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Ali Abunimah – 17 juillet 2018

Sur une photo prise le 1er avril, l’infirmière palestinienne Razan al-Najjar porte secours à un homme blessé sous une tente d’urgence médicale près de Khan Younis, pendant les manifestations à Gaza près de la frontière avec Israël. Al-Najjar a été mortellement atteinte le 1er juin par un sniper israélien alors qu’elle accomplissait son devoir.
(Ashraf Amra / APA images)

 

Un sniper israélien a délibérément visé l’infirmière Razan al-Najjar, c’est ce qu’a révélé une enquête menée par B’Tselem, association de défense des droits de l’Homme.

Al-Najjar, 21 ans, a été tuée le 1er juin alors que, avec ses collègues, elle soignait des Palestiniens qui prenaient part à Gaza aux manifestations de la Grande Marche du Retour, près de la barrière frontalière avec Israël, à l’est de Khan Younis.

D’après B’Tselem, al-Najjar « a été mortellement touchée par un membre des forces de sécurité qui la visait directement alors qu’elle se trouvait à environ 25 mètres de la barrière, en dépit du fait qu’elle ne représentait aucun danger ni pour lui ni pour quiconque d’autre et qu’elle portait un uniforme médical.

Juste avant d’être tuée, al-Najjar était avec plusieurs autres infirmiers, dont Rami Abu Jazar, Rasha Qudaih et Mahmoud Abd al-Ati.

Tous portaient des vestes médicales clairement identifiables.

Ils approchaient, les mains en l’air, de la zone de la barrière pour porter secours à deux jeunes hommes qui s’étaient trouvés mal à cause de la grande quantité de gaz lacrymogène lancé par les Israéliens.

« Nous sommes arrivés jusqu’aux deux jeunes hommes et, alors que nous commencions à les évacuer, les soldats ont commencé à tirer sur nous un lourd barrage de bombes lacrymogènes », a dit Abu Jazar à B’Tselem.

Razan al-Najjar et Qudaih ont commencé à suffoquer et se sont éloignés de la zone afin de se faire soigner par leurs collègues Abu Jazar et Abd al-Ati.

Ab al-Ati a raconté à B’Tselem comment il avait porté les premiers secours à Razan al-Najjar pour traiter l’inhalation de gaz lacrymogène, disant que, peu après, « nous sommes retournés, nous tenant au nord-ouest des manifestants, à environ 10 ou 20 mètres de la barrière en accordéon ».

D’autres collègues sont arrivés à mettre les deux jeunes hommes en sécurité.

« Après notre départ, nous avons commencé à nous sentir mieux et avons décidé de nous approcher des manifestants », a déclaré Abu Jazar. « Nous nous tenions à environ 10 mètres d’eux, c’est-à-dire à environ 25 mètres de la barrière. Il n’y avait aucun manifestant près de nous. »

C’est alors que le sniper israélien a délibérément visé Razan al-Najjar.

« La position du sniper »

A environ six heures moins le quart, nous avons vu deux soldats sortir d’une jeep de l’armée, s’agenouiller et nous viser avec leurs fusils dans la position du sniper », a dit Abu Jazar. « Razan se tenait à ma droite et Rasha était derrière moi. Nous bavardions. Soudain, ils ont tiré deux fois sur nous à balles réelles. J’ai regardé Razan et l’ai vue se retourner, puis s’écrouler. »

Abu Jazar a lui aussi été touché à la jambe et Abd al-Ati a reçu des shrapnels sur la main droite et le bassin.

Puis, selon Abd al-Ati, « deux soldats sont sortis d’une jeep de l’armée et nous ont visé avec leurs fusils. Ils nous ont tiré dessus à deux reprises. »

L’une des balles a frappé al-Najjar à la poitrine du côté gauche et en est sortie, tandis que Abd al-Ati a reçu des fragments de balle réelle.

Razan al-Najjar a été emmenée à l’Hôpital Européen près de Khan Younis et, après 30 minutes d’efforts pour la réanimer, a été déclarée morte.

Enquête sur « tromperie »

B’Tselem fait remarquer comment l’armée israélienne a essayé de se déresponsabiliser pour la mort d’al-Najjar en proposant divers comptes-rendus.

Tout d’abord, l’armée a déclaré que les soldats n’avaient pas tiré directement sur al-Najjar.

Puis l’armée a déclaré que l’infirmière avait pu être tuée par une balle en ricochet, et finalement, elle a eu recours à une campagne de diffamation, accusant al-Najjar de s’être offerte comme un « bouclier humain » pour le Hamas.

L’association de défense des droits déclare que l’assassinat d’al-Najjar « est le résultat direct de la politique d’ouverture de feu qu’Israël a mise en place depuis le début des manifestations ».

Depuis le lancement le 30 mars de la Grande Marche du Retour, les forces israéliennes ont tué quelques 150 Palestiniens à Gaza, en grande majorité des civils non armés tués pendant les manifestations.

Plus de 4.000 autres ont été blessés par des tirs à balles réelles.

Al-Najjar a été la seconde infirmière à être tuée, deux semaines après que Mousa Jaber Abu Hassanein ait été mortellement frappé dans un autre incident où des soldats israéliens ont ouvert le feu sur du personnel de secours clairement identifié.

Au total, plus de 350 membres du personnel soignant ont été blessés depuis le début des manifestations, dont 26 frappés à balles réelles, 12 blessés par des shrapnels et près de 40 directement atteints par des bombes lacrymogènes, selon des personnalités de l’Organisation Mondiale de la Santé citées par B’Tselem.

Des dizaines d’ambulances ont été endommagées.

Les snipers israéliens ont ordre de tirer directement sur les manifestants non armés, y compris les enfants, politique dont le procureur de la Cour Criminelle Internationale a affirmé qu’elle pouvait conduire les dirigeants et les officiers israéliens devant un tribunal.

L’association de défense des droits de l’Homme Al-Haq a déjà rejeté l’enquête interne de l’armée israélienne  sur l’assassinat d’al-Najjar comme une « tromperie » qui n’est « ni transparente, ni crédible ».

Je rêvais d’être une infirmière

 Le jour où elle a été tuée, Razan al-Najjar faisait ce qu’elle avait toujours voulu faire – donner des soins médicaux à ceux qui en avaient besoin.

‘Elle aimait la vie et était toujours souriante. Elle rêvait de faire des études d’infirmière à l’université, mais nos finances ne nous le permettaient pas et elle s’est contentée de cours de premiers secours’ a dit la mère de Razan, Sabrin al-Najjar, à B’Tselem.

Mais les cours dans un hôpital local étaient rigoureux et al-Najjar a travaillé dur, gagnant le respect des docteurs et autres collègues. 

« Razan a été amenée à faire ses preuves dans le domaine des soins et a compensé le fait de ne pas pouvoir aller à l’université », a ajouté sa mère. 

Son assassinat a laissé une famille dévastée, incapable de se résoudre à sa perte

« Parfois je l’appelle quand c’est l’heure du repas, parce que j’ai la sensation qu’elle est avec nous et qu’elle n’est pas morte.Toute la famille vit des moments difficiles », a dit Sabrin.

Les plus jeunes frères et sœurs de Razan luttent et n’arrivent pas à comprendre pourquoi elle ne rentre pas à la maison. 

« Mon mari est détruit », a dit Sabrin. « il pleure tout le temps et elle lui manque terriblement. »

« Je prie pour qu’elle reçoive la grâce de Dieu et qu’elle aille au ciel. La perdre est terrible », a dit Sabrin. « Qu’est-ce que Razan a fait de mal pour qu’on doive la tuer ? »

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada