Par Ali Abunimah – The Electronic Intifada – 25 juillet 2015
Les juifs partout dans le monde, et spécialement les plus jeunes, se sentent de plus en plus embarrassés et mis en danger par Israël et ses actions, surtout après le massacre à Gaza l’été dernier.
C’est une conclusion capitale du nouveau rapport de l’Institut de planification d’une politique pour le peuple juif (JPPI), un groupe de réflexion, soutenu par les groupes de pression pro-Israël, qui travaille avec le gouvernement israélien à renforcer le soutien juif à Israël et au sionisme.
L’étude identifie un « sentiment de crise » dans de nombreuses communautés juives « en ce qui concerne leurs relations avec Israël ».
Le rapport, « Les valeurs juives et l’usage de la force par Israël dans les conflits armés : points de vue de la communauté juive mondiale », est fondé sur des groupes de discussion approfondie et des enquêtes dans des communautés juives, allant de l’Australie à l’Afrique du Sud, à l’Europe, à l’Amérique du Nord et à l’Amérique du Sud.
Le JPPI est co-présidé par Dennis Ross, un ancien et fidèle diplomate US du « processus de paix », partisan d’Israël, et Stuart Eizenstat, qui fut longtemps fonctionnaire du gouvernement US et actuellement « conseiller spécial au secrétariat sur les questions de l’Holocauste ».
Une perte de foi
Le rapport affirme que la plupart des juifs restent toujours préoccupés pour d’Israël et se soucient de son avenir. Mais il confirme des tendances majeures qui vont être particulièrement dérangeantes pour Israël et ses groupes de pression dans le monde.
En premier lieu, il devient plus difficile pour Israël de convaincre les juifs que ses accès de violence réguliers contre les Palestiniens et d’autres sont justifiés.
« La confiance de beaucoup de juifs dans le désir de paix d’Israël avec ses voisins palestiniens s’est érodée, et cette érosion affecte également leur croyance en la nécessité de l’usage de la force », déclare le rapport.
Nombreux sont les juifs plus prêts à considérer Israël comme le responsable de cette violence – contrairement aux propres allégations d’Israël qui prétend se livrer simplement à de l’ « auto-défense ».
Les discussions qui ont nourri le rapport « ont attiré l’attention sur une difficulté croissante, que beaucoup de juifs ressentent, à comprendre la politique à long terme d’Israël – qu’ils considèrent comme contribuant, si ce n’est le créant, au besoin qu’il a de se livrer à des confrontations violentes répétées avec ses voisins ».
Elles ont révélé aussi « une tendance qui monte au sein de la Diaspora juive à considérer leurs liens avec Israël comme un facteur perturbateur de leur vie personnelle et communautaire ».
Le rapport recommande notamment que « la hasbara (relations publiques) soit plus efficace vis-à-vis des communautés juives » afin de les convaincre qu’Israël veut la « paix ».
Il est remarquable que ce rapport ait été compilé par des institutions ayant des engagements forts en faveur d’Israël, ce qui signifie que les points de vue juifs non sionistes et antisionistes sont probablement sous-représentés dans l’étude. Il n’est, par exemple, pas fait mention dans le rapport que de nombreux jeunes juifs sont actifs dans le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) sous égide palestinienne. Et même ainsi pourtant, le rapport conclut à une inquiétude considérable et croissante devant Israël.
Des juifs contre Israël
Alors que les propagandistes sionistes et antisémites présentent d’habitude les intérêts d’Israël, d’une part, et ceux des communautés juives dans le monde, d’autre part, comme étant identiques, la réalité est qu’ils se trouvent souvent en conflit direct.
L’attaque d’Israël de l’été dernier contre Gaza, qui a tué plus de 2200 Palestiniens, a mis en avant ces contradictions selon de nombreux participants à l’étude du JPPI.
« Beaucoup – la plupart – de juifs qui se sentent encore proches d’Israël sont préoccupés à propos d’Israël, ils veulent le meilleur pour lui et qu’il réussisse », indique le rapport. « On ne peut pas, cependant, ignorer que de nombreuses voix attestent qu’elles ont de plus en plus de mal à accepter le prix que cette proximité implique. »
« Les guerres d’Israël ont un effet immédiat et, généralement négatif, sur la Diaspora juive », conclut le résumé de l’une des discussions au Brésil.
« De nombreux juifs dans le monde ressentent que leur vie est directement affectée par les actions d’Israël » indique le rapport. « Certains se sentent physiquement menacés à la suite des actions israéliennes, mais même les autres pensent que les actions d’Israël les atteignent à de nombreux niveaux, dans les relations juives intra-communautaires comme dans leur interaction avec le monde non juif ».
