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Par Diana Buttu, le 22 juillet 2017 – Al Jazeera

 

 

Des Palestiniens réagissent aux gaz lacrymogènes lancés par les forces israéliennes après la prière du vendredi, dans une rue à l’extérieur de la vieille ville de Jérusalem, le 21 juillet 2017. (Ammar Awad/Reuters)

 

Hier, des milliers de Palestiniens sont venus à Jérusalem accomplir l’acte le plus simple, le plus pacifique : prier. Les Palestiniens – des musulmans et des chrétiens, des femmes et des hommes, des jeunes et des vieux –  ont prié dans les rues après avoir refusé de passer entre les détecteurs de métaux et les barricades récemment posés par Israël aux entrées de l’esplanade d’al-Aqsa. Les forces israéliennes, armées de munitions de guerre, de grenades incapacitantes, de bombes assourdissantes et de gaz lacrymogènes, s’étaient préparées à tuer.

Et elles l’ont fait : à la fin de la journée, les forces armées et les colons israéliens avaient tué trois jeunes Palestiniens et en avaient blessé plus de 450 autres, certains très gravement. Les forces israéliennes ont même investi un hôpital palestinien, essayant d’y arrêter ceux qu’elles avaient blessés.  

Vidéo : Un soldat israélien assène un coup de pied à un fidèle en train de prier à l’extérieur d’al-Aqsa.

Israël prétend que les détecteurs de métaux sont nécessaires pour la « sécurité » d’Israël après un incident, la semaine dernière, où deux soldats israéliens ont été tués. Ces détecteurs de métaux ne concernent aucunement la sécurité, ils constituent en réalité une tentative délibérée d’interdire leurs lieux de culte aux Palestiniens. Ce qui contraste par exemple, avec la récente position d’Israël concernant le groupe des fidèles du Mont du Temple – des juifs extrémistes qui ont ouvertement annoncé qu’ils voulaient la destruction du complexe al-Aqsa pour construire à sa place un temple juif.

Cependant, en même temps qu’il plaide ouvertement pour le nettoyage ethnique des Palestiniens et la destruction des lieux saints musulmans, le gouvernement israélien continue d’autoriser ce groupe à pénétrer sur le complexe al-Aqsa (y compris avec des armes) sous couvert de la « liberté de religion ».

En 1990, ce groupe a tenté de poser la première pierre d’un temple juif à l’intérieur du complexe, déclenchant des manifestations où quelque 20 Palestiniens ont trouvé la mort.

L’exigence de la liberté de religion pour les Palestiniens – la capacité de pratiquer leur religion sans l’ingérence des forces armées israéliennes – est, comme par hasard, ignorée. Il faut considérer les détecteurs de métaux dans leur propre contexte : un nouvel agissement colonial de la part d’Israël pour nous éliminer, nous la population originaire de cette terre, pour éliminer nos maisons, notre culture et nos sites religieux, et nous remplacer par des colons.

Pour sa part, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se réjouit de cette éruption de violence à Jérusalem. Confronté à une enquête pour corruption dans le scandale des sous-marins, Netanyahu refuse de retirer les détecteurs de métaux, s’assurant ainsi que l’attention est détournée de son affaire et se concentre à la place sur la violence. Vous voyez, en Israël, « la sécurité » fait vendre – elle assure les votes et elle veille à ce que des accusations de corruption soient écartées.

Soyons clairs, aucun Palestinien ne veut voir ses lieux saints transformés en lieux de conflit armé. Mais en utilisant le prétexte de la « sécurité, Israël veille à ce que nous, les Palestiniens, vivions comme des prisonniers dans notre patrie.

Vidéo : Israël est-il en train de modifier le statu quo autour d’al-Aqsa ?

Au nom de la « sécurité », Israël exproprie les Palestiniens de leur terre. Au nom de la « sécurité », Israël construit des colonies réservées aux juifs, sur la terre palestinienne volée. Au nom de la « sécurité », Israël démolit les maisons et les écoles palestiniennes, et au nom de la « sécurité », les Palestiniens sont assiégés dans Gaza, forcés de vivre sans électricité, sans l’approvisionnement médical nécessaire et sans eau, et même interdits d’accès à la mer.

Et, quand des Palestiniens sont abattus par des meurtriers de masse, comme ce fut le cas dans les années 1990 à Hébron, par Baruch Goldstein, au nom de la « sécurité », les Palestiniens – et pas les Israéliens – sont soumis à des restrictions sécuritaires accrues. Bref, Israël veut transformer Jérusalem en un Hébron : y isoler les Palestiniens, au profit des juifs israéliens qui ont la priorité sur les droits des Palestiniens. Mais alors qu’Israël continue d’assassiner les Palestiniens, qui va assurer la sécurité des Palestiniens ?

La sécurité ne viendra pas de l’actuel dirigeant non élu palestinien, Mahmoud Abbas, qui a passé quatre jours en Chine alors que les Palestiniens sont interdits d’accès à l’esplanade Al-Aqsa et que les Gazaouis souffrent sous un siège qu’il a ouvertement soutenu. Ni ne viendra, bien sûr, d’une communauté internationale silencieuse, qui ne sait que se lamenter, et condamner, docilement, Israël.

À l’inverse, les Palestiniens continueront de se tenir debout, et de se défendre, courageusement, ne s’inclinant que devant le Dieu qu’ils vénèrent, et jamais devant les dictats israéliens.

Diana Buttu est avocate et analyste palestinienne, elle a été conseillère juridique de l’équipe de négociation palestinienne de 2000 à 2005.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Al Jazeera