Le tour de passe-passe de Jared Kushner

Omar Karmi – 11 août 2018

Et hop ! Juste comme ça, la question des réfugiés disparaît. Ou non. (Hashir Milhan, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons)

Blossom1 ne renonce pas à ce bobard de processus de paix à la va-vite.

Jared Kushner, le gendre du président américain, est peut-être un novice en diplomatie (quelqu’un l’aurait-il remarqué ?) mais il n’a pas peur d’innover. Comme l’a montré sa recherche de l’Ultime Accord, son agilité d’esprit et sa capacité à s’adapter sont véritablement ahurissantes.

Il a rapidement identifié les obstacles à la paix.

D’abord il a critiqué Mahmoud Abbas. Le leader de l’Autorité Palestinienne de plus en plus malchanceux – dont le soutien inébranlable au processus de paix l’a vu s’isoler de ses alliés traditionnels, de ses rivaux en politique, de son propre peuple et maintenant, finalement de son sponsor américain, n’était pas disposé à « opter » pour un accord final.

L’insistance de Abbas pour un quelconque semblant de respect pour les principes du droit international comme le caractère inadmissible de l’acquisition de territoires par la force ou du déplacement de populations civiles dans des territoires occupés – « points de discussion » comme Kushner préfère les appeler – l’a disqualifié comme partenaire pour la paix.

Pivoter et s’adapter

Le conseiller en chef de la Maison Blanche et ses acolytes, Vapor Man2 et Louie, ont alors pivoté vers le plan B, Reconstruction de Gaza, S.A.

Mais, étant donné que ce plan reprend les points principaux d’un plan antérieur concocté par les USA, l’Accord de 2005 sur la mobilité et l’accès – développement de l’infrastructure, construction d’un port et ouverture de l’aéroport de Gaza – , et qu’il passe pratiquement tout à l’Égypte, cela n’a pas non plus été très attractif.

Le « conseiller supérieur » de la Maison Blanche a critiqué le Hamas, qui, comme chacun sait n’est qu’un anagramme de « quelque chose, quelque chose, quelque chose, terroristes ». Et qui pourrait le contredire sur ce point ?

Il reste néanmoins un problème. Les dirigeants palestiniens de toutes convictions n’étant clairement pas faits pour le but de l’Accord Ultime, comment procéder ?

C’est magique en quelque sorte

Par chance, il y a Ludwig Wittgenstein et sa déclaration (dont on se souvient peu) selon laquelle les problèmes philosophiques sont toujours une confusion langagière.

Certes Immanuel Kushner a fait mieux que le vieux buveur de bière autrichien et ramené le problème à une confusion sur un seul mot : réfugié.

C’est vraiment simple : 750 000 personnes et leurs millions de descendants sont en fait l’objet d’un malentendu les faisant passer pour des réfugiés et leur donnant par conséquent des droits à prendre en considération: Redéfinir leur statut, se débarrasser de l’agence de l’ONU qui s’occupe de leurs besoins, payer des pays hôtes pour qu’ils s’y établissent et les convaincre qu’ils ne sont vraiment pas du tout palestiniens (une autre confusion langagière) et, hop !

Ils peuvent toujours être pauvres, sans pouvoir, dépossédés et non désirés, mais ils ne constituent plus une question dont il faut s’emparer dans l’Ultime Accord. Avec le plus habile des tours de passe-passe diplomatiques, un problème épineux disparaît.

C’est comme la question de Jérusalem.

Israël étant assiégé par une belliqueuse ONU et son discours de guerre sur le « droit international », quel meilleur moyen pour Kushner, Jason Greenblatt (ancien garde d’une colonie) et David « ne sont-ils pas tous égyptiens après tout » Friedman pour venir en aide à son allié quasiment sans défense ?

Est-ce que ça va marcher ?

Ce qu’il y a avec la magie, c’est que du showbiz. On peut penser que la statue de la liberté a disparu, mais elle est toujours là.

Sortez Jérusalem de la table et vous verrez que les autres ne joueront pas.

Plissez vos yeux fermés, collez vous les doigts dans les oreilles, chantez pour vous-même aussi fort que vous voulez. Les réfugiés – et leurs revendications légitimes – ne s’en iront pas.

Rechercher un accord en essayant de définir la source des problèmes au point de les faire disparaître, peut passer pour une diplomatie révolutionnaire. Non. C’est juste une perte de temps.

Source : The Electronic Intifada
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine

1 Blossom (fleur) est le chef tacticien d’un trio de dessin animé avec trois personnages féminins appelés Blossom, Bubbles et Buttercup

2 Personnage de BD membre du Trio galactique, capable de transformer son corps en vapeur

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