Particulièrement troublante a été la réponse israélienne aux attaques qui ont ciblé et tué des juifs en France, la plus récente étant le meurtre dans un supermarché cachère à Paris, en janvier.
« L’invitation de Benjamin Netanyahu (Premier ministre israélien) aux juifs français à immigrer en Israël les a mis dans une situation embarrassante » observe un participant de France à l’étude. « Ils ont dû expliquer à leur concitoyens français qu’ils ne sont pas des « Israéliens vivant (en France) en instance de départ » ».
Des ambassadeurs peu enthousiastes
Les juifs supportent aussi de plus en plus mal « le rôle des « ambassadeurs » d’Israël qu’ils sont tenus de jouer, qu’ils le veuillent ou non ».
Un séminaire de discussion à Pittsburgh, Pennsylvanie, a noté que « nous sommes tous tenus pour responsables des actions d’Israël… (Il n’existe) aucune séparation entre sionisme et judaïsme ».
« Que je le veuille ou non, je deviens un ambassadeur d’Israël », dit l’un des participants de Saint-Louis, Missouri.
La violence effroyable autoproclamée et le refus de l’ « État juif » d’une recherche de la paix en conduisent certains à vouloir apparaître moins juifs et, selon les termes du rapport, « à réduire leur profil juif ».
Israël est également considéré de plus en plus comme semant la discorde, même parmi les juifs. « Israël, qui se veut une force unificatrice de la communauté juive mondiale, est devenu, au fils des années, une source de tension », indique le rapport.
La politique d’extrême droite d’Israël en d’autres domaines va aussi à l’encontre de la politique progressiste que de nombreux juifs professent. Beaucoup, précise le rapport, sont « mécontents des problèmes de « droits civils », en particulier ceux qui concernent les minorités », notamment les citoyens palestiniens d’Israël, les travailleurs étrangers et la communauté juive éthiopienne.
Stimuler la propagande
Le rapport du JPPI exprime plusieurs recommandations visant à stimuler les efforts de propagande d’Israël à l’attention des juifs, particulièrement concernant l’ « image » de l’armée israélienne.
« L’image des FDI (forces de défense israéliennes) en tant qu’armée morale est un atout essentiel pour Israël vis-à-vis de la communauté juive, un atout qui devrait être cultivé et préservé » indique le rapport. « Il est crucial de s’abstenir de toute déclaration ou transmission de messages qui sapent cette image ».
Le rapport appelle à une meilleure « préparation », par les officiers de l’armée israélienne engagés dans les efforts de propagande vers les communautés juives, afin d’ « aborder spécifiquement le point de vue juif, plutôt que de se confiner dans des messages d’une hasbara générale ».
Nulle part le rapport recommande que l’armée israélienne mette fin vraiment à son occupation et à ses violences parfaitement connues contre les Palestiniens. Le rapport ne demande pas non plus que les dirigeants ou les soldats israéliens soient tenus pour responsables de leurs crimes de guerre à Gaza et en Cisjordanie, dont les preuves sont amplement documentées dans les récentes enquêtes indépendantes publiées par les Nations-Unies.
Le contrôle de la jeunesse
Un point clé dans l’étude du JPPI est que toutes les tendances considérées comme alarmantes par les auteurs sont encore plus prononcées chez les juifs de moins de 30 ans.
« L’opinion qu’Israël a des problèmes avec la jeune génération des juifs de la Diaspora a été omniprésente » dit le rapport.
Il note, par exemple, l’anxiété concernant « l’inscription qui décline pour les programmes Taglit-Birthright et Masa Israel, et la crainte que cela pourrait être dû à la guerre de Gaza ».
Ce sont des programmes financés par le gouvernement israélien et des fondations pro-Israël qui permettent à des jeunes juifs de venir gratuitement en Israël dans une tentative d’inculquer et de renforcer les engagements sionistes.
La préoccupation concernant les attitudes de la jeunesse s’explique par une une raison « évidente », déclare le rapport : « C’est la génération dont l’attitude (et donc l’attitude de la direction juive qui s’en dégagera) définira le statut des relations Israël-Diaspora dans le futur ».
Si les tendances relevées dans le rapport du JPPI perdurent – et il n’y a aucune raison de penser que ce ne sera pas le cas -, alors l’éloignement des juifs dans le monde vis-à-vis d’Israël ne peut que s’accroître.
Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine
Source: Electronic Intifada



