faible que quelques centaines de personnes votant à plusieurs reprises suffiraient à changer le résultat.
Le vote du public espagnol lors de la grande finale de l’Eurovision 2025



Remarque : les téléspectateur·ices de l’Eurovision ne peuvent pas voter pour leur propre pays.
Source : données sur les pourcentages de votes obtenues par le New York Times, qui ont ensuite servi à calculer le nombre arrondi de votes à partir des données globales communiquées par la chaîne espagnole RTVE. The New York Times.
À l’issue du concours, la chaîne slovène a de nouveau exigé les données du vote et menacé de se retirer. D’autres ont appelé en privé, qu’une enquête externe soit menée.
M. Green, le directeur, a promis que l’instance dirigeante de l’Eurovision réexaminerait les résultats du vote. Mais ce groupe n’a jamais reçu d’analyse complète des votes, seulement des données « générales », a reconnu M. Green.
Ni lui ni l’union des radiodiffuseurs n’ont commandé d’enquête externe.
« Nous sommes très, très heureux que le résultat soit authentique, équitable et analysé », a déclaré M. Green.

Martin Green, directeur de l’Eurovision, à Vienne en janvier. Il a reconnu que la campagne menée par Israël pour remporter l’Eurovision l’année dernière avait été « disproportionnée », mais a affirmé qu’elle n’avait pas influencé les résultats. Crédit.Georg Hochmuth/APA, via Agence France-Presse — Getty Images
En juillet, lors d’une réunion des chaînes de télévision à Londres, la contestation s’est amplifiée. L’Espagne a demandé qu’un débat soit organisé sur la participation d’Israël et que le système de vote, qu’elle jugeait susceptible d’être manipulé, soit modifié.
Plutôt que de mener une enquête, l’Eurovision a engagé un consultant, Petr Dvorak, un vétéran de l’audiovisuel tchèque, pour interroger les membres sur la participation d’Israël.
Les opinions divergeaient largement. « Parfois, ils avaient simplement l’impression qu’Israël, en tant qu’État, utilisait parfois cet événement comme une sorte d’outil promotionnel », se souvient M. Dvorak dans une interview. D’autres souhaitaient que l’Eurovision annule ou reporte le concours de 2026. Certain·es estimaient que Kan, le diffuseur israélien, ne devait pas être tenu responsable des actions de son gouvernement.
Les diffuseurs n’ont par la suite reçu qu’un résumé des conclusions de M. Dvorak, et non son rapport, ce qui a renforcé l’impression chez certain·es que cette démarche était une perte de temps.
Fin septembre, cinq diffuseurs — l’Islande, l’Irlande, les Pays-Bas, l’Espagne et la Slovénie — discutaient ouvertement d’un boycott.
Une controverse latente éclate au grand jour
Une réunion de l’Eurovision en Croatie ce mois-là n’a pas apaisé les inquiétudes. Au contraire, l’équipe de M. Green a fait deux présentations apparemment contradictoires, selon deux participant·es.
La première présentait l’argument selon lequel Israël n’avait pas influencé le résultat de 2025. Aucune donnée détaillée n’a été fournie. La seconde présentait aux diffuseurs des conseils sur l’utilisation des réseaux sociaux pour obtenir plus de votes.
Pour certain·es dans la salle, les organisateur·ices semblaient dire que les campagnes en ligne pouvaient influencer le vote, mais que celle d’Israël ne l’avait pas fait.

