Imad Rajeh Sarhan meurt de négligence médicale dans les prisons israéliennes

Après plus de 24 années passées en détention, le prisonnier palestinien Imad Rajeh Sarhan, âgé de 48 ans et originaire de la ville de Haïfa, est mort à la prison de Gilboa samedi dernier, le 13 juin 2026, des suites d’une crise cardiaque.

Par l’Agence Média Palestine, le 16 juin 2026


Purgeant une peine de prison à perpétuité depuis octobre 2001, Imad Rajeh Sarhan avait vu son état de santé se détériorer au fil des ans, notamment en raison de placements répétés et prolongés à l’isolement, affirment dans un communiqué la Commission palestinienne des affaires des détenu-es et la Société palestinienne des prisonniers (PPS).

Les deux organisations ajoutent que, durant les premières années de son incarcération, il avait été soumis à des interrogatoires prolongés et à des tortures systématiques, entraînant des complications de santé graves et durables. Imad Rajeh Sarhan souffrait de maladies cardiaque et vasculaire chroniques ainsi que d’hypertension artérielle, contraint ces dernières années d’utiliser un fauteuil pour se déplacer, tout en restant détenu dans des conditions difficiles.

La nouvelle de ce décès intervient moins d’une semaine après la parution, le 7 juin, d’un rapport alarmant de la Commission des détenu-es, qui affirmait à la suite de visites de son équipe juridique dans plusieurs prisons que les détenus malades étaient confrontés à une aggravation de leur état en raison de retards dans les traitements et d’un manque de soins médicaux adéquats.

La commission avertissait que la négligence persistante de la santé et des conditions de vie des prisonniers pourrait entraîner une nouvelle détérioration de leur état, dans un contexte de mauvais traitements systématiques au sein des camps de détention israéliens.

La mort en détention d’Imad Rajeh Sarhan vient confirmer ces craintes et met en lumière la négligence médicale des autorités pénitentiaires israéliennes. La Commission et le PPS tiennent dans leur communiqué les autorités israéliennes pour “entièrement responsables de sa mort”, appelant les instances juridiques et de défense des droits humains internationales à prendre des mesures concrètes pour garantir la responsabilité des coupables et mettre fin à l’impunité.

“L’enfer sur terre”

Si la négligence médicale est dénoncée depuis des années par les détenu-es et ex-détenu-es palestinien-nes, elle s’est agravée depuis octobre 2023 avec l’explosion du nombre d’incarcérations et des traitments inhumains. 

À la fin du mois de septembre 2023, Israël détenait 4 935 Palestinien-nes dans ses établissements pénitentiaires (dont 2 222 condamné-es, le reste sans procès ni charges). En septembre 2025, leur nombre avait plus que doublé pour atteindre 10 863 (dont 1 492 condamné-es). 

Plus de 9 400 Palestinien-nes sont actuellement détenu-es dans les prisons israéliennes, dont 3 324 en détention administrative sans inculpation ni procès, et 1 316 classé-es comme « combattant-es illégales-aux ».

Cette augmentation spectaculaire a entraîné une surpopulation inhumaine dans les cellules, conformément à une politique déclarée visant à aggraver délibérément les conditions de détention des détenu-es palestinien-nes. Par exemple, nombre d’entre elles et eux sont contraint-es de dormir à même le sol, y compris en hiver, souvent sans matelas ni couverture.

L’obligation d’assurer des conditions de vie adéquates pendant la détention ou l’emprisonnement est inscrite dans plusieurs conventions internationales, qui interdisent toutes explicitement la torture et les peines cruelles ou inhumaines. 

Ces obligations sont largement enfreintes par Israël, accusé d’avoir transformé ses prisons en un “réseau de camps de toture” dans un rapport de l’observatoire israélien des droits humains B’Tselem intitulé “l’enfer sur terre” et paru en janvier dernier.

90 morts en détention

Selon une analyse réalisée par Physicians for Human Rights, des éléments indiquent que le refus de soins médicaux, associé à d’autres pratiques de torture, a systématiquement entraîné la mort de Palestiniens dans les établissements pénitentiaires et les camps israéliens.

D’après les conclusions de dix autopsies pratiquées sur des Palestiniens décédés alors qu’ils étaient détenus par les autorités pénitentiaires israéliennes depuis le 7 octobre 2023, un refus de soins médicaux a été constaté dans six de ces dix cas.

Dans un rapport remis au Comité contre la torture (CAT) en novembre 2025, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont déclaré avoir recensé de nombreux cas dans lesquels des prisonniers palestiniens avaient subi des séquelles médicales irréversibles en raison du refus délibéré de leur prodiguer des soins médicaux.

D’autres témoignages transmis au CAT indiquent que les détenues palestiniennes ne reçoivent pas de produits d’hygiène menstruelle ni n’ont accès à des soins gynécologiques, et que ces mêmes soins sont également refusés aux femmes enceintes.

En raison de la combinaison de la privation de nourriture et d’une alimentation de mauvaise qualité, d’une surpopulation extrême, du déni de conditions de vie et d’hygiène élémentaires, ainsi que du refus de soins médicaux, presque tous les prisonniers palestiniens ont vu leur état de santé se détériorer pendant leur incarcération. 

Au total, 90 prisonnier-es palestinien-nes sont mort-es en détention depuis le 7 octobre, et 327 depuis 1967, selon les chiffres recensés par PPS.

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