Amira Hass: La réponse logique à la terreur d’état d’Israël : le boycott

Par Amira Hass, le 9 juin 2015

Les peuples des pays occidentaux dont les impôts servent de prix du silence pour Israël commencent à réagir.

Nous n’en sommes pas encore là. Le big bang n’a pas encore eu lieu et la plupart des Israéliens – et leurs représentants dans les médias – n’ont pas encore fait le lien entre les menaces de boycott (symboliques ou réelles) et leur attitude quotidienne en tant que peuple suprême. La capitulation rapide du PDG d’Orange leur a remonté le moral – jusqu’à la prochaine surprise.

Le gouvernement a des milliers de soldats (que ce soit en uniforme ou non) qui effectuent ses opérations violentes routinières. De gentils fistons démolissent des baraquements et s’introduisent dans les foyers, et des enfants bien-aimés tirent sur des pêcheurs. Et les bons pères ont décidé que certaines personnes n’avaient nul besoin de rester là où elles sont nées, sur leurs terres, mais qu’il n’y a pas de problème à ce que le peuple supérieur y vive. ?

Et il y a le père brave et héroïque signant l’arrêté qui détruira la vie de milliers de personnes et il y a d’autres oncles et frères très bons parmi les Israéliens qui sont les geôliers de 1,8 million d’individus, et les hauts-technologues, des anneaux dans les oreilles, qui sont impliqués dans des innovations militaires meurtrières, et il y a des chers enfants qui ne sont pas tourmentés par les enfants et les femmes qu’ils tuent en appuyant sur un bouton ni par les 1,8 millions de prisonniers. Ne pas être tourmenté et ne pas vouloir savoir sont aussi des missions de routine quand on sert l’état – le ciment qui relie les briques de notre règle immuable.

Mis à part le sumud, la résistance habituelle des Palestiniens, les Palestiniens et une poignée d’Israéliens s’opposent à la violence sont de manière individuelle, au cas par cas : ils manifestent, engagent des avocats, écrivent des rapports et postent sur Facebook, construisent de nouveaux baraquements, sèment dans leurs champs, font des grèves de la faim en prison, donnent de l’argent. Alors le gouvernement envoie ses soldats pour arrêter les Facebookeurs, tirer sur les manifestants, arrêter les enfants en pleine nuit, confisquer les tracteurs, punir les grévistes de la faim, publier des mensonges en réponse aux rapports et écrasent les avocats. Dans cette guerre d’usure, le gouvernement brutal a toujours plus de soldats et de moyens.

Contrairement aux Israéliens, il y a des citoyens dans d’autres pays qui prennent note des actes de violence quotidiens commis par Israël et par les milliers de soldats oeuvrant pour son compte et ils sont horrifiés. Ils ne peuvent pas mener d’action individuelle pour chacun de ces actes alors ils les rassemblent. Une fois additionnés, il s’agit d’une terreur d’état, qui mène naturellement à des appels ciblés au boycott. C’est une action plus efficace et plus rationnelle et ses effets durent plus longtemps. Elle consiste en une réflexion, une éloquence (dans de nombreuses langues), une éducation aux médias sociaux, des manifestations, une grande énergie de la jeunesse, des sentiments de dégoût et de rage, un dévouement et beaucoup moins d’argent que dans les actions de résistance individuelles.
Israël a mis l’occupation en sous-traitance – en faisant participer activement les nations du monde. Comment? L’argent des impôts des citoyens américains finance le fonds de garantie généreux des Etats-Unis pour Israël et l’étroite coopération militaire avec Israël. Leurs impôts et les impôts d’autres états européens et occidentaux financent les indemnisations partielles des dommages matériels et sanitaires causés par la politique israélienne et réactive artificiellement le cycle de violence actuel. Gaza ne s’est pas complètement effondrée parce que les états occidentaux et le Qatar donnent de l’argent aux centaines de milliers de personnes qui vivent là-bas, à qui Israël interdit de gagner leur vie dignement.

Les fonds occidentaux ne sont pas un filet de sécurité pour les Palestiniens, mais plutôt un filet de sécurité pour les interdictions, les restrictions et les attaques d’Israël. Les fonds, dans leur forme actuelle, se substituent à une action politique claire et décisive contre Ia politique d’Israël que tous les rapports de la Banque mondiale décrivent comme un facteur de désastre économique. Et il y aura sûrement d’autres désastres existentiels à venir. Il est plus facile pour ces pays de dépenser l’argent de leurs contribuables dans des citernes d’eau coûteuses pour des villages dépourvus de toute infrastructure. Il leur est plus facile de reconstruire des bâtiments détruits pour la troisième ou quatrième fois que de donner l’ordre à Israël d’arrêter.
Pourquoi s’étonner alors que les personnes dont on utilise les impôts pour les dédommagements commencent à s’engager comme des guérilleros dans la contre-offensive et le boycott? En tant que sponsors involontaires ils sont impliqués quand même et il est de leur droit démocratique d’exprimer leur opinion à propos de l’utilisation illégitime de leur argent.

Il est vrai, c’est déplaisant d’affronter la haine des manifestants en France, en Angleterre, en Allemagne et en Italie. C’est gênant de voir les citoyens canadiens, australiens et américains, qui profitent toujours de leur privilège de colons et de descendants de colons et de propriétaires d’esclaves, constater que la solution est la dissolution d’Israël et pas seulement la fin de l’occupation de 1967 et la démocratisation. Mais Israël s’attire les ennuis lui-même quand il tient obstinément à prouver qu’il y a un lien direct, une similitude et une continuité entre l’expulsion de 1948 et sa politique actuelle. Egalement les Israéliens, avec leur loyauté de gentil soldat à toutes les missions violentes de leur gouvernement.

Traduction: E.C pour l’Agence Média Palestine

Source: Haaretz

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