Le dépouillement des votes lors du concours de 2025 à Bâle. Crédit.Heikki Saukkomaa/Lehtikuva, via Alamy.
Les organisateur·ices se trouvaient pris entre deux feux. Des rumeurs circulaient selon lesquelles la Norvège et le Portugal pourraient rejoindre les cinq pays dissidents si Israël restait en lice. Des documents montrent que des allié·es d’Israël, comme l’Allemagne et l’Estonie, s’opposaient à une exclusion.
Les organisateur·ices ont évalué les conséquences financières des deux scénarios : perdre les détracteurs d’Israël, ou perdre Israël et ses défenseurs. Aucune de ces deux issues n’était favorable, comme le montrent les archives. Selon certaines estimations, l’Eurovision risquait de perdre plus de 600 000 dollars en droits d’inscription.
La situation était devenue si grave que même le directeur de la radiodiffusion nationale autrichienne a évoqué, lors d’une conversation interne, la possibilité que son pays se retire en signe de soutien à Israël, selon une personne directement au courant de la discussion. Cela aurait laissé le concours de 2026, qui devait se dérouler à Vienne, sans hôte.
(Un porte-parole de la chaîne autrichienne a déclaré qu’« il avait toujours été clair » que Vienne serait l’hôte. Le directeur de la radiodiffusion a depuis démissionné.)
Dans une lettre adressée fin septembre à ses membres, l’Eurovision a reconnu n’avoir « jamais été confrontée à une situation aussi conflictuelle auparavant » et a annoncé un vote d’urgence sur la participation d’Israël.
En privé, les avocat·es de l’Eurovision ont donné un conseil extraordinaire : les organisateur·ices pouvaient légalement exclure Israël s’ils le souhaitaient.
Une Eurovision, déchirée
Quelques semaines plus tard, l’Eurovision a annulé le vote d’urgence, invoquant le nouveau cessez-le-feu à Gaza. Elle a reporté la question au mois de décembre.
Les diffuseurs avaient encore des questions concernant les droits de l’homme et la campagne de promotion d’Israël. Mais l’Eurovision semblait vouloir que la controverse s’éteigne. Son équipe de communication avait diffusé un e-mail décourageant les diffuseurs de s’exprimer auprès des journalistes.
Ce report a donné au gouvernement israélien le temps de mener une offensive diplomatique.
Les ambassades israéliennes ont contacté les diffuseurs dans au moins trois pays, selon des documents et des entretiens avec des personnes impliquées. Dans un quatrième pays, le gouvernement israélien a contacté le ministère des Affaires étrangères pour discuter de l’Eurovision.
Finalement, en décembre, après des mois de débats et de reports, les diffuseurs se sont réunis à Genève pour se prononcer sur la participation d’Israël.

Un agent de sécurité installe une barrière à l’entrée du siège de l’Union européenne de radio-télévision avant une réunion à Genève en décembre.Crédit.Fabrice Coffrini/Agence France-Presse — Getty Images.
Une fois de plus, l’Eurovision a éludé la question.
L’Union européenne de radio-télévision a organisé un vote visant à déterminer s’il fallait limiter chaque téléspectateur·ice à 10 votes et « décourager les campagnes de promotion disproportionnées ».
Mais il y avait un hic : si les membres approuvaient ces changements, ils accepteraient de maintenir Israël au sein de l’Eurovision — sans jamais se prononcer explicitement sur la question. (Certain·es membres avaient fait savoir à M. Dvorak qu’ils ne voulaient pas avoir à rendre des comptes dans leur pays d’origine pour un tel vote.)
La présidente de l’Union européenne de radio-télévision, Delphine Ernotte Cunci, a reconnu que cet arrangement « pouvait paraître assez bizarre ». Mais, a-t-elle expliqué, ne pas voter était « la solution la plus démocratique possible », selon le procès-verbal de la réunion.
Frederik Delaplace, de la chaîne belge VRT, n’était pas convaincu. L’Eurovision, a-t-il déclaré lors de la réunion, « se cachait derrière des directives » plutôt que de discuter des droits de l’homme.
À bulletin secret, les radiodiffuseurs ont approuvé les modifications du règlement. Israël resterait dans l’Eurovision, sans que quiconque ait à voter sur la question.
Les cinq radiodiffuseurs dissidents ont rapidement boycotté.

Des manifestant·es pro-palestinien·nes, parmi lesquels Páll Óskar, musicien islandais et ancien participant à l’Eurovision, se sont rassemblés devant les locaux de la chaîne nationale islandaise à Reykjavik le jour où celle-ci a annoncé qu’elle boycotterait le concours de 2026. Crédit. Micah Garen/Getty Images.
M. Green a déclaré que les nouvelles règles visaient à résoudre « un problème de perception », et non des problèmes concrets.
Lors de l’Eurovision de cette année à Vienne, d’autres pays testent désormais ces nouvelles règles, mobilisant leurs diasporas pour voter.
Une publicité israélienne suscite une nouvelle fois la controverse. L’équipe chargée de la campagne de Noam Bettan, le candidat israélien, a diffusé sur les réseaux sociaux des messages appelant les internautes à voter pour lui à dix reprises.
Les organisateur·ices de l’Eurovision, soucieux d’éviter une répétition de l’année dernière, ont officiellement mis en garde la chaîne de télévision et demandé que les publications soient supprimées. « Recourir à un appel direct à l’action pour voter dix fois pour un artiste ou une chanson n’est pas non plus conforme à nos règles, ni à l’esprit du concours », a déclaré M. Green.
Il a de nouveau rassuré le public en affirmant que de telles campagnes ne pouvaient pas influencer le résultat.
Kirsten Noyes a contribué à la recherche. Elisabetta Provoledo, Natan Odenheimer et Gabby Sobelman ont contribué au reportage.

La scène du Concours Eurovision de la chanson 2026 à Vienne. Crédit photo : Lisa Leutner/Reuters
Source : The New York Times
Traduit par DM pour l’Agence Média Palestine